mercredi 1 juillet 2026
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Loin dans la mer

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Loin dans la mer © Aude-Marie Boudin
Loin dans la mer © Aude-Marie Boudin

« Est-ce que vous êtes déjà tombés amoureux ? », telle est la question que les cinq comédien·ne·s, en situation de handicap, membres de la Compagnie de l’Oiseau-Mouche, posent au public les yeux dans les yeux, avant d’entrer dans cette libre adaptation de La Petite Sirène d’Andersen, signée par la metteuse en scène Lisa Guez. Une adaptation sans costumes de poisson ni décors de fonds marins, dans laquelle l’héroïne-sirène porte un jogging et des converses, la grand-mère est un comédien, et la sorcière une vamp en manteau de fourrure léopard et lunettes noires. Une métaphore de la quête d’absolu et une revisite critique et féministe de cette fable, questionnant, avec robes scintillantes et esprit caustique, la représentation de l’amour. 

MARC VOIRY

18 mars
Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules

Le cercle des poètes disparus

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cercle des poètes disparus
© Louis Josse

Le film de Peter Weir, succès planétaire, Oscar du meilleur scénario en 1990, a inspiré pour son premier spectacle « pour adultes » le metteur en scène Olivier Solivérès, qui l’a adapté pour le théâtre. Et qui a dû être tenace : entre la première demande d’achat des droits (refusée) jusqu’à la création, 11 ans se sont écoulés ! Mais bien lui en a pris : le spectacle a reçu six nominations aux Molières 2024, obtenant celui de la meilleure mise en scène. Le pensionnat de jeunes garçons où règne un ordre militaire, soudain saisi par la fièvre poétique et libertaire d’un nouveau professeur de littérature charismatique et iconoclaste, prend ses quartiers au Théâtre de L’Odéon : dans le rôle du professeur Stephen Freiss, entouré de six jeunes comédiens effervescents. Carpe Diem ! 

MARC VOIRY

Du 18 au 22 mars 
Théâtre de L’Odéon, Marseille
Une programmation du Théâtre du Gymnase

Icare

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icare
Icare © Cie Coup de Poker

Double parcours initiatique dans ce spectacle écrit et mis en scène par Guillaume Barbot : celui d’Icare 4, et de son père. Un père obnubilé par tout ce qu’il trouve dangereux pour son fils : les rues, le tram, le parc, les autres enfants à l’école. Et un fils qui se rend compte qu’il n’est cap de rien, même pas de sauter du muret de la cour de récréation. Alors, finalement, Icare décide de prendre des risques. Mais au fur et à mesure de ses prises de risque, des ailes lui poussent réellement dans le dos… Réunissant, dans une scénographie en forme d’immense maison labyrinthe, une circassienne, un vidéaste, et un ensemble de musique baroque, un spectacle grand format, nommé pour le Molière du spectacle jeune public 2024, qui interroge les liens qui emprisonnent, et ce que grandir veut dire. 

MARC VOIRY

15 mars
Les Salins, Scène nationale de Martigues

« Blue Sun Palace » : du bleu dans le blues

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On mange souvent dans le cinéma asiatique. Blue Sun Palace, bien que signé par la Sino- Américaine Constance Tsang, qui vit à New York, ne déroge pas à cette règle, s’inspirant des maîtres tel que Tsai Ming-liang. La jeune réalisatrice lui emprunte d’ailleurs pour le rôle masculin principal, son acteur fétiche, Lee Kang-sheng.

Le film commence dans un restaurant du Queens devant un poulet pimenté partagé par des amoureux rieurs. Il finit dans un établissement de Baltimore avec le même plat dégusté en solitaire. Rien d’anecdotique ici. Pour tous les exilés, les odeurs, les saveurs des plats du pays touchent à l’intime et à l’identité culturelle, au plaisir présent et à la nostalgie.

Didi (Haipeng Xu) est masseuse dans un salon newyorkais qui ne propose pas de services sexuels comme le stipule l’affichette sur la porte. De la ville occidentale, on ne voit presque rien. Les clients sont en majorité des hommes blancs. Les rumeurs urbaines s’échouent ici comme des vagues. Didi partage son lieu de travail, qui fait office de lieu de vie, avec trois collègues taïwanaises, immigrées comme elle. Elle a, on l’apprendra bien plus tard, une fille de 7 ans élevée à Baltimore par une tante, et a rencontré – sans doute à l’occasion d’un massage –, Cheung, un compatriote, employé dans une entreprise du bâtiment.

