jeudi 26 mars 2026
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DIASPORIK : L’enfer des plantations

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Ni chaines, ni maitres © 2024 - CHI-FOU-MI PRODUCTIONS - LES AUTRES FILMS

La France a soumis à l’esclavage quatre millions d’êtres humains. Deux millions arrachés à leur terre, deux millions, leurs descendants, nés en esclavage. Possédés par des maîtres comme des marchandises, exclus du statut d’humain, soumis au Code noir qui décrétait qu’on leur coupe oreilles et jarrets s’ils s’enfuyaient, et que l’on exécute les récidivistes. 

Le Code noir, une exclusivité française

Promulgué par Louis XIV dès les débuts de la traite négrière, le Code recommandait aussi, mollement, qu’on ne les viole pas, qu’on ne sépare pas les familles, qu’on ne les soumette pas inutilement à la faim et aux violences. Recommandations sans coercition, concrètement peu suivies d’effet : 12 % des hommes et femmes arrachés à l’Afrique sont morts dès les cales négrières. La mortalité due aux coups, à la faim et aux exécutions était effarante, en particulier à Saint Domingue  et massivement, dès les premières générations, des « mulâtres » sont nés des viols des femmes esclaves noires, indiennes ou amérindiennes, par leur maître. Les colons venus de France étaient à 80 % des hommes et leurs descendants, « mulâtres », « métisses » ou « quarterons » pouvaient être « blanchis » et échapper au Code noir, l’affranchissement restant rare hors de ce cadre « familial ». 

Pourtant, malgré ces spécificités des îles de l’océan Indien, de la Guyane ou des Caraïbes françaises, dans l’imaginaire collectif français, marqué par le cinéma américain, l’esclavage plantationnaire reste souvent associé aux champs de coton, aux negros spirituals, ou à la guerre de Sécession ! Loin des yeux ? Contrairement aux États-Unis le Code Noir ne s’appliquait pas en Métropole mais au-delà des mers, au nom de Dieu, en terres conquises devenues chrétiennes d’où les juifs étaient aussi interdits. 

La mémoire de l’esclavage français apparaît pourtant dans nos traditions culinaires, nos pâtisseries, nos usines sucrières, notre rapport au café et à l’exotisme… mais nos imaginaires restent à la fois aveugles et confus. En particulier sur l’esclavage des Noirs dans l’océan Indien  (La Réunion et  l’île Maurice).

Ni chaines, ni maitres © 2024 – CHI-FOU-MI PRODUCTIONS – LES AUTRES FILMS

L’Isle de France

C’est cette partie de notre histoire que Simon Moutaïrou vient rendre accessible dans un film grand public : l’île Maurice s’appelait alors, au XVIIIe siècle, l’Isle de France. Terrain de conflit entre l’Angleterre et la France, terre vierge avant l’arrivée des colons, elle a rapidement été défrichée par des esclaves malgaches puis venus de toute l’Afrique pour exploiter la canne à sucre. À la Révolution, qui abolit une première fois l’esclavage rétabli ensuite par Napoléon, les colons français refusèrent de libérer leurs esclaves, repoussèrent les bateaux venus de métropole, et l’Angleterre mit la main sur l’Isle de France, poursuivant l’esclavage, complété à l’abolition de 1848 par des esclaves polynésiens, comme à La Réunion restée française. 

Simon Moutaïrou, scénariste qui passe avec ce film à la réalisation, sait écrire une histoire, haletante, déroulant le fil de la fatalité dans une île qui est une immense prison. Les personnages joués par des stars françaises qui assument sans ambiguïté malvenue d’être des salopards (Benoît Magimel, Camille Cottin et Vassili Schneider sont parfaits) passent au second plan d’une intrigue concentrée sur les acteurs sénégalais (l’essentiel du film est en wolof, langue majoritaire des esclaves mauriciens à l’époque) Ibrahima Mbaye Tchie et Anna Thiandoum. Un film de chasse qui se concentre sur la proie, sur l’esclave favori du maître qui rêve d’affranchissement pour sa fille. Le film suit son cheminement pour sortir de son état d’esclavage. Par la fuite, mais surtout mentalement, en redevenant un homme libre, comme sa fille Mati qui s’enfuit pour échapper au viol.

