jeudi 23 avril 2026
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À Marseille, une table ronde pour ne pas oublier les soldats coloniaux

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Goumiers du deuxième groupe de tabors marocains © Nara Washington

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, tous les libérateurs de l’Europe n’avaient pas l’accent américain ou britannique. Beaucoup étaient issus des colonies françaises d’Afrique, défendant un pays qui les considérait pourtant comme des sous-citoyens, si ce n’est des sous-hommes. Le 12 novembre au musée d’Histoire de Marseille, l’association Ancrages propose une table ronde pour revenir sur le parcours de ces soldats oubliés. Autour de Samia Chabani, présidente d’Ancrages et collaboratrice du journal Zébuline (rubrique Diasporik), sont réunis Belkacem Recham (historien et auteur de l’ouvrage Les musulmans algériens dans l’armée française), Grégoire George Picot (historien et membre du Groupe Marat), Kamel Mouellef (auteur de la bande-dessinée Résistants oubliés), et Jérôme Pedarros, directeur de l’Office national des combattants et des victimes de guerre.

N.S.

Le 12 novembre à 18 heures
Musée d’Histoire de Marseille
Entrée libre

« Saison toxique pour les fœtus » : Un monde meilleur ?

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Au commencement, il y a l’été 1995, dans la datcha familiale autour de la grand-mère, de tante Mila et Sveta, des maris, des enfants Jénia, Ilia et de sa sœur Daria. La campagne sensuelle forge les amours enfantines entre cousin et cousines. L’URSS n’existe plus déjà et la Russie d’Eltsine, de Poutine, fait croire à un monde meilleur, au début des années 2000 : on peut réussir, partir étudier en Europe, posséder une voiture, acheter une maison. Le roman est une B.O. des chansons populaires de cette époque, un kaléidoscope des séries télé… Mais c’est aussi le temps des nombreux attentats dans le métro moscovite, des crashs aériens meurtriers, du massacre de l’école de Beslan. Les Tchétchènes sont les ennemis intérieurs, l’on se méfie de tous les Caucasiens, dans les villes. 

Vera Bogdanova © X-DR

Le temps passe

Les trois personnages principaux grandissent, vieillissent et le temps les malmène : leur chronologie romanesque est une expérience fragmentaire brisée, faite des retours en arrière et d’avancées vers un avenir incertain. Les illusions amères se perdent dans la violence des couples, dans l’alcoolisme des hommes et des femmes, des mariages catastrophiques, des échecs professionnels. Sale temps pour l’enfant de Jénia et d’Ilia, qui ne verra pas le jour. La traversée du temps jusqu’en 2013 est aussi un itinéraire illusoire dans l’immense pays, de Moscou jusqu’à Vladivostok. Pourtant malgré toute la noirceur de ces vies, le roman sauve l’amour à la fois maudit et béni des deux cousins, de « celui-qui-comprendrait » et de « celle qui a un petit grain ». Rien n’est parvenu à les séparer définitivement. Alors les Smirnov n’auraient pas pu imaginer que Jénia et Ilia continuent ensemble leur route. Nous, si.

MARIE DU CREST

Saison toxique pour les fœtus de Vera Bogdanova
Traduit du russe par Laurence Foulon
Actes Sud - 23 €

Un premier roman traduit
Décidément la littérature russe a du génie. Ce roman est le second de Vera Bogdanova, publié en 2022 en Russie mais le premier à être traduit à l’étranger. Il figurait dans la première sélection du Fémina étranger 2024 et a disparu, très injustement, de la deuxième liste.

Au boulot ! de François Ruffin : Feignasse toi-même

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Image du Film Au boulot! de François Ruffin
Au boulot ! de François Ruffin et Gilles Perret © Les 400 clous

Fatigué d’entendre une fois de plus Sarah Saldmann pester contre les « assistés » et les « feignasses », François Ruffin propose à cette invitée récurrente des Grandes Gueules un drôle de marché. Se mettre dans la peau, quelques mois, d’un smicard. L’avocate médiatique accepte, pour la seule durée d’une semaine. Agréablement surpris par un tel aplomb, le député embarque sa jeune recrue dans une exploration de ces métiers et tâches qu’elle avouera elle-même méconnaître. Et ce malgré le manque d’enthousiasme de son partenaire, Gilles Perret, en compagnie duquel François Ruffin a déjà réalisé deux documentaires. Le duo s’était en effet intéressé, avec J’veux du soleil, au mouvement des Gilets Jaunes ; puis avec Debout les femmes ! aux emplois les plus précarisés, toujours féminins : auxiliaires de vie sociale, accompagnantes d’élèves en situation de handicap, femmes de ménage… 

