vendredi 10 avril 2026
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Les Colibris : un orchestre unique au monde 

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Photo de groupe illustrant l'orchestre des Colibris, composé d'enfants sourds profonds appareillés ou implantés, coordonné par le Conservatoire Pierre Barbizet de Marseille et le collectif des artistes lyriques et musiciens pour la solidarité (Calms). Les enfants, vêtus de t-shirts bleus avec le logo
Orchestre des Colibris © X-DR

Zébuline. Pouvez-vous nous parler des Colibris ?
Frédéric Isoletta.
C’est un orchestre composé d’enfants sourds profonds appareillés ou implantés. Il est coordonné et porté par le Conservatoire Pierre Barbizet de Marseille et le collectif des artistes lyriques et musiciens pour la solidarité (Calms).

Pourquoi avoir décidé de monter cet orchestre ?
Mon fils Alexandre qui a 12 ans est sourd de naissance et joue du violoncelle depuis plusieurs années. Je me suis rendu compte du bénéfice extraordinaire que cette pratique lui procurait au niveau du langage et de la psychomotricité (il y a énormément de correspondances entre le langage et la musique en termes de construction, d’écoute, de rythme…). Étant musicien, il y avait beaucoup de répétitions à la maison. Je le voyais réagir et tapoter sur le piano. J’ai pris beaucoup d’informations auprès de nombreux chercheurs pour comprendre comment la musique pouvait influer sur le ressenti d’un enfant sourd au-delà des vibrations. J’en ai tiré des conclusions pour créer des compositions et imaginer des pratiques adaptées avec un cahier des charges précis et beaucoup de bienveillance car ces enfants ont une grande fatigabilité. 

« L’orchestre interroge les chercheurs car il balaye leurs certitudes sur la surdité »

Comment fonctionne cet orchestre ?
Les enfants jouent immédiatement en ensemble car en musique l’interaction est primordiale et plus encore pour ces enfants isolés dans le monde de la surdité. Les professeurs encadrants sont volontaires et formés. Ensuite, au sein de l’orchestre chaque enfant est accompagné d’un musicien de son âge et d’un parrain professionnel qui jouent du même instrument. Il s’agit de trios. L’orchestre joue seul ou collabore avec d’autres orchestres du Conservatoire.

Combien d’enfants composent l’orchestre.
Cette année ils seront cinq : un flûtiste, deux violonistes, un altiste et un violoncelliste. C’est une prouesse car sur ces instruments, contrairement au piano, il faut chercher la note juste. C’est une fierté et une bouffée d’oxygène pour ces enfants dont la vie et celle de leurs parents tourne essentiellement autour des rendez-vous médicaux. 

« Le plus difficile est de convaincre des parents »

Existe-t-il d’autres orchestres comme celui-ci ?
C’est une expérience unique en France et dans le monde. L’orchestre interroge les chercheurs car il balaye leurs certitudes sur la surdité. Pour ces enfants, la musique a des bienfaits médicaux, humains, sociaux extraordinaires. Nous sommes chanceux que le Conservatoire prenne à cœur la question du handicap et de la pratique musicale. Avec le Calms, nous allons proposer des Colibris à Aix-en-Provence, Vitrolles et Marignane. Le plus difficile est de convaincre des parents qui n’imaginent pas que leur enfant puisse faire de la musique. 

Le Conservatoire pourrait-il s’ouvrir à d’autres types de handicap ?
C’est un sujet de réflexion du Conservatoire. Avec les Colibris, nous sommes allés au plus difficile en termes de handicap. Ce succès ouvre d’autres perspectives.

Quand pourrons-nous entendre les Colibris ?
L’Artplexe Canebière programme le 12 novembre à 19 heures un documentaire sur l’orchestre suivi d’un débat et le 14 novembre lors des rencontres du CREAI (Centre Régional d’Études pour les personnes vulnérables) au Parc Chanot, nous jouerons quelques morceaux. Et puis lors des Concerts de Noël et de fin d’année du Conservatoire. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ANNE-MARIE THOMAZEAU 

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Marseille Web Fest : Faim de séries 

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Illustration d’un personnage animé dans une forêt, tenant un fusil, face à une créature camouflée, pour la série animée
Le Bien Chasser © Kawanimation

Début 2024, la France découvrait sur Arte la mini-série Samuel, qui racontait la vie d’un jeune écolier au début des années 2000. 21 épisodes de 5 minutes, qui ont cumulé en seulement quelques mois des dizaines de millions de vues. Une réussite due au talent de son autrice Émilie Tronche, mais aussi de son format court, adapté aux nouveaux usages induits par les réseaux sociaux. C’est justement autour de ces nouveaux comportements, et nouveaux formats, que le Marseille Web Fest s’est lancé treize ans plus tôt, en 2011, pour mettre en avant les nouvelles tendances numériques et les créations audiovisuelles courtes. Pour sa 14e édition, le rendez-vous marseillais poursuit son histoire du 17 au 19 octobre, avec trois sélections officielles (internationale, nationale et documentaire), et toute une série de rencontres. Le tout gratuitement.  

