jeudi 21 mai 2026
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Il nous faut éprouver ensemble

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« La culture est quelque chose que nous ne devons pas perdre », déclare Benoît Payan lors de la cérémonie du centenaire de l’Opéra de Marseille. « Parce que la musique nous rassemble et fait jaillir l’émotion au-delà de nos différences », dit-il, « nous la soutiendrons toujours, et remercierons toujours ceux qui nous la font entendre ». Le maire de Marseille répond ainsi aux larges coupes prévues dans les budgets de certaines collectivités et de la plupart des régions (-73% en Pays de Loire), aux inquiétudes des opérateurs culturels, des artistes et du public, confrontés aujourd’hui à une baisse sans précédent du nombre de représentations sur les scènes publiques. 

Pourtant la plupart des théâtres, des opéras, des événements, à Marseille, dans toute la région, sont pleins, des mois, des semaines à l’avance. Mais les baisses impactent déjà la possibilité de produire et accueillir des spectacles. Résultat immédiat : impossible de réserver dans nombre de salles où l’on vient chercher le réconfort, la réflexion, le commun, l’émotion, la catharsis, une compréhension du monde hors du champ miné, laminé, des médias dominants. Loin du champ miné, laminé, des pays qui se libèrent et que l’on bombarde dans la nuit. Loin du champ miné, insensé, d’une France qui voit ses institutions s’effondrer à force de gouvernements aveugles à l’accablement de leur peuple.

Blum refleurira

Le pas-de-côté qui nous est proposé par les artistes, les documentaristes, nous permet d’habiter ce monde à travers nos émotions, notre empathie, notre auto-dérision, leurs souvenirs, et la subtilité de points de vue multiples. Garder en ces temps difficiles une part d’émerveillement, une part d’enfance, au festival de magie de Cavaillon, à Tous en sons, au Mucem, nous est indispensable. Partager les souffrances et les combats des films primés au Primed, qui parlent subtilement de la Syrie, et dénoncent l’esclavage sexuel conduit par Daesh, l’est tout autant. 

Passer 12 heures à La Criée pour réfléchir, avec Charles Berling, à la situation politique française en replongeant dans l’histoire du Front Populaire et de Léon Blum, est aussi essentiel. Sans occulter ni son marxisme ni son anti-léninisme, pas plus que l’antisémitisme dont il a été victime, et qui explique sans doute pourquoi aujourd’hui encore il y a si peu de monuments, de rues, d’écoles, qui  portent le nom d’un de nos plus grands hommes d’État.

Car comme l’a prétendu Jean-Luc Mélenchon, l’antisémitisme n’est pas résiduel en France. Il est omniprésent et multiforme, parce que le discours sur l’enracinement chrétien redevient courant à droite, parce qu’un criminel de guerre dirige Israël, parce que la voix des juifs de gauche est étouffée par leur communauté même, et parce que la confusion extrême entretenue dans les médias et les réseaux entre juifs, sionistes, colonisateurs et criminels de guerre, n’a d’égale que celle entretenue entre musulmans, arabes, islamistes et terroristes. 

Léon Blum, juif non-sioniste avant la guerre, sioniste après, jamais colonialiste, déclarait « Par principe, par tradition, nous sommes adversaires du colonialisme, qui est la forme la plus redoutable de l’impérialisme. » Sortir des communautarismes et des dénis pour éprouver ensemble le sentiment d’humanité reste possible, tant que les salles de spectacles sont ouvertes. 

AgnÈs Freschel

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PRIMED, 30 ans de peines

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@Cadmos Film

C’est un documentaire à la première personne. Leyla Assaf-Tengroth raconte tout à la fois une expérience de documentariste qui s’étend sur trois décennies, et à travers la parole recueillie, le destin d’une famille syrienne exilée au Liban. Tout commence en 1975, la réalisatrice libano-suédoise tourne un film sur les enfants des rues à Beyrouth. Elle caste Rim une vendeuse à la sauvette de 9 ans. Effrontée, rebelle, vive, libre malgré sa misérable condition, Rim sera la figure principale de son film. Leyla initie une relation privilégiée avec sa famille, des réfugiés syriens ayant fui la guerre et qui s’entassent dans un garage de banlieue. Elle emmène Rim en tournée de promotion du film et finance l’éducation de cette enfant analphabète. « Un avenir radieux  l’attendait » dit-elle. Oui, mais à 13 ans Rima est mariée par son père à un cousin qui a le double de son âge. Elle se voile, devient mère et se soumet à la loi maritale. Leyla Assaf Tengroth documentera tout ce qui suit.

