mercredi 11 mars 2026
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« La Mélancolie », de l’amant perdu

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La Mélancolie © 2023「Hotsureru」Film Partners & Comme Des Cinémas

« Bonjour, on pourrait peut-être sortir la couette d’hiver ? – T’as raison, je m’en occuperai – Merci ! »C’est par ces mots banals que commence la journée de Watako (Mugi Kadowaki) qu’on voit seule à l’écran, s’apprêtant à sortir d’une maison aux couleurs froides. Elle monte à bord du train express Hakone 60 où elle retrouve un homme. La caméra ne quitte pas la jeune femme durant cette journée qu’elle passe avec Kimura (Shōta Sometani), son amant depuis un an. Ils font du « glamping » (camping tout confort) à Yamanashi, des selfies, vont regarder s’envoler les avions tout en parlant de leurs familles respectives. Elle est mariée à Fuminori (Kentaro Tamura) qui s’occupe de son fils, revoyant souvent son ex, souvent sous le regard de sa mère. Ces escapades, légères, joyeuses, filmées dans la lumière, permettent à Watako d’échapper à ce qu’elle vit, la routine du couple, des journées sans fantaisie, un quotidien qui lui pèse. Mais au retour d’une de ces parenthèses enchantées, son amant Kimura se fait renverser par un véhicule et meurt. De cela, Watako ne parlera à personne : ni à ses proches, ni à sa meilleure amie, Eri (Haru Kuroki), ni à son mari. Elle ne pleure pas, cache sa peine et son sentiment de culpabilité à tous : elle n’a pas prévenu les secours au moment de l’accident. Comme absente, elle continue à vivre, face à la perte, terrible, définitive, de l’homme qu’elle aimait.

« Ça ne nous regarde pas »

À partir de cette trame narrative, simple, somme toute assez banale, le jeune cinéaste et dramaturge, Takuya Kato, réalise avec La Mélancolie un film délicat, dans une mise en scène très soignée où le choix du cadre et de la palette chromatique soulignent finement les émotions. Certes, il aborde les thèmes universels de l’usure de l’amour dans le mariage, de l’adultère, du deuil, des choix à faire dans la vie mais il fait aussi le portrait d’une société japonaise où respecter excessivement les codes de bienséance peut fermer les cœurs. « La question que j’avais envie de traiter à travers ce film est la question de la responsabilité, le fait de se sentir concerné ou non par les événements que l’on vit. Je crois qu’au Japon il y a une grande tendance à penser qu’on n’est pas concerné, que ça ne nous regarde pas, que ça se passe en dehors de nous. Les gens ont tendance à ne pas s’impliquer dans ce qu’ils estiment être en dehors d’eux.»Mugi Kadowakiincarne à la perfection cette femme frappée au cœur, qui commence à sombrer dans la mélancolie. En sortira-t-elle ?

ANNIE GAVA

La Mélancolie, de Takuya Kato
En salles le 14 août

Histoires de cordes 

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Le Festival international de Piano de La Roque d’Anthéron joue du paradoxe en baptisant « Nuit du piano » une soirée où brille un quatuor, pas n’importe lequel, sans doute l’un des meilleurs au monde, le Quatuor Modigliani. Deux pianistes sont tour à tour à l’honneur, Rémi Geniet et Jean-Frédéric Neuburger. La soirée conçue en deux temps s’attachait d’abord aux Valses nobles et sentimentales de Ravel, sous les doigts de Rémi Geniet dont les attaques franches et la nervosité du style se glissent avec aisance dans la partition dont le titre est un hommage aux deux volumes de valses de Schubert. Si le terme de « valse » a désorienté le public à la création tant les dissonances et les accents de ces pièces leur donnaient une apparence « aventureuse ». Pourtant, en exergue de la partition pour piano on peut lire la citation d’Henri de Régnier « le plaisir délicieux et toujours nouveau d’une occupation inutile »… Entre le côté percussif de certaines phrases et les nuances qui se coulent dans le velouté du Fazioli, le pianiste a une manière bien à lui d’habiter le silence tandis que les dernières notes appréhendent l’infime et se perdent dans la cymbalisation des cigales. Rejoint par le Quatuor Modigliani, Rémi Geniet s’attachait à une pièce historique du répertoire français, le Quintette pour piano et cordes en fa mineur de César Franck. Les accents passionnés de l’œuvre étaient rendus par un tempo sans faille. Le ton dramatique de la première partie, Molto moderato quasi lento, prenait un tour romantique soutenu par la virtuosité des cordes, violon aérien d’Amaury Coeytaux, celui subtilement incarné de Loïc Rio, alto profond de Laurent Marfaing, violoncelle inspiré de François Kieffer. La sublime aria du deuxième mouvement, Lento, con molto sentimento, est d’une intensité prenante, tissés dans ses harmonies complexes. Enfin, le troisième mouvement, Allegro non troppo, ma non fuoco, offre des unissons de rêve, mâtinant son lyrisme d’un sentiment d’urgence où s’emporte l’âme. 