Avec humour et générosité, le député ex-LFI donne au documentaire une fonction politique : celle de faire entendre une parole rare et pourtant indispensable. Y compris si celle-ci est relayée par d’inhabituels interlocuteurs. Malgré leur  clivage politique le député En Marche ! Bruno Bonnell était ainsi quasiment de tous les plans de Debout les femmes !, lui qui savait la valeur des « métiers du lien ». François Ruffin espérait-il, avec cette entreprise de « réinsertion des riches », faire opérer un virage à gauche à Sarah Saldmann ?

De guerre lasse

Les prises de position politique et les odes à la surconsommation et au luxe de la très droitière polémiste sont, et c’est heureux, systématiquement tournées en ridicule. Mais la caméra de Perret et Ruffin ne force heureusement pas le trait : elle saisit, par bribes, ces brefs instants de prise de conscience, de remise en question. L’avocate promet de « nuancer » à l’avenir ses avis à l’emporte-pièce. S’émeut aux larmes des conditions de travail d’aides à la personne. Rit elle-même de son décalage lorsqu’elle livre avec force retard et des talons vertigineux des colis à des particuliers à qui elle fait la causette, pour « créer un lien avec le client ». 

Mais le « carnaval » qui opére un  renversement des rôles, devait se terminer… De retour dans son environnement, Sarah Saldmann montera d’un cran dans l’ignominie quelques mois après le tournage : propulsée chroniqueuse chez CNews, elle y rivalise de déclarations ahurissantes, notamment à l’égard des civils palestiniens. 

Cette guerre-là, celle des idées, était-elle perdue d’avance ? Elle aura permis de donner de la voix à ceux que les médias bolloréens ont transformés en statistiques mensongères. Et de montrer la France au travail, dans des conditions que beaucoup se refusent encore à envisager. 

SUZANNE CANESSA

Au Boulot ! de François Ruffin et Gilles Perret
Sorti le 6 novembre

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Salon du Livre Métropolitain : L’Espagne a pris la Citadelle

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Le Salon du Livre Métropolitain à la Citadelle de Marseille couronne Alana S Portero, autrice trans, pour son roman La Mauvaise habitude
Alana S. Portero lors du Salon du livre metropolitain - Citadelle de Marseille © François Moura / MAMP.

En arrivant à la Citadelle, on ne peut manquer l’exposition Corto Maltese qui domine la forteresse. L’aventurier a trouvé au fort d’Entrecasteaux, un lieu à sa mesure. Son père Hugo Pratt est décédé en 1995 mais ses périples continuent grâce à Juan Diaz Canales et Rubén Pellejero qui, depuis 2015, imaginent de nouvelles épopées au marin ténébreux Présents lors du Salon du livre métropolitain qui pour cette première édition a mis l’Espagne à l’honneur, les lecteurs sont venus en nombre pour se faire dédicacer le dernier « Corto » Ligne de vie, (Casterman). 

À l’autre bout de la Citadelle, un évènement se prépare : la remise du premier prix littéraire métropolitain, doté de 10 000 € visant à récompenser un auteur et son traducteur  issu d’un pays du pourtour méditerranéen. 

Sur la tribune, le jury est présent, composé de personnalités du monde du livre. 135 romans avaient été sélectionnés. Le palmarès tombe récompensant quatre livres mixant dimension intime et politique : le prix spécial du jury va à Guerre et pluie de Velibor Colic (Gallimard) qui raconte l’enrôlement du jeune homme d’alors dans l’armée croato-bosniaque lors de la guerre avec l’ex-Yougoslavie, le troisième prix va à Madre Piccola (Zulma) de l’Italo-Somalienne Ubah Cristina Ali Farah, un roman sur la diaspora somalienne et le second au libyen Hisham Matar pour Mes amis (Gallimard), une réflexion sensible sur l’exil. 

