Les Nouvelles Rencontres d’Averroès changent de calendrier et de lieux. Avancée de quelques semaines pour accompagner la clôture de la Saison Méditerranée 2026, la manifestation quitte La Criée, en travaux, pour investir le Théâtre de l’Odéon, l’Espace Julien, le Mucem et le Cepac Silo. Elle s’associe cette année au quotidien libanais L’Orient-Le Jour, dirigé depuis novembre 2025 par Rima Abdul-Malak, ancienne ministre française de la Culture et franco-libanaise.
« Franchir / s’affranchir » : le thème de cette édition a pris forme alors que Gaza, Beyrouth et le sud du Liban étaient sous les bombes. Rémi Baille, auteur et responsable de la programmation, explique que les rencontres entendent raconter les frontières qui entravent, les exils imposés et les lignes rouges franchies par les puissants au mépris du droit : « Franchir devient un acte de résistance ; s’affranchir, une revendication de justice, de liberté et de dignité ». Quinze ans après les printemps arabes, sept ans après le soulèvement libanais du 17 octobre 2019, le Hirak algérien et les mobilisations récentes au Maroc et en Iran, que reste-t-il des aspirations au changement ? Comment imaginer l’avenir après la répression, la lassitude et les rêves contrariés ?
Trois tables rondes au Théâtre de l’Odéon tenteront d’apporter des éléments de réponse. Le 30 octobre, Habiter l’entre-deux s’intéressera aux lendemains des guerres et des révolutions, ainsi qu’à l’exil, qui bouleverse les identités. Ahmad Ashour, enseignant-chercheur à l’Université de Tours, originaire de Gaza et ancien directeur de l’Institut Tamer pour l’éducation communautaire, l’écrivain et chercheur Albert Dichy, né à Beyrouth, et Laura Ruiz de Elvira, politiste spécialiste du monde arabe, examineront ces situations où il faut reconstruire sa vie et poursuivre son engagement malgré la perte de ses repères.
Célébrer Averroès
Alors que le droit est appliqué de manière sélective et que les civils paient le prix des conflits, comment préserver des principes communs et les possibilités de contestation ? Samedi 31 octobre, Quand la puissance s’affranchit du droit réunira autour de cette problématique Jérôme Heurtaux, politiste et maître de conférences à l’Université Paris-Dauphine, Nadim Houry, juriste libanais spécialiste des droits humains, et Sophie Bessis, historienne.
Dimanche 1er novembre, l’historienne franco-tunisienne Leyla Dakhli, chercheuse au CNRS, le sociologue Youssef El Chazli, maître de conférences à l’Université Paris 8, et Chowra Makaremi, anthropologue et réalisatrice d’origine iranienne, reviendront sur les mouvements citoyens et leurs transformations lors du débat Aspirations contrariées, citoyennetés réinventées ?
Ces échanges seront prolongés par deux masterclass. Raphaël Pitti, formateur en médecine de guerre, témoignera de son engagement humanitaire à Gaza. Lina Attalah, rédactrice en chef du média indépendant égyptien Mada Masr, et le journaliste tunisien Haythem Mekki dresseront le bilan des printemps arabes et des mobilisations des jeunes générations.
L’année marque les 900 ans de la naissance d’Averroès. Le philosophe andalou qui a donné son nom aux Rencontres sera célébré avec Jean-Baptiste Brenet, professeur de philosophie arabe à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Ziad Bou Akl, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, et Emmanuelle Tixier du Mesnil, spécialiste du monde arabe médiéval.
Des Rencontres en spectacles
Lors des soirées, les spectacles prolongeront ces réflexions. Fred Nevché, auteur-compositeur marseillais, et Diala Lteif, chercheuse et urbaniste, présenteront Loghofète ou le prénom perdu, une création mêlant archives, documentaire, poésie et musique autour de familles arméniennes, dont l’une est arrivée à Marseille en 1923 et les autres sont passées par Beyrouth.
Wajdi Mouawad présentera L’ombre en soi qui écrit, adaptation de sa leçon inaugurale au Collège de France en 2025, consacrée à l’écriture, à l’exil, à la mémoire et à la violence. Charles Berberian proposera Une éducation orientale, lecture musicale et dessinée de son album retraçant les pérégrinations de sa famille entre l’Égypte, l’Arménie, l’Irak, la Grèce et Chypre. Au Cepac Silo, le pianiste Bachar Mar-Khalifé revisitera le répertoire de Christophe.
Le Théâtre de l’Odéon accueillera En l’absence de Leïla Chahid, événement consacré à l’ancienne déléguée générale de la Palestine en France et auprès de l’Union européenne, militante de la paix décédée le 18 février 2026, qui participait régulièrement aux Rencontres. Témoignages, archives et lectures viendront lui rendre hommage.
Enfin, le Rima Poésie Club, fondé par Rima Abdul-Malak, fera étape pour la première fois à Marseille avec comme invités Maram Al Masri, poétesse syrienne exilée en France, Walid Ben Selim, chanteur et poète marocain ; Sofía Karámpali Farhat, poétesse originaire du Sud Liban, Mohammed Al Qudwa, poète de Gaza et Sary Khalifé, violoncelliste franco-libanais.
La manifestation n’oublie pas les plus jeunes avec Averroès Junior. Des rencontres autour de la cuisine feront dialoguer les générations, tandis que des ateliers de pratiques médiatiques donneront lieu à un fanzine collectif. Enfin, des lycéens du lycée Antonin Artaud présenteront un podcast réalisé après un voyage d’étude en Tunisie dans le cadre du projet Sur les pas d’Hannibal.
ANNE-MARIE THOMAZEAU
Nouvelles Rencontres d’Averroès
Du 28 octobre au 1er novembre
Théâtre de l’Odéon, Espace Julien, le Mucem et Cepac Silo. Marseille