Devenir libre, l’impossible quête

Un cheminement physique et mental qui donnera lieu à des images sublimes, de forêts, de rivières, d’horizons, de chevauchées, de plages, mais aussi de rêves, de visions, des souvenirs sensuels de la femme qu’il a aimée et est morte dans la traversée. Le film s’ouvre d’ailleurs par l’image de sa noyade, et se poursuit avec des barques brisées et des corps échoués sur les plages qui rappellent que des Noirs venus d’Afrique meurent aujourd’hui encore en mer. 

Une allusion contemporaine, dans un film qui réécrit le « Ni Dieu ni Maître » anarchiste en  réintégrant l’idée d’une libération spirituelle. Car les chrétiens tuent au nom de Dieu mais en son nom aussi doutent parfois et renoncent. Et la déesse totémique Mame Ngessou fait jaillir les éclairs, les illusions, les caresses, rappelant que les esclaves wolofs, capturés avant la conversion à l’Islam, vivaient une religion totémique matriarcale, dans une société matrilinéaire. Une communauté et un rapport à la nature reproduits dans les marronages, douce image d’un avenir impossible, un instant rêvé, avant la fin, déchirante.

AGNÈS FRESCHEL

Ni chaînes ni maîtres, de Simon Moutaïrou
Sortie nationale le 18 septembre

L’histoire fait Salon

Ni chaînes ni maîtres était projeté en avant-première lors d’un festival à découvrir, à Salon-de-Provence
Ciné Salon 13, porté par la famille Fromont (Lilla, présidente, Michel, vice-président et Garance, leur fille, trésorière) et quelques autres passionnés bénévoles, est une de ces associations dynamiques qui structurent la vie culturelle du territoire. Outre sa participation active aux Rencontres cinématographiques de Salon-de-Provence, elle organise depuis une vingtaine d’années des ciné-clubs tout l’hiver, et un Festival d’automne qui entremêle savamment avant-premières et films de répertoire restaurés. 

Historique et militant
Le cadre spécifique du Château de l’Emperi lui a inspiré depuis quatre ans un autre festival, original et militant : le Festival du Film historique. Du 17 au 28 août, dans la cour du plus ancien château fort de Provence, des séances de ciné plein air ont réuni plus de 2 500 spectateurs, pour resituer le cinéma de Pagnol dans le contexte de la guerre, revoir La Grande Vadrouille, parler féminisme en avant-première avec Niki (de Saint Phalle) ou école publique avec Louise Violet, deux films qui sortiront en octobre, et dont la programmation a voisiné avec des documentaires sur le débarquement de Provence ou Missak Manouchian, mais aussi un salon du livre historique organisé par la librairie salonaise La Portée des mots. En préambule de chaque film, une sélection de livres est également présentée par la librairie. Le film Ni chaînes ni maîtres, présenté en clôture, le démontrait aisément : sur l’esclavage, le marronage, la traite négrière française, le Code noir, la bibliographie, romanesque ou historique, est plus riche que la filmographie ! A.F.

Le Festival du Film historique de Salon-de-Provence a eu lieu du 17 au 28 août au Château de L’Emperi et au Cineplanet.

Autoportrait à cœur battant 

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Ma vie Ma gueule © Christmas in July

C’est une mission posthume et une transmission, un dernier pied-de-nez à la camarde, une épitaphe espiègle, une ode au combat pour exister. Présenté à l’ouverture de la Quinzaine des Cinéastes, cet autoportrait d’une quinqua dépressive génialement incarnée par Agnès Jaoui (dans lequel se reconnaîtront beaucoup de femmes), s’est vu décerner le coup de cœur du  SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques).

« PIF », « PAF », « YOUKOU », titrent les trois chapitres qui structurent Ma vie, ma gueule. Trois lieux, trois tonalités et en note continue : l’autodérision, la poésie, le jeu sur les mots, l’instabilité des situations, les soliloques, les commentaires décalés et la quête obstinée de la protagoniste pour s’en sortir parce qu’ « elle n’est pas prête du tout à mourir ».