Enfance queer

Enfin, les lauréates sont Alana S. Portero et à sa traductrice Margot Nguyen Béraud pour un premier livre La mauvaise habitude (Flammarion). Le récit brise les codes du roman d’apprentissage, très longtemps circonscris dans un monde masculin et aisé, pour déployer une vision féminine ouvrière, urbaine et trans, s’attachant à décrire les difficultés des enfances queer. La romancière se souvient des mots de Pedro Almodovar avant son départ. « La France est exigeante avec la culture et ne se laisse pas séduire facilement, mais si elle te donne son amour, elle ne le te retire jamais ». 

© François Moura / MAMP.

Sous-sols

Avec la Citadelle, deux autres lieux -les locaux de la Métropole au Pharo et des salles de l’hôtel Sofitel-, ont été mobilisés pour les cinquante tables-rondes autour de la littérature et du livre comme transmission de connaissances ; un pari ambitieux mais qui a déconcerté les visiteurs qui avaient parfois du mal à se repérer entre les différents espaces. 

De même si les éditeurs locaux, invités en nombre, une quarantaine, – et parmi eux Alifbata, Bizalion, Chemin des crêtes, les Enfants Rouges, Melmac Cat et l’Écailler- se félicitent de cette première initiative, ils regrettent d’avoir été « relégués » au sous-sol du bâtiment de la Métropole, loin de l’épicentre des animations de la Citadelle et des librairies représentées : Nozika, Vauban, les Voix du Chapitres et la Grande librairie internationale et sans qu’une seule table ronde n’évoque l’édition dans la seconde région éditoriale de France.

Antifascisme au Pharo

Dans l’amphithéâtre du Pharo, une rencontre vient de commencer sur le thème la bande dessinée, un témoignage historique et sociologique sur l’Espagne. Antonio Altrarriba, romancier, scénariste s’est fait connaître en France pour l’Art de voler (Denoël) roman biographique racontant la vie de son père anarchiste, militant antifasciste, exilé, déporté. 

« Il revient en Espagne sous le franquisme pour travailler la terre dans un village d’Aragón. Dès lors son exil est intérieur et il se suicide à l’âge de 90 ans, estimant que sa vie a été un échec » témoigne Antonio. «Transmettre la mémoire de mon père c’était écrire celle de milliers d’Espagnols confrontés au fascisme qui clive encore aujourd’hui le pays en deux blocs ». Le septuagénaire dialogue avec une jeune femme Ana Penyas. Dans Nous allons toutes bien (Éditions Cambourakis)elle déroule l’histoire de ses grand-mères Maruja et Herminia : « Les femmes de leur génération ont toujours été les personnages secondaires d’autres vies que les leurs : épouse de, mère de, ou grand-mère de. Ce livre leur rend hommage et s’attache à leur confier le premier rôle ».

Anne-Marie Thomazeau

Le Salon du Livre Métropolitain a eu lieu du 25 au 27 octobre à la Citadelle et au Pharo, Marseille

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Vision d’Exil : Les traumas de l’exil

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© Thoe Htein

L’enquête sur l’intégration des primo-arrivants (ELIPA) l’a montré : les réfugiés en situation d’exil subissent un déclassement, et leur perte de chance est considérable en comparaison des nationaux, à niveau de compétence et de diplôme égal. Leur accompagnement est un enjeu pour les pouvoirs publics. 

Pourtant, après un article du Monde publié en novembre 2023, l’opprobre avait été jeté sur les modalités d’accompagnement des Artistes en exil. Probablement liée au succès et à la visibilité de l’association, la crise interne a eu le mérite d’orienter les missions vers un accompagnement temporaire qui vise à amorcer une carrière: l’enjeu est bien de favoriser l’égalité des chances, non du résultat, et les artistes en exil sont désormais intégrés au conseil d’administration de l’association.

Volet marseillais intégré

A Marseille, la municipalité a bien compris l’importance de ces enjeux et soutient l’association via le Contrat Territorial d’Accueil et d’Intégration ainsi qu’en lui attribuant un local à Vauban.  