Les mariages de ses sœurs. L’une après l’autre : Ramia, Dalida, Safia, Safah. Mariages forcés ou choisis au prix de haute lutte comme celui de Dalida qui refuse le promis attribué et frôle la mort sous les coups paternels, avant d’obtenir la permission d’épouser César, un chrétien. Mais d’arrangement ou d’amour, le mariage enferme les femmes : maternités nombreuses qui leur imposent de rester quand elles voudraient partir, de supporter la violence de leurs époux, puis leurs incartades quand elles sont trop vieilles. Chadia voit son mari devenir volage après 15 enfants et 35 ans de vie commune. On entend la détresse de Safah que le sien a abandonnée pour combattre l’armée de Bachar el-Assad et dont la belle famille veut récupérer de droit, la fille.

Le désespoir de Safia qui a placé ses cinq enfants en internat pour les éloigner des coups quotidiens de leur père. Les logements sont plus confortables, la misère moins grande mais le malheur demeure. On entend les maris justifier les traditions sévères conformes à la loi de Dieu, leur droit de vie et de mort sur leurs enfants et leurs épouses. En filigrane se dessinent les humiliations qu’ont dû subir ces hommes qui ne sont dominants que dans leur maison et abusent de ce pouvoir. Le drame de la guerre, de l’exil, de la misère, des campements de fortune sur occupés, du rejet par une partie des Libanais de ces immigrés aux enfants trop nombreux et qui, peu à peu, s’installent durablement, est partagé par tous.

Mourir au Liban

Mais les femmes subissent de plus la toxicité patriarcale, l’intériorisent. Parfois la transmettent. L’histoire de Chadia et de ses filles est celle d’un exil cruel, de la destruction du paradis originel que représentait leur maison villageoise de Tell Kalak mais aussi de l’enfer domestique qui transforme des petites filles rieuses en femmes éplorées. Les questions de la réalisatrice tentent la neutralité mais les réponses qu’on entend sont à hurler de colère. Elle ne commente pas les grands événements politiques qui jalonnent la période, reste sur leurs conséquences dans la vie des familles. Elle constate la faillite du Liban, voit son appartement de Beyrouth exploser en août 2020, perdant elle-aussi son « paradis ». « Il s’est passé beaucoup de choses en trente ans mais presque rien n’a changé » dit Chadia à la fin du documentaire, devant la tombe de sa mère qui a voulu retourner en Syrie et repasse agonisante la frontière à dos d’homme pour mourir au Liban.

ÉLISE PADOVANI

30 années avec Chadia et ses filles de Leyla Assaf-Tengroth a obtenu le Grand Prix Enjeux méditerranéens au festival Primed.

Noël à Miller’s Point : un conte à rebours

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Copyright Paname Distribution

Avec son titre de comédie romantique ou de conte, Noël à Miller’s Point cache bien son jeu. Si le réalisateur Tyler Taormina assume une esthétique qui se veut « un câlin réconfortant dans une nuit froide », il introduit dans son film une mélancolie tenace et se démarque des conventions en télescopant le sitcom-pub et le cinéma européen des années 1990. Les tubes folk, country, pop et rock des sixties s’enchaînent, coulant en sirop doux-amer.

C’est la belle nuit de Noël pour une famille italo-américaine de la middle class. On est dans une petite ville de Long Island, enguirlandée de lumières. Frères, sœurs, oncles, tantes, mères, grands-mères, cousin·e·s, toutes générations confondues se réunissent comme tous les ans dans la grande maison familiale. Sapin scintillant, cadeaux joliment empaquetés, orgie de décorations et de victuailles.

