mercredi 27 mai 2026
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Ultime rebondissement pour le Dock des Suds 

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Les Docks des Suds © Lila Seror

On appelle ça un coup de théâtre. Il y a quelques jours à peine, la fermeture du Dock des Suds le 31 décembre semblait entendue. Ni l’abandon du projet de la Cité du cinéma, ni la mobilisation du collectif « Où va la nuit », ni les prises de paroles de la Ville de Marseille (Jean-Marc Coppola [Lire notre entretien ici] et Benoît Payan en tête) ne semblaient faire bouger Euroméditerranée de sa ligne. Affirmant jusqu’au 13 décembre que le Dock des Suds fermerait bien le 31 décembre. C’était sans compter un retournement de situation inattendu ce mardi 17 décembre, d’abord au cours d’une réunion organisée le matin même entre l’association gestionnaire Latinissimo et Aurélie Cousi (directrice d’Euroméditerranée), puis dans un communiqué publié par l’établissement public en début d’après-midi. Le Dock des Suds ne fermera pas avant trois mois, et un appel à Manifestation d’intérêt (AMI) sera lancé en janvier. 

C’était au départ une réunion « technique » prévue depuis longtemps ce mardi matin. Pas de quoi susciter un optimisme débordant auprès des équipes de Latinissimo, déjà résolues à quitter les lieux le 31 décembre. Mais, surprise, « il y a eu une prise de conscience de la part d’Euroméditerranée que ce lieu ne pouvait pas rester vide avant qu’un projet définitif n’y soit implanté », explique Jacques Lantelme, directeur de Latinissimo. Quelques heures plus tard, Euroméditerranée publiait un communiqué de presse revenant sur ses anciennes prises de positions, expliquant qu’il avait « entendu les inquiétudes des acteurs culturels sur le devenir du site du Dock des Suds ». Et de poursuivre qu’ « en attendant le projet définitif dont les contours seront discutés dans les prochaines mois avec sa gouvernance, État et collectivité, Euroméditerranée continuera à faire vivre le site du Dock des Suds au service de la culture. » 

Pour Latinissimo, ce communiqué signifie un délai supplémentaire « pour que [l’association] continue son activité jusqu’à fin mars 2025 », lui permettant d’assurer notamment la tenue de son événement Babel Music XP. Mais son avenir au Dock reste incertain. 

Un AMI en 2025

Car pour la suite, Euroméditerranée s’apprête à lancer un appel à manifestation d’intérêt (AMI) fin janvier, « pour une nouvelle occupation temporaire du lieu, faisant une place à une dimension culturelle et festive / récréative et plus ouverte sur le quartier ». Un appel auquel Latinissimo devrait répondre, « selon sa teneur », explique Jacques Lantelme. 

De la teneur de cet AMI, la mairie entend également connaître les contours. Car si Jean-Marc Coppola, adjoint au maire de Marseille en charge de la Culture, salue une décision « de bon sens » concernant la poursuite d’activité du Dock, il entend que la Ville de Marseille soit « autour de la table, dans l’écriture du cahier des charges, et dans le choix final. » Précisant que le Dock devait « rester un lieu d’activité nocturne et de diffusion musicale. »

NICOLAS SANTUCCI

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Mayotte, une situation coloniale

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Soly Mbaé © X-DR

Diasporik. Zanatany est mot malgache qui désigne les populations exilées qui gardent avec leur terre natale un lien d’attache. De quoi parle ce spectacle que vous créez pour la Journée  des Migrants du 18 décembre ? 

Soly Mbaé. C’est un  spectacle sur l’exil et le déracinement, le racisme. Ma collègue Marisoa Ramonja a été arrachée à Madagascar, sa terre natale, à 11 ans. On parle de ce déracinement commun, elle en Picardie, moi à Marseille, et à la fin on évoque la situation de Mayotte.

Avant le cyclone.