Bonheur simple

Toutes les semaines, il invite Didi au restaurant. Tous deux vont ensuite au karaoké. Un soir, la jeune femme l’emmène, contre le règlement, chez elle à l’insu de ses amies, collègues et colocataires. Au matin, un grand soleil éclaire la chambre. Pas de passion torride. Un attachement, une proximité, une tendresse. Peu de paroles entre les amants. Peu d’informations pour le spectateur. Ils rêvent au futur simple d’un bonheur simple : une maison près de la mer, un gros chien, de bons plats à savourer à deux… Didi donne à Cheung une photo d’océan.

Puis tout bascule à la suite d’une agression, le jour du nouvel an chinois, suggérant la violence latente portée aux communautés asiatiques en Amérique. Le film se déplace alors sur Amy (Wu Ke-xi), une de ses colocataires, au bord de la folie.

La réalisatrice inscrit tous ses personnages dans un espace contraint parfois fragmenté par le jeu des miroirs ou des voilages : les tables de restos, la cuisine des filles, l’entrée du salon, le couloir sur lequel s’ouvrent les cabines exiguës fermées par des rideaux, les escaliers de l’immeuble. La lumière arrive là, le plus souvent filtrée, tamisée.

Associant avec une grande maîtrise réalisme et stylisation, Constance Tsang nous installe dans la quotidienneté des gestes. Balayer, laver les vitres, ranger, préparer les repas, s’occuper du linge, masser les clients jusqu’à la limite de la masturbation, parfois demandée, parfois obtenue. À Baltimore, l’Atlantique se superpose à la photo offerte à Cheung par Didi. Un espace enfin ouvert et bleu à l’infini pour clore ce très joli premier film.

ÉLISE PADOVANI

Blue Sun Palace, de Constance Tsang

En salles le 12 mars

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Vers un pays inconnu

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(C) Eurozoom

Reda et Chatila
Ils sont palestiniens et viennent d’un camp de réfugiés au Liban : deux cousins, Chatila (Mahmood Bakri) et Reda (Aram Sabbagh), toujours avec son skate-board. Ils habitent dans un squat à Athènes et rêvent de pouvoir partir à Berlin. Mais sans papiers et sans argent, peu de chance d’y arriver. Il s’agit donc de s’en procurer. Les deux cousins multiplient les combines, promeneurs qu’on arnaque dans les parcs, vol de chaussures dans les magasins et revente, prostitution parfois. La somme d’argent qu’exigent les passeurs est d’autant plus difficile à obtenir que Reda a une fâcheuse tendance à se défoncer et à dilapider l’argent péniblement amassé. Chatila le plus responsable des deux, met consciencieusement de côté leurs gains car il espère pouvoir faire venir plus tard en Allemagne sa femme et son fils qui vivent encore dans un camp libanais. Il pique régulièrement des colères contre Reda, qui reste toutefois sa seule attache dans cette ville. Avec Malik (Mohammad Alsurafa), un jeune garçon de 13 ans, abandonné en Grèce et qui voudrait rejoindre sa tante en Italie, ils partagent quelques moments chaleureux, les seuls de cette vie de galère. Mahdi Fleifel les suit dans leur errance, dans une ville aux ruelles taguées, sales, loin des lieux emblématiques, dans des squats où s’entassent tous ceux qui sont là et voudraient partir, et que la caméra de Thodoris Mihopoulos filme, révélant leur misère.