Agnès Jaoui alias Barberie Bichette, mal surnommée Barbie, publiciste de métier, poétesse du quotidien sera de tous les plans, pas toujours maquillée, négligée, portant le poids de son âge. Le prologue la saisit devant son écran, ses lunettes à la branche cassée incapable de choisir une police de caractère Word entre le sobre « Arial Hebrew » et l’anorexique « Andale Mono », pour écrire le titre du film.

Trois temps 

PIF : Bichette ne va pas bien. Elle vit seule après un divorce. Ses enfants s’éloignent d’elle. Son miroir ne lui renvoie pas vraiment l’image qu’elle aimerait. Elle s’en prend plein la gueule, la Bichette ! Elle a du mal à se blairer. On la suit dans ses habitudes et ses doutes qui butent contre le mutisme de son psy et les certitudes des autres. Comédie de l’absurde. L’incongru surgit dans le trivial. On se laisse surprendre par l’irruption de Philippe Katerine qui joue Philippe Katerine. On rit des décalages et des ruptures engendrées par le mal être du personnage. 

PAF : Bichette chancelle. Bichette s’effondre. Un ancien amour qu’elle confond avec la Grande Faucheuse la sauve de justesse. Et là voilà en clinique psy, appelant tout le monde Fanfan. Bouleversante, désarmante et toujours drôle dans sa frontalité et son regard déphasé sur le monde. 

YOUKOU ! : Bichette s’en va en guerre. Elle traverse la Manche et devient quelque part au nord de l’Ecosse, Lady Bichette. Propriétaire d’un mètre carré de terrain marqué d’un piquet bleu dans l’immensité verte, voisine de Philippe Katerine qui réapparaît, contre toute raison, au milieu de ce nulle part et lui compose une chanson, accompagné de son ukulélé. Bichette a survécu et le loup ne l’a pas dévorée ! 

« Point d’orgue d’une œuvre toute en dissonances et en pas de côté » selon Anne Villacèque, Ma vie, ma gueule a l’élégance du désespoir et la force de la poésie des petites choses, qui réactive à l’infini, le désir de continuer.

ÉLISE PADOVANI

Ma vie, ma gueule, de Sophie Fillières
En salles le 18 septembre

« Danser sur un volcan » : Filmer au bord du chaos

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(C)films des deux rives

« Danser sur un volcan [v] : ne pas se rendre compte d’un danger imminent. »

Danser sur un volcan est le titre d’un film qui n’était pas prévu ! Ce qui était prévu c’était le tournage du premier long métrage de Mounia Akl, Costa Brava, Lebanon, en phase de pré production lorsque le 4 aout 2020, Beyrouth explose. Ou plutôt les 2750 tonnes de nitrate d’ammonium, entreposées illégalement depuis 2014 dans le port. Le monteur de Costa Brava, Lebanon, Cyril Aris prend sa caméra. « Je voyais la ville complètement défigurée, des rues que je ne reconnaissais plus. J’ai commencé à filmer parce que quand on lève une caméra, on met une sorte de filtre entre nous et la réalité, ça devient moins réel et ça aide à digérer. »

Tout comme le cinéaste Maroun Bagdadi dont un extrait de Whispers (1980) documentait Beyrouth dans la guerre, démarre le film. Puis écran noir, voix off qui évoque le chaos, des blessés, des morts, des maisons détruites, puis interpelle : « Où est Mounia ? » Comme les membres de son équipe, elle constate les vitres éclatées, les façades éventrées, les locaux d’Abbout productions bien amochés et l’œil blessé, écarlate de Joe Saadé, son directeur de la photo ! 

