mardi 31 mars 2026
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Jazz sur la Ville reprend son rythme

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Pat Metheny © DR

Quand la saison des feuilles mortes arrive, le festival Jazz sur la Ville permet de braquer les projecteurs sur des programmations habituellement dispersées, fédérant des lieux, des équipes et des artistes sous la bannière d’un genre musical dont les velléités improvisatrices sont autant de promesses d’émancipation. C’est dans cette même énergie que s’élance cette nouvelle édition, jusqu’au 7 décembre d’Avignon à Marseille, en passant par Vitrolles, La Ciotat ou Aix-en-Provence. 

Parmi les acteurs à la manœuvre, l’association Charlie Jazz met d’emblée la barre très haut avec ses Rendez-Vous de Charlie à Vitrolles (6 et 7 novembre). Il aligne le légendaire guitariste Pat Metheny, pour une performance solo (déjà complète) et une soirée italienne avec le duo Rita Marticulli (piano)/Luciano Bondini (accordéon) et le sublime quartet du saxophoniste Stefano di Battista dont le dernier répertoire, « La Dolce Vita », enjazze les standards populaires et cinématographiques de la Botte dans un maelstrom de swing et d’émotion. 

D’autres artistes internationaux animeront les scènes régionales. Yes ! Trio notamment est programmé par Marseille Jazz des Cinq Continents à Miramas (16 novembre) dans le cadre de son « parcours métropolitain » : trois maestros américains dans une configuration classique piano au service d’un swing qu’on pourrait croire éternel. Jonathan Kreisberg, guitariste originaire de Miami, s’exprimera quant à lui en trio avec orgue hammond et batterie – une configuration propice aux improvisations les plus électriques – à Salon-de-Provence (15 novembre). Le même lieu accueille le 12 novembre la prestation très attendue de l’octet dirigé par le flûtiste varois Christophe Dal Sasso, qui convie la saxophoniste d’origine portoricaine Shekinah Rodz, ou encore le quartet de la swinguante contrebassiste Naïma Giroud.

Palestine, Arménie, Kabylie…

Dans un registre plus « rappologique », c’est à Toussaint Louverture (figure de l’indépendance d’Haïti dont le nom reste synonyme de décolonisation depuis plus 200 ans, bien qu’il mourût déporté en France) que l’Américain Napoleon Maddox rendra hommage à La Mesòn le 30 novembre aux côtés du beatmaker hexagonal Sorg. La veille, la petite salle du quartier Longchamp (Marseille) convie également la chanteuse Sarah Lenka, dans une formation intimiste, dont le nouveau répertoire donne à entendre les voix des diversités qui la nourrissent – ses origines kabyles notamment, sans oublier quelques références à l’Arménie. 

Sorg & Napoleon Maddox © MS Studio

La Cité de la Musique, à Marseille, accueillera les prestations d’artistes déployant des ondes musicales sans frontières, aux origines joyeusement incontrôlées. Qu’il s’agisse du violoncelliste Gaspar Claus (8 novembre) ou la chanteuse-oudiste d’origine palestinienne Kamilya Jubran (29 novembre), dont les prestations sont autant de saines piqûres de rappel des terribles souffrances infligées à son peuple. Quant à la Maison du Chant, l’un des piliers de l’équipe organisatrice, c’est la formation Maluca Beleza qui s’exprimera sur sa scène le 24 novembre : la chanteuse Caroline Tolla s’est entourée de redoutables musiciens (Wim Welkers, guitare et Pierre Fénichel, contrebasse, notamment) pour un hommage au Brésil, en particulier au choro, fertile terreau pour l’improvisation. 

Tout doucement ?

Signalons enfin la présence des inlassables artistes régionaux comme la contre-diva Cathy Heiting (accompagnée ici par le guitariste Loïs Coeurdeuil), ou bien le trompettiste Christophe Leloil au Fort Napoléon, à La Seyne-sur-Mer, lieu emblématique du jazz sur la côte varoise. Gageons que Marion Rampal ne dédaignerait pas d’être considérée comme une « régionale de l’étape » : plus blueswoman que jamais, c’est sur la scène du Forum de Berre que cette provençale-désormais-parisienne-largement-créolisée donnera son tour de chant. 