Complicité de longue date

Après l’entracte, c’est le Quatuor Modigliani qui débutait, écho à la première partie en reprenant une œuvre de Ravel, le Quatuor à cordes en fa majeur. On est subjugués par l’art infini des nuances, la virtuosité inventive des pizzicati, la fougue du scherzo, la musicalité du premier violon, le Stradivarius « Prince Léopold » de 1715, la poésie fiévreuse des phrasés qui équilibre les couleurs et réenchantent le monde. Comme en clin d’œil, puisque le quatuor de Ravel est dédié à Gabriel Fauré qui était au moment de son écriture professeur de composition de l’auteur du Boléro, les quatre instrumentistes retrouvaient le pianiste Jean-Frédéric Neuburger, complice depuis plus de vingt ans pour une interprétation magistrale du Quintette pour piano et cordes n° 2 en ut mineur opus 115 de Fauré. La beauté d’une journée d’été se voit condensée dans cette pièce qui fut utilisée au cinéma dans le film de Bertrand Tavernier, Un dimanche à la campagne. Fluidité, frémissements, paysages rêvés, été impressionniste où les strates de lumière vibrent avec une éloquente élégance… L’osmose entre les musiciens fait le reste. 

En bis, le Scherzo du Quintette pour piano en la majeur de Dvořák apportait le tourbillon de sa danse. Un rêve éveillé !

MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné le 29 juillet, Parc de Florans, La Roque d’Anthéron

Uzès électrique 

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Acid Arab © Xi WEG

Certains ont connu le feu festival du Pont du Gard et avec lui tout ce qu’il comportait de têtes d’affiche et d’anecdotes shootées à la légèreté des chaudes soirées d’été. Il faut dire que la région, coincée entre les Cévennes voisines, les champs et la fraîcheur du gardon, offre à un décor idéal à tout raccourci vers la détente et la douceur festive. À Uzès, l’été rime avec saison des spectacles, concerts et autres festivités culturelles, dans un arrière-pays qui en manque souvent cruellement hors saison. Îlot de pierres posé dans la campagne, la ville est un joyau historique datant du IIe siècle avant notre ère. Architecture et monuments sont les témoins de siècles d’histoire, la dotant évidemment d’un fort capital touristique. 

Gard, à vous

Depuis un quart de siècle maintenant, la Ville d’Uzèspropose une programmation grand public et, son nom l’indique, dansante, deux soirs durant. Avec un tarif des plus accessibles, il est inscrit sur la liste des initiatives culturelles indispensables. En plein air, en tenue légère, les soirées allient grands noms et découvertes, à l’instar de cette édition. En effet, l’on pourra savourer un DJ set des superstars Acid Arab, quintet électro parisien pionnier du l’électrorientale, le tout aussi pionnier français de la rave Popof mais aussi des artistes plus locaux ou émergents. Il n’y aura malheureusement qu’un seul nom féminin sur l’affiche, en celui d’Audrey Danza, DJ suisse très portée sur la transe ou l’indus. Plutôt disco avec Pablo Bonzi ou soul funk pour LK aka Labat, la musique électronique semble avoir été traitée avec pluralité. Les Montpelliérains Gotis et Dylan Dylan, rejoints par les Nîmois de Black Accord, défendent notre chère scène électro sudiste.