Cyril Aris filme tout cela, longs travellings le long du port, plans filmés au drone donnant à voir les blessures béantes de sa ville. Plans aussi en intérieur, où l’équipe travaille, réfléchit, voit comment continuer ce film, une dystopie, qui raconte l’histoire d’une famille confrontée à une très dure réalité, comme un écho à ce qu’ils sont tous est en train de vivre. « Je ne pouvais imaginer que Beyrouth serait pire que cette dystopie ! » commente Mounia. N’y a-t il pas un risque de bâcler ce film que la cinéaste prépare depuis 4 ans ? Malgré le budget qui a perdu un tiers de sa valeur, malgré la Covid qui touche certains membres de l’équipe, malgré les monstrueux embouteillages qui bloquent la ville, malgré la pénurie d’essence, malgré le blocage à l’aéroport de Saleh Bakri,l’acteur palestinien qui vit en Israël, malgré les avions ou les hélicoptères qui perturbent la prise de son, les coupures d’électricité, on continue…

Cyril Aris filme au plus près, les repérages pour le film, la préparation des acteurs, en particulier des adorables fillettes, jumelles, Geana et Seana Restom, le rire, parfois nerveux  de la productrice Myriam Sassine qui se sent comme Terry Gilliam dans Lost in la mancha !  La convivialité et la solidarité de tous ceux qui résistent et font tout pour que le film existe. Costa Brava Lebanon est sorti en juillet 2022.

Quant à Danser sur un volcan, véritable arme de résistance, réflexion sur le pouvoir du cinéma, il sortira en salles le 25 septembre 2024 après avoir été sélectionné dans de très nombreux festivals. N’oublions pas qu’à Cinemed Montpellier, Cyril Aris a eu droit à une standing ovation de plusieurs minutes. A juste titre pour ce film qui nous a fait partager l’énergie de toute une équipe.

ANNIE GAVA

Des chorales pour la rentrée 

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Chants libres - Musicatreize© Olivier Monge MYOP pour la Fondation Bettencourt Schueller

C’est désormais un classique du mois de septembre. La Rentrée des chœurs concoctée par Roland Hayrabedian, directeur artistique de Musicatreize, permet au grand public de découvrir la fine fleur du chant choral de la région. Et qui sait, cette rentrée enchantée peut donner envie à certains de rejoindre un groupe vocal pour créer du « beau » collectivement. Gospel, musiques du monde, classique ou créations contemporaines, cette année encore il y en aura pour tous les goûts. Allauch, La Ciotat, Miramas, Maillane, Eygalières et Marseille vont résonner de polyphonies audacieuses. 

Le concert d’ouverture, le13 septembre, aura pour écrin le théâtre de nature d’Allauch. On pourra y entendre Khenkhenou, composition de Zad Moultaka qui s’inspire des récits mythologiques du monde méditerranéen : Hercule, Gilgamesh, Ancien Testament… Il réunit une centaine de chanteurs et crée une fresque musicale mettant en scène un rite funéraire imaginaire de l’Égypte ancienne. Le chœur professionnel Musicatreize entouré du chœur Darius Milhaud, Meridiem Borealis et l’Ensemble vocal d’Arles porteront ce projet vocal accompagné de percussions en bois et en métal qui ponctueront le discours musical. Après les terres, rendez-vous le 14 septembre en bord de mer à La Ciotat à  avec l’ensemble Créations et son programme A cappella autour du monde, Gyptis pour les Vêpres solennelles d’un confesseur, K.339 et Vocal Provence avec Visages de Fauré, compositeur dont on commémore cette année les 100 ans de la mort. Même jour même heure à Miramas, salle Tristani, l’ambiance sera Swing avec les Chœurs Nuances, Crema et Voice Gang. 

Le dimanche 15 sera riche en musique également : on commence dès 10 heures salle Musicatreize avec un atelier d’initiation à la direction de chœur organisé par Daria Kucevalova. On se retrouve à 16 heures au centre Frédéric Mistral de Maillane pour taper dans les mains au rythme du Massilia Sounds Gospel tandis qu’à la même heure à l’église Saint-Laurent d’Eygalières sera donné « un panorama du chant choral »

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Rentrée des chœurs
13 au 15 septembre
Divers lieux, Bouches-du-Rhône
musicatreize.org

Le Sémaphore prend la rue

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Bleu tenac e© Laurant Cadéac

Zébuline. Vous avez initié le festival Sém’Art Rue lors de votre arrivée au Sémaphore en 2019. Pourquoi était-il important pour vous d’investir l’espace public ? 

