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« Ce que j’appelle oubli » au Bois de l’aune : entretien avec la metteuse en scène Marion Bajot

À Aix-en-Provence et à Briançon, Marion Bajot met en scène Olivier Barrère dans Ce que j’appelle oubli, de Laurent Mauvignier

Zébuline. « Il va sans dire »est une compagnie conventionnée avignonnaise fondée par Olivier Barrère, il y a une dizaine d’années. Vous y collaborez régulièrement…
Marion Bajot. C’est le 3e projet auquel je collabore. Dans Lune Jaune et Soie Olivier me mettait en scène et là, pour ce texte qu’il voulait porter depuis longtemps, je suis avec lui à la conception, et je le mets en scène. 

Votre collaboration se redéfinit, donc.
Oui, Olivier Barrère était mon professeur en Prépa au Lycée Mistral [Avignon, Prépa théâtre ndlr], son enseignement a été essentiel pour moi, et m’a orientée définitivement vers le théâtre. 

Ce que j’appelle oubli est un roman marquant, fondé sur un homicide réel survenu à Lyon en 2009. Un SDF a été mis à mort par quatre vigiles pour une bière. Ce texte est difficile à dire, par la violence de ce qu’il raconte et par sa langue.
Elle est très intéressante à dire ! Dans cette phrase unique sans point, les tirets et les virgules ponctuent, et obligent à penser leur différence, ce que chacun signifie. On ne fige pas ce souffle, qui évolue à chaque lecture, à chaque représentation. Le guitariste, Nico Morcillo, improvise, ponctue. Le travail dramaturgique repose sur cette notion de rythme, de souffle. Le premier réflexe serait de dire le texte d’une traite, d’aller au bout, mais une autre partition s’impose, et évolue. 

Quel choix avez-vous fait pour l’adresse et l’incarnation ? Olivier Barrère est-il un personnage ?
Ce que dit l’auteur, c’est que ces mots s’adressent au frère hypothétique de la victime. Il ne précise pas qui parle. Par moments on pourrait penser que ces mots sont ceux du mort, à d’autres ils en sont très distants. Ce texte a été porté à la scène de nombreuses fois, avec le parti pris d’incarner ou non la victime. Nous n’avons pas tranché, on fait entendre les voix du texte, le spectateur décide, comme le lecteur, de qui parle. De fait, ce texte génère des questions sur le regard. On regarde les vigiles, mais on questionne aussi le regard qu’on a quand on porte cet uniforme, comment cela biaise les rapports, comment il y a ceux que l’on regarde et ceux qu’on ne considère pas. Comment la violence nait dans un groupe, comment on pourrait être celui qui arrête le processus, et qui ne le fait pas. Cela ouvre des abymes de réflexion, et de jeu.

Comment traduisez-vous cela en scène ?
Nous voulions rendre cette vie présente, tremblante, faire sentir la lumière portée par sa vie, le fait que chaque vie se vaut. La scène est donc un espace métaphysique, comme une cérémonie qui lui rend hommage, avec des lignes droites simples, pour qu’on puisse y poser des questions fracassantes.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL

Ce que j’appelle oubli
3 et 4 novembre Bois de l’Aune, Aix-en-Provence
6 novembre Théâtre du Briançonnais, Briançon
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