Zébuline. Comment expliquez-vous la hausse de fréquentation des musées marseillais cette année, et particulièrement cet été ?
Gwenaël Richerolle. Depuis plusieurs années, les Marseillaises et les Marseillais reprennent le chemin des musées. La programmation joue évidemment un rôle important : les expositions temporaires, les nouveaux accrochages, la mise en valeur de nos collections. Cet été, plusieurs grandes expositions ont rencontré leur public, notamment à la Vieille Charité. C’est à la fois un lieu historique et architectural exceptionnel, mais aussi un endroit où des Marseillais ont vécu, qui témoigne de l’histoire intime de la ville. Les événements organisés autour des expositions comptent aussi : visites, ateliers, nocturnes, spectacles… Ils créent d’autres habitudes de fréquentation.
Les expositions temporaires ont-elles également profité aux collections permanentes ?
Oui. À la Vieille Charité, Ce que la mer garde – Mémoires de la Méditerranée interroge ce que la mer conserve, ce qu’elle transforme, mais aussi les enjeux auxquels elle fait face aujourd’hui. C’est un angle très sociétal, qui touche à l’identité de la ville. À côté, Dormir comme le soleil d’Adrien Vescovi travaille l’architecture et l’histoire du lieu à travers la création contemporaine. On peut aussi citer Art nouveau – Art déco au Château Borély, AFRICA de Louisa Babari au [mac] ou Marseille vue par les Detaille au musée d’Histoire. Ces propositions sont très différentes et permettent aussi de redécouvrir les collections permanentes.
La gratuité des collections permanentes est-elle l’explication la plus évidente de ce retour du public ?
Oui, bien sûr. Elle participe à créer cette habitude de venir au musée régulièrement, pour découvrir les expositions temporaires mais aussi se plonger dans les collections permanentes. L’enjeu est vraiment celui de l’accessibilité : permettre aux Marseillais de revenir dans les musées, de se les approprier et de redécouvrir la richesse de ces collections. Les opérations comme l’Été Marseillais vont dans le même sens, avec des visites commentées, des ateliers, des visites contées, des spectacles, des nocturnes ou encore du cinéma en plein air.
Marseille accueille environ cinq millions de touristes, dont 30 % d’étrangers selon l’Office de tourisme. Cette hausse de fréquentation des musées est-elle d’abord touristique, ou traduit-elle surtout un retour du public marseillais ?
Nous avons bien sûr des touristes, et le rayonnement culturel de Marseille est aujourd’hui de plus en plus important, avec notamment une couverture médiatique nationale forte. Mais nous avons aussi énormément de Marseillais qui fréquentent les musées, le week-end, le dimanche, dans leur vie quotidienne. Je pense qu’ils ont retrouvé le chemin des musées et redécouvert la richesse de leur patrimoine culturel et de leurs collections.
Le succès de Marseille vue par les Detaille – 164 ans de photos semble justement témoigner de cet intérêt des Marseillais pour leur propre histoire. Cette exposition pourrait-elle être pérennisée ?
Oui, c’est une perspective qui est envisagée. Il est aujourd’hui question, à partir de ce fonds qui est considérable, de constituer un nouveau parcours. Puis, pour la suite, nous verrons.
Vous faites aussi dialoguer patrimoine et création contemporaine. Est-ce devenu une ligne forte des musées marseillais ?
Faire entrer des artistes contemporains dans les musées me paraît assez naturel dès lors que les musées s’inscrivent dans un écosystème de création, de diffusion et de mise en valeur de l’histoire de l’art. C’est ce qui se passe à la Vieille Charité, mais aussi au musée d’Histoire de Marseille ou au [mac] – musée d’Art contemporain. On fait dialoguer création contemporaine, collections et prêts d’œuvres provenant d’autres institutions.
Cette logique peut-elle s’étendre à d’autres équipements municipaux, notamment aux bibliothèques ?
Elle se développe déjà. À l’occasion de la Saison Méditerranée, des expositions dans les bibliothèques et les musées ont dialogué entre elles. Nous proposons ainsi de véritables parcours culturels, avec de la médiation ponctuelle ou permanente et du hors-les-murs. Quand on raconte l’histoire d’une œuvre ou d’une partie de la ville, il faut aussi aller chercher les publics dans leurs quartiers, dans les écoles. Le lien entre les lieux culturels se fait de plus en plus important.
Les bibliothèques ont d’ailleurs récemment connu un mouvement de grève. Comment expliquez-vous ce mécontentement ?
Il faut construire un plan sur plusieurs années pour le développement des bibliothèques et de leurs services. Un projet d’investissement a déjà été voté pour la période 2024-2027. Depuis que j’ai pris cette délégation au mois d’avril, j’ai mené une phase de diagnostic et fait le tour des bibliothèques. Aujourd’hui, il s’agit de construire un véritable plan pluriannuel d’investissement et de services pour 2027-2032. Je veux le faire avec les agents, les syndicats et les usagers.
Une hausse de fréquentation signifie-t-elle forcément un élargissement des publics ?
Pas automatiquement. C’est précisément pour cela que nous faisons de la médiation et du hors-les-murs, pour aller chercher des publics éloignés de la culture, notamment les enfants, mais pas seulement, et les faire venir au musée. Les habitants sont aussi très fiers des collections qu’ils possèdent et de celles qu’on leur prête. Les événements permettent également de faire venir des personnes qui ne seraient peut-être pas entrées spontanément dans un musée.
ENTRETIEN RÉALISÈ PAR SUZANNE CANESSA