Laurence Cabrol. La relation des gens à la salle de spectacle n’est pas la même que celle qu’ils peuvent avoir aux spectacles qu’ils croisent dans la rue. C’est donc une manière de faire connaissance avec le public, et de faire voir la ville autrement. Ensuite, on a une petite salle, donc aller dans l’espace public permet aussi d’avoir une diversité de formats, de faire du grand. Nous avons d’autres événements dans l’espace public, mais ce temps fort est vraiment festif et familial. 

Y a-t-il des nouveautés cette année ? 

Oui. Cette année on commence avec du théâtre, alors qu’il n’y avait pas cette dimension théâtrale auparavant. Il s’agit de Tempête du collectif Le Prélude, basé sur Shakespeare. C’est très visuel, drôle et délirant, vraiment accessible à tous à partir de huit ans. Ce sera joué dans la cour de la mairie qui est à l’ombre, car on a voulu veiller à ce que le public n’ait pas trop chaud. Ensuite, les autres propositions sont plus circassiennes et musicales. Il y aussi de la danse avec la compagnie de Kader Attou. 

Vous pouvez nous en dire plus ? 

Il y a deux formes de cirque. Un solo, Bleu tenace de Chloé Moglia. Elle est tout le temps suspendue, complètement dans douceur et dans la force en même temps. C’est le moment poétique et magique de la programmation. On enchaine avec Gagarine is not dead, l’un des coups de cœur du Festival de Chalon. Ce sont quatre fous qui refont la conquête de l’espace entre théâtre et cirque. Il y a une grande machine qui monte les acrobates dans l’espace. Ça met bien en jeu la prise de risque.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CHLOÉ MACAIRE 

Sem’Art Rue
14 septembre
Port-de-Bouc

Les Fanfaronnades dans les Alpilles 

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La Banda du Dock © X-DR

Depuis 2021, le Théâtre des Calanques a pris l’habitude d’investir les parcs naturels régionaux, à commencer par les Alpilles, avec ses Itinérances qui mettent chaque année à l’honneur une pratique différentes. Cette fois, c’est au tour des fanfares de briller pour quelques dates intitulées – bien à propos – Les Fanfaronnades. Cinq groupes sont invités à se produire dans plusieurs communes du Parc des Alpilles (Saint-Étienne-du-Grès, Maussane-les-Alpilles, Les Beaux-de-Provence) les 13 et 14 septembre, et au Théâtre des Calanques le 15 pour un grand bœuf final. 

Tanner le cuivre 

Certains de ces groupes s’approprient des genres qui ne sont à première vue pas associés avec l’univers de la fanfare, leur donnant par leurs arrangements une nouvelle énergie festive. C’est le cas du hard rock et du métal avec La Banda du Dock, et des différentes nuances de rock et de pop avec La Saugrenue et ses chansons au mégaphone. Mais on retrouve également des fanfares plus traditionnelles, avec La Peña de Saint-Étienne-de-Grès qui saura apporter une ambiance de fête de village provençale, Honolulu Brass Band et ses rythmes exotiques, et Batucada Mega Samba

Les semaines qui suivent, l’événement laissera de côté les fanfares pour prendre la direction de la Camargue et du mont Ventoux pour plusieurs représentations de la troupe du théâtre et du groupe 444. 

CHLOÉ MACAIRE 

Les Fanfaronnades
Du 13 au 15 septembre 
Divers lieux, Les Alpilles 
Une proposition du Théâtre des Calanques (Marseille)

Le Meyreuil du blues 

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Stephen Hull- © Nardo Bernski

Entre les festivals de musique classique, d’électro ou de jazz, les rendez-vous consacrés au blues se font bien rares dans la région, ou en France. C’est pourtant la bonne idée que porte la Ville de Meyreuil depuis 2019, au sein du sublime domaine de Valbrillant, face à la Sainte Victoire. Et ce n’est peut-être pas un hasard qu’un tel rendez-vous soit né ici, car comme le rappelle Jean-Pascal Gournes, le maire de la ville, Meyreuil est « une terre d’hommes venus de l’Europe entière pour extraire pendant un siècle le charbon de la terre de Provence ». Des « gueules noires » face à d’autres gueules noires, celles des esclaves et des forçats afro-américains, qui, dans l’ignominie de leur condition, ont su donner naissance aux plus touchantes notes qui soient : celles du blues, qui donnera ensuite – et entre autre – la soul et le rock. 