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM 

Les Électros d’Uzès
Les 2 et 3 août 
Promenade des Marronniers, Uzès (Gard)

Le cap des 27

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Massilia Sounds Gospel © Sebanado

On peut sourire à l’accumulation des « apéros » déclinés tout au long de ce festival incontournable des étés du Luberon et du haut pays axois : « apéroConcert », « apérOpéra », « apérOpérette », « apéroJazz », quand il ne s’agit pas, de manière plus ambitieuse dans cette série d’agapes, d’un « dîner concert ».

Le monde en Provence

Nouveau venu dans ce florilège chaleureux, « l’apéroBrasil », grâce à Claire Luzi qui, sur la terrasse du château de Peyrolles-en-Provence partagera sa gourmandise des mélodies du Brésil et des mots qu’elle assemble avec bonheur avec ses complices, Karine Huet (accordéon), Raquel Freitas (piano), Didier Huot (cor) et Icao Kai (pandeiro et percussions) (3 août). Autre continent et autre mer grâce à « l’apéroMéditerranée » (17 août) : réunis en quartet, le FadoRebetiko project, à l’initiative de la chanteuse, pianiste et compositrice Kalliroï Raouzeou, Jean-Marc Gibert (bouzouki), Jérémie Schacre (guitare) et Nicolas Koedinger (contrebasse) se glissent dans les univers du fado et du rebetiko, les « blues » du Portugal et de la Grèce. 

Un détour par le jazz

Auparavant le festival aura démarré en force avec le chœur de vingt chanteurs et chanteuses du Massilia Sounds Gospel qui dansent leur musique, puisant la joie dans la résilience et la lutte entre soul, blues et jazz (2 août). Le Malcom Potter Septet (9 août) fait pencher le jazz vers la pop et un chant qui rappelle celui de Sting. Les références aux Beatles à Stevie Wonder ou Chet Baker fusent ! Connu déjà par le public du festival car il a accompagné au piano les films muets de la soirée d’ouverture 2022, Robert Rossignol revient avec le Trio Sudameris, un ensemble phare de l’agglomération marseillaise qui rassemble autour du pianiste, arrangeur et compositeur les percussions de Farid Boukhalfa et la contrebasse de Jean-Christophe Gautier pour une musique vivante qui fait se rencontrer Satie et Nirvana, Brahms et l’Orient, l’Occident et les musiques de l’Inde, tout un voyage (15 août) !  

Du classique !

Bien sûr, le directeur artistique du festival, le pianiste Vladik Polionov n’abandonne pas la veine classique ; en solo il consacrera une soirée de récital à Rachmaninov (4 août) au cours de laquelle on pourra écouter Sept Préludes, Deux Études-Tableaux et Six Moments musicaux. Le chant lyrique n’est pas oublié avec le « dînerOpéra » dédié à Mozart, Rossini et Verdi sur le thème inusable des conflits de générations avec Armelle Khourdoïan (soprano), Héloïse Mas (mezzo-soprano), Florent Leroux-Roche (baryton) accompagnés par Vladik Polionov (10 août). Après l’opéra, l’opérette aussi en forme apéritive s’en donnera à cœur joie avec des extraits d’Offenbach, « folie » partagée par Héloïse Mas et Valentin Thill (ténor) (11 août). Enfin, fidèle à l’ADN du festival, Vladik Polionov propose un « Opéra de Poche », adapté par ses soins en version de concert avec piano, Don Giovanni de Mozart (16 août).

MARYVONNE COLOMBANI

Festival Durance Luberon
Du 2 au 17 août
Divers lieux du Luberon 

Quand une langue redevient vraiment vivante

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Si le personnage, qui lui ressemble beaucoup, a des problèmes avec ses pieds qu’elle ne sait plus comment chausser, Valérie Paüs n’a pas froid aux yeux et assure avec brio l’écriture, le jeu et la mise en scène de son spectacle. D’origine réunionnaise, venue sur le continent pour poursuivre ses études, elle imagine un spectacle dont le sous-titre, « physiologie d’une langue encombrée », renseigne sur l’éducation qu’elle a reçue avec les entraves des apprentissages. l’école lui a appris qu’elle devait parler la belle langue, le français de la littérature et de Racine, qu’elle adore, dont elle dit un extrait. Réminiscence aussi des exercices de diction, les « exquises excuses » … Et quand elle voulait parler créole son père déclarait que ça ne lui allait pas ! Comment alors trouver chaussure à son pied, être bien dans son corps et dans sa langue ? Valérie confie son histoire durant un vol qu’elle effectue vers son île natale (mais le fait-elle vraiment ?), elle joue alors les hôtesses de l’air, utilise leur diction désincarnée.

