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Un monde en surchauffe

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Opera Mundi La Biodiversité à l'épreuve du Progrès © Gaëlle Cloarec
La Biodiversité à l'épreuve du Progrès © Gaëlle Cloarec

Du 27 janvier au 1er février, Marseille a accueilli huit penseurs de l’écologie, à l’invitation d’Opera Mundi, célébrant ainsi les dix ans de son cycle de conférences. C’est la climatologue Valérie Masson-Delmotte qui a ouvert le bal, dans l’auditorium de la Grotte Cosquer. En un discours bien rodé, elle rappelait que le réchauffement climatique, si les émanations de gaz à effet de serre se poursuivent sur la trajectoire actuelle, s’achemine vers une hausse de +3,2°C en moyenne d’ici la fin du siècle. De quoi faire disparaître des écosystèmes entiers et complètement bouleverser la vie sur terre. « Il y a 15 ans, on pensait que le réchauffement toucherait “les générations futures”. On a sous-estimé la vulnérabilité des sociétés humaines, y compris celle des riches californiens. » En d’autres termes, ceux qui, appartenant aux 10 % les plus fortunés, font exploser le bilan carbone de l’humanité, se leurrent s’ils pensent échapper aux conséquences de leurs modes de consommation.

En milieu de semaine, c’est le politologue François Gemenne qui enfonçait le clou en évoquant les interdépendances géopolitiques dans un monde en surchauffe. Avec son charmant accent belge,  taclant les USA de Donald Trump, prêts à forer de plus belle, il soulignait la nécessité d’embrasser notre commune destinée. « Même si nous avons du mal à aller à l’encontre de nos intérêts, dans une époque de grand individualisme », il faut faire face à un danger collectif, qui ne frappera pas que les petits États insulaires…

Science à vendre 

Le dernier jour, dans la bibliothèque du Conservatoire de musique, le biologiste Pierre-Henri Gouyon a mis l’accent sur l’effondrement de la biodiversité. Un phénomène qui passe souvent après le climat dans les urgences à affronter, alors que les deux sont liés, dans une dégradation catastrophique. La faute, en partie, aux mercenaires de la science, payés pour mentir à la population. « Bayer et Sygenta rémunèrent mieux que le CNRS. Il est ensuite facile de faire entrer les marchands de doute sur la toxicité des pesticides dans les instances intergouvernementales telles que l’IPBES, le Giec de la biodiversité. » L’agriculture industrielle mène une guerre contre la nature, avec des moyens colossaux. « On vous dit que c’est pour nourrir la planète ; c’est faux. Ce sont les inégalités qui sont responsables de la faim et la malnutrition. » 

Dans son viseur, l’idéologie du progrès qui imprègne encore les formations scientifiques. « Il est très courant chez les chercheurs de penser qu’ils n’ont pas d’idéologie, qu’ils sont “dans la rationalité”. Mais Irène Frachon, la pneumologue qui a lancé l’alerte sur le Mediator, a eu des ennuis pendant des années avec la communauté scientifique soit disant “rationnelle”. » Quand le solutionnisme chimique ou technologique converge avec les intérêts économiques, la voie est pavée pour le désastre. « Mon ami Bernard Maris, assassiné en 2015 lors des attentats de Charlie Hebdo, me le disait : il ne faut pas donner le pouvoir aux économistes sur la biodiversité par la financiarisation ; ils aiment ce qui est rare, parce que c’est cher. » Mais dans un monde où le vivant est drastiquement appauvri, il n’y aura pas de fortune qui tienne.

GAËLLE CLOAREC

Le festival Opera Mundi 10 ans s’est tenu du 27 janvier au 1er février à Marseille. 

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C’était un samedi

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23 Juin 2021 : Générale de C'était un samedi, création d'Irène Bonnaud, Joseph Eliyia, Dimitris Hadzis, avec Fotini Banou, à la salle des 4 chemins. Aubervilliers (93), France.
C'était un samedi © Nicolas Lascourreges

Le 25 mars 1944, est un samedi, un jour de Shabbat et aussi la fête nationale grecque. C’était un samedi, mis en scène par Irène Bonnaud, raconte le deuil d’un monde disparu en utilisant le théâtre comme lieu de mémoire et de reconnaissance. Souvent en musique, l’actrice et chanteuse Fotini Banou, entourée de 11 figurines réalisées par les sculptrices Natalia Manta et Frantzeska Boutsi, témoigne de la déportation de la communauté juive de Ioannina, une province en Grèce, à Auschwitz par la Wehrmacht, et presque totalement exterminée. Un texte tiré de l’histoire de l’écrivain de Ionnina Dimitris Hadzis, et du témoignage des rares survivants. 