Il y aurait encore bien des pièces à rajouter à ce patchwork musical sous lequel il fera bon se lover afin de profiter de la saison des feuilles mortes… « Tout doucement », comme dit la chanson ? Peut-être. « Sans faire de bruit » ? C’est moins sûr et c’est tant mieux !

LAURENT DUSSUTOUR

Jazz sur la Ville
Jusqu’au 7 décembre
Divers lieux, Région Sud

Le Rendez-vous de Charlie
6 et 7 novembre
Divers lieux, Vitrolles
charlie-jazz.com

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Ces prix que nous gagnons

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Malgré le résultat des élections américaines et même si cela peut changer le monde, des chapes d’oppression ont été levées et des horizons, dégagés, apparaissent. À chaque pas dans la ville, chaque #metoo révélé, chaque roman effeuillé, chaque applaudissement de théâtre, nous le constatons : le monde a déjà changé. 

Le bouleversement culturel que nous vivons est profond, même si les forces réactionnaires, puissantes, sont en marche pour endiguer la vague et protéger leurs acquis rancis et leurs terres stériles. Les monstres de Gramsci sont là, ceux qui surgissent dans le clair-obscur des transitions politiques, lorsque les idées ont germé puis fleuri mais que la moisson se fait attendre. Des zombis presque oubliés ressortent de leur naphtaline et censurent les universités américaines, les télés russes, les librairies algériennes. Confrontés à la fin d’une domination qui leur semblait naturelle les plus dangereux des vieux charognards s’éveillent et étrillent le monde de leurs actes terroristes, leurs massacres de civils et leurs urbicides. 

Toute cette violence n’est plus un danger mais un fait, en actes, irréversible dans ses douleurs infligées aux humains et aux peuples. Mais les avancées des idées, les progrès civilisationnels, sont tout aussi irrévocables. 

Récits d’opprimé.e.s

Kamel Daoud emporte le prix Goncourt, avec Houris, un roman qui met en question le régime algérien, sa loi du silence sur la décennie noire, sa main mise sur le corps des femmes, son rapport aliénant à la langue imposée. Un roman qui est pourtant un chant d’amour à l’Algérie, à ses combats et à ses souffrances, dans une langue française marquée à chaque pas, chaque syllabe, de la musicalité et de la force imagée de l’arabe poétique. 

À l’heure où une loi réactionnaire brise l’égalité de droit des binationaux français, ce prix Goncourt franco-algérien se double d’un Renaudot attribué à Gaël Faye [lire notre article ici], autre auteur binational, porteur de l’histoire du génocide Tutsi. 

Plus inattendu encore, à Marseille, le premier prix du Salon du Livre métropolitain est attribué à Alana S.Portero, autrice espagnole trans, pour un roman magnifique, La Mauvaise habitude, paru en 2023. Sa langue flamboyante happe le lecteur de la première à la dernière ligne et emmène à la rencontre de femmes magnifiques, populaires et libres, et de queers qui ouvrent à tous·tes le chemin de la liberté, loin des assignations sociales et genrées. 

Liberté sur les écrans, les scènes, les cimaises

Ces reconnaissances littéraires sont le fruit de programmations culturelles publiques qui affirment de plus en plus fort la force politique et subversive des arts. Ainsi, cette semaine, les Artistes en exil ouvrent leur expo collective Censures, la biennale numérique investit le virtuel comme un espace créateur d’imaginaire, Africapt projette Bye Bye Tibériade sur la Palestine  et Dahomey sur la restitution des œuvres pillées par la colonisation française. Les racisés, les femmes artistes au [MAC], les queers, les exilés, se font entendre, et portent enfin, d’une voix faite de chacun de leurs chants parfois imparfaits, l’idée d’une culture plurielle, d’une histoire des libertés acquises et des luttes. 