Bien sûr. Mais avant le cyclone c’était déjà une tragédie. Il y a des milliers de Comoriens qui vont à Mayotte en kwassa kwassa et qui meurent chaque année. Sur place, la situation est insoutenable, Mayotte n’intéresse pas la France en dehors de son intérêt stratégique dans le canal du Mozambique, les bâtiments publics se sont envolés, les réseaux d’eau et d’électricité n’ont pas tenu, comme si Mayotte n’était pas un département français…

Est-ce qu’on peut dire que la société y est toujours coloniale ? 

C’est évident. Les expat’ ont tous les postes importants. À compétences égales, un Mahorais n’a aucune chance. Les écarts de salaires eux sont énormes, le droit français, le droit du sol, n’y est pas appliqué, et la France va à l’encontre des résolutions internationales, inchangées depuis 1976 [date du referendum à Mayotte, ndlr] : les Comores sont un État souverain qui comprend Mayotte, dont le rattachement à la France n’est pas reconnu par l’ONU. Cette situation coloniale est camouflée par une fausse tension entre Mahorais et Comoriens attisée par la députée LIOT Estelle Youssouffa, qui prône la haine des étrangers et des clandestins et fait le lit de Marine le Pen dont les scores explosent. La tension entre les Comoriens n’a jamais était aussi grande. Pourtant, que la France le veuille ou non, nous sommes un même peuple, avec la même histoire, la même langue, la même religion, les mêmes traditions, sur les quatre îles. Nous avons tous de la famille sur les quatre îles. Depuis 1975 nous sommes séparés, depuis le visa Balladur en 1995 nous ne pouvons même pas aller visiter nos familles, et aujourd’hui on sépare les morts, en comptant les Français d’un côté, les « clandestins » de l’autre ? Je refuse ce mot, clandestin, nous sommes tous comoriens. 

A Marseille, qui est dite la cinquième île des Comores, ces tensions sont-elles palpables ? 

Elles sont moins violentes, mais elles apparaissent, oui. Il y a quelques années les 110 000 marseillais d’origine comorienne marchaient main dans la main, très soudés dans les événements culturels, sportifs, festifs, sociaux. Aujourd’hui les Marseillais de Mayotte se sont retirés de ces endroits-là, ils se considèrent comme français, comme supérieurs aux « comoriens », ils votent Marine le Pen…

C’est de la haine de soi !

Séparer les communautés colonisées permet, toujours, de maintenir la domination.  C’est classique. Aujourd’hui il faut arrêter tout cela et porter secours. Il n’y a pas de clandestins à Mayotte.

ENTRETIEN REALISE PAR AGNES FRESCHEL

Zanatany
18 décembre
Parvis des Arts, Marseille

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Le budget culture de Marseille préservé

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Jean-Marc Coppola © X-D.R.

Zébuline. Vous venez de voter un budget culture en légère hausse. Était-ce un choix difficile à faire, compte tenu de l’instabilité politique que connaît le pays ? 

Jean-Marc Coppola. Les choix politiques sont toujours compliqués à faire quand les budgets publics sont contraints, et que l’on ne sait pas ce que sera le prochain budget du gouvernement. Si on regarde le budget tel qu’il avait été présenté avant la censure, c’était 50 millions de moins pour Marseille. Mais si la politique se contente de simplement gérer comme un comptable les budgets publics, il n’y a plus besoin d’élus. L’art de la politique c’est de trouver des solutions face à des problèmes inextricables. C’est de répondre aux besoins, aux attentes de nos concitoyens. Ce qui est notable sur la ville de Marseille, c’est que l’on ne considère pas la culture comme une variable d’ajustement. 

D’autres collectivités n’ont pas fait le même choix. 