Tenir sa langue…ou la donner au chat

La scénographie est épurée. Des plantes vertes et six panneaux de miroirs flexibles facilement transportables permettent de créer les différents espaces, réfléchissant la lumière et déformant l’image, métaphores de la recherche de son identité. De nombreuses paires de chaussures occupent le plateau et sont alternativement utilisées. La jeune femme dialogue avec elle-même en utilisant la deuxième personne, nous mettant ainsi au sein de ses interrogations. Qui est-elle, finalement ? Quel est son vrai moi ? Comment peut-elle être en accord avec son passé ? Sa langue empêchée réussit à se frayer un passage en même temps que les souvenirs, ceux de sa maîtresse chargée de lui enseigner le beau langage et ceux de Télé Freedom qui utilise enfin le créole. Peu à peu elle retrouve une légitimité à parler sa langue natale, à vivre librement, après avoir réalisé que « quand tu te tais, tu te tues. »

CHRIS BOURGUE

Crache ! écrit, joué et mis en scène par Valérie Paüs – Cie Rhyzome – Avignon s’est joué à L’entrepôt pendant le Festival Off

De l’art de transcrire

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« Quel dommage de débuter le concert à vingt heures, les cigales couvrent le piano, déplorait l’artiste venu écouter le concert de Lucas Debargue la veille : plus tard, les insectes se taisent et le plein air est plus propice à l’écoute de l’instrument ». Repoussé d’une demi-heure, le début du concert se posait sur la toile de fond des stridulations des cigales. Pourtant, l’écoute n’en était pas moins belle. Les six pièces extraites de quatre des volumes des Romances sans paroles de Mendelssohn ouvraient la soirée. On a du mal à songer que le compositeur écrivait que « les pièces pour piano ne sont certainement pas ce que j’écris avec le plus de plaisir », tant ces camées délicatement ciselés offrent une impression de liberté. Chaque saynète construit l’appréhension d’un sentiment d’une émotion, installe ici un dialogue aux développements mutins ou semble préfigurer des moments du cinéma muet, là, met en évidence les remuements d’une âme, tristesse, passion, nostalgie, brosse des paysages, précédant les poèmes de Verlaine qui s’inspira du titre de Mendelssohn pour le recueil qu’il rédigea en prison. On y lit « Le piano que baise une main frêle / Luit dans le soir rose et gris, vaguement »…
Rien de frêle dans l’approche pianistique de l’artiste ! La légèreté de la main aborde parfois le clavier comme une harpe, sait approfondir les phrasés, leur donner une épaisseur à la lumineuse densité. Tout est contrôlé, dosé, mesuré afin d’atteindre l’idéal. Le piano sait se faire aérien dans la si preste Fileuse (opus 67 n° 4), se recentre, tourbillonne, ironise, songe…
La Ballade n° 3 en la bémol majeur opus 47 de Chopin apporte ses ruptures de ton : la douceur de l’introduction est balayée par les élans furieux des accords en fa mineur, les passages chromatiques s’exacerbent sous les amples accords, les octaves rompus, les séries de doubles croches se conjuguent en un foisonnement sensible. Lui répond le chant continu du Nocturne en ré bémol majeur opus 27 n° 2, et son indicible harmonie. La Ballade n°4 en fa mineur opus 52 conclut la première partie et ses clair-obscur, ses danses lentes qui empruntent à la valse et la mazurka, médaillon aux contre-points et contre-mélodies entrelaçant deux thèmes jusqu’à l’exubérance de la coda. 

À quatre mains ?

