En tête d’affiche, Véronique Sanson ouvrira dès le jeudi la soirée avec son piano et ses chansons à fleur de peau. Et le vendredi fera place au rock avec deux musiciens aux univers qui se répondent : le Suisse Stephan Eicher et Bertrand Belin, dandy aux accents résolument « bashungiens ».
Mais la Fiesta des Suds, c’est aussi, et surtout, un passeport pour le monde. La soul ouvre le bal dès le jeudi avec Imany, dont la voix grave et puissante porte Women Deserve Rage, un manifeste d’émancipation qui revendique notamment le droit à la colère pour les femmes. Le samedi, la princesse belge de la soul-pop Selah Sue prend la scène avec The Gallands, duo père-fils formé par le batteur de jazz Stéphane Galland et son fils Elvin, claviériste. La Genevoise Danitsa, figure du hip-hop soul suisse, complète la soirée.
Escale atlantique le jeudi avec le quartet bruxellois Āo, emmené par Brenda Corijn, d’origine mozambicaine et portugaise, qui nous balade sur des rives afropop imprégnées de saudade, puis destination la Méditerranée et ses traditions vocales le vendredi. Les Catalanes de Tarta Relena font se rencontrer chant a cappella et textures électroniques, dans une tour de Babel où le catalan côtoie notamment le grec, le ladino ou le géorgien, tandis que le duo occitan Cocanha préfère les polyphonies, les tambourins et les pieds qui crépitent pour faire danser.
Un océan à franchir pour se retrouver aux Caraïbes et en Amérique latine. Le vendredi, Mélissa Laveaux, issue de la diaspora haïtienne, chante en anglais et en créole une folk poétique aux références vaudoues. Le samedi, Luiza, née à Rennes d’une mère brésilienne, mêle textes français et portugais avec des influences cumbia, baile-funk, maloya-pop ou R&B tropical. Après minuit le vendredi, Ghetto Kumbé, trio masqué de Bogotá, convoque l’électropical afro-colombien.
Retour par l’Afrique, le samedi, avec BCUC. Ce septet de Soweto, qui chante en zoulou et en sotho, produit une transe à haute énergie avec ses percussions et ses rythmes hypnotiques. Enfin, le dimanche, Ladaniva boucle le périple avec ses vagabondages sonores. Le groupe franco-arménien, remarqué à l’Eurovision 2024, brasse chants traditionnels arméniens, maloya, reggae, gnawa et frénésie balkanique.
Électro, DJ et fanfare
La fête continue sur les platines. Le jeudi, Sylvain Rabbath fusionne jazz, orient et nuits électro parisiennes dans Habibisly, un « électro-disco-oriental » aux synthés frénétiques. DJ Shahzen croise bass music, percussions et transes méditerranéennes, tandis que DouceSoeur, DJ caribéenne engagée dans les luttes queer décoloniales, balance dancehall, reggaeton et afrobeat. Toujours le jeudi, la Banda du Dock, fanfare de 18 musiciens qui passe de Rammstein à Kool and the Gang, déambule sur le site avant un atelier où le public pourra jouer les chefs d’orchestre. La Bodega, « refuge des couche-tard », prend ensuite le relais, avec un blind test le vendredis
Un dimanche politique en famille
La Fiesta dominicale change de rythme avec la comédie musicale 1936 : Les Jours heureux, écrite et mise en scène par Christina Rosmini pour les 90 ans du Front populaire et des congés payés, qui enchaîne 87 extraits de chansons de 1934 à 1939. Un couscous est offert dans la limite des portions disponibles. Le Battle Flashlight met en lumière les jeunes danseurs hip-hop marseillais. Enfin, les griots, artistes transmetteurs de la Cité des Minots, rejoignent la Compagnie Rassegna de Bruno Allary, qui explore depuis 23 ans les répertoires méditerranéens. Plus de 250 enfants seront réunis sur scène pour Luna Llena.
Le son (pas que) de chez nous
Consciente de son role dans la diffusion mais aussi la création musicales, la Fiesta des Suds a toujours fait une place aux musiciens de la région, souvent porteurs d’une double culture. Le jeudi à 19h15, la Marseillaise Kena Womo, RévéLAtion Riffx aux origines cap-verdiennes, déploie sa nu-soul suave et soyeuse. Le vendredi à 19h15, Sidiaz, lauréat Quart2Tour, relie ses racines sahraouies au rock psychédélique et au blues. Le samedi, Zoon Kara (19h30), lauréat 2026 d’Orizon Sud, signe une électro-soul portée par la voix éraillée de Chamdou. Bold (22 h 45) réunit High Ku, de Chinese Man, et Supa-Jay, de Scratch Bandits Crew, pour un hip-hop hybride, avant Deluxe (23 h), le collectif groove’n paillettes aixois mené par Liliboy, et son funk aux cuivres héroïques.
Des femmes debout
Pour la troisième année, la Fiesta consacre un temps de réflexion à des artistes et à des femmes de combat. Modérées par Camille Diao, les Rencontres inspirantes réunissent Liliboy, Danitsa, DouceSoeur et Luiza. Elles évoqueront l’émancipation féminine, l’exil en héritage et les identités plurielles. Rendez-vous le samedi 10 octobre à 17 h, à l’auditorium du Mucem.
Anne-Marie Thomazeau