Je pense même que certaines collectivités se dévoilent derrière l’austérité budgétaire. Certains ont le courage de bien l’afficher, c’est le cas de la présidente de la région Pays de Loire [Christelle Morançais, qui s’apprête à baisser de 70% son budget culture, lire notre article ici]. Elle, pour le coup, annonce très clairement quelle est sa conception de la culture : elle considère que les acteurs culturels sont des enfants gâtés par l’argent public… C’est une méconnaissance de la réalité de la culture.

Mais quand je dis que certaines se dévoilent, je pense par exemple à la Région Sud [lire ici] qui considère que la culture n’est pas essentielle, vitale, prioritaire… parce qu’ils ont d’autres priorités, comme les Jeux olympiques d’hiver en 2030. Ils vont construire une patinoire à Nice, alors qu’il en existe une à Marseille, ou des canons a neige dans les Alpes… c’est du n’importe quoi. Le tout au sacrifice de la culture. Je ne donne pas de leçon à la Région, je fais le constat qu’elle a renoncé à la Cité du Cinéma et qu’elle baisse le budget de subventions de la culture. Pareil pour le Département, qui coupe de moitié son budget investissement culture. C’est dramatique. Alors que notre démocratie est malade, on a besoin d’oxygène, et c’est par la culture que cet oxygène viendra aussi. Les masques tombent sur la conception qu’ont les uns ou les autres de la culture.

Ces baisses peuvent avoir un impact direct sur les opérateurs culturels à Marseille ? 

Ces baisses vont poser des problèmes oui. Quand vous avez deux partenaires financiers qui diminuent le budget subventions, les opérateurs ont tendance à se tourner vers celui qui continue d’avoir un budget constant ou en légère hausse. Sauf que les besoins sont colossaux… Il en va parfois de l’existence même de certains opérateurs.

Si le nouveau gouvernement demande un effort financier aux collectivités, le budget de Marseille peut-il être revu ?

Non, parce que l’on a baissé l’endettement de la ville, donc on peut se permettre d’emprunter. Mais on ne pourra pas le faire chaque année. On attend des mobilisations citoyennes pour dire qu’il y a d’autres choix politiques, de gestion. Il y a de l’argent dans ce pays, mais il y a une injustice et une inégalité dans la répartition de la richesse, et on va demander encore aux plus pauvres de se serrer la ceinture. Nous, nous ne renonçons pas. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS SANTUCCI

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Budget culture : La Région Sud annonce des coupes

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Sophie Joissains, vice-présidente de la Région © Région Sud

Des paroles aux actes. Le 10 décembre dernier, Renaud Muselier cosignait une tribune avec Franck Leroy (président de la Région Grand Est) dans le journal L’Opinion, dans laquelle il annonçait que malgré la censure, le prochain budget de la région serait « en phase avec le projet de loi de finances » du gouvernement déchu. Pas de surprise donc pour le vote du budget ce 13 décembre, qui affiche une économie de 80 millions, et devrait grever la ligne culture de 5 à 10%. 

« Qui n’avance pas recule »

Pour sa vice-présidente en charge de la culture, Sophie Joissains, cette baisse de budget s’explique avant tout par la situation budgétaire nationale, mais elle s’inquiète : « J’espère encore que la baisse prévue, et qui n’a pas encore été reprise par le projet du gouvernement, nous permettra de garder les ratios déjà mis en place. Le maître mot est aujourd’hui la prudence. On tente de préserver l’existant : les acteurs culturels en situation de fragilité, la protection du patrimoine, et tout particulièrement du patrimoine rural. De préserver avant tout l’emploi, l’action dans les territoires. Je suis inquiète car je reste persuadée de cet adage : qui n’avance pas recule. »Tout en se désolant de « renoncement à des projets d’ampleur, dont celui de la Cité régionale et méditerranéenne du cinéma », elle se rassure quant au fait que les projets d’antenne de la Cinémathèque et de Ciné Fabrique soient maintenus : « il est louable de vouloir avant tout protéger les petites structures ; mais les gros opérateurs connaissent également des difficultés ! » 