LILLI BERTON FOUCHET

4 au 6 février
Liberté, scène nationale de Toulon 

Révolte 

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Révolte © Kalimba
Révolte © Kalimba

Face au danger que faut-il faire ? Abdiquer ou affronter ses peurs ? Johanne Humblet et ses acolytes du collectif féminin Les Filles du renard pâle ont un avis, et le font savoir, tout haut, dans Révolte, le dernier épisode de la trilogie des airs (après Résiste et Respire). Elles sont cinq sur scène, deux musiciennes et trois circassiennes, tour à tour sur un fil, perchées sur une immense toile, ou dans une roue giratoire. Du grand spectacle, mais certainement pas un simple divertissement tape à l’œil. Ici, c’est un cri de rage et d’espoir qu’elles professent, face à un monde toujours plus répressif et incertain. 

NICOLAS SANTUCCI

18 et 19 février 
Les Salins, Scène nationale de Martigues

Sous la surface 

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Sous la surface Cie ecailles © A. Aubry
Cie ecailles © A. Aubry

C’est du théâtre d’objets, et d’ombres, que propose le Jeu de Paume ces 5 et 6 février à Aix-en-Provence. Il accueille la compagnie Écailles et leur spectacle Sous la surface, mis en scène par Coralie Maniez. Sur le plateau, des boules de papiers froissés, des brouillons destinés à la poubelle sont jetés… mais ici ce ne sera pas le cas. Avec l’aide de jeux de lumières (assurés par Michaël Phillis et Pascal Nougier), voilà que les boules de papiers prennent vie dans l’ombre, et un monde poétique se crée sous les yeux du jeune public (à partir de 7 ans). À eux de se méfier, parfois, des apparences. 

NICOLAS SANTUCCI

5 et 6 février
Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence

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Ça ne pass pas

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Non mais on croyait quoi ? Que Rachida Dati, nommée ministre de la Culture par trois premiers ministres successifs (honneur que seuls Malraux et Jack Lang ont connu), allait comprendre l’inanité du pass Culture, dispositif extrêmement coûteux pour l’État et son ministère ? Et qu’elle allait donc le réformer pour que l’argent public cesse d’alimenter des intérêts privés sans réellement enrichir et diversifier les usages culturels des jeunes ? 

Las, comme disaient des poètes que plus personne n’achète, c’était faire crédit à la ministre d’un sens du bien public, du bien commun, qu’on est en droit d’attendre d’un serviteur de l’État. Las, (je persiste), nous avions, dans l’affolante dégringolade internationale vers une intense nazification décomplexée, presque oublié les petits antécédents judiciaro-capitalistiques, somme toute véniels, de la ministre. Certes, elle est mise en accusation, à la demande du parquet national financier pour « corruption et trafic d’influence passifs par personne investie d’un mandat électif public au sein d’une organisation internationale » avec le très aimable, honnête et courageux Carlos Ghosn. Cela n’augure pas vraiment d’un amour illimité pour le bien public et d’une absence d’intérêt pour les capitalistes français, souvent dénigrés. Sérieux, on pensait vraiment que Rachida Dati allait sacrifier les intérêts de la Fnac, de Pathé et d’Hachette pour défendre le service public de la culture et les dispositifs d’éducation artistique et culturelle ? 

Financer les bénéfices privés

Le scandale du pass Culture repose sur deux aberrations dénoncées par la cour des comptes. Sa gestion par un organe privé d’un budget presque exclusivement public, et sur lequel l’État n’a pas de droit de regard, en particulier sur la hauteur des rémunérations de ses 190 salariés ; son absence de fléchage des dépenses de la « part individuelle », celle que chaque jeune décide d’utiliser comme il le veut, y compris pour acheter une PS5, faire un escape game ou voir un navet interstellaire. L’argent public, le nôtre, sert donc les intérêts des industries culturelles sans changer les usages culturels, pauvres ou riches, de nos jeunes.

Pourquoi donc se plaindre du brutal arrêt du dispositif ? Parce qu’aux marges de la gabegie les librairies indépendantes constatent aussi un accroissement de leurs ventes grâce au pass Culture, même si une part se concentre sur les mangas et les bestsellers. Mais aussi, surtout, parce que la « part collective » gérée par les professeurs permet aujourd’hui de financer les sorties des élèves, et est devenue importante pour les recettes des théâtres et lieux culturels qui mettent en place des dispositifs à destination des jeunes. En ces temps de disette, cette part de recettes n’est plus négligeable.

Alors que le Haut Conseil de l’éducation artistique et culturelle est violemment attaqué par le Sénat, que les subventions aux associations culturelles et sociales sont en baisse drastique, que les adultes relais sont supprimés par l’État, que les services civiques sont suspendus, c’est toute une chaîne patiemment construite entre les générations, les cultures et les pratiques qui est attaquée, de toute part. 

Les capitalistes ont-ils oublié que souffler sur les braises des guerres sociales ne peut, à terme, que desservir leurs intérêts, et nous entraîner tous ensemble vers un nazisme réinventé, que seuls des esprits libres, démocratiques, éduqués, cultivés, savent combattre ?  