Pas de miracle

Les groupes se forment. Les parents parlent de leurs ados récalcitrants : les mères entre elles, les pères entre eux, cigare à la bouche. Les enfants chahutent. Les plus grands sont aux sticks. On se perd un peu dans le désordre et le mélange des membres de cette tribu. Du collectif se détachent quelques figures : Emily en révolte contre sa mère, un jeune garçon un peu décalé, la fratrie en désaccord sur le sort de leur mère en perte d’autonomie et sur la vente de la maison où ils fêtent peut-être leur dernier réveillon commun. La matriarche les regarde, déjà ailleurs. La soirée se déroule selon des rituels immuables. On ripaille. On rend hommage aux morts. On attend le char du père Noël. Un train passe dans la nuit. On regarde photos et films souvenirs. On se reconnaît. On rit. Les ados se font la malle dès qu’ils le peuvent pour s’inventer leur Noël à eux sous la neige et en couple dans l’habitacle des voitures. Figures burlesques, deux policiers patrouillent en anges gardiens lunaires.

Le point de vue change sans cesse ; la caméra déconstruit l’image, la floute, cadre des détails, la lumière explose en fragments kaléidoscopiques comme les émotions. Aucun récit linéaire ne se construit dans cette juxtaposition de scènes et de tonalités. La répétition des traditions familiales et des révoltes adolescentes n’enferme pas le temps dans un cycle, il passe sans retour, ni miracle fut-il de Noël.

ÉLISE PADOVANI

Noël à Miller’s Point, de Tyler Taormina
En salles le 11 décembre

Au Mucem, les tréteaux enchantés

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Vue de l'exposition En piste ! Clowns, pitres et saltimbanques au Mucem ©. Lila Seror

Elle trône dans l’espace central : la somptueuse Nana noire upside down de Niki de Saint Phalle, l’une des œuvres majeures de la nouvelle exposition du Mucem, En piste ! Clowns, pitres et saltimbanques. Mais elle côtoie de plus modestes Fleurs de cirque, réalisées par Marie Isabelle Vieira, aide-soignante du Centre hospitalier de Montfavet, où les patients pratiquent l’art pour aller mieux. Cette juxtaposition du fameux et de l’obscur, de la performance et du bricolé, cette façon de braquer des projecteurs pour voir les paillettes jusque dans les marges, c’est la marque de Macha Makeïeff, co-commissaire [Lire notre entretien ici] avec le conservateur en chef Vincent Giovannoni, responsable du pôle Arts du spectacle du musée.

Des planches aux cimaises

Transporter l’univers du théâtre, qui a nourri toute sa carrière sur cette « autre scène » qu’est un parcours d’exposition, c’est le pari réussi de la metteuse en scène. « Il fallait trouver les équivalences de la dramaturgie, construire un récit plastique », dit-elle. Aidée en cela par le magicien de l’éclairage Jean Bellorini, elle a orchestré une farandole aussi évocatrice et colorée que le poème d’Apollinaire, Les Saltimbanques. « Et les enfants s’en vont devant, les autres suivent en rêvant… » Indéniablement, quel que soit l’âge, se laisser embarquer dans ses marottes est un plaisir. D’autant que Macha Makeïeff se sert de l’ombre comme de la lumière, respectant en cela la vocation du Mucem, musée de société. Dès l’entrée, une affiche de 1853 rappelle à quel point l’ambiguïté, la censure et la précarité ont pu marquer le destin des bateleurs. « Tout individu qui voudra se livrer à l’exercice de la profession de Saltimbanque, écrit alors le préfet du Gard, devra produire un certificat de bonnes vie et mœurs, délivré par le commissaire de police ou le maire de la commune où il sera domicilié ». Pour quitter le Département, il faut faire viser son passeport ; les chansons devront êtres revêtues de l’estampille de l’administration, précise l’arrêté…

Nota Bene

Les éditions La Martinière et le Mucem ont édité un beau catalogue de l’exposition, parfait en souvenir ou comme cadeau à offrir en cette fin d’année. On y apprend entre autres l’étymologie du mot saltimbanque, en italien celui qui sait saltare (sauter) sul banco (sur une petite estrade) : quelqu’un, en somme, qui démontre la capacité humaine à l’envol.