Préparée par le caractère épique de la fin du programme de la première partie, la seconde était dédiée à Wagner « vu par », d’abord Lugansky dans Quatre scènes de Götterdämmerung (Le Crépuscule des Dieux) puis Liszt, Mort d’Isolde, extrait de Tristan et Isolde dans sa transcription pour piano. L’élégance du jeu convie à une lecture personnelle des thèmes wagnériens. Plus qu’une transcription pour piano, il s’agit d’un dialogue par-delà les siècles entre deux musiciens. L’un expose son propos, l’autre le commente, l’orne de ses réflexions, de ses émotions, offre échos, lyrisme, emportements, songes, recompose les récits, nous bouleverse. L’assistance est suspendue à la magie qui se déploie là. Un orchestre entier vibre dans l’ossature du Steinway. Extases !

En bis, le pianiste revenait à Rachmaninov avec La Romance Opus 21 n° 5, Lilas et son Prélude opus 23 n° 7 en ut mineur avant de faire dialoguer Tchaïkovski et Rachmaninov dans la sublime Berceuse opus 16, n° 1… histoire de réconcilier la nuit et ses enchantements.

MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné au Parc de Florans, La Roque d’Anthéron, le 28 juillet 2024

Comme le feu ou les illusions perdues

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Copyright Shellac/Tandem

Le film s’ouvre par une longue séquence qui n’est pas sans rappeler celle du Shining de Kubrick. Route déserte sans horizon. Une voiture file entre de hautes forêts. Musique lancinante, répétitive. Deux notes dont l’une se prolonge jusqu’au malaise. A l’intérieur du véhicule, sur la banquette arrière, une jeune fille encadrée par deux garçons. A l’avant, un chauffeur quinquagénaire et une cage à lapins.

Inspiré par une expérience vécue par son frère dans sa jeunesse, Philippe Lesage suit le jeune Jeff (Noah Parker) 17 ans, invité par son meilleur ami Max (Antoine Marchand-Gagnon) à passer des vacances en famille chez Blake Cadieux (Arieh Worthalter) un  ami de son père Albert (Paul Ahmarani ). Albert est scénariste. Blake cinéaste. Blake et Albert ont autrefois réalisé des films ensemble. Puis leurs routes se sont séparées. Le premier refusant le cinéma commercial et se tournant vers la vérité du documentaire. Le second se « compromettant » dans des projets télévisuels alimentaires. Blake est veuf, vit dans un chalet reculé au milieu des forêts et des lacs. On y arrive après un long voyage routier et un trajet en hydravion. Jeff admire Blake et veut devenir réalisateur comme lui. Il est amoureux de la sœur de Max, Aliocha (Aurélia Arandi-Longpré) dont le prénom est celui d’un des frères Karamazov. Elle rêve de devenir écrivaine.

Lutte d’egos

Les vacances, ponctuées de parties de chasse, de pêche, de canyoning et de bons repas bien arrosés tournent vite au règlement de comptes entre les deux anciens collaborateurs. Une vraie guerre larvée à coups de mauvaises blagues, de trahisons, de disputes qui créent au milieu même des moments festifs, gêne et trouble. Les repas en particulier, offrent le lieu privilégié où s’expriment, par une mise en scène virtuose, les conflits et les rancœurs. Le spectacle que Blake et Albert donnent aux jeunes gens, puis aux invités venus les rejoindre, est tout à la fois risible et pathétique. Blake imbu de lui même, en misanthrope méprisant, et artiste des bois, Albert tout aussi égocentrique que son hôte, aigri et jaloux. Le jeu sera d’humilier l’autre, de multiplier les petites et grandes cruautés. Rares sont les moments de sérénité. Une danse, des chansons partagées parfois, qui apaisent les choses.

On colle au point de vue de Jeff qui perd ses illusions une à une, et dont l’admiration pour le cinéaste respecté et reconnu se mue en haine. D’autant que celui qu’il considérait comme son mentor devient son rival en amour. Les excursions dans les paysages canadiens grandioses ne suffisent pas à faire contrepoint aux mesquineries humaines. La violence semble tapie. Là encore on pense à un autre film mythique : Délivrance de John Boorman

En dépit de son titre incandescent Comme le feu est aussi un film d’eau. D’une eau profonde et trouble -même lorsqu’elle bondit dans les rapides d’une rivière. Et d’un feu qui couve, consume, détruit, flambant par moment avant de se rendormir sous les cendres. Un film de tensions entre des éléments opposés, qui prend le temps d’installer les situations en les minant de l’intérieur.