En compét’

Principal temps fort du rendez-vous, la compétition internationale accueille cette année dix créations. De France avec la deuxième saison de Le Bien Chasser (France TV), l’histoire d’un gamin accusé de « radicalisation après avoir malencontreusement incendié le garage de son beau-père », avec les voix d’Aymeric Lompret et de Pierre-Emmanuel Barré notamment. On verra aussi Fanny Scat Investigates, venue d’Australie, dans laquelle une « drag queen d’âge moyen doit devenir détective privé pour survivre ». D’autres créations viendront d’Uruguay, du Canada ou d’Espagne, et seront départagées par un jury composé d’Hélène Saillon (France Télévisions), Antton Racca (créateur de contenu sur Internet), et la productrice Elisabeth Pawlowski. 

Dix séries françaises seront à l’honneur dans la sélection nationale, avec notamment Bouchon d’Amaury Dequé et Eléonore Costes, ou Ceux qui rougissent de Julien Gaspar-Oliveri. Enfin pour les web-documentaires, une histoire locale avec Provence et Confidences de Nathalie Freysz, qui part à la découverte des trésors cachés du Pays d’Arles ; et plus loin, au Portugal, neuf agents de sécurité d’un musée présentent leurs œuvres préférées dans À Nossa Guarda de João Estrada. 

Des rencontres 

Outres les compétitions et les projections, le Marseille Web Fest propose également plusieurs rencontres. Une avec l’équipe de la série documentaire Commises d’Office Marseille réalisée par Fanny Fontan. Diffusée sur France TV, on y suit le travail de trois avocates entre le tribunal et les Baumettes, qui relèvent chaque jour le défi des comparutions immédiates. Notons aussi la masterclass du scénariste et réalisateur américain Stephen Tolkin, ou du temps fort consacré à l’impact de l’Intelligence artificielle dans l’audiovisuel. À coup sûr le prochain grand tournant de ce secteur.  

NICOLAS SANTUCCI

Marseille Web Fest
17 au 19 octobre 
Artplexe Canebière, Marseille

Festival De Vives Voix : Les chants du voyage 

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Parveen Ilyas Khan ©-Eric Legret

Il y a 20 ans, le premier festival De vives voix inondait de sonorités voyageuses le théâtre de verdure de la Sucrière dans le 15e arrondissement. Depuis 20 ans, des artistes de nombreuses régions du monde sont venus participer à ce rendez-vous festif et chaleureux apportant avec eux des sons et des mélodies inconnues. La voix est le fil conducteur de toutes ces rencontres ; la voix qui exprime et tisse le lien entre les êtres. Cette année est l’occasion pour Odile Lecour et Maxime Wagner, les deux artisans de cette épopée de retrouver ces artistes amis. 

Tunisie, Espagne, Rajasthan…

En cette rentrée, le festival propose trois concerts. Le 17 octobre c’est le duo de folk tunisien Yuma qui va faire résonner la Cité de la Musique avec des mashups originaux de chansons orientales et occidentales. Révélé fin 2015 Sabrine Jenhani et Ramy Zoghlami s’affirment aujourd’hui comme des leaders de la musique alternative tunisienne. Ils proposent un folk minimaliste dont les textes en tunisien dialectal abordent de manière métaphorique et progressiste des thèmes sociaux au cœur des préoccupations des nouvelles générations comme la condition féminine. Malgré la barrière de la langue, le charme opère grâce à des mélodies lyriques et un phrasé poignant. Le lendemain, et toujours à la Cité de la Musique, rendez-vous avec le flamenco de Luis de la Carrasca. Avec son spectacle Baró Drom, il poursuit son exploration sonore un pied dans la tradition et l’autre dans la modernité. Au chant et aux rythmes des deux guitares flamencos s’intègrent le souffle classique du piano, une impulsion jazz avec la contrebasse, un rythme de liberté avec les percussions, une énergie avec les chœurs, les palmas et la danse. 