Celle qui est également depuis trois ans la maire d’Aix-en-Provence craint par ailleurs un « effet-ciseaux » sur d’autres projets en construction : « je me suis engagée à ne pas toucher aux impôts et au soutien associatif, tant que la situation me le permettra. Mais la plupart des associations soutenues par Aix-en-Provence répondent à des critères multi-partenariaux : si la Région et le Département baissent leur budget, je ne pourrai pas combler le manque. » Et si sa municipalité compense cette année son budget avec le Fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée, la maire s’inquiète pour ses collègues moins bien lotis. « Plusieurs maires des Bouches-du-Rhône affirment ne pas être en mesure de boucler leur budget. La crainte de la récession est réelle. »

SUZANNE CANESSA

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Le Bal imaginaire 

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Bal imaginaire © Lea-Sallustro Princia Car,

Pour Noël, le théâtre de La Criée accueille l’Agence de voyages imaginaires, la fameuse troupe de théâtre de l’Estaque. Co-dirigée par Valérie Bournet et Philippe Car, ils parcourent les scènes avec des pièces toujours très visuelles, en détourant certains grands textes du répertoire : Le Cid, Dom Juan, Roméo et Juliette… Pour son Bal imaginaire, la compagnie se prépare à faire danser tout le monde : en couple, en farandole, en solo… Au son de la clarinette basse, de la guitare et du saxophone en passant par les percussions, le piano, les accordéons, on retrouve les influences métisses où se côtoient rock’n’roll sixties, rumba cubaine, slow langoureux, valse musette, swing de Broadway…

Lilli Berton Fouchet

20 décembre 
La Criéethéâtre national deMarseille

Roger Muraro 

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Roger Muraro © Jean-Baptiste Millot

C’est un invité d’exception que la salle Musicatreize accueillera ce jeudi 19 décembre : le grand pianiste Roger Muraro, célébré par toutes les générations de pianistes classiques comme un représentant incontournable de l’école française. Élève d’Olivier Messiaen, immense interprète, entre autres, de son maître et de Ravel, Roger Muraro s’attaquera ce 19 décembre à Chopin et à ses Préludes op.28, miniatures poétiques et tragiques. Avant de se tourner en seconde partie de concert vers Granados : Quejas o la Maja y el Ruiseñor, El Amor y la Muerte, trois pièces emblématiques de l’Espagne romantique. En clôture, la fougueuse Fantaisie Bétique de Manuel de Falla, hommage à l’Andalousie, révèlera l’étendue des talents d’un pianiste se frottant à tous les répertoires.

SUZANNE CANESSA

19 décembre 
Salle Musicatreize, Marseille

Yé ! 

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© Metlili

Autour d’un seul accessoire symboliquement fort – la bouteille en plastique –, le collectif Circus Baobab s’empare à bras le corps des questions écologiques, tout en s’amusant à détourner les valeurs viriles prônées par certaines performances sportives. Toujours irrévérencieux et sur des charbons ardents, Yann Ecauvre, directeur artistique de la compagnie Inextremiste, met en scène les 13 acrobates du collectif guinéen en revisitant les classiques du genre – main à main, pyramides humaines, danses de masques… Explosif et sacrément pertinent ! A noter que le metteur en piste travaille actuellement sur la prochaine création de la compagnie, autour de l’excision.

JULIE BORDENAVE

20 et 21 décembre
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence 

Le Murmure des songes 

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LE MURMURE DES SONGES © Benoîte Fanton

On le sait depuis les concerts dessinés, l’association entre illustration et spectacle vivant peut faire des miracles. Les ballets s’enrichissent désormais eux aussi de scénographies mouvantes : le souffle de vie animant les dessins se combine alors à la fluidité des mouvements chorégraphiés. En collaborant avec l’illustratrice Jessie Désolée et le vidéaste Yves Kuperberg, Kader Attou enrichit son univers d’une donnée onirique, piochant dans la puissante évocation du cinéma d’animation. Au plateau, quatre artistes donnent vie à un bestiaire chimérique, sur fond d’abysses ou de cosmos étoilé. Ces tableaux dansés s’adressent à toutes les générations, sur la musique du compositeur Régis Baillet.

