Le sort s’est acharné sur Cinemed : le Corum inondé devenu inutilisable, la fermeture, le 17 octobre, des cinémas de repli, le Gaumont et le Rabelais… Puis les violentes pluies les lundi et mardi, et pour finir l’annulation par la préfecture, le 24, des projections après 14 h et de la cérémonie de clôture.
Malgré cette incroyable conjonction de difficultés, le public fidèle au rendez-vous a patienté dans de longues files d’attente, parfois sous les parapluies. Un public qui a ovationné l’équipe au moment de la dernière projection, en avant-première, de 7h40 ce matin-là, de Nicole Garcia. Qui a malheureusement annulé sa venue en raison du changement d’horaire et du mouvement social. Un film réussi grâce à sa mise en scène, à l’interprétation des acteur·ices, en particulier Marion Cotillard et Théodore Pellerin et à la musique d’Amine Bouhafa.
Le Jury de la compétition longs métrages a dû choisir son Antigone d’Or parmi les films d’une compétition d’une très grande qualité : il l’a attribuée à Dua, le beau film de la réalisatrice kosovare, Blerta Basholli qui suit une jeunesse en pleine tourmente dans la guerre. Chronicles from the Siege d’Abdallah Al-Khatib a obtenu le Prix de la Critique. La fiction chorale, divisée en cinq récits, est inspirée par le vécu du réalisateur dans le camp de réfugiés de Yarmouk, mais aussi par ce que vivent les Palestiniens depuis de nombreuses années.
Jeunes et vieilles, we matter
La jeunesse qui se bat, comme un écho à notre actualité, était très présente sur les écrans. Dans I Matter. We Matter. Ne l’oubliez jamais ! de la réalisatrice rom Alina Serban, inspiré par sa propre histoire, Rebecca (Denisa Farcaș), élevée dans un foyer à Bucarest, attend avec impatience la sortie de prison de son père (Sorin Mihai). Elle a réussi le concours d’entrée dans une grande école d’art dramatique et a du mal à assumer sa condition, face à des jeunes qui ont plus de chance qu’elle dans la vie ; elle va se battre pour accepter et revendiquer fièrement son identité rom. Un film très touchant qui a remporté le Prix des Activités sociales de l’énergie.
Inspiré aussi par ce qu’il a vécu avec sa compagne, Rami Kodeih raconte dans son film Furies, qui représentera le Liban aux Oscars 2027, le braquage audacieux d’une banque par deux sœurs dont l’une doit se faire opérer rapidement d’un cancer de l’utérus. Pour cela, il faut de l’argent, à un moment, octobre 2019, où le système bancaire gèle les comptes courants et bloque l’accès des citoyens à leurs propres économies. Un thriller de braquage, plein de rebondissements, habilement mis en scène, et superbement interprété par le duo d’actrices, Rym Mroue et Maria Nakouzi.
Le dernier film autorisé par la Préfecture, le 24 octobre avant 14 h, résonnait avec la situation politique : dans Mon fils président Mathias Mlekuz suit la quête de son fils cadet, Manolo, âgé de 19 ans qui veut se présenter à l’élection présidentielle et doit donc récolter les 500 parrainages d’élus : il a raté son permis et c’est donc avec, son père, son frère Josef, l’ami de toujours Philippe Rebbot sans oublier le chien Lucky, qu’il parcourt en fourgon l’Est de la France. À la fois road movie, odyssée familiale, captation de l’atmosphère politique des petites communes, le film de Mathias Mlekuz a suscité de nombreuses questions sur la frontière entre fiction et documentaire. Notamment celles de Dominique Cabrera dont le dernier film, Des femmes comme les autres, une fiction émouvante inspirée par le réel, s’attache à rendre visibles deux vieilles dames montpelliéraines, transfigurées par Hélène Vincent et l’incroyable Yolande Moreau.
ANNIE GAVA
Le festival Cinemed s’est tenu à Montpellier du 16 au 24 octobre
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