Par ailleurs, du 18 décembre au 5 janvier, les enfants seront à la fête, avec le programme d’activités proposées autour de l’expo : ciné-concert, jeux, conférence-spectacle, ateliers, cirque contemporain… Ne manquez pas, par exemple, d’aller voir en famille Dark Circus, spectacle musical dessiné en live par la Cie Stereoptik (à partir de 8 ans, les 29 & 30 décembre). Ou Les Petits Touts, du mime Fabien Coulon, œuvre accessible aux non-francophones et aux personnes sourdes et malentendantes (4 & 5 janvier). 

GAËLLE CLOAREC

En piste ! Clowns, pitres et saltimbanques
Jusqu'au 12 mai
Mucem, Marseille

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Drame yézidie : les femmes et les enfants d’abord

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Hawar, nos enfants bannis (C)

En 2014, des milliers de femmes yézidies sont kidnappées par Daesh et recrutées comme esclaves sexuelles. Captives violées collectivement par les djihadistes, elles se retrouvent souvent enceintes. Une fois « libérées », les mères sont obligées par la communauté à abandonner ces enfants nés de viols. Ana – ce n’est pas son vrai nom – a accepté de raconter sa douloureuse histoire.

On ne verra jamais entièrement son visage mais on la suit, en voiture, en de longs travellings, sur des routes de montagne dans le Kurdistan irakien. Ana avait 19 ans quand elle a été enlevée, emmenée à Mossoul, offerte en cadeau à un combattant qui l’a violée. Des viols comme une routine quotidienne. Enceinte, elle a tout fait pour avorter. En vain. Une petite fille est née, Marya, un amour aussi. Mais revenue dans sa communauté à sa libération, elle se voit contrainte par ses parents à abandonner son bébé : chez les yézidis, on n’élève pas les enfants de l’ennemi. Elle confie son regret d’être revenue. Ce n’est pas la seule ; certaines ne se remettent jamais, se pendent. Ana, elle, ne baisse pas les bras, ne renonce pas. Aidée par certains, elle retrouve la trace de Marya, dans un orphelinat d’une ville en Irak, y va secrètement…

Rien n’est réglé

Entre les longs trajets en voiture, on s’arrête avec elle à Lalesh, temple sacré où on assiste au « re-baptême » de ceux enlevés qui sont revenus, à la fête du « Mercredi rouge », leur nouvel an, pleine de couleurs, de chants et de lumière. On accompagne Ana dans les échoppes où elle achète des vêtements pour sa fille. On fait la connaissance de la responsable de l’orphelinat de Hassaké en Syrie qui espère qu’une solution durable sera trouvée pour ces milliers d’enfants abandonnés par leur mère, volontairement ou contre leur gré. On assiste, moment très émouvant, aux retrouvailles d’Ana et de sa fille qu’elle n’a pas vue depuis 4 ans. Un moment de joie, de tendresse éphémère, suivi d’un départ dans les larmes.

Rien n’est réglé : les autorités officielles, yézidies, kurdes, et irakiennes, continuent à nier l’existence de ces bébés. Un millier de femmes, les « disparues », ont choisi de ne pas retourner dans leur communauté. Il a fallu huit années à la journaliste-documentariste belge, Pascale Bourgaux pour faire ce documentaire afin qu’on n’oublie pas. La cinéaste Berivan Binevsa en a fait une fiction, très réussie aussi, La vierge à l’enfant.

ANNIE GAVA

Hawa, nos enfants bannis de Pascale Bourgaux obtenu la mention spéciale ASBU (Union des Radiodiffuseurs des Etats Arabes )au PRIMED  qui s’est tenu à Marseille du 30 novembre au 7 décembre 2024  

À ce qu’il paraît, c’était super !