ELISE PADOVANI

Sortie nationale : 31 juillet.

Jeune étoile

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Avec l’assurance tranquille d’une jeunesse qui ne cherche pas l’effet ni ne se targue de quoi que ce soit, Tsotne Zedginidze débutait son récital par l’une de ses propres compositions, un Impromptu époustouflant de maturité. Le tissage des accords, le travail des nuances, le caractère interrogatif de l’incipit, les résolutions qui empruntent à l’atonal puis se lovent dans la fluidité de thèmes aux multiples échos, placent d’emblée le jeune compositeur dans son siècle, réunissant les courants du XXème et leur apportant une sorte de conclusion qui les réconcilie. En regard de cette pièce, répondait l’Impromptu opus 90 n° 3 D.899 de Schubert, Andante mosso en sol bémol majeur, dont l’interprétation se pose délibérément sur un tempo lent, le terme « mosso » étant compris ici comme « ému » et non «mouvementé », comme si la musique apprivoisait le frémissement des cigales dans la moiteur de la fin de journée. La douceur des envols est sans doute liée à l’évocation de la princesse Rosamunde, surnom donné à cette partition, car son thème correspond à une variation de la musique de scène que Schubert utilisa pour la pièce éponyme…

S’inscrivant dans la tradition d’un Liszt, Tsotne Zedginidze se livre lui aussi à des variations sur les œuvres de ses prédécesseurs. Il présentait ainsi Dedication to Ravel and Debussy, subtil entrecroisement de thèmes célèbres des deux compositeurs, mêlé à ses propres réflexions. Une rêverie s’orchestre autour de musiques aimées, les reprend, les module, les traduit à l’aune de sa sensibilité. Le voyage se prolonge lors de Piece to Japan où sont brossés les paysages d’un univers fantasmé, pages d’un carnet de route qui se plaît aux errances… L’Improvisation sur L’Anneau du Nibelung de Wagner subjuguait par sa fermeté de composition et sa fantaisie virtuose.     

En deuxième partie, le jeune pianiste s’attachait au triptyque que Ravel composa sur les trois poèmes pour piano d’Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit. Là encore il s’agit d’une transposition : Ravel transcrit musicalement les mots du poète en une osmose qui laisse transparaître les ombres. Tour à tour émergent Ondine, cette nymphe qui tente de séduire un humain afin d’obtenir une âme immortelle, le Gibet et son pendu qui assiste à son dernier coucher de soleil, Scarbo, le petit gnome porteur de funestes présages. Le pianiste privilégie à la noirceur, la beauté des mélodies et les enrobe d’une douceur parfois malicieuse.

Ovationné par le public il offrira en bis son Prélude n° 2, condensé de finesse sur le velouté du Fazioli choisi pour le concert. Merveilles !

MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné le 24 juillet, Parc de Florans, La Roque d’Anthéron

Retours

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Dès la dédicace, les lieux sont personnifiés : « À Tildette et ses sœurs. À la Corse protectrice ». Les premières pages, tel un prologue, nous invitent dans une maison de retraite sur le continent. Tildette, une très vieille dame, elle vient d’avoir quatre-vingt-quinze ans, monologue dans une entrée en demi-teinte, souvenirs sans regrets et un présent qui pèse. Le passage au discours direct d’un dialogue avec l’une de ses sœurs scelle le coup de théâtre : « elle nous a retrouvées ? /- Qui elle ?/- La Corse »…  

Le texte construit en trois parties, « Personne n’est à l’abri », « Il ne s’est rien passé tant qu’on ne l’a pas écrit », « Au cœur d’une île », se plaît aux échos, aux distorsions, aux faux parallèles, aux prénoms semblables à des années d’intervalle, aux souvenirs qui se chevauchent mais différent selon les mémoires familiales. Si les époques se répondent, les miroirs en sont biaisés et c’est dans ces interstices, ces fêlures que tout s’orchestre. La première est un burn-out qui conduit Léa, à se recentrer et à répondre positivement à la proposition de son amie d’enfance : reprendre sa librairie à Ajaccio. Était-ce parce que l’on ne part que pour mieux revenir ? La jeune femme y retrouve un équilibre. C’est là qu’elle rencontrera, au café, un vieux monsieur, Petru, qui lui demandera d’enquêter sur une famille juive, réfugiée en Corse durant la guerre et dont le souvenir a été transmis par ses parents. Voici Léa devenue malgré elle enquêtrice. 