En six éditions, le Blues Roots Festival a su accueillir quelques-uns des artistes qui portent de la plus belle des manières cet héritage : Taj Mahal en 2019, Rhoda Scott en 2020 ou Sugaray Rayford en 2023. Bonne nouvelle, le cru 2024, qui se tient du 12 au 14 septembre, est sur la même lancée : du blues toujours, qui explore les différents courants du genre, porté par des artistes – hommes et femmes – du monde entier. 

Sur scène 

Dès l’ouverture, le Blues Roots attaque fort, avec la venue de Joe Louis Walker, une des dernières grandes stars du genre. Ce Californien, aujourd’hui âgé de 74 ans, s’est fait connaître sur le tard, à la fin des années 1980. Une carrière qui a été marquée par des hauts et des bas, son blues mâtiné de rock et de soul n’était pas forcément au goût des puristes. Qu’à cela ne tienne, il intègre le Blues Hall of Fame en 2013, ce qui aurait pu être la reconnaissance ultime de son travail s’il n’avait pas été surnommé « The Bluesman » par la Queen des Queens : Aretha Franklin. Le même soir, le plateau accueille la Brésilienne Nanda Moura. Chanteuse et guitariste, elle revisite les grands classiques du blues des années 1920, 30 et 40. L’occasion d’entendre, à coup sûr, quelques notes de la légende absolue du genre : Robert Johnson et son Sweet Home Chicago

De Chicago on passe à Detroit le lendemain avec Thornetta Davis. Chanteuse, star en Amérique et dans sa ville, elle a notamment assuré les premières parties de Bonnie Raitt, Gladys Knight ou Etta James en début de carrière. À ses côtés on va découvrir Stephen Hull : artiste autodidacte, il s’est mis à jouer du blues sur sa guitare à 14 ans. Bien lui en a pris puisqu’il s’est fait repérer par Bruce Iglauer, le patron du très réputé label Alligator. Depuis, il court les grandes scènes du monde, on l’a vu à Montreux cet été, et joue une musique dans la lignée des Albert King, BB King et Elmore James. 

Le samedi, s’ouvre dès 14 heures une jam session dans la salle Jean Monnet, avec sur scène, Marc Campo, Lionel Dandine, Christophe et Philippe Le Van. Ensemble, ils proposent une répétition expliquée et commentée aux spectateurs, avant d’assurer un concert dans un second temps. Un tour de chauffe bienvenu avec le grand final qui accueille l’ingénieux danois Mike Andersen et l’Américain Lance Lopez, qui n’est pas sans rappeler un autre grand nom du blues, Stevie Ray Vaughan. 

NICOLAS SANTUCCI

Blues Roots Festival
Du 12 au 14 septembre
Domaine de Valbrillant, Meyreuil

En Polyptyque (s)

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Polyptyque 2024 - Devant les oeuvres d'Orianne Ciantar Olive - Urban Gallery © Angélique Roullier

Annulé en 2023 pour cause de financements insuffisants, le salon de photographie contemporaine Polyptyque a fait son retour au sein de la rentrée de l’art contemporain à Marseille. Un salon organisé par le Centre Photographique Marseille, qui s’est déployé dans le quartier de la Joliette sur quatre lieux différents : l’Urban Gallery, Les Voûtes de la Major, le Centre Photographique Marseille et le Mund’Art. 

À l’Urban Gallery et aux Voûtes de la Major, le Salon proprement dit avec les expositions proposées par les neuf galeries sélectionnées, et les 17 artistes pré-sélectionné.e.s pour le prix photographie Polyptyque et le prix du livre d’artiste. 

Au Centre Photographique Marseille et au Mund’Art, deux expositions parallèles : un nouvel accrochage de l’exposition Toucher le Silence de Grzegorz Przyborek au Centre Photographique Marseille.Et au Mund’Art, les cinq lauréat·es de la première édition de Polyptyque en 2018 dévoilaient leurs œuvres récentes. 