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Résidence à Cavaillon avec La Garance © Jean de Pena

Depuis bientôt 30 ans, le Begat Théâtre ne joue jamais ses spectacles sur des scènes de théâtre, mais dans l’espace public, qu’il soit urbain, naturel ou entre les deux. Et Askip (À ce qu’il parait), crée en 2018, texte de Patrick Goujon, ne se joue que dans les collèges. Réunis dans le CDI du Collège de la Belle de Mai, les élèves d’une classe de 5ème sont répartis en trois groupes : Marqueur, Pochette, Pince. Karin Holmström, la metteure en scène, explique : « Au cours du spectacle, qui va se dérouler un peu partout dans le collège, ces objets vont vous apparaître. Il s’agira pour chaque groupe de suivre le sien, où qu’il aille, comme des souris invisibles et discrètes. » Le groupe Marqueur est amené jusqu’aux sanitaires. Derrière une porte de toilette, une voix féminine tonitruante prépare le vol d’une fusée interstellaire, qui décolle dans un vacarme de chasse d’eau. La porte s’ouvre, et Eliza (Clémentine Ménard) apparaît, petite teigne brune, en bonnet et sac Eastpack, un marqueur bleu à la main. Elle trace rapidement des constellations en Z sur les carreaux blancs au-dessus des lavabos, avant de se propulser en bougonnant à travers cour, escaliers, coursives extérieures, jusqu’à la salle de classe où l’attend, scruté par le groupe Pochette, Fréderic Maran (Stephan Pastor), professeur de français, « à qui il manque un R et un T », en veste et col roulé. Quelques minutes plus tard apparait Bruno (Jean-Marc Fillet), agent de maintenance en combinaison de travail, suivi de près par le groupe Pince. C’est son dernier jour avant la retraite, il vient pour une réparation dans le faux-plafond de la classe. Entre les trois, des échanges brefs, faits d’indifférence plus ou moins polie et de préjugés réciproques, semblent donner le ton. Mais rapidement, des monologues intérieurs, prononcées à haute voix, s’insèrent dans ces dialogues, troublant les contours des personnages, esquissant leur fragilité, leur solitude. Eliza, Frédéric et Bruno vont reprendre chacun leur chemin, puis, dans des espaces ouverts, fermés ou dérobés du collège se croiser à nouveau. Discrètement, marqueur, pochette, pince vont changer de mains. Chacun découvrira, à la dérobée, chez les autres, une proximité inattendue, des échos de ses propres fêlures intimes. Accélérations, ralentissements, hésitations, arrêts. Au-delà d’un spectacle, l’expérience d’une écriture et d’une mise en scène mêlant distance et empathie, liberté et précision, portée par des comédiens au diapason. Et les petites souris, à la fin, les yeux brillants, redevenues collégien(ne)s, s’écrieront : « C’était super ! ».

MARC VOIRY

Askip par le Begat Théatre était présenté au Collège de la Belle de Mai du 26 au 29 janvier 2021, programmé par le Théâtre Massalia

Un spectacle programmé par le Théâtre de la Joliette au Collège du Vieux-Port du 11 au 13 décembre 2024

« Massilia’s burning » : la famille du rock se partage une galette 

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Compilation Marseille's Burning. Pochette réalisée par Henri Adam

Il y a plus de 20 ans, sortait sous la houlette de Lollipop Records la compilation Massilia’s Burning. Un 45T réunissant quelques-uns des plus illustres groupes de punk-rock marseillais de l’époque – on y trouvait notamment les Cowboys From Outerspace, Gasolheads, Dollybird… Deux décennies plus tard, un deuxième volume paraît ce 13 décembre, toujours avec Lollipop dans le coup, mais aussi la salle de l’Intermédiaire, qui non contente de réunir tous ces groupes sur scène chaque semaine, les réunit aussi dans ce disque. 