Ces voix multiples et complexes, lorsque les zombies réactionnaires seront retournés à leurs tombes, devront aussi se sortir des champs de mines où ils les ont laissés. Toute domination ne se maintient qu’en opposant et divisant les dominés : les femmes, les arabes, les juifs et les amazighs, tous les LGBTQI que le sigle suppose, tous les discriminé·e·s physiques et sociaux, devront à leur tour renoncer à dominer les plus fragiles qu’eux. Jusqu’à ce qu’enfin les derniers arrivés ne ferment plus la porte, et que l’humanité libérée circule. 

Agnès Freschel

Africapt : lumière sur les écrans africains

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Quand le pays d’Apt se revêt des couleurs d’automne, on sait que c’est le moment de partir en voyage en cinéma africain à l’occasion du festival Africapt. Cette année, pas moins d’une vingtaine de longs métrages, fictions et documentaires sans oublier trois séances de courts métrages sont présentés au cinéma César d’Apt mais aussi dans les villages environnants. Des films, de nouveaux talents ou de cinéastes confirmés, qui parlent de questions sociales, culturelles, politiques, ou interrogent et font rêver…

Du nord au sud

Cinq longs métrages viennent d’Algérie : L Effacement de Karim Moussaoui, une chronique familiale et sociétale, un climat de tension jusqu’au dénouement final. 2G de Karim Sayad explore la réalité des anciens passeurs à Agadez en 2021 ; La Langue du feu de Tarek Sami propose un périple entre la Jungle de Calais et l’Afrique du Sud ; Marin des montagnes de Karim Aïnouz, un voyage en Kabylie, dans une quête des origines paternelles. Sans oublier le superbe Bye Bye Tibériade, récit émouvant d’une Palestine déchirée par l’actrice Hiam Abbass et sa fille Lina Soualem.

Deux fictions venues du Maroc : Jours d’été de Faouzi Bensaïdi, film qui explore la complexité des liens familiaux et la fuite inéluctable du temps en revisitant La Cerisaie d’Anton Tchekhov. Et La mer au loin de Saïd Hamich Benlarbi, un parcours initiatique à Marseille qui commence comme un film noir, un mélodrame au rythme du raï.

De Tunisie, le deuxième long de Mehdi M. Barsaoui, Aïcha (Section Orizzonti à la Mostra), inspiré d’un fait réel. Et d’Égypte le beau documentaire de Nada et Ayman El Amir, Les Filles du  Nil, qui nous fait partager les doutes, les peurs, les joies, l’énergie d’adolescentes, femmes en devenir. Avec The village next to paradise du Somalien Mo Harawe,on suit la galère d’un père aimant mais un peu défaillant et dans Demba du Sénégalais, Mamadou Dia, la vie d’un père veuf tourmenté et désarmé suite à la mort de sa femme. Venu aussi du Sénégal, l’Ours d’Or de la Berlinale, le très réussi Dahomey de Mati Diop.

Des zébus francophones

Abderrahmane Sissako fait se rencontrer l’Afrique et la Chine dans Black Tea, et grâce à Raoul Peck, on découvrira le travail du grand photographe sud-africain, le premier à avoir exposé au monde entier les horreurs de l’apartheid dans Ernest Cole, photographe. Deux films venus de Madagascar : une fiction, Disco Afrika : une histoire malgache,Luck Razanajaona s’interroge sur le présent de Madagascar qui se reconstruit. Et un documentaire : Chez les zébus francophones de Lova Nantenaina, l’histoire de Ly, l’un des derniers paysans orateurs de la capitale. Coconut head generation d’Alain Kassanda montre la force du cinéma, avec des étudiants de  l’université d’Ibadan, qui n’ont pas « la tête creuse ». Toutes les couleurs du monde de Babatunde Apalowo raconte une histoire d’amour « interdite », entre deux hommes, dans un Lagos poétique.

Africapt c’est aussi des courts-métrages, un ciné-concert (le groupe Oriki propose un voyage dans le Dakar de Djibril Diop Mambéty), et des rencontres avec les cinéastes tous les matins. Un programme alléchant pour tous ceux qui aiment ou ont envie de découvrir le cinéma africain.