Pour Sarah Gorog et Nicolas Stolypine, responsables du projet à Marseille, il s’agit d’installer le festival en développant des partenariats avec les équipements culturels et les festivals. Ainsi la programmation de la 7e édition décline de nombreuses performances avec des partenaires tels que Provence Art Contemporain, l’AMI, le Château de Servières, le Musée d’Art Contemporain de Marseille [mac], le cinéma La Baleine, la grande librairie internationale,  La Mûrisserie…

Visions d’exil Marseille propose des soirées festives, des concerts, des spectacles, des  performances, des expériences immersives, des expositions, des projections, des rencontres et des tables-rondes, des lectures et des ateliers de pratique artistique. Cette édition est marquée par l’omniprésence de la guerre et la montée en puissance des régimes autoritaires, qui  entraînent des violations des droits humains et des attaques véhémentes contre la démocratie sur lesquels les oeuvres sensibilisent. 

La thématique de la censure a inspiré ces artistes dont le parcours reste lié à l’expérience et au trauma de l’exode, à la fuite de régimes autoritaires et violents. Victimes de guerres et de discriminations raciales ou politiques, ils témoignent de parcours d’oppression et de résistance : la culture d’un peuple en péril se perpétue à travers ses artistes et dans les contextes d’exil, l’artiste doit pouvoir continuer à créer, en tant qu’individu mais aussi en tant que dépositaire d’une culture. 

Ainsi, durant la première semaine de Visions d’exil, Censure expose des artistes originaires de Turquie, d’Ukraine, de Russie, d’Irak, d’Iran, de Syrie et de Colombie, tandis que le FID projette deux films ukrainien et palestinien, et que le Château de Servières expose des artistes birmans.  

SAMIA CHABANI

Censure, exposition collective
Jusqu’au 23 novembre
Vernissage le 7 novembre
de 18h à 21h
Provence Art Contemporain, Marseille 

Voyage au bord de la guerre (Ukraine)
Quatrième étage après la Nakba (Palestine)
Le 8 novembre
Cinéma la Baleine, Marseille

Hsin Hsa
Du 13 novembre au 14 décembre
Château de Servière, Marseille

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Jazz sur la Ville reprend son rythme

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Pat Metheny © DR

Quand la saison des feuilles mortes arrive, le festival Jazz sur la Ville permet de braquer les projecteurs sur des programmations habituellement dispersées, fédérant des lieux, des équipes et des artistes sous la bannière d’un genre musical dont les velléités improvisatrices sont autant de promesses d’émancipation. C’est dans cette même énergie que s’élance cette nouvelle édition, jusqu’au 7 décembre d’Avignon à Marseille, en passant par Vitrolles, La Ciotat ou Aix-en-Provence. 

Parmi les acteurs à la manœuvre, l’association Charlie Jazz met d’emblée la barre très haut avec ses Rendez-Vous de Charlie à Vitrolles (6 et 7 novembre). Il aligne le légendaire guitariste Pat Metheny, pour une performance solo (déjà complète) et une soirée italienne avec le duo Rita Marticulli (piano)/Luciano Bondini (accordéon) et le sublime quartet du saxophoniste Stefano di Battista dont le dernier répertoire, « La Dolce Vita », enjazze les standards populaires et cinématographiques de la Botte dans un maelstrom de swing et d’émotion. 

D’autres artistes internationaux animeront les scènes régionales. Yes ! Trio notamment est programmé par Marseille Jazz des Cinq Continents à Miramas (16 novembre) dans le cadre de son « parcours métropolitain » : trois maestros américains dans une configuration classique piano au service d’un swing qu’on pourrait croire éternel. Jonathan Kreisberg, guitariste originaire de Miami, s’exprimera quant à lui en trio avec orgue hammond et batterie – une configuration propice aux improvisations les plus électriques – à Salon-de-Provence (15 novembre). Le même lieu accueille le 12 novembre la prestation très attendue de l’octet dirigé par le flûtiste varois Christophe Dal Sasso, qui convie la saxophoniste d’origine portoricaine Shekinah Rodz, ou encore le quartet de la swinguante contrebassiste Naïma Giroud.