Un virus qui s’attrape 

Ils sont donc quinze à se partager les pistes du vinyle : Crache, Technopolice, 52 hertz, Flathead, Avee Mana, Glitch, Tessina, Seven Levels, Sovox, Kaël, Parade, Cheap Entertainment, Lodi Gunz, Avenoir et Abstract Puppet. Autant de groupes qui représentent ce que cette scène a de plus actif, vibrant et surtout collectif. Car il ne faut pas voir là-dedans une simple « compilation » de groupes alignés les uns à la suite des autres, mais bien une photographie de l’ambiance qui règne autour de la place Jean Jaurès depuis quelques années. Ici les groupes se rencontrent, les projets naissent… les disques, les tournées, les amitiés aussi.

C’est d’ailleurs sur la Plaine, à l’Intermédiaire, que la plupart des groupes présents sur le disque joueront quelques titres sur scène à l’occasion d’une grande release party ces 13 et 14 décembre. Première occasion aussi de se procurer ce disque, que l’on veut croire collector avant même sa sortie. À noter également le before au Lollipop Music Store et le concert de Kaël pour ouvrir ces deux belles nuits. 

NICOLAS SANTUCCI 

Massilia’s Burning Vol.II
L’Intermédiaire, Lollipop Records, Fracas Records – 20 €
Au programme :
Before au Lollipop Music Store
13 décembre à 19 h
Kaël 
L’Intermédiaire
13 décembre à partir de 20 h
Abstract Puppet, Lodi Gunz, Parade, 
Cheap Entertainment, Sovox 
14 décembre à partir de 20 h
Avee Mana, Tessina, Avenoir, Glitch, 
Crache, Technopolice 

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Le henné, un patrimoine sans frontière 

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© X-DR

Il n’y a pas eu de contestation majeure de l’initiative algérienne pour l’inscription du henné au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Le dossier, intitulé « Le henné : rituels, pratiques sociales et esthétiques », a été présenté conjointement par 16 pays arabes, dont l’Algérie, et a été validé le 5 décembre 2024. L’inscription a été largement saluée et considérée comme une reconnaissance de l’importance culturelle et sociale du henné dans les sociétés arabo-berbères. 

Pourtant les tensions récentes entre l’Algérie et le Maroc avaient conduit à plusieurs contestations concernant l’appropriation culturelle : le caftan ou le tajine, associés à la culture marocaine, font l’objet de revendications algériennes, alors que le Zellige, mosaïque en céramique que l’Algérie a voulu faire inscrire au patrimoine immatériel de l’Unesco, est aussi revendiqué par le Maroc. Ces contestations révèlent les tensions diplomatiques entre les deux pays et soulignent l’importance de protéger et de préserver le patrimoine culturel de manière équitable.

Beauté, soin et sacrement

Le henné est une pratique culturelle profondément ancrée dans de nombreuses sociétés, en particulier dans le monde arabe et dans d’autres régions d’Afrique et d’Asie. Son usage a également été introduit par les diasporas afro-arabes en Europe où il n’intrigue plus autant qu’auparavant. Cependant, sa présence sur les mains peut encore rencontrer des oppositions dans certains métiers où la coloration de la peau est jugée inadéquate.  

Le henné, totalement naturel, accompagne de nombreux rites de passage tels que mariages, baptêmes ou circoncisions, où il est appliqué pour bénir et protéger les participants. Les différents motifs des tatouages au henné symbolisent généralement la bénédiction, la prospérité, la santé et la chance. Au-delà de son caractère esthétique et sacré, le henné est reconnu pour ses diverses propriétés thérapeutiques. Il est issu de l’arbuste Lawsonia inermis, connu pour ses propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires. Il est espéré que cette inscription contribue à une meilleure compréhension de son usage.

S’inscrire pour le futur

L’Unesco compte aujourd’hui 194 États membres, certains anciens comme la France, l’Égypte, le Maroc (1946), et d’autres plus récents comme ou l’Algérie qui a adhéré en 1963, après la décolonisation, ou les États-Unis, réadmis en juillet 2023. Les États membres doivent collaborer pour promouvoir la paix et la coopération internationale à travers l’éducation, les sciences et la culture. 

L’inscription au patrimoine de l’Unesco est un processus qui implique plusieurs étapes clés. C’est également une source de concurrence entre pays : agir sur l’attractivité culturelle renforce la position d’un pays sur la scène internationale et en matière de tourisme les enjeux sont colossaux. 