JULIE BORDENAVE 

18 décembre
La Colonne, Miramas 

En attendant le grand soir 

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© Grand Jean

Ces derniers temps en festivals, les compagnies de rue et de cirque s’attellent à revisiter avec espièglerie les espaces temps de convivialité, usant des points forts de leur discipline : un rapport au public immersif, une célébration du collectif, une remise au goût du jour des traditions populaires. Le doux supplice repense avec virtuosité le concept de bal, -entre bavardages facétieux et portés chorégraphiques : au coeur du public, sur un plateau apparenté à une piste de danse vitaminée par un DJ, 6 acrobates vous entraînent imperceptiblement dans le tourbillon de la danse – rock, valse, jazz…. Possibilité de réserver un pass La grande soirée, incluant le spectacle Le Cabaret renversé de La faux populaire, à 19h.

JULIE BORDENAVE

20 et 21 décembre
Le Pôle, La Seyne-sur-Mer

Monaco Dance Forum : Eugénie Andrin bouleverse avec son « Dance Marathon » 

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© Lela Bobart/Ballets de Monte-Carlo

Dance Marathon, programmé dans le cadre du Monaco Dance Forum [Lire ici], est un spectacle cynique et bouleversant. La chorégraphe Eugénie Andrin nous entraîne dans les années 1930 aux États-Unis. La crise est à son comble. L’extrême pauvreté pousse les participants, attirés par l’appât d’une somme modique et d’un repas chaud, à danser de façon ininterrompue – une seule pause de 10 minutes toutes les deux heures pour dormir, manger ou se laver – pendant des jours, voire des mois. Ils se produisent devant des spectateurs avides de sensations fortes, qui se délectent devant cette souffrance, excités par des organisateurs qui leur promettent du « sang et des larmes ». Ces marathons ont été immortalisés par le roman glaçant de Horace Mac Coy On achève bien les chevaux, écrit en 1935, deux ans seulement avant l’interdiction de ces spectacles macabres, et magistralement porté à l’écran par Sydney Polack en 1969 ; deux œuvres qui restent le symbole de l’anéantissement du rêve américain. 

Effondrement

Sur la scène, 23 danseurs avec des numéros sont en mouvement, en mouvement perpétuel. Fringants dans des démonstrations virtuoses de charleston, de fox-trot et de rumba sur des airs de Gershwin, Piazzola ou Scott Joplin, ils s’épuisent peu à peu. Arrive le moment redoutable du derby. Les couples doivent courir autour de la scène le plus rapidement possible. Ceux qui tombent sont éliminés sans pitié, humiliés par l’animateur et chassés sous les quolibets du public. 

Conçue au ralenti dans une vision très cinématographique, le moment est intense, le spectacle de ces corps instrumentalisés, « marchandisés », livrés en pâture, est presque insupportable. Peu à peu, les danseurs s’effondrent comme s’écroulent la société et la bourse américaine de l’époque. Des couples se disputent, en viennent aux mains, se défont, se reforment avec les « survivants », les hommes portent les femmes, les femmes, les hommes. Certains deviennent fous, hallucinent, d’autres poussent à terre les plus « faibles » et les achèvent. 

Au-delà des qualités immenses de ce ballet, Eugénie Andrin réussit la prouesse artistique et pédagogique – transmettre est une de ses grandes passions – de réunir sur scène sept danseurs professionnels et seize amateurs dont les évolutions moins académiques rajoutent au réalisme et à la dramaturgie. L’orchestre, composé de 15 élèves musiciens et chanteurs du Lycée Apollinaire de Nice est impressionnant de maturité. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Dance Marathon a été donné le 17 décembre au Théâtre des variétés, Monaco