Enfin le 19 octobre changement total d’ambiance avec Parveen et Ilyas Khan. Ces deux artistes franco-indiens, enfants du percussionniste Hameed Khan Kawa, perpétuent une tradition musicale rajasthanie vieille de sept générations. Parveen Sabrina Khan, voix éminente de la nouvelle scène, interprète des râgas, cadre mélodique utilisé dans la musique classique indienne, mais aussi des maands, chants traditionnels folkloriques en voie de disparition, issus du Rajasthan. De sa voix profonde, elle exprime avec virtuosité la poésie de cette musique sophistiquée, où le texte lyrique laisse une large place à l’improvisation tant sur l’aspect mélodique que rythmique. Ilyas Raphaël Khan soutient ces improvisations par le tablaboxing, une fusion de beatbox et rythmes classiques indiens. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

De Vives Voix
Du 17 au 19 octobre 
Cité de la Musique, Marseille

DIASPORIK : Mémoire à tiroirs

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Photographie d’un pichet en céramique marocaine,
Exposition Entre nos mains. Objets souvenirs -Badr El Hammami

Depuis son atelier marseillais, l’artiste creuse l’histoire du Maroc et ses récits d’exil à travers les objets souvenirs et les diasporas marocaines en Europe. Prenant comme point de collecte son atelier marseillais dans lequel il devient dépositaire de leur récit, il malaxe inlassablement le même matériau : l’exil, la migration, le déracinement.

Diasporik : Quelle est la genèse de cette exposition? 

Badr El Hammami : Initialement, je voulais ouvrir l’espace de mon atelier à Marseille pour collecter les récits en proposant à chacun.e d’amener un objet. L’exposition a pris forme autour de la restitution des histoires collectées, et le tiroir est devenu le fil conducteur de ce parcours visuel et sonore. Il s’est alors dessiné un itinéraire, dans lequel chaque ouverture permet l’écoute d’un récit, d’un objet, d’une provenance, d’une transmission… On retrouve également des objets racontés, qui sont des objets intimes, des objets souvenirs.

Comme la fibule ? 

Oui. En Méditerranée nous partageons des identités plurielles notamment afro-amazighes. L’un des objets racontés est la fibule. Ce bijou hérité de nos grands-mères passe d’une génération à l’autre. Portée depuis le 7e siècle avant notre ère en Europe, la fibule fait partie d’un patrimoine commun de l’humanité depuis l’âge de bronze. Appelée tazerzit en amazigh, elle se fait broche, insigne ou amulette à l’occasion. Généralement constituée de métal, elle sert à fixer les extrémités d’un vêtement.

Quel objet avez-vous retenu pour l’affiche de l’exposition ?

Il s’agit d’une poterie du quotidien. Un pichet, El ghoraf, céramique marocaine en terre cuite peinte à la main avec du goudron naturel (El Kotran, la  poix).Traditionnellement, ces bols sont utilisés pour boire de l’eau, car ils désinfectent l’eau et lui donnent également une saveur particulière. La céramique maintient la fraîcheur naturelle de l’eau. Ces objets du quotidien sont présents en exil et conservent les saveurs du pays d’origine. Les motifs sont simples et réalisés au doigt, marquant l’objet, en quelque sorte, d’empreintes indélébiles. 

À Bruxelles la communauté marocaine est importante. Est-ce la raison pour laquelle vous avez retenu la capitale belge ?

Les Marocains constituent un groupe social majeur en Belgique et 2024 célèbre les 60 ans des accords bilatéraux de coopération et des migrations de travail entre le Maroc et la Belgique. Leur provenance est principalement du Rif, une région amazighe singulière, du fait de son histoire de résistance à la colonisation espagnole puis française. Avec une langue et une identité régionales fortement ancrées dans le terroir et les traditions amazighes. 

L’exposition est une invitation au voyage ?

Exactement, une invitation à sortir nos histoires de nos tiroirs. Les migrants emmènent toujours avec eux un objet souvenir. Comme une ancre. Un objet embarqué, lourd de sens, et destiné à sécuriser le périple sans oublier le point de départ vers sa destination. Ces objets sont malheureusement voués à disparaître, parce qu’ils relèvent de l’intime. Il peut paraître impudique de les mettre en dialogue, on n’aime pas toujours l’espace de partage avec les autres, et parfois on veut garder pour nous… Mais j’avais envie de révéler ces objets souvenirs, ces trésors qui sont « entre nos mains », à travers celles et ceux qui est les possèdent.  Ensemble ils constituent une mémoire collective importante, parce qu’elle raconte le déplacement et l’attachement de toute la communauté amazighe au travers de cette transmission culturelle.

Une culture transmise oralement par les femmes ? 

Oui. Je suis berbère, je suis rifain, Cette culture m’habite et elle m’a été transmise oralement. Ce n’est pas parce qu’on n’écrit pas notre culture qu’elle n’existe pas. Dans cette culture les femmes occupent une fonction centrale : elles la transmettent. La fouta qui cintre le corps des femmes sans les contraindre, est un des objets importants.  Élément de parure de femmes, déclinée en tissu ou en laine selon la saison, elle fait partie de la « collection » de ces choses fragiles  que nous avons « entre nos mains ».