Polyptyques

En déambulant d’un lieu à l’autre, on peut constater que le salon n’a pas choisi le nom de Polyptyque par  hasard : la totalité des photographEs présenté.e.s travaillent sur des séries d’images, exposées en diptyques, triptyques et polyptyques, permettant aux visiteur.euse.s de percevoir un travail artistique dans son amplitude et sa cohérence. 44 artistes présenté.e.s c’est autant de démarches diverses et variées, d’univers différents. Entre lesquels on peut néanmoins essayer de faire quelques rapprochements : celles et ceux qui s’orientent vers une exploration de la matérialité de l’image, ceux et celles dont les images sont plutôt d’accès littéral, et celleux qui invitent, à travers le rapprochement d’images différentes, à imaginer des mises en récit. 

Du côté de la matérialité, on trouvait par exemple aux Voûtes de la Major, le travail en duo de Clara Chichin et Sabatina Leccia, Le bruissement entre les murs, présenté par la galerie XII : des photographies de la végétation d’un parc, percées dans certaines zones du papier d’une multitude de minuscules trous d’aiguille, déformant légèrement la surface, suggérant une sorte de porosité entre l’image et son support matériel. Également, les travaux en cyanotype sans contact de Marie Clerel exposés par la galerie Binome, notamment des séries de ciels. Une artiste qui explore la lumière et le temps, en mettant hors-jeu les préoccupations techniques habituelles de la photographie, en se tournant et jouant avec des procédés d’expositions et de révélations élémentaires. Un autre exemple à l’Urban Gallery, où la galerie Dantec présentait les travaux de Léa Desmousseaux, qui explore, munie d’un appareil argentique derrière l’écran de son ordinateur, des clichés d’images aériennes issues d’archives scientifiques (vestiges nubiens, romains, …), proposant à l’arrivée des paysages étranges, matériels et immatériels, lunaires.

Rêveries

Du côté des images facilement lisibles, on trouvait à l’Urban Gallery présenté par la galerie The Merchant House plusieurs projets de l’artiste Mary Sue, qui pose déguisée en soubrette naïve, superwoman, danseuse orientale, Alice au pays des merveilles ou Blanche-Neige, accentuant ironiquement l’imagerie associée aux femmes pour la dénoncer. Aux Voûtes de la Major, la galerie Olivier Waltman proposait les photographies grand format du norvégien Rune Guneriussen. L’artisteinstalle dans les paysages naturels de Norvège des ensembles de mobiliers manufacturés, luminaires, chaises, globes terrestres électriques, disposés souvent en guirlandes monumentales, donnant à l’ensemble un aspect de conte merveilleux.

Enfin parmi les photographes présentant des ensembles invitant au récit, le travail d’Yveline Loiseur présenté aux Voûtes de la Major par la galerie Françoise Besson : La Vie Courante cherche à capter le passage du temps d’une vie dans des lumières aux couleurs profondes. Une dizaine de photographies rêveuses, certaines où elle fait poser des personnages qu’elle met en scène précisément, d’autres étant des natures mortes qu’elle compose précautionneusement. 

Rêveuse encore, à l’Urban Gallery, l’une des lauréates du Prix Polyptyque Photographie de cette année, Éleonara Paciulo : un ensemble de photographies en noir et blanc et de vidéos, un serpent avec sa mue sur du sable, un tronc d’arbre, des ombres de main, des objets brûlés, des rituels mystérieux, un texte sur la magie.

MARC VOIRY

Polyptyque s’est déroulé du  30 août au 1er septembre aux Voûtes de la Major, Urban Gallery, Centre Photographique Marseille et MundArt, Marseille

Le nouvel accrochage de l’exposition Toucher le Silence de Grzegorz Przyborek au Centre Photographique Marseille est visible jusqu’au 21 septembre 

À Martigues, une rentrée résistante

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Ttsunami Banana © Delphine Mallet

En cette rentrée très politique, la section de Martigues du Parti communiste ne déroge pas à la règle, et organise son traditionnel rendez-vous festif et solidaire avec le festival Terres de Résistance, du 5 au 8 septembre au jardin du Prieuré.  