Thriller nerveux

Mahdi Fleifel s’est inspiré de faits réels, d’histoires vécues pour réaliser ce premier long métrage de fiction. « Athènes me rappelait Beyrouth » a précisé le cinéaste, né à Dubaï, élevé dans le camp libanais d’Ain el Helweb qu’il avait évoqué dans son documentaire A World Not Ours en 2012. Quant à Chatila et Reda, superbement interprétés, ce sont George et Lennie, les personnages de Des Souris et des hommes de John Steinbeck, qui les ont inspirés : Mahdi Fleifel nous les a rendus attachants malgré leurs errements et leurs méfaits. « Chatila, on est des monstres ! » reconnait Reda. Et comme le récite Abu Love, un des personnages, citant des vers de Mahmoud Darwich « Tu n’as pas de frères, mon frère, pas d’amis, mon ami, pas de citadelle, pas d’eau, pas de médicaments […] Dans cet espace ouvert aux ennemis et à l’oubli, fais de chaque barricade un pays. ». Ils nous font sourire aussi parfois, surtout Réda qui accumule les bêtises. À travers eux, le cinéaste parle bien évidemment du destin des Palestiniens, sanslourdeur, dans un rythme rapide, tel un thriller nerveux, ponctuant son film de moments à la limite du comique.

 « Lorsque nous avons entamé ce projet, les événements en Palestine venaient de reprendre. Cela a eu un impact profond sur nous tous, (…) Nous avons réalisé qu’il n’y avait rien à dissimuler. Nous avions le choix entre rester passifs, figés devant les informations, ou bien investir corps et âme dans la réalisation de ce film » a déclaré le réalisateur au moment de sa présentation à la Quinzaine des cinéastes à Cannes.

Un film qui résonne très fort en cette période.

ANNIE GAVA

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Oona Doherty danse Belfast

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© HTBS Press

Tout commence dans une salle obscure. Seul un faisceau de lumière éclaire trois jeunes gens vêtus de noir, capuches vissées sur la tête, mains dans les poches. Ils fixent la fumée qui s’élève d’un feu imaginaire. Le décor est posé : nous sommes dans les rues de Belfast, cette ville marquée par trente ans de conflit et pour laquelle Oona Doherty écrit sa prière en quatre tableaux.

La chorégraphe apparaît ensuite, allongée au sol, simplement vêtue d’un t-shirt blanc et d’un bas de jogging. Derrière elle, pour seul décor, une immense cage en métal. L’espace sonore est occupé par des voix, des sons de rue et les paroles d’habitants de Belfast, sur fond de musique sacrée. OonaDoherty leur donne vie avec deux solos puissants, en ouverture et en clôture de la soirée : elle les danse, les incarne, les mime aussi, avec une intensité fascinante, traduisant jusque sur son visage les émotions de chacun. Hip-hop, capoeira et danse urbaine se mêlent dans sa performance brute et expressive.

Forts et tendres 

Puis, les Sugar Army entrent en scène avec une énergie palpable. Ce sont de jeunes danseuses, recrutées dans chaque ville où le spectacle se joue. Vêtues de treillis et de bombers satinés aux couleurs vives, elles racontent le chemin chaotique de l’adolescence à travers des courses circulaires effrénées, un haka revisité, des parades aux allures de défilés de mode…

Dans le tableau suivant, deux interprètes aux allures massives de lutteurs, torses nus, avancent très lentement l’un vers l’autre pour finir enlacés. Ils luttent, se repoussent et se retrouvent à nouveau. A la fois forts et tendres – hard and soft – on y perçoit un choc des générations, une confrontation complexe des sentiments et des idées, au sein d’une même famille mais aussi au sein d’une même ville. Oona Doherty raconte son Belfast avec rage et poésie, témoignant ainsi des différentes facettes de ses habitants.

CÉLIANE PERES-PAGÈS

Spectacle le 1er mars au Pavillon Noir, Aix-en-Provence.  

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Le jazz de Jacky Terrasson à La Criée

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© E.M.

La grande salle de La Criée affichait complet pour le concert de Jacky Terrasson. Le pianiste, à l’aube de la soixantaine, devait livrer un set brûlant, principalement issu de son dernier album Moving On, avec ses partenaires de tournée : Sylvain Romano (contrebasse, et marseillais de l’étape) et Lukmil Perez (batterie). Dans cette forme canonique du trio jazz, l’évocation d’Ahmad Jamal était un passage obligé : la première composition originale était un hommage à « l’architecte », débordant de sensations contrastées, par un interplay constant entre les musiciens. 