Entretien réalisé par SAMIA CHABANI

Jusqu’au 1er février 
Galerie de Tous les possibles
Friche la Belle de Mai, Marseille 

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Au bout, la mer ! sort la carte Bleue  

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Performance collaborative
"To The World's End" by Frank Boelter. Sunday 14th September 2014, The Stade Hastings, UK. The closing event of Coastal Currents Arts Festival 2014.

Dans l’artère emblématique de Marseille, coule un sang bleu depuis des siècles. Celui de la noblesse des gens de mer, de tous les continents, qui ont irrigué la ville et lui ont offert son identité. C’est donc naturellement que la manifestation Au bout, la mer !, à l’initiative de la mairie des 1er et 7e arrondissements et produite par l’association Karwan, se tourne pour la quatrième fois vers la Méditerranée avec sa déclinaison estampillée Bleue. Ce dimanche 20 octobre, des spectacles, des performances, des rencontres scientifiques, des débats citoyens se tiendront sur les pavés de la Canebière, le tout gratuitement. Depuis le centre-ville, jusqu’à la Digue du Large. 

En scène 

Au bout, la mer !, c’est d’abord une suite de spectacles à découvrir tout au long de la journée., Dès 10h30 sous l’arche du Centre Bourse (puis à 15 h sur la place du Général de Gaulle), c’est la crieuse publique Louvalemonde qui lance les festivités. Après avoir demandé au public d’écrire des mots d’amour à la mer et à l’environnement, elle mettra les textes en voix et en musique dans une performance qui veut sublimer l’art de la criée publique, en œuvre musicale et théâtrale. 

Poétique et collaborative sera la performance de Frank Bötler intitulée Jusqu’au bout du monde. Avec l’aide de toutes les bonnes volonté, l’artiste entreprend la construction d’un bateau en papier plié pour rentrer chez lui, par la mer. Pour l’aider dans son entreprise XXL, rendez-vous à 14h30 au quai de la Fraternité.  

À 17 h, on va s’interroger sur l’effondrement du monde avec Collapsing Land de la compagnie La Tournoyante. Sur une structure inclinée (construite par les ateliers Sud Side), six acrobates-danseurs défient la gravité, avec poésie, et réflexions sur une réalité qui nous échappe. Une performance à découvrir sous tous les angles.  

La programmation n’oublie pas que la Méditerranée et aussi un espace de souffrance. À 11h30 au site archéologique du Port antique, est donné Il y a des montagnes dans la mer ! par les élèves du Groupe Phare de l’Échappée Belle. Une mise en lecture de témoignages issus du travail des équipes de SOS Méditerranée, que ce soit des naufragés, ou de ses membres. 

Les sciences aussi 

Particularité du cette édition de Bleue, les questions scientifiques sont également au cœur de la manifestation, avec plusieurs rencontres et échanges organisés à La Fabulerie. Ce sera le cas avec le film De bois et de vent qui s’empare de la question – ô combien sensible et polluante – du fret maritime, et la possibilité que celui-ci puisse se (re)-convertir à la voile. Dans le prolongement, l’Institut Pythéas et le CNRS s’intéressent aux impacts sonores des activités humaines sur la biodiversité marine. cn

Au bout, la mer ! c’est aussi des ateliers participatifs pour les plus jeunes, mais également des rencontres autour de sujets de société, voire d’actualité, comme ceux de la nage en eau libre et de la place que Marseille veut bien lui offrir. Ou la question de l’ouverture de la Digue du Large, dont l’entrée est strictement réglementée depuis plus de 20 ans, privant – presque – toute la partie Nord de la ville d’un accès à la mer. 

NICOLAS SANTUCCI

Kiosque & Co
Juste avant Au bout, la mer !, le 19 octobre, la Canebière fêtera également la Méditerranée, mais en musique, sous le patronage de La Mesòn, du Théâtre de l’Œuvre et de la mairie des 1/7. Depuis l’Anatolie avec le groupe Biensüre et sa psyché-disco, depuis l’Afrique avec Zar Electrik soit les airs gnaoua remixés à l’électro. Avant eux, et un peu plus haut dans le jardin Labadié, le spectacle jeune public Petit K, un conte musical qui s’écrit en beatbox. N.S.