AgnÈs Freschel


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Pépin

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Pépin © XDR
Pépin © XDR

La Criée sait comment lancer les vacances d’hiver. Du 6 au 9 février, la Scène dramatique nationale de Marseille propose le spectacle jeune public Pépin (à partir de 9 ans), écrit par Kariam El Kharraze et Christelle Harbonn, qui en assure aussi la mise en scène. Dans cette fable aux allures de dystopie très humide – la quasi-totalité de la planète est recouverte par les eaux – ne survit qu’un petit territoire appelé Ville, tenu de main de fer par un régime autoritaire : on n’a même pas le droit de pleurer pour ne pas rajouter de l’eau ! On y suit les aventures de Pépin et Baba, en quête d’un avenir meilleur pour le monde. 

NICOLAS SANTUCCI

6 au 8 février 
La Criée, Théâtre national de Marseille  

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Black Lights 

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Black Lights © Marc Coudrais, les danseurs en mouvement
Black Lights © Marc Coudrais

Parler des femmes face à toutes les violences, qu’elles soient physiques ou morales. C’était le point de départ de la série H24, diffusée sur Arte, qui s’appuyait sur 10 textes écrits par autant d’autrices à travers le monde. De cette série coup de poing, la chorégraphe Mathilde Monnier en a fait le spectacle-manifeste intitulé Black Lights. Ici la littérature se fait danse, et les huit interprètes incarnent à travers leurs mouvements les paroles de ces écrivaines. Le plateau devient alors l’espace de lutte, où colère, joie, impuissance, et détermination se bousculent. Au plus près du spectacle, et du vivant. 

NICOLAS SANTUCCI

6 et 7 février
Bois de l’Aune
, Aix-en-Provence

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Babïl

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les deux comédiens pour BABIL
Babïl © Fred Saurel

Tohu et Bohu parlent, l’un vite et trop, l’autre moins… Agnès Régolo, directrice de la compagnie marseillaise Du jour au lendemain, met en scène la pièce de Sarah Carré avec un formidable duo d’acteurs : Raphaël Bocobza et Antoine Laudet plongent vers les prémices du langage, ceux d’enfants qui apprennent à babiller, ceux des civilisations qui construisent la Tour de Babel et sa multitude de langues… Parler, est-ce se comprendre ou se séparer ? Babïl, simplement, affirme que nous sommes des êtres de langage, et du plaisir de babiller, chacun à son rythme, chacun dans sa langue, mais ensemble. Un spectacle réjouissant, pour tous et toutes dès 5 ans. 

AGNÈS FRESCHEL

11 février à 10h30 et 14h30
Forum de Berre, Berre-l'Étang

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7 secondes d’éternité 

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Hedy Lamarr en noir et blanc
Hedy Lamarr Ziegfel Girl © XDR

Hedy Lamarr, de son vrai nom Hedwig Kiesler, est une actrice, productrice et inventrice autrichienne naturalisée américaine, et dont l’incroyable vie a inspiré le dramaturge autrichien Peter Turrini. C’est de cette vie, et de ce texte, que s’empare la compagnie Animal 2nd pour Sept secondes d’éternité, présentée ce 7 février à Mornas à l’invitation de Centre Dramatique des Villages du Haut Vaucluse. On se balade, entre Europe et Amérique, au plus près de ce personnage plus qu’étonnant : Elle est la première femme à apparaître nue sur un grand écran, elle aurait inspirée le personnage de Catwoman… et est à l’origine de la Wi-fi. Rien que ça ? 

LILLI BERTON FOUCHET

7 février
Salle des fêtes de Mornas
À l’invitation du Centre dramatique des Villages du Haut Vaucluse

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Un Boléro / Récital

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un-bolero_credit_laurent-paillier François chaignaud en mouvement
Un Boléro © Laurent Paillier

Les chorégraphes François Chaignaud et Dominique Brun présentent deux solos de danse ce 6 février au Pavillon Noir (Aix-en-Provence). D’abord Un Boléro, qui revisite l’œuvre de Ravel, avec Sandrine Legrand et Jérôme Granjon derrière les pianos. Traversant les cultures et les époques, le danseur prend inspiration dans la figure de Bronislava Nijinska, la première et unique femme chorégraphe des Ballets russes ; mais aussi dans le butō de Tatsumo Hijikata ; ou La Argentina, fondatrice des ballets espagnols. Puis Récital, le second solo, s’immisce dans l’univers d’Isadora Duncan, pionnière oubliée de la danse moderne et libératrice du corset et du tutu. Une performance ardente pour le danseur, dans laquelle son corps sculpté et sa longue robe s’alignent au rythme du récital, alternant mouvements rapides et lents, tournoiements, spirales et courses effrénées. 

LILLI BERTON FOUCHET

6 février
Pavillon Noir, Aix-en-Provence