Au-delà de l’anecdote fondatrice, il y a surtout dans ce texte l’abord simple et profond de grands thèmes : la tradition dans laquelle on s’enracine mais dont il n’est pas nécessaire d’être prisonnier sans la renier, le féminisme revendiqué par Matéa, et plus sobre chez Léa qui admire le courage de son amie d’enfance, la lutte contre les obscurantismes qui ont conduit aux exterminations du siècle dernier… La narratrice sourit aux côtés de Léna avec qui elle partage son café du vendredi : « Nous notre liberté, nous l’avons grâce à cette mer qui nous protège encore de ces nouveaux nazillons et de nos excès. Vous et moi, connaissons le prix à payer, les efforts à faire et les renoncements à accepter, pour savourer cette liberté tous les jours ». La Corse qui n’a pas dénoncé un seul juif durant la seconde guerre, qui les a protégés, a reçu le titre de Juste. « Nos parents, explique Léna, n’ont pas cherché à être Justes. Ils ont juste fait ce qu’ils devaient faire, ce qu’ils ont toujours fait. Elle est là la nuance ! Ils n’avaient pas le temps de s’interroger sur leurs actes, leurs décisions, leurs paroles. » Le temps présent se relit à l’aune du passé, les traces se recoupent, se découvrent.  

Hymne à la Corse, à sa complexité, sa beauté, sa force, son humanité, sans jamais tomber dans le cliché ou la description touristique, l’ouvrage est aussi un hommage aux livres. Chaque chapitre à partir de la deuxième partie du roman, moment où le personnage principal revient en Corse pour s’occuper de la librairie, est adorné d’une citation d’auteur en exergue et en semble le prolongement naturel. On passe de Cicéron à Quignard, de Cyrulnik à Joe Bousquet, de René Char à Montesquieu, de Danielle Casanova à Marcel Proust ; quelques proverbes corses s’invitent, « un Corse ne s’exile jamais, il s’absente »… L’amour de la littérature imprègne de ses références tout le texte, des poèmes se glissent au cœur du texte lorsque la prose plus cartésienne est impuissante à englober la puissance des émotions. 

On se laisse séduire par le récit, la véracité des personnages, la manière d’épingler les éléments de langage qui sclérosent les relations de travail et nient les êtres. 

« Ce livre est la trace écrite d’une promesse faite, il y a plus de sept ans » précise l’autrice dans les notes qu’elle livre à la fin de son texte. On attend les promesses à venir !

MARYVONNE COLOMBANI

Juste une îleDominique Pietri, éditions Scudo, 20€ 

Aux mille recours

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Malheureusement, Monsieur Arcadi Volodos est dans l’impossibilité de maintenir son concert de demain samedi 27 juillet pour des raisons de santé. Mais annuler un concert, c’est impossible ! Malgré les embarras actuels des transports, entre les difficultés ferroviaires et le blocage de l’espace aérien en raison de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, l’équipe quasi-olympique du Festival a trouvé une solution. Il n’est pas aisé de remplacer un immense pianiste, il en faut tout simplement un autre. Ce sera Lucas Debargue qui, au pied levé, remplacera le pianiste russe. Lauréat du prestigieux Concours Tchaïkovski (il obtint la quatrième place), ce fin littéraire aborde les œuvres du répertoire avec une intelligence et une verve qui les éclaire. Cette année il a enregistré l’intégrale de l’œuvre pour piano seul de Gabriel Fauré à l’occasion du centenaire de la mort du compositeur. 

Une belle occasion de retrouver ou découvrir ce grand artiste, pianiste et compositeur !

Les places achetées pour le concert du 27 sont reconduites pour ce concert, sinon, il suffit de téléphoner à la billetterie du festival (04 42 50 51 15) afin d’obtenir un remboursement.

M.C.

Concert du 27 juillet, Festival international de Piano de La Roque d’Anthéron, Parc de Florans (21H)