19 octobre
Jardin Labadié, square Léon Blum
Marseille

Festival Transform !  :  « Les rapports entre marge et centre sont des rapports de pouvoir »

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LW2 © X-DR

Zébuline. La première édition du festival a eu lieu en 2015. Pourquoi à ce moment ?
Sarah Saby.
À l’ère post mariage pour tous, mettre en lumière la création pluridisciplinaire issue de minorités queer s’est révélé comme une prise de position politique : il s’agissait d’interroger l’intégrationisme homosexuel blanc, de refuser le centre pour fabriquer depuis la marge de nouveaux espaces de création, avec celleux qui l’habitent. Avec l’idée qui si on nous laisse le temps de nous organiser en collectif, d’inventer, d’innover, de proposer des espaces de visibilité alternatifs, ils vaudront autant que ceux qu’il y a au centre ! 

En quoi est-ce politique ?
S.S.
Ces rapports entre marge et centre sont des rapports de pouvoir ! On cherche à s’intégrer lorsqu’on a l’impression que vivre en dehors est impossible mais la marge offre aussi un espace de liberté, et souvent s’intégrer écrase. D’ailleurs je ne l’ai jamais fait, et ne le ferais jamais. 

Margot, vous avez intégré le festival en 2021, comme chargée de communication, puis comme bénévole, et formez depuis avec Sarah un tandem ambitieux et efficace. Il semble que cette année tout a été mis en œuvre pour mettre à l’honneur les artistes locales, internationales et marginales.
Margot Dewavrin
. Transform ! est désormais en partenariat avec les festivals d’art queer d’Outburst à Belfast et RISCO à Sao Paulo. Les curatrices sont deux femmes lesbiennes qui seront présentes cette année au festival aussi pour rencontrer les artistes et permettre une circulation, une visibilité internationale de leur travail. D’ailleurs Raphaël Khouri, qui performera vendredi 25 est le premier artiste à avoir participé aux trois festivals ! Notre volonté est de permettre à beaucoup d’autres de faire la même chose, de circuler entre les continents, sans frontières.

S.S. On veut faire en sorte d’avoir un impact réel sur les conditions de vie et de travail des artistes queer, racisé·e·s, lesbiennes, invisibilisé·e·s dans le monde de l’art contemporain. Depuis 2023, on a créé un bureau d’accompagnement pour promouvoir les artistes du festival et les aider à faire tourner leurs spectacles, trouver des résidences, du matériel… 

M.D. Puis on essaie de répondre aux besoins actuels de la communauté, de donner de la visibilité à celleux qui en manquent le plus, de donner du travail aux personnes qui dans leur pays sont de plus en plus empêchées. Par exemple la scène queer italienne en ce moment avec Bunny Dakota, ou bien les artistes trans racisées, Elie Autin, Chams Barkaoui, Ava Naba entre beaucoup autres. 

« Connaissances sorcières multiculturelles »

Deux fils rouges sont définis dans la programmation, l’écoféminisme et la transmission de la mémoire queer.
S.S.
Oui, ils se déploient tout au long de la semaine et de multiples façons. Toujours avec la volonté d’allier actualité militante et politique avec les savoirs issus des marges. Le festival s’est construit, cette année, autour de partage de connaissances sorcières multiculturelles, et de leur propagation à travers une série d’ateliers. Ainsi, après avoir « fabriqué son balai de pouvoir » avec Euphrobia Peregrina, on pourra papoter transféminime autour d’une « manucure politique » proposée par Liz Parayzo, puis rejoindre l’atelier « broderole » collective de Jackie Hamilton. On pourra également repartir avec un petit échantillon de « crème pour voler » de aniara rodado, et quelques graines de plantes hallucinogènes à faire pousser sur son balcon, à la suite de « It was Paradise Unfortunatly ». 

M.D. Pour en boucler la boucle, le festival s’ouvrira et se clôturera avec Janis Sarawi, par une lecture de son livre co-écrit avec Tal Madesta, Révéler Mes visages, qui reviendra sur son parcours musical et sa tradition de genre, puis elle clôturera cette programmation par un DJ set lors de la soirée-fête du dernier jour. Cette année, un maximum de propositions musicales, entre flûte et rave, passent par tout type d’électro.

Depuis 2015, le festival Transform ne cesse ne se renouveler, et semble apprendre de ses artistes et de son public. Est ce votre ambition ?
S.S.
Oui, nous voulons déployer un espace destiné à visibiliser et promouvoir les artistes issus des marges. Sans chercher à les en déloger. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR Némo Turbant

Transform !
Du 19 au 26 octobre
Divers lieux, Marseille
festival-transform.com

Prétextes foireux et théâtre populaire

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« Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ». Sagesse populaire, dit-on, même si le dicton est une réplique de théâtre apparue dans la bouche d’une servante de Molière (l’alexandrin aurait pu alerter) congédiée par une « femme savante » pour un prétexte grammatical. Alexandrin suivi d’un autre « Et service d’autrui n’est pas un héritage » qui relie dès l’entrée l’utilisation de prétextes foireux à des rapports de classe. 