Besame Mucho, introduit par une évocation de Chopin, fait l’objet de variations rythmiques au service de la seule sensualité. L’ensemble du set est à l’avenant : les compositions originales comme les standards faisant l’objet de traitements polyrythmiques et polyphoniques à fort degré de swing et de groove, avec un détour obligé par le blues – sur un Misty d’une rare profondeur jusqu’à un Autumn Leaves reconstruit autour d’un contrepoint ravageur. Et à un chant d’oiseau enregistré à Bornéo, intitulé Edit Piaf, de donner au concert les atours d’une performance écologique.

LAURENT DUSSUTOUR

Concert donné le 3 mars à La Criée, théâtre national de Marseille.
Une proposition de Marseille Concerts.

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Sigmar Polke : se jouer de l’art

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sigmar polke
Sigmar Polke, Flüchtende (Fugitifs) 1992. Carré d’Art, Musée d’art contemporain de Nîmes © The Estate of Sigmar Polke/ Adagp, Paris, 2005 Photo Franck Sperling

Peu exposé en France depuis quelques années, Sigmar Polke (1941-2010) est un artiste, peintre et photographe allemand, connu notamment pour ses expérimentations formelles en termes de style et de matériaux. Inaugurée le 1er mars, l’exposition Sigmar Polke, Sous les pavés, la terre (dont le titre a été choisi en référence à l’énergie transgressive de mai 1968 qui irrigue ses premiers travaux) offre un panorama de son œuvre, avec la peinture au cœur du propos. Comme toujours à la Fondation, le commissariat est assuré par sa directrice Bice Curiger, qui fut une amie personnelle de Sigmar Polke avant sa mort, et une spécialiste de son œuvre. Elle apparaît d’ailleurs sur l’un des films tournés par Polke et ses pairs et diffusés sur des télévisions dans différentes salles de l’exposition. 

Au-delà des codes 

Affranchi des codes classiques de la peinture, Polke se distingue en travaillant le plus souvent sur des tissus d’occasion ou industriels. Ainsi, Gangster (1988) et Cristal d’un souffle (1997), sont peints sur des voilages enduits, produisant de beaux jeux de transparence, et c’est une flanelle sale à motifs qui accueille les lignes abstraites d’Images de hérons II.

© The Estate of Sigmar Polke, Cologne/ Adagp, Paris, 2025

Il travaille aussi sur des trames d’images de journaux, qu’il imprime ou reproduit à la main point par point, en s’intéressant aux tâches et autres ratés que cela produit. C’est l’un des procédésutilisés pour ses célèbres Fugitifs (1992).

Photographies 

Si l’exposition se concentre en priorité sur les peintures de Polke, elle présente aussi une partie de son travail photographique. Une salle est consacrée à ses clichés des catacombes de Palerme (1976), d’autres photos documentent sa recherche autour de la peinture, par exemple autour d’Estampe et Révolution, 200 ans après, tableau réalisé dans le cadre d’une grande commande publique pour le bicentenaire de la Révolution française. 

Cette belle exploration de l’œuvre de Polke se conclut sur un film de ses dernières œuvres, douze vitraux pour la Cathédrale Grossmünster de Zurich, créés en 2009. Déjà très riche, l’exposition sera complétée à partir du 21 mars, par Paganini et Le jour de gloire est arrivé, deux tableaux importants datant des années 1980, actuellement exposé au musée du Prado de Madrid.

CHLOÉ MACAIRE

Sigmar Polke. Sous les pavés, la terre
Jusqu’au 26 octobre 
Fondation Van Gogh, Arles

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Carton plein pour Émilie Lalande

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Émilie Lalande
© Jean-Claude Carbonne

Créé en 2017, le Pierre et le loup revu et chorégraphié par Émilie Lalande a depuis tracé un joli chemin. Le principe demeure le même face à une salle toujours comble, pour des sessions en scolaire comme pour la séance du mercredi après-midi : les membres du public décident au lever du rideau quels danseurs vont interpréter ces rôles qu’ils connaissent sur le bout des doigts – ou plutôt des oreilles !

Ce mercredi 26 février, Anaïs Pensé endosse les – quelques – plumes de l’Oiseau. Baptiste Martinez sort les griffes pour se glisser dans les pattes du chat. Audrey Lièvremont chausse, quant à elle, de belles palmes de plongée et un air invariablement nigaud pour donner corps à un canard si attachant ; Jean-Charles Jousni bombe le torse pour incarner un Pierre au courage inaltérable ; Marius Delcourt courbe son dos et tremble du mollet, car le grand-père semble ici plus âgé que jamais. Et Jérémy Kouyoumdjian prête enfin ses traits au chasseur et au loup – ne sont-ils au fond pas les deux faces d’une même pièce ? 