ANNIE GAVA

Africapt
Du 7 au 12 novembre
Apt et alentours
africapt-festival.fr

Festival Panorama : L’affaire Nevenka

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Soy Nevenka d'Icíar Bollaín © Epicentre Films

À celles et ceux qui continuent de penser qu’au fond les femmes disent non en pensant oui, il faut dire – a minima – d’aller voir Soy Nevenka (Je suis Nevenka). Et aux autres aussi, tant la force d’une fiction servie par l’incroyable performance de deux acteurs (Mireia Oriol et Urko Olazaba), associée au talent de la réalisatrice, transcendent le fait divers, frappent de plein fouet le spectateur et, mieux que toute argumentation, mettent en évidence les mécanismes d’une emprise

Nevenka Fernández, jeune diplômée de 25 ans, est élue conseillère municipale à Ponferrada, sur la liste du charismatique et populaire maire Ismael Alvarez. Le quinquagénaire, qui l’a repérée, a la réputation d’être un « coureur de jupons ». Chargée de la commission des finances, elle perd vite sa naïveté et ses illusions devant les magouilles du politicien qui ne supporte pas qu’elle se refuse à lui après une courte relation consentie. 

Dès lors, se met en place un harcèlement privé et professionnel, qui plonge Nevenka dans l’enfer. Elle sera la première femme à oser porter plainte contre un homme de pouvoir. Seule, contre une société qui voudrait bien fermer les yeux. Contre l’opinion qui la traite d’affabulatrice. Contre ses parents qui voudraient bien éviter le scandale et conserver les subventions de la ville pour leur entreprise, et contre certaines de ses amies qui travaillent pour le maire. Pionnière d’un #Metoo avant l’heure, elle gagnera le procès intenté contre son harceleur, pour affirmer sa dignité. 

Comme un animal traqué

Icíar Bollaín et sa coscénariste Isa Campo sont restées au plus près de la réalité, menant une enquête préalable dans la ville, s’appuyant sur le compte rendu du procès et les témoignages. Elles reconstituent très intelligemment l’état d’esprit d’une époque où le machisme allait de soi, où une mère devant l’effondrement de sa fille ravagée par les violences d’un homme qui aurait pu être son père, est capable de lui dire : « Dans quel état TU t’es mise ! ». 

Mais  Soy Nevenka n’est en rien un documentaire. Pas un film de procès non plus. Cet épisode final, quoique très fort – avec le réquisitoire d’un avocat général d’anthologie – n’occupe que peu de place.  Le film s’ouvre comme un thriller dans le halètement affolé d’une femme qui semble traquée alors qu’explosent les feux d’artifice d’une fête votive, séquence suivie du dépôt de la plainte chez l’avocat, puis il revient en arrière. 

La photo (Gris Jordana) fait archive et « texture cinématographique » : palette de couleurs des années 90, bleus pour la protagoniste, ocres et gris pour les personnages secondaires et les nombreux figurants qui rendent sensibles la solitude de la victime. On entre dans le processus qui transforme une jeune femme belle et intelligente en un être dévasté ayant perdu l’estime de soi, paralysé comme un animal dans des faisceaux de phare. Grâce à une mise en scène au cordeau, on partage son calvaire sans échappatoire. 

ÉLISE PADOVANI

Soy Nevenka  d'Icíar Bollaín
Projeté ouverture de Panorama
le 9 novembre 2025

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Photo Marseille : Territoires en photographies

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Daegu reflection, Kim Saehyun Project © Hyunmin Ryu

Pour sa 14e édition le festival Photo Marseille a souhaité rendre hommage à sa terre natale, à ses habitant.es, aux photographEs qui en renouvellent les représentations. L’ouverture officielle du festival a eu lieu le 10 octobre avec l’exposition collective Être(s) d’ici sur le quai d’honneur du Vieux-Port de Marseille, et dans la foulée se sont ouvertes plusieurs expositions, à la Galerie Zoème, à Maupetit, aux Territoires partagés au Pangolin (jusqu’au 24 novembre). Enfin, du 20 novembre au 20 février les parcs municipaux, exposeront des Regards d’enfants pour penser le territoire, restitutions d’ateliers photos menés dans le cadre du programme « Réussite Éducative » de la Ville de Marseille. 

