« Eléphant, je crie ton nom ! Ne franchis pas cette frontière ! ».
Un défilé de gens avec des torches, qui crient pour tenter d’effrayer et d’éloigner des éléphants, tout près d’un village du Népal. Une menace constante pour les villageois de cet endroit reculé où vit une communauté kinnar, des femmes trans qui font vœu de chasteté en échange d’un pouvoir de bénédiction et de malédiction. « Des femmes qui survivent en redéfinissant les liens familiaux, en créant des lignées matrimoniales qui ne reposent pas sur les liens du sang, mais sur l’entraide, le soin et l’amour. » précise Abinash Bikram Shah, le réalisateur de Les Éléphants dans la brume, présenté à Un Certain Regard, où il a décroché le Prix du Jury.
Parmi ces femmes, Pirati (Puspa Thing Lama) une mère pour Joon (Sahab Din Miya), Chameli (Jasmin Bishwokarma) et Apsara (Aliz Ghimire), la plus délurée qui adore faire la fête et les vidéo Tik Tok. Pirati, a un secret : elle a enfreint ses vœux de chasteté et a une relation avec Master (Aashant Sharma), son maitre de percussions qui vit dans une ville proche. Elle pense même partir avec lui mais Apsara a disparu…Commencent alors pour Pirati de longues recherches pour retrouver « sa fille ». Déterminée, elle ne renonce jamais : elle veut connaitre la vérité et le spectateur aussi, qui découvre que rien n’est simple pour les Kinnars. « Le film est en partie inspiré de faits réels, bien que ce ne soit pas l’adaptation d’une histoire en particulier… Nous avons voyagé à travers tout le Népal, en multipliant les rencontres avec différentes communautés Kinnar, mais aussi avec des communautés de femmes trans non Kinnar pour trouver nos actrices » confie Abinash Bikram Shah. Et le choix de Puspa Thing Lama semble évident tant son jeu parvient à faire ressentir la force, la détermination mais aussi la vulnérabilité de Pirati.
La caméra du le chef opérateur Noé Bach filme somptueusement les spectacles pyrotechniques qui zèbrent l’obscurité de traînées oranges incandescentes, les paysages de plaines et de jungles, la forêt, les majestueux, divins et inquiétants éléphants, mais aussi les femmes qui se disputent, s’interpellent, les jeunes gens en transe quand ils voient Apsara danser et le chaos qui s’installe dans le village, révélant une violence misogyne et transphobe.
Abinash Bikram Shah qui se dit influencé par Satyajit Ray et Hou Hsiao-Hsien dont les films « captent une vérité brute et immuable, sur ce que signifie être humain » a réussi à nous faire connaitre la réalité des communautés Kinnars et partager la quête désespérée de Pirati.
Annie Gava
Les Éléphants dans la brume qui a obtenu le Prix du Jury sort en salles le 23 septembre
© Arizona Distribution