Un tube pour la jeunesse

L’ouverture laisse le temps aux jeunes spectateurs de peser le pour et le contre, et aux interprètes d’essayer leurs costumes. Mais on peinera, une fois le spectacle commencé, à imaginer une distribution moins idéale. C’est que les interprètes se révèlent particulièrement investis physiquement dans une chorégraphie maline, grâcieuse et symboliquement riche, mais également théâtralement dans la caractérisation volontairement outrée de leurs personnages. 

Dans le rôle de la narratrice, Émilie Lalande rappelle la finesse et la précision de sa gestuelle, elle qui fut il y a quelques années une grande interprète du Ballet Preljocaj. L’influence du chorégraphe est tangible mais jamais écrasante, d’autant que l’humour mais également la plasticité bricolée de l’artiste, également présente aux décors et costumes, insuffle une forte identité au tout. Un inratable du spectacle jeunesse, applaudi à tout rompre par des enfants fascinés et émus. 

SUZANNE CANESSA

Spectacle donné les 3 et 4 mars au Pavillon Noir, Aix-en-Provence.

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« Berlin, été 42 » : L’amour contre la barbarie

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Arrêtée comme son compagnon en 1942, alors qu’elle était enceinte. Guillotinée en 1943 avec ses camarades de lutte, Hilde Coppi a laissé un fils né en prison, qui n’eut de cesse de garder la mémoire de ses parents, et dont on entend les mots à la fin du film. Pour rendre hommage, justice, corps et voix à la jeune Résistante, le réalisateur choisit la douceur et la modestie. Pas de croix gammées, de coups de feu, de séances insoutenables de torture. Pas plus que d’actes de sabotage pyrotechniques spectaculaires. Andreas Dresen évoque un été radieux. La rencontre amoureuse d’Hilde ( Liv Lisa Fries) et de Hans Coppi ( Johannes Hegemann), les baignades et les pique-niques des jeunes Résistants au bord de l’eau, l’exultation de leur jeunesse solaire comme une véritable ode à la Vie. Images saturées de lumière qui reviendront assez conventionnellement en flash back alors qu’Hilde de sa prison n’aperçoit qu’un bout de ciel. En alternance, espaces ouverts de liberté et espaces fermés (ceux pour l’amour et la clandestinité puis pour la mort).

Le réalisateur dit avoir voulu s’éloigner des stéréotypes héroïques qui lui étaient proposés dans la RDA de son enfance, rendant perversement inaccessible au commun des mortels toute rébellion. Il montre comment la résistance à la monstruosité du Troisième Reich passe par de petits actes : une femme qui cache un document dangereux en s’asseyant dessus, une infirmière qui s’oppose à un docteur-boucher, une matonne qui infléchit les règles pour aider Hilde.

La boussole

Incarnée par Liv Lisa Fries – l’inoubliable Charlotte Ritter de la série Babylon Berlin -, Hilde est une fille sage, discrète, au look de gouvernante avec sa tenue convenable et ses lunettes rondes. Une fille bien élevée même quand la Gestapo l’interroge. C’est par amour pour Hans qu’elle rejoint le réseau d’activistes et met sa subtilité au service de leur lutte anti nazie, apprend le morse, envoie des messages aux Soviétiques, écoute les émissions de Radio Moscou pour transmettre aux familles des nouvelles des prisonniers allemands, colle des affiches. Liv excelle à traduire par ses gestes et postures. la vulnérabilité de cette femme et cette force intérieure, « cette boussole » comme dit le réalisateur qui lui indique ce qui est juste de faire. De Hilde avec amour, les derniers mots d’une dernière lettre de Hilde Coppi, repris par le titre du film semblent s’adresser tout aussi bien à sa mère et à son fils, qu’à nous qui voyons 80 ans plus tard, la résurgence décomplexée des mouvements fascistes.

ELISE PADOVANI

En salles le 12 mars 2025

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