Palestine, Arménie, Kabylie…

Dans un registre plus « rappologique », c’est à Toussaint Louverture (figure de l’indépendance d’Haïti dont le nom reste synonyme de décolonisation depuis plus 200 ans, bien qu’il mourût déporté en France) que l’Américain Napoleon Maddox rendra hommage à La Mesòn le 30 novembre aux côtés du beatmaker hexagonal Sorg. La veille, la petite salle du quartier Longchamp (Marseille) convie également la chanteuse Sarah Lenka, dans une formation intimiste, dont le nouveau répertoire donne à entendre les voix des diversités qui la nourrissent – ses origines kabyles notamment, sans oublier quelques références à l’Arménie. 

Sorg & Napoleon Maddox © MS Studio

La Cité de la Musique, à Marseille, accueillera les prestations d’artistes déployant des ondes musicales sans frontières, aux origines joyeusement incontrôlées. Qu’il s’agisse du violoncelliste Gaspar Claus (8 novembre) ou la chanteuse-oudiste d’origine palestinienne Kamilya Jubran (29 novembre), dont les prestations sont autant de saines piqûres de rappel des terribles souffrances infligées à son peuple. Quant à la Maison du Chant, l’un des piliers de l’équipe organisatrice, c’est la formation Maluca Beleza qui s’exprimera sur sa scène le 24 novembre : la chanteuse Caroline Tolla s’est entourée de redoutables musiciens (Wim Welkers, guitare et Pierre Fénichel, contrebasse, notamment) pour un hommage au Brésil, en particulier au choro, fertile terreau pour l’improvisation. 

Tout doucement ?

Signalons enfin la présence des inlassables artistes régionaux comme la contre-diva Cathy Heiting (accompagnée ici par le guitariste Loïs Coeurdeuil), ou bien le trompettiste Christophe Leloil au Fort Napoléon, à La Seyne-sur-Mer, lieu emblématique du jazz sur la côte varoise. Gageons que Marion Rampal ne dédaignerait pas d’être considérée comme une « régionale de l’étape » : plus blueswoman que jamais, c’est sur la scène du Forum de Berre que cette provençale-désormais-parisienne-largement-créolisée donnera son tour de chant. 

Il y aurait encore bien des pièces à rajouter à ce patchwork musical sous lequel il fera bon se lover afin de profiter de la saison des feuilles mortes… « Tout doucement », comme dit la chanson ? Peut-être. « Sans faire de bruit » ? C’est moins sûr et c’est tant mieux !

LAURENT DUSSUTOUR

Jazz sur la Ville
Jusqu’au 7 décembre
Divers lieux, Région Sud

Le Rendez-vous de Charlie
6 et 7 novembre
Divers lieux, Vitrolles
charlie-jazz.com

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Ces prix que nous gagnons

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Malgré le résultat des élections américaines et même si cela peut changer le monde, des chapes d’oppression ont été levées et des horizons, dégagés, apparaissent. À chaque pas dans la ville, chaque #metoo révélé, chaque roman effeuillé, chaque applaudissement de théâtre, nous le constatons : le monde a déjà changé. 

Le bouleversement culturel que nous vivons est profond, même si les forces réactionnaires, puissantes, sont en marche pour endiguer la vague et protéger leurs acquis rancis et leurs terres stériles. Les monstres de Gramsci sont là, ceux qui surgissent dans le clair-obscur des transitions politiques, lorsque les idées ont germé puis fleuri mais que la moisson se fait attendre. Des zombis presque oubliés ressortent de leur naphtaline et censurent les universités américaines, les télés russes, les librairies algériennes. Confrontés à la fin d’une domination qui leur semblait naturelle les plus dangereux des vieux charognards s’éveillent et étrillent le monde de leurs actes terroristes, leurs massacres de civils et leurs urbicides. 

Toute cette violence n’est plus un danger mais un fait, en actes, irréversible dans ses douleurs infligées aux humains et aux peuples. Mais les avancées des idées, les progrès civilisationnels, sont tout aussi irrévocables. 

Récits d’opprimé.e.s

Kamel Daoud emporte le prix Goncourt, avec Houris, un roman qui met en question le régime algérien, sa loi du silence sur la décennie noire, sa main mise sur le corps des femmes, son rapport aliénant à la langue imposée. Un roman qui est pourtant un chant d’amour à l’Algérie, à ses combats et à ses souffrances, dans une langue française marquée à chaque pas, chaque syllabe, de la musicalité et de la force imagée de l’arabe poétique. 