C’est notamment le cas lorsque certains usages embrassant plusieurs nations transcendent les frontières établies. À l’instar des langues, certains objets sont partagés sur des aires géographiques étendues et doivent être portés par plusieurs États, sans exclusivité.  

SAMIA CHABANI

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« Le vieux monde derrière nous », l’odyssée familiale d’Olivier Kemeid

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Printemps 68. À Montréal, Gil Kemeid, jeune étudiant de 22 ans, n’a qu’une idée en tête : faire le tour de l’Europe en Vespa jusqu’au Moyen Orient, à la recherche de ses origines. Avant son grand départ le jeune homme fils d’immigrés chrétiens maronites tombe follement amoureux de Carole, une étudiante qui deviendra son épouse et la mère d’Olivier. Lors de son périple, il lui écrira plus d’une centaine de cartes postales pour qu’elle partage son aventure et ne l’oublie pas. Cinquante ans plus tard, après avoir découvert cette correspondance, Olivier Kemeid, figure majeure de la scène littéraire québécoise, s’empare de de cette odyssée familiale : « grâce aux cartes postales, j’ai passé douze mois à rouler avec mon père, le vieux monde derrière nous ». Tendre, touchant, le récit de ce Don Quichotte levantin lancé sur sa « rossinante » à moteur, qui se retrouve bien malgré lui confronté aux bouleversements de la grande histoire, est surtout follement drôle. Lui, pour qui le général de Gaulle est encore un héros, se retrouve à Paris en Mai 68 bien désappointé « Les Français sont parmi les gens les plus stupides de la Terre. Tout est bloqué. Il n’y a ni train, ni autobus, ni bateau, ni banque, ni lettres. Bientôt il pourrait n’y avoir ni (il souligne) nourriture ».

On le retrouve dans une auberge de jeunesse dans la cité phocéenne « Marseille est très sympa » écrit-il laconique sur une carte postale légendée Marseille Carrefour du monde. Et puis ce sera Monaco, Cannes « où les gens sont snobs », Briançon, Chamonix, puis Gstaad, Strasbourg, Liège, Brest, Biarritz, l’Espagne, le Portugal « où les conducteurs de voiture s’évertuent à jouer du klaxon pour tout et rien », Gênes, Venise, Rimini, la Yougoslavie, la Turquie, la Macédoine, la Transylvanie. Autant de destinations, autant de mésaventures. Mais il n’arrivera jamais à Beyrouth, destination première de son voyage

Olivier Kemeid entrelace les multiples événements politiques internationaux de l’époque avec une érudition exceptionnelle et les péripéties rocambolesques de son « sarrazin de père », enthousiaste, naïf et sacrément conservateur, « qui voit des communistes partout et des “rouges” cachés sous les canapés ». En illustration quelques-une de ces fameuses cartes postales exhumées de ce vieux monde laissé derrière lui.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le vieux monde derrière nous, Olivier Kemeid 
Arthaud - 19,90 €

Liquid Jane + Fred Nevché

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FRED NEVCHÉ © Célia Sachet • Celia Seven Photography

Un plateau tout à fait marseillais que celui proposé par l’Espace Julien, ce mercredi 11. Tout d’abord, l’on pourra entendre la jeune et talentueuse Jeanne Carrion – Liquid Jane à la scène, qui se réinvente dans un projet plus français dans le texte et pop dans la compo qu’auparavant. La jeune femme, que l’on découvrait il y a quelques années dans le très bon duo rock Claude Fernand, péregrine avec succès dans un projet solo déjà bien repéré. Elle fera la première partie de Fred Nevché, artiste phocéen qui sortait il y a quelques mois l’album Emotional Data, voyage intime entre chanson, poésie et musique électronique signée Simon Henner (French 79). On y trouve aussi bien une collaboration au texte avec Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018 qu’avec son fils Jim, en studio. Un album qu’on devine d’avance très agréable à entendre en live. 

LUCIE PON THIEUX BETHAM

11 décembre
Espace Julien, Marseille