Prix Maison-Blanche

Le point culminant du festival est le Prix Maison Blanche qui se déroule chaque année à la Mairie des 9/10. Y sont exposés depuis le 17 octobre les travaux des cinq lauréats. 

Dans le hall,  quatre panneaux où se répondent une vingtaine de natures mortes hétérogènes, parfois abstraites, toutes en jeux de formes, couleurs et lumières d’Anaïs Boileau ;  quatre photographies dynamiques de petits groupes de new-yorkais.es réalisées à Coney Island, fameuse plage à l’extrême sud de Brooklyn, de David Godicheau. Et les photographies réalisées par l’allemand Louis Roth, du chantier de la nouvelle capitale administrative égyptienne, montrée comme une fantasmagorie urbaine en plein désert, destinée à devenir à terme la capitale de l’Égypte en remplacement du Caire côtoient celles de l’italien Davide Degano, autour de l’identité italienne, entremêlant présent, passé colonial et vagues migratoires, combinant portraits, paysages urbains, et documents d’archives. 

Sae-hyun 

Sur les murs du salon d’honneur, les photographies du coréen Hyunmin Ryu, premier prix, qui verra son travail publié dans un ouvrage édité par le Bec en l’air. Une dizaine de ses photographies aux mises en scène malicieuses sont exposées mettent au centre son neveu Sae-hyun, avec lequel il a vécu pendant six ans dans la même maison. Un neveu qui est devenu aussi « un ami, un frère, un fils » sur lequel il porte un regard malicieux, à la fois bienveillant et aiguisé, qu’il photographie dans des mises en scènes ludiques inspirées du quotidien parfois nimbées d’un halo mélancolique, détournant la classique photo de famille de façon réjouissante.

MARC VOIRY 

Photo Marseille
Jusqu’au 13 novembre - Être(s) d’ici – Quai d’honneur
Jusqu’au 23 novembre- Accidentes geo-gráfico de Laura Quinonez – Galerie Zoème
Jusqu’au 24 novembre - Villa San Remigio de William Guidarini - Librairie Maupetit 
Jusqu’au 24 novembre - Chaos calme d’Anne-Sophie Costenoble - Le Pangolin
Jusqu’au 24 novembre - Prix Maison Blanche – Mairie du 9/10Jusqu’au 30 novembre. From the dust of the 21st century de Sandy Ott – Territoires partagés
Du 20 novembre au 20 février - Regards d’enfants pour penser le territoire - Parcs Longchamp, Font Obscure et François Billoux 

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Au Forum de Berre, lumière sur Augusta Holmès : compositrice oubliée de l’histoire

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Camille et Augusta au Forum de Berre © X-DR

Augusta Holmès se rêvait sous les traits de Richard Wagner : poétesse, librettiste, compositrice et musicienne accomplie, la belle irlandaise naturalisée française aura créé quatre opéras, vingt-quatre œuvres symphoniques et d’innombrables mélodies. Elle fut cependant, comme bon nombre de ses semblables ayant marqué la seconde moitié du XIXe siècle, délibérément effacée de l’Histoire de la musique. On ne saurait donc que trop remercier l’association Intim’Opéra, d’avoir voulu rendre justice à cette musicienne impressionnante, rêvant, à l’instar de son idole, de donner naissance à un art total. 

Sur la scène du Forum de Berre, on découvre, entonnées avec musicalité et sensibilité par la soprano Lucile Pessey, le ténor et comédien Yves Coudray, et accompagnée finement au piano par Marion Liotard, des pièces dont Augusta Holmès a non seulement signé la musique, mais également les textes. Loin de l’esthétique sage, intime et réservée prêtée alors aux femmes musiciennes, ses œuvres se distinguent alors par leur goût du monumental, leur vigueur textuelle, et même un certain ton guerrier. Les mélodies et autres extraits d’innombrables pièces entrent ici en résonance avec d’édifiants extraits de la presse d’alors, plus misogynes les uns que les autres. On devine, en filigrane, avec quelle animosité une œuvre ambitieuse a alors été accueillie : tolérée tant qu’elle se cantonnait à un rôle de pianiste accomplie ou de cantatrice piquante, la compositrice s’attirait les foudres de ses contemporains dès qu’elle se piquait de toucher au plus prestigieux des arts. Elle finit sa vie ruinée, témoin de son inévitable disgrâce. Seul le soutien de son ami Camille Saint-Saëns demeurera sans faille : on découvre, le temps de quelques lettres et autres vers très inspirés, quelle poésie – et quel amour, visiblement sans retour – animaient ce compositeur capable de reconnaître en Augusta Holmès une réelle homologue. Il est grand temps, pour le monde encore étriqué de la musique classique, de lui donner raison.