À l’heure où une loi réactionnaire brise l’égalité de droit des binationaux français, ce prix Goncourt franco-algérien se double d’un Renaudot attribué à Gaël Faye [lire notre article ici], autre auteur binational, porteur de l’histoire du génocide Tutsi. 

Plus inattendu encore, à Marseille, le premier prix du Salon du Livre métropolitain est attribué à Alana S.Portero, autrice espagnole trans, pour un roman magnifique, La Mauvaise habitude, paru en 2023. Sa langue flamboyante happe le lecteur de la première à la dernière ligne et emmène à la rencontre de femmes magnifiques, populaires et libres, et de queers qui ouvrent à tous·tes le chemin de la liberté, loin des assignations sociales et genrées. 

Liberté sur les écrans, les scènes, les cimaises

Ces reconnaissances littéraires sont le fruit de programmations culturelles publiques qui affirment de plus en plus fort la force politique et subversive des arts. Ainsi, cette semaine, les Artistes en exil ouvrent leur expo collective Censures, la biennale numérique investit le virtuel comme un espace créateur d’imaginaire, Africapt projette Bye Bye Tibériade sur la Palestine  et Dahomey sur la restitution des œuvres pillées par la colonisation française. Les racisés, les femmes artistes au [MAC], les queers, les exilés, se font entendre, et portent enfin, d’une voix faite de chacun de leurs chants parfois imparfaits, l’idée d’une culture plurielle, d’une histoire des libertés acquises et des luttes. 

Ces voix multiples et complexes, lorsque les zombies réactionnaires seront retournés à leurs tombes, devront aussi se sortir des champs de mines où ils les ont laissés. Toute domination ne se maintient qu’en opposant et divisant les dominés : les femmes, les arabes, les juifs et les amazighs, tous les LGBTQI que le sigle suppose, tous les discriminé·e·s physiques et sociaux, devront à leur tour renoncer à dominer les plus fragiles qu’eux. Jusqu’à ce qu’enfin les derniers arrivés ne ferment plus la porte, et que l’humanité libérée circule. 

Agnès Freschel

Africapt : lumière sur les écrans africains

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Quand le pays d’Apt se revêt des couleurs d’automne, on sait que c’est le moment de partir en voyage en cinéma africain à l’occasion du festival Africapt. Cette année, pas moins d’une vingtaine de longs métrages, fictions et documentaires sans oublier trois séances de courts métrages sont présentés au cinéma César d’Apt mais aussi dans les villages environnants. Des films, de nouveaux talents ou de cinéastes confirmés, qui parlent de questions sociales, culturelles, politiques, ou interrogent et font rêver…

Du nord au sud

Cinq longs métrages viennent d’Algérie : L Effacement de Karim Moussaoui, une chronique familiale et sociétale, un climat de tension jusqu’au dénouement final. 2G de Karim Sayad explore la réalité des anciens passeurs à Agadez en 2021 ; La Langue du feu de Tarek Sami propose un périple entre la Jungle de Calais et l’Afrique du Sud ; Marin des montagnes de Karim Aïnouz, un voyage en Kabylie, dans une quête des origines paternelles. Sans oublier le superbe Bye Bye Tibériade, récit émouvant d’une Palestine déchirée par l’actrice Hiam Abbass et sa fille Lina Soualem.

Deux fictions venues du Maroc : Jours d’été de Faouzi Bensaïdi, film qui explore la complexité des liens familiaux et la fuite inéluctable du temps en revisitant La Cerisaie d’Anton Tchekhov. Et La mer au loin de Saïd Hamich Benlarbi, un parcours initiatique à Marseille qui commence comme un film noir, un mélodrame au rythme du raï.