« Le peuple c’est mon père »

Le théâtre s’adresse au peuple et le représente sur scène dès ses origines et de façon constante, à quelques parenthèses historiques près. Le Pop Art ou l’opéra populaire italien ne sont que des moments de l’histoire mais le théâtre, écrit et joué pour le peuple à Bali, Kyoto, Épidaure ou Constantinople, a (presque) toujours voulu atteindre le plus grand nombre, autrement dit le peuple. Ou tout un chacun, « mon père » disait Jean Vilar, refondateur du Théâtre National Populaire et inventeur du « Théâtre de service public ».  

À visée de propagande religieuse ou d’édification citoyenne, le théâtre, depuis les temps antiques, par le divertissement ou l’émotion, veut corriger les mœurs ou purger les âmes des passions (mot qui au sens littéral désigne ce qui fait souffrir). Ainsi, thérapeutique, il ne peut guère restreindre son audience à une élite, puisqu’il a pour vocation de faire progresser culturellement ses spectateurs. 

Pas toujours pour la bonne cause, d’ailleurs : il veut les assimiler quand il est colonial, et leur faire admettre les dominations de classe, de genre ou de dogme liées au type de gouvernement exercé sur le peuple. Mais dans ce but même, il a toujours cherché à parler au plus grand nombre possible.  Jusqu’à ce qu’il se trouve en concurrence, depuis peu à l’échelle de son histoire, avec les médias de masse marchands puis les réseaux sociaux possédés par de grands groupes capitalistes. Ceux-ci n’ont pas pour ambition d’édifier des citoyens cultivés (pour maintenir ou renverser le pouvoir) mais d’abrutir des consommateurs monétisés en envahissant leur « temps de cerveau disponible ».

Public trop cultivé 

Dans ce contexte nouveau, le théâtre est devenu un lieu de résistance et, sa marginalisation progressive n’aboutissant pas assez vite à sa disparition, l’accusation d’élitisme apparaît, comme le prétexte foireux de la rage. Elle s’exacerbe depuis que les artistes se sont illustrés après les élections, en trouvant une audience publique importante et redoutée, pour contrer les progrès électoraux de l’extrême droite, dont les électeurs sont très majoritairement peu ou pas diplômés.

Et voilà que le livre de Marjorie Glas Quand l’art chasse le populaire, vulgarisation de sa thèse de 2016 parue en 2023 chez Agone, fait tout à coup l’actualité, diffusant l’idée désormais admise que « le théâtre s’est recentré sur lui-même » et que son « utilité sociale » n’est qu’une « croyance ». Télérama diffuse, Radio France persiste, La Semaine de la pop philosophie marseillaise l’invite pour qu’elle expose « le lien entre l’effondrement de la gauche et la désaffection des classes populaires dans le théâtre public ». Diantre, comme dirait Molière, la télé et les réseaux sociaux n’y sont donc pour rien, la main mise des grands groupes capitalistes sur les médias pas davantage ? La désaffection supposée du public populaire – nombre d’indicateurs contradictoires existent à ce sujet – serait donc due à l’entre-soi d’artistes qui prônent le multiculturalisme devant des audiences trop éduquées pour être honnêtes ? 

Chien enragé ou monture fidèle ? 

 « Qui veut voyager loin ménage sa monture », écrivait Racine dans Les Plaideurs, figurant lui aussi la sagesse populaire, dans son unique comédie, par le recours à l’imagerie animale. Peut-être les sociologues, historiens, philosophes et metteurs en scène déconcertés, feraient-il bien d’arrêter l’usage de la cravache et des coups d’éperons qui massacrent ceux qui travaillent à transmettre la culture et les arts ?  

Nous vivons une heure grave, où leurs arguments partiels et datés servent de caution à l’assèchement, dramatique sinon tragique, des financements d’État. Où les réactionnaires divisent pour mieux régner, et imposer la fin des subventions culturelles aux collectivités. La plupart sont aujourd’hui convaincues que la culture est un luxe de classe et, dans un contexte de restriction budgétaire imposé, toutes s’apprêtent à couper d’abord dans ces budgets.  

« Tant va pot à l’eve que brise », disait le Roman de Renart. Tant va la cruche à l’eau… octosyllabe pour le coup populaire ? 