SUZANNE CANESSA

Camille et Augusta a été donné le 18 octobre au Forum de Berre.

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« La Nuit de l’Anim’ » de retour aux Variétés

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Mémoires d'un escargot@Arenamedia

Du vendredi 1er novembre 20 h au petit matin du samedi 2, ça s’anim’ au cinéma Les Variétés de Marseille. Toute une nuit consacrée au cinéma d’animation, en format long ou court.

Au menu, une avant première (le film sort le 25 janvier 2025) : Mémoires d’un escargot de l’Australien Adam Eliot. On y suit les malheurs de Grace la mal nommée, orpheline séparée de son frère jumeau, fillette délaissée harcelée à l’école, sauvée par sa passion pour les escargots, ces lents gastéropodes qui savent rentrer dans leur coquille. Un film en stop motion, Cristal 2024 du long métrage à Annecy, pour sa qualité technique, son inventivité, sa poésie, sa drôlerie et sa tristesse.

Un coup de cœur: Mutafukaz de Shojiro Nishimi adapté d’une BD, mêlant les genres – films d’action, de gangsters, de SF. Avec en prime les voix d’Orelsan et de Gringe.Enfin un film culte Team América : police du monde de Trey Parker, satire trash et déjantée.

Une riche sélection de courts métrages complètera le programme, parmi laquelle, à l’occasion de la sortie récente du merveilleux Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau, 7 films de réalisatrices issus de Sacrebleu Production.

Entre les projections, on pourra déambuler. Participer à la création collective d’une affiche, en acquérir une déjà faite, ou chanter en mode karaoké. Collations offertes à chaque pause après minuit pour se maintenir en forme.

Notons un before à cette nuit-événement le vendredi après-midi à 15h30 : la présentation en avant-première par Michel Hazanavicius de son conte animé adapté du roman de J.-C. Grumberg : La Plus précieuse des marchandises. Qui nous plonge dans une forêt polonaise  enneigée, traversée par les trains de la mort, en pleine Seconde Guerre mondiale. Une bûcheronne recueille un bébé tombé d’un convoi. L’animation comme moyen peut-être de dire plus et mieux l’horreur et la beauté.

ÉLISE PADOVANI

La Nuit de l’Anim’

Du 1er au 2 novembre

Les Variétés, Marseille

Une Antigone d’or palestinienne

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© eurozooms

La tâche du Jury de la 46e édition du CINEMED, présidé par la réalisatrice, scénariste Katell Quillévéré, n’a pas dû être facile car les 8 fictions présentées en compétition, très différentes, avaient toutes d’indéniables qualités. C’est au film du Palestinien, Mahdi Fleifel, To a Land Unknown qu’ils ont attribué le grand prix : l’Antigone d’or. Un film, témoignage d’une réalité cruelle et universelle.