De Tunisie, le deuxième long de Mehdi M. Barsaoui, Aïcha (Section Orizzonti à la Mostra), inspiré d’un fait réel. Et d’Égypte le beau documentaire de Nada et Ayman El Amir, Les Filles du  Nil, qui nous fait partager les doutes, les peurs, les joies, l’énergie d’adolescentes, femmes en devenir. Avec The village next to paradise du Somalien Mo Harawe,on suit la galère d’un père aimant mais un peu défaillant et dans Demba du Sénégalais, Mamadou Dia, la vie d’un père veuf tourmenté et désarmé suite à la mort de sa femme. Venu aussi du Sénégal, l’Ours d’Or de la Berlinale, le très réussi Dahomey de Mati Diop.

Des zébus francophones

Abderrahmane Sissako fait se rencontrer l’Afrique et la Chine dans Black Tea, et grâce à Raoul Peck, on découvrira le travail du grand photographe sud-africain, le premier à avoir exposé au monde entier les horreurs de l’apartheid dans Ernest Cole, photographe. Deux films venus de Madagascar : une fiction, Disco Afrika : une histoire malgache,Luck Razanajaona s’interroge sur le présent de Madagascar qui se reconstruit. Et un documentaire : Chez les zébus francophones de Lova Nantenaina, l’histoire de Ly, l’un des derniers paysans orateurs de la capitale. Coconut head generation d’Alain Kassanda montre la force du cinéma, avec des étudiants de  l’université d’Ibadan, qui n’ont pas « la tête creuse ». Toutes les couleurs du monde de Babatunde Apalowo raconte une histoire d’amour « interdite », entre deux hommes, dans un Lagos poétique.

Africapt c’est aussi des courts-métrages, un ciné-concert (le groupe Oriki propose un voyage dans le Dakar de Djibril Diop Mambéty), et des rencontres avec les cinéastes tous les matins. Un programme alléchant pour tous ceux qui aiment ou ont envie de découvrir le cinéma africain.

ANNIE GAVA

Africapt
Du 7 au 12 novembre
Apt et alentours
africapt-festival.fr

Festival Panorama : L’affaire Nevenka

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Soy Nevenka d'Icíar Bollaín © Epicentre Films

À celles et ceux qui continuent de penser qu’au fond les femmes disent non en pensant oui, il faut dire – a minima – d’aller voir Soy Nevenka (Je suis Nevenka). Et aux autres aussi, tant la force d’une fiction servie par l’incroyable performance de deux acteurs (Mireia Oriol et Urko Olazaba), associée au talent de la réalisatrice, transcendent le fait divers, frappent de plein fouet le spectateur et, mieux que toute argumentation, mettent en évidence les mécanismes d’une emprise

Nevenka Fernández, jeune diplômée de 25 ans, est élue conseillère municipale à Ponferrada, sur la liste du charismatique et populaire maire Ismael Alvarez. Le quinquagénaire, qui l’a repérée, a la réputation d’être un « coureur de jupons ». Chargée de la commission des finances, elle perd vite sa naïveté et ses illusions devant les magouilles du politicien qui ne supporte pas qu’elle se refuse à lui après une courte relation consentie. 

Dès lors, se met en place un harcèlement privé et professionnel, qui plonge Nevenka dans l’enfer. Elle sera la première femme à oser porter plainte contre un homme de pouvoir. Seule, contre une société qui voudrait bien fermer les yeux. Contre l’opinion qui la traite d’affabulatrice. Contre ses parents qui voudraient bien éviter le scandale et conserver les subventions de la ville pour leur entreprise, et contre certaines de ses amies qui travaillent pour le maire. Pionnière d’un #Metoo avant l’heure, elle gagnera le procès intenté contre son harceleur, pour affirmer sa dignité. 

Comme un animal traqué

Icíar Bollaín et sa coscénariste Isa Campo sont restées au plus près de la réalité, menant une enquête préalable dans la ville, s’appuyant sur le compte rendu du procès et les témoignages. Elles reconstituent très intelligemment l’état d’esprit d’une époque où le machisme allait de soi, où une mère devant l’effondrement de sa fille ravagée par les violences d’un homme qui aurait pu être son père, est capable de lui dire : « Dans quel état TU t’es mise ! ». 

Mais  Soy Nevenka n’est en rien un documentaire. Pas un film de procès non plus. Cet épisode final, quoique très fort – avec le réquisitoire d’un avocat général d’anthologie – n’occupe que peu de place.  Le film s’ouvre comme un thriller dans le halètement affolé d’une femme qui semble traquée alors qu’explosent les feux d’artifice d’une fête votive, séquence suivie du dépôt de la plainte chez l’avocat, puis il revient en arrière. 