AGNÈS FRESCHEL

A CineHorizontes, Fernando Trueba se perd dans son île

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Copyright VMI Worldwide Film Haunted Heart

Fernando Trueba invité de la 23e édition de CineHorizontes a malicieusement présenté son dernier film, Haunted Heart (Isla perdida) comme « un western aquatique » ou « une histoire d’amour qui tourne mal » tournée en Grèce et en anglais. Amateur de jazz, lecteur assidu de Patricia Highsmith, admirateur d’Hitchcock, le grand réalisateur espagnol nous livre ici une comédie romantique qui vire au noir. Et annonce d’emblée la couleur : le générique s’affiche sur une piscine aux mosaïques bleu turquoise, l’eau frissonne dans des géométries de lumière et une inquiétante poupée de chiffon rouge flotte passant lentement dans le champ. Premier indice suivi de bien d’autres qui jalonneront la narration et annonceront par touches successives comme dans tout bon thriller, l’issue fatale.

On est au début des années 2000, Alex (Aida Folch) jeune Espagnole pétulante et aquaphobe, arrive sur une île grecque isolée pour travailler dans le restaurant de Max, beau ténébreux, mystérieux et taiseux (Matt Dillon). Elle s’intègre à la joyeuse bande des employés et se lie d’amitié avec Chico (Juan Pablo Urrego) le joli cœur rieur qui conduit les clients du continent au restaurant de l’île sur son petit bateau. Alex tombe amoureuse de son ombrageux patron qui repousse d’abord ses avances, puis cède et l’installe avec lui dans sa cabane insulaire. Si on sait tout des traumas et déboires amoureux d’Alex qui se confie en toute transparence, Max reste muet sur son passé. Peu à peu, aidée par Chico, Alex découvre ce que Max lui cache. En trois saisons – été, automne, hiver – on passe de la carte postale touristique parfaite : soleil, robes légères, salades grecques, petits marchés, ivresse et danses, à un «  hors saison » austère de plus en plus oppressant : pluie, bois sombres, révélations terribles et explosion de violence. D’un quadrille amoureux à la Woody Allen, on plonge dans La Nuit du Chasseur de Charles Laughton.

Pour cette incursion dans le genre noir Fernando Trueba qui multiplie citations – Wilder, Cukor, Hawks…, et autocitations, s’est offert un casting de choix, adjoint les compétences du chef op Sergio Ivan Caspano pour magnifier la photo, et celles du prestigieux compositeur polonais  Zbigniew Preisner dont la partition est interprétée par l’orchestre Sinfonia Varsovia. Et qui propose à la fin du film un mélancolique arrangement d’Alexandra leaving de Leonard Cohen. Une conjonction de talents qui ne font pas, au final, un film complètement réussi. Problème de rythme, de redondances -la saison d’été n’en finit pas. Problème de vraisemblance psychologique – la naïveté d’Alex reste assez peu crédible. Problème surtout de démarcation stylistique dans un genre très balisé où inventer de nouvelles formes et créer de  l’imprévisibilité s’avère risqué.

ÉLISE PADOVANI

Le film concourt dans la Grande Compétition de CineHorizontès.

Un dimanche de cinéma à Rousset

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C’est dans une salle bien remplie que le festival nouv.o.monde a clôturé son édition 2024 ce 13 octobre à Rousset. Deux films y étaient présentés. D’abord Tout le monde aime Tuda, du réalisateur Nabil Ayouch, et Sauvages, le nouveau film d’animation de Claude Barras.

Tout le monde aime Tuda plonge le spectateur en immersion dans le monde des cheikhates, chanteuses traditionnelles marocaines. On y suit le chemin de Tuda pour sortir de la pauvreté et son combat pour offrir à son fils, Yassine, sourd, une vie meilleure. Après une ouverture du film, lumineuse et festive, où se déploient le chant et la danse, une séquence brutale, sombre, montre combien la vie de ces femmes est difficile : Yassine est né d’un viol. Mais Tuda, incarnée magistralement par Nisrin Erradi, comme en transe quand elle chante et danse, ne renonce jamais. Elle se bat pour son rêve, refusant l’argent sale de la compromission : pour beaucoup, une cheikhate n’est pas respectable ! Nabil Ayouch a voulu redonner leurs lettres de noblesse à ces artistes dont « la voix était une arme et le chant, la aïta, des cartouches. » Un film musical et d’une grande beauté plastique, suivi d’une rencontre avec Sophie Bava, socio-anthropologue et une jeune doctorante marocaine, Saâdia Dinia qui a enrichi les échanges avec le public.