 Reda et Chatila
Ils sont palestiniens et viennent d’un camp de réfugiés au Liban : deux cousins, Chatila (Mahmood Bakri) et Reda (Aram Sabbagh), toujours avec son skate-board. Ils habitent dans un squat à Athènes et rêvent de pouvoir partir à Berlin. Mais sans papiers et sans argent, peu de chance d’y arriver. Il s’agit donc de s’en procurer. Les deux cousins multiplient les combines, promeneurs qu’on arnaque dans les parcs, vol de chaussures dans les magasins et revente, prostitution parfois. La somme d’argent qu’exigent les passeurs est d’autant plus difficile à obtenir que Reda a une fâcheuse tendance à se défoncer et à dilapider l’argent péniblement amassé. Chatila le plus responsable des deux, met consciencieusement de côté leurs gains car il espère pouvoir faire venir plus tard en Allemagne sa femme et son fils qui vivent encore dans un camp libanais. Il pique régulièrement des colères contre Reda, qui reste toutefois sa seule attache dans cette ville. Avec Malik (Mohammad Alsurafa), un jeune garçon de 13 ans, abandonné en Grèce et qui voudrait rejoindre sa tante en Italie, ils partagent quelques moments chaleureux, les seuls de cette vie de galère. Mahdi Fleifel les suit dans leur errance, dans une ville aux ruelles taguées, sales, loin des lieux emblématiques, dans des squats où s’entassent tous ceux qui sont là et voudraient partir, et que la caméra de Thodoris Mihopoulos filme, révélant leur misère.

Thriller nerveux

Mahdi Fleifel s’est inspiré de faits réels, d’histoires vécues pour réaliser ce premier long métrage de fiction. « Athènes me rappelait Beyrouth » a précisé le cinéaste, né à Dubaï, élevé dans le camp libanais d’Ain el Helweb qu’il avait évoqué dans son documentaire A World Not Ours en 2012. Quant à Chatila et Réda, superbement interprétés, ce sont George et Lennie, les personnages de Des Souris et des hommes de John Steinbeck, qui les ont inspirés : Mahdi Fleifel nous les a rendus attachants malgré leurs errements et leurs méfaits. « Chatila, on est des monstres ! » reconnait Reda. Et comme le récite Abu Love, un des personnages, citant des vers de Mahmoud Darwich « Tu n’as pas de frères, mon frère, pas d’amis, mon ami, pas de citadelle, pas d’eau, pas de médicaments […] Dans cet espace ouvert aux ennemis et à l’oubli, fais de chaque barricade un pays. ». Ils nous font sourire aussi parfois, surtout Réda qui accumule les bêtises. À travers eux, le cinéaste parle bien évidemment du destin des Palestiniens, sanslourdeur, dans un rythme rapide, tel un thriller nerveux, ponctuant son film de moments à la limite du comique.

 « Lorsque nous avons entamé ce projet, les événements en Palestine venaient de reprendre. Cela a eu un impact profond sur nous tous, (…) Nous avons réalisé qu’il n’y avait rien à dissimuler. Nous avions le choix entre rester passifs, figés devant les informations, ou bien investir corps et âme dans la réalisation de ce film » a déclaré le réalisateur au moment de sa présentation à la Quinzaine des cinéastes à Cannes.

Un film qui résonne encore plus fort en cette période.

ANNIE GAVA

Sortie en salles le 12 mars 2025

Montpellier : un mercredi marocain à Cinemed

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C’est au cinéma Rabelais de Montpellier que cette journée du festival Cinemed a commencé, avec un premier film du programme « Courts métrages marocains ». Les Poissons du désert d’Alaa Eddine Aljem nous a emmenés en plein cœur d’un désert du sud marocain, sous un soleil de plomb. Un père fossoyeur, une mère qui se meurt et un fils qui rêve de devenir pêcheur. Un film où les regards en disent plus que les mots.

On se retrouve ensuite dans les montagnes de l’Atlas, enneigées, où deux bergers, un père et un fils doivent sauver leur troupeau mais le village le plus proche est désert, à cause d’un phénomène étrange et inquiétant : Qu’importe si les bêtes meurent de Sofia Alaoui. Le reste du programme nous a permis de découvrir les courts de Sofia El Khyari, dont le très beau L’Ombre des papillons, une rêverie nostalgique, au rythme de la saudade, des images peintes à la main, encre et aquarelle, des images où l’on sent la texture de la peau.  On pouvait prolonger cette séance par l’exposition, Aux sources de l’imaginaire qui donnait à voir la matière derrière les créations des films d’animation de cette artiste plasticienne et cinéaste.