La photo (Gris Jordana) fait archive et « texture cinématographique » : palette de couleurs des années 90, bleus pour la protagoniste, ocres et gris pour les personnages secondaires et les nombreux figurants qui rendent sensibles la solitude de la victime. On entre dans le processus qui transforme une jeune femme belle et intelligente en un être dévasté ayant perdu l’estime de soi, paralysé comme un animal dans des faisceaux de phare. Grâce à une mise en scène au cordeau, on partage son calvaire sans échappatoire. 

ÉLISE PADOVANI

Soy Nevenka  d'Icíar Bollaín
Projeté ouverture de Panorama
le 9 novembre 2025

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Photo Marseille : Territoires en photographies

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Daegu reflection, Kim Saehyun Project © Hyunmin Ryu

Pour sa 14e édition le festival Photo Marseille a souhaité rendre hommage à sa terre natale, à ses habitant.es, aux photographEs qui en renouvellent les représentations. L’ouverture officielle du festival a eu lieu le 10 octobre avec l’exposition collective Être(s) d’ici sur le quai d’honneur du Vieux-Port de Marseille, et dans la foulée se sont ouvertes plusieurs expositions, à la Galerie Zoème, à Maupetit, aux Territoires partagés au Pangolin (jusqu’au 24 novembre). Enfin, du 20 novembre au 20 février les parcs municipaux, exposeront des Regards d’enfants pour penser le territoire, restitutions d’ateliers photos menés dans le cadre du programme « Réussite Éducative » de la Ville de Marseille. 

Prix Maison-Blanche

Le point culminant du festival est le Prix Maison Blanche qui se déroule chaque année à la Mairie des 9/10. Y sont exposés depuis le 17 octobre les travaux des cinq lauréats. 

Dans le hall,  quatre panneaux où se répondent une vingtaine de natures mortes hétérogènes, parfois abstraites, toutes en jeux de formes, couleurs et lumières d’Anaïs Boileau ;  quatre photographies dynamiques de petits groupes de new-yorkais.es réalisées à Coney Island, fameuse plage à l’extrême sud de Brooklyn, de David Godicheau. Et les photographies réalisées par l’allemand Louis Roth, du chantier de la nouvelle capitale administrative égyptienne, montrée comme une fantasmagorie urbaine en plein désert, destinée à devenir à terme la capitale de l’Égypte en remplacement du Caire côtoient celles de l’italien Davide Degano, autour de l’identité italienne, entremêlant présent, passé colonial et vagues migratoires, combinant portraits, paysages urbains, et documents d’archives. 

Sae-hyun 

Sur les murs du salon d’honneur, les photographies du coréen Hyunmin Ryu, premier prix, qui verra son travail publié dans un ouvrage édité par le Bec en l’air. Une dizaine de ses photographies aux mises en scène malicieuses sont exposées mettent au centre son neveu Sae-hyun, avec lequel il a vécu pendant six ans dans la même maison. Un neveu qui est devenu aussi « un ami, un frère, un fils » sur lequel il porte un regard malicieux, à la fois bienveillant et aiguisé, qu’il photographie dans des mises en scènes ludiques inspirées du quotidien parfois nimbées d’un halo mélancolique, détournant la classique photo de famille de façon réjouissante.

MARC VOIRY 

Photo Marseille
Jusqu’au 13 novembre - Être(s) d’ici – Quai d’honneur
Jusqu’au 23 novembre- Accidentes geo-gráfico de Laura Quinonez – Galerie Zoème
Jusqu’au 24 novembre - Villa San Remigio de William Guidarini - Librairie Maupetit 
Jusqu’au 24 novembre - Chaos calme d’Anne-Sophie Costenoble - Le Pangolin
Jusqu’au 24 novembre - Prix Maison Blanche – Mairie du 9/10Jusqu’au 30 novembre. From the dust of the 21st century de Sandy Ott – Territoires partagés
Du 20 novembre au 20 février - Regards d’enfants pour penser le territoire - Parcs Longchamp, Font Obscure et François Billoux 

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