Des applaudissements pour finir

Le film de clôture, Sauvages, nous emmène dans l’île de Bornéo auprès des Penans, derniers chasseurs-cueilleurs qui vivent dans la forêt, entre tradition et coutumes ancestrales. Une histoire pour petits et grands qui vont suivre les pas de Kéria. La jeune adolescente a recueilli  Oshi, un bébé orang-outan, qu’elle emmène chez les Penans, dont le territoire est menacé par la déforestation et les multinationales. Un film réalisé en stop motion, plein de vie, de couleurs, de sons où l’on s’émerveille devant la beauté de la forêt, où l’on s’indigne devant la cruauté et l’inhumanité de ceux qui veulent détruire cet équilibre. Un film émouvant, ponctué de séquences drôles, qui invite à prendre conscience de la nécessité d’agir pour préserver ce qui peut l’être encore. Un beau travail qui a suscité les rires des enfants parfois et que le public, touché, a fort applaudi.

La dynamique équipe des Films du Delta est déjà au travail pour la 14e édition qui se tiendra en mars 2025 !

ANNIE GAVA

Le festival nouv.o.monde s’est tenu du 8 au 13 octobre à Rousset et Aix-en-Provence.

CineHorizontes : Franco et espagnol

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Scène emblématique du film Prison 77 d'Alberto Rodriguez, présenté au festival CineHorizontes, illustrant la révolte carcérale sous le franquisme à Barcelone. Les personnages, incarnant des détenus, symbolisent la lutte pour la liberté et la transition démocratique de l'Espagne post-Franco
Prison 77 d'Alberto Rodriguez @ 2023 Plaion Pictures

La 23e édition de CineHorizontes s’est ouverte au cinéma Le Prado le jeudi 10 octobre en discours et remerciements d’usage. En musique aussi : chants, guitare, flûte et percussions du trio argentin Pucarà – le tournoiement de boleadoras dans le frappé botté d’un malambo en prime –préambule au film de la soirée : Prison 77 d’Alberto Rodriguez. Pour l’occasion, le réalisateur sévillan de l’inoubliable La Isla minima, multi primé, invité d’honneur du festival, s’est d’ailleurs vu remettre la Médaille de la Ville de Marseille.

Prison 77 commence début 1976, trois mois après la mort de Franco. Manuel, incarné par Miguel Herrán (le hacker de La Casa del papel), accusé de détournement de fonds, arrive à la Modelo, une prison au centre de Barcelone. Il s’achève au printemps 1978 par une évasion sous la pluie. En ces années 1970, le régime franquiste est balayé par la jeune démocratie. Pourtant, dans l’établissement pénitentiaire, rien ne change. À côté de détenus de droit commun, on trouve des politiques, des syndicalistes, des chômeurs, des homosexuels condamnés arbitrairement par les tribunaux franquistes. Dossiers et procédures bâclés, méthodes fascistes, mauvais traitements, torture, négation des droits élémentaires. Un enfer clos ignoré de ceux du dehors, espace inséré dans le tissu urbain et saisi du ciel par la caméra. Faire entrer des journalistes, des avocats militants dans ce périmètre, mobiliser la population pour obtenir une amnistie, sera un combat difficile. Pacifique avec le collectif de la Copel  visant à coordonner les actions. Ou violent avec des auto mutilations et une mutinerie superbement filmée sur les toits de la prison.

Inspiré de faits réels

On suit le cheminement de Manuel : douloureuse initiation aux règles du jeu carcéral, élan d’espoir dans la solidarité militante, découragement devant échecs et trahisons, et enfin désespoir. On voit évoluer son amitié avec Pino (Javiez Guttiérez), condamné à une lourde peine, et qui s’est organisé une vie de lecture protégée par un rideau. Ce vétéran des prisons, un peu philosophe, connaît – comme les héros de Fahrenheit 451, ses romans de S.F. par cœur et rit quand les matons les brûlent avec l’herbe odorante qu’ils contenaient. Il passe d’une indifférence désabusée à un engagement aux côtés de Manuel.

Inspiré de faits réels et d’archives, Prison 77 reprend tous les ingrédients du film carcéral, les renouvelle par des trouvailles cinématographiques et, se plaçant dans cette période de transition historique, leur donne une résonance toute particulière. La réflexion de Rodriguez se poursuit autour de l’échec de la solution politique au profit de l’aventure individuelle de l’évasion – préférée des autorités. Du dehors, ne parviennent au détenu Manuel que la lumière d’une enseigne publicitaire, et au parloir, celle de Lucia – la bien prénommée – qui apporte au jeune homme dont elle est amoureuse, des images, fragments d’une liberté de la presse retrouvée. Lucia dont une des robes offre un motif psychédélique où le mouvement n’est qu’illusion optique. Ce monde désiré ne serait-il donc que fantasme ? Mirage ? Et le pouvoir n’appartiendrait-il pas toujours aux fils des patrons comme le constate amèrement Manuel qui paie pour les exactions de l’un d’entre eux ?

ÉLISE PADOVANI

CineHorizontes se tient jusqu’au 17 octobre dans 18 cinémas et salles de la Région Sud.
 

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