L’après midi, une table ronde, animée par Tewfik Hakem, a réuni des représentant.e.s de la jeune génération du cinéma marocain, bien équilibrée, trois femmes et trois hommes, accompagné.e.s par le « grand frère » , le modèle, Faouzi Bensaïdi dont on pouvait revoir Mille mois et Déserts.

Y a-t-il continuité ou rupture par rapport à la génération précédente ? La nouvelle génération est-elle plus audacieuse au niveau formel ? Le changement de pays modifie t-il les imaginaires ? Le cinéma reconnecte-t-il aves ses origines ? Y a t-il censure pour certains films ? Les coproductions sont elles une chance pour les cinéastes ?

Durant presque deux heures, les cinéastes Alaa Eddine Aljem (Le Miracle du Saint inconnuYasmine Benkiran (Reines) Ismaël El Iraki (Burning Casablanca), Sofia El Khyari, Asmae El Moudir (La Mère de tous les mensonges  ) et le producteur-réalisateur Saïd Hamich Benlarbi (La Mer au loin)ont parlé de leur travail, de leurs imaginaires, de leurs aspirations et de leurs difficultés parfois. « Quand on a quelque chose à raconter, on doit trouver une voie-voix .Un cinéaste ça résiste tous les jours ! » a conclu le « grand frère »

Une rencontre qu’on pouvait encore poursuivre  en allant voir la douzaine de longs métrages programmés lors de cette 46e  édition de Cinemed.

ANNIE GAVA

Photo  © A.G.

Toulon. FiMé : de l’amour au masculin    

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Photo en noir et blanc de Buster Keaton, acteur emblématique du cinéma muet, tenant plusieurs chapeaux de paille dans une scène iconique. Cette image illustre l'article sur la 18e édition du FiMé, qui met en lumière des films classiques des années 1920, tels que *Les Trois Âges* de Buster Keaton
Les Trois Âges de Buster Keaton © X-DR

Depuis 2005, le FiMé, Festival International des Musiques d’Écran, explore les croisements entre musique et cinéma, en créant des ciné-concerts, programmés dans différentes communes de la métropole toulonnaise. Sa 18e édition, du 2 au 10 novembre, prend pour thématique l’amour, ses passions et ses contrariétés. Sous le titre « Je t’aime moi non plus », sept films vont être projetés au cours de sept soirées, du drame au burlesque en passant par la comédie satirique, accompagnés de musique interprétée en live. Et, hors thématique, quatre courts-métrages de Maya Deren, cinéaste expérimentale américaine des années 1940, invisibilisée, dont l’influence artistique est revendiquée notamment par David Lynch. Seule femme réalisatrice présente dans cette 18e édition du FiMé, dans laquelle les films, réalisés dans les années 1920, portent les signatures de Tod Browning, Buster Keaton, Alfred Hitchcock, Buntarō Futagawa, Jacques de Baroncelli, Ernst Lubitsch, Sam Taylor et Fred Newmayer. 

Femmes non plus

Sur le versant concerts, les hommes sont également très largement majoritaires : c’est le trio Méandres (Fabien Genais, Emmanuel Cremer, Uli Wolters) qui accompagnera L’Inconnu de Tod Browning (le 2 à Six-Fours) et le pianiste Axel Nouveau pour Les Trois Âges de Buster Keaton (le 3 à Ollioules). Sébastien Arcos, Romain Redon et Laurent Beauchier pour The Ring d’Alfred Hitchcock (le 5 à La Garde) et Yaguara (alias Franck Micheletti) et Jean-Loup Faurat pour les courts-métrages de Maya Deren (le 6 au Télégraphe, Toulon). Et Mauro Coceano et Bastien Ferrez pour So this is Paris de Ernst Lubitsch (le 10 au Pradet). Seules musiciennes invitées, la pianiste Caroline Coq pour Pêcheur d’Islande de Jacques de Baroncelli (le 8, cinéma Le Royal, Toulon) et Fumie Hihara, joueuse de koto, aux côtés du pianiste Sébastien Damiani pour Orochi de Buntarō Futagawa (le 7, Théâtre Liberté, Toulon).  

MARC VOIRY

FiMé
Du 2 au 10 novembre
Divers lieux, Toulon Provence Méditerranée

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