L’écriture dramatique de l’auteur suédois est impitoyable. Victime du Covid en 2021, il a laissé une œuvre théâtrale marquée par des thématiques : les premières pièces écrites à partir des années 1970, dites « pièces d’hôtel » – ses parents tenaient un hôtel restaurant – mettent en scène des faillites et des échecs des classes populaires ; ses « pièces de mort », écrites à partir des années 1990, explorent les relations conflictuelles de la bourgeoisie, malade des contradictions du capitalisme : le couple et la famille se heurtent à l’injonction de réussite personnelle et de compétition individuelle, et signent la faillite du pater familias.
Au XXIe siècle, alors qu’il succède à Ingmar Bergman à la tête du Théâtre national de Suède, l’écriture de Lars Nòren quittera la scène familiale et bourgeoise pour s’intéresser aux victimes du capitalisme, malades, pauvres, prisonniers, ouvrant son théâtre hors de la sphère privée. Comme un contrepoint, en écho, du pourrissement de la classe dirigeante présent dans les pièces de mort.
Les enfants de la discorde
En montant C’est si simple l’amour [voir journalzebuline.fr], Charles Berling choisissait de s’appuyer sur la tradition du théâtre bourgeois, voire du boulevard, qui est à la fois utilisée et dynamitée par l’écriture de Nòren : huis clos, relation de couple, adultère, insatisfaction sexuelle, alcoolisme, tout cela dans un salon où le canapé de cuir et la table basse sont rois. Drôle comme une comédie cruelle, éprouvante par la violence des relations, la pièce mettait en scène deux couples dont l’un avait mieux réussi que l’autre… des acteurs célèbres et leurs spectateurs.
L’enfer de Lost and found est plus insondable. Le couple, toujours joué par Charles Berling et Bérangère Warluzel se déchire dès avant l’arrivée dominicale de ses enfants. Sur le même mode que dans C’est si simple l’amour : ils font semblant de faire semblant, de plaisanter, de jouer la dispute, pour se dire les pires horreurs possibles. Jusqu’à ce que l’irrémédiable sorte, face à la fille addictive, au garçon fuyant, et que la cellule familiale éclate.
Un théâtre haletant, à l’écriture précise et à la progression dramatique implacable, qui nécessite un jeu d’acteurs et d’actrices exceptionnel, tant les nuances d’un mot, d’un geste, peuvent porter de sens.
AGNÈS FRESCHEL
Lost and Found
Du 7 au 18 octobre
Théâtre Liberté, Scène nationale de Toulon