En ouverture cette année, une projection en plein-air de Twist à Bamako, un drame historique de Robert Guédiguian sorti en 2021, qui suit un couple d’amoureux révolutionnaires au temps de l’indépendance du Mali. Le lendemain musique, avec le joyeux rock de Oai Star, toujours emmené par un Gari Gréu vivifiant… Plus tôt, on aura écouté une reggae party signée Soon Come

Pour le week-end, place à la solidarité avec une journée construite en partenariat avec le Secours populaire français. Outre le marché paysan le matin et la kermesse – gratuite pour les enfants – l’après-midi, un débat s’interroge sur « la place des jeunes dans la mobilisation associative ». La journée se finit en musique, avec les « DJeuses éclectiques » de Tsunami Banana. Le dimanche, il faudra se lever tôt pour aller chiner les pépites du grand vide grenier, avant le grand meeting de rentrée et l’après midi musical animé par le duo acoustique K-Lamité

NICOLAS SANTUCCI

Terres de Résistance
Du 5 au 8 septembre
Jardin du Prieuré, Martigues 

Dying, la bonne partition de Matthias Glasner

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Réalisateur : Matthias Glasner Section : Concours 2024 © Jakub Bejnarowicz / Port-au-Prince, Schwarzweiss, Sénateur

La perte d’autonomie, l’alcoolisme, la dépression, le suicide, un Parkinson et un cancer, concentrés dans un film de 183 minutes – le plus long de la compétition de cette 74e Berlinale, auraient pu constituer une épreuve pénible et définitivement déprimante. Mais contre toute attente Sterben (Dying) du réalisateur allemand Matthias Glasner est un film émouvant sans pathos, tragique sans grandiloquence, et … drôle. Oui ! Drôle et vivifiant.

Trois enterrements, trois naissances

Les trois enterrements auxquels on assiste sont contrebalancés par deux naissances, auxquelles on peut ajouter celle d’une œuvre musicale magnifique, bouleversante, qui porte le même titre que le film. Conçue dans la douleur, elle clôt le tableau comme un triomphe.

Matthias Glasner construit un récit choral en trois chapitres se superposant dans le temps et croise les trajectoires de trois membres de la famille Lunies. La mère Lissy Lunies (Corinna Harfouch) ne supporte plus Gerd (Hans-Uwe Bauer) son mari, hagard et dément. Le fils Tom Lunies, interprété par l’admirable Lars Eidinger, est chef d’orchestre. Divorcé de Liv (Anna Bederke) dont il reste proche, il endosse le rôle paternel auprès du bébé qu’elle vient d’avoir avec son nouveau compagnon. Tom prépare la création de Dying composé par son ami, Bernard (Robert Gwisdek) dont il gère au mieux les exigences, les angoisses et les violences. Enfin la fille, Ellen Lunies (Lilith Stangenberg) assistante dentaire à la dérive, dépendante à l’alcool, s’engage dans une relation adultère avec Sebastian (Ronald Zehrfeld), son patron.

À la mort, à la vie !

Si à la faveur de certaines confessions, des explications éclaireront le dysfonctionnement de cette famille, elles ne seront jamais réductrices. N’arrêteront pas la dynamique narrative et, comme tout le reste, seront dédramatisées par le comique inhérent au tragique, que le réalisateur excelle à extraire.

Ainsi la terrible scène d’ouverture – qui fait penser à Amour d’Haneke, et montre sans filtre la déchéance du corps et de l’esprit du vieux couple, sera suivie d’une vraie scène d’auto-dérision. Ainsi la romance entre le dentiste et son assistante se teintera de burlesque autour de la bouche grand ouverte d’un patient. Le grand-guignolesque s’invitera à la première d’un concert et les affres sentimentales du trouple seront désamorcées par le concours cocasse des deux pères pour faire manger bébé. Les aveux terribles de la mère à son fils, le suicide d’un ami, les blessures anciennes et nouvelles n’empêcheront pas Tom, de garder son équilibre et de jouer sa partition. Le réalisateur crée la sienne de rires et de larmes, empreinte d’une grande humanité.

ÉLISE PADOVANI

À Berlin

Dying, de Matthias Glasner

Sortie 4 septembre

Titre français : La Partition