mardi 30 juin 2026
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À l’Ouest, de nouveaux gestes 

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Les élancées BIAC 2025 SALTO
Salto 9 @Arnaud Bertereau

Intégré à la Biac, le festival des Élancées en assure le volet métropolitain côté Ouest. Nouveauté cette année : l’ouverture au public de l’Étang des Aulnes, un domaine départemental confondant de beauté, au cœur de la plaine de la Crau. Lors d’une résidence passée, Jani Nuutinen a le coup de foudre pour cet endroit atypique et se jure d’y revenir. C’est donc avec ardeur qu’il y pose Trilokia, du 23 au 26 janvier : une succession de trois solo intimistes inspirés des éléments alentour, posant la question du rapport de l’homme au vivant, via un parcours paysager de 2h30 en pleine nature. Ses trois tableaux empruntent aux éléments comme à la mythologie scandinave : I-eau et son cerceau de métal, Ferfeu, feu, sur la matière et temps et Harbre, un dialogue avec le dernier arbre sur Terre. Ceux qui connaissent l’univers inimitable de l’artiste finlandais, son goût pour un cirque intimiste et artisanal plein de surprises, se hâteront de découvrir cette nouvelle pépite, fruit d’une coopération inédite entre partenaires culturels – Archaos, le Citron Jaune, la Biac, le Théâtre d’Arles – pour investir ce site classé Natura 2000, entre paturage et nidification d’oiseaux. 

Pendant les travaux du Théâtre de l’Olivier, les itinérances se multiplient à Istres. Comme l’an dernier, le centre équestre du Deven devient lieu de spectacle : aux côtés d’une création originale entre danse, dressage et voltige, accueillie dans son manège couvert (Mouv’Art, du 31 janvier au 2 février), un court entresort dans une caravane qui se déplie (Cie Raoul LambertAu cardinal borgne, les 29 et 30 janvier), tenant tout à la fois de la magie mentale comme de l’étrange cabinet de curiosités. Au stade Audibert, La faux populaire Le Mort aux Dents pose son Cabaret renversé, de ces aventures sous chapiteaux qui nous transportent, entremêlant lancer de couteaux, acrobaties sur vélo et dégustation de vin, assurée par des vignerons locaux (du 7 au 9 février à Istres, après des haltes à Eygalières et Vitrolles dans le cadre de la Biac). 

Vertige et magnétisme 

Quant au geste, fil rouge du festival, il s’effectue cette année en grande hauteur. Avec SaltoEl Nucleo s’attelle à un pari insensé : faire voler chaque acrobate en apesanteur pendant 10 minutes ! (28 janvier à l’Usine, Istres). Cet appétit pour le vertige et la mise en danger, il en sera aussi question avec La Volte-Cirque, qui disserte sur sa discipline entre deux chutes (De bonnes raisons, le 1er février au Citron Jaune). Quant à la Cie Longshow, saluée pour son virevoltant Vertige de l’envers l’an dernier, elle honore la traditionnelle case du dimanche matin à Grans, avec un nouveau spectacle familial (Opticirque, le 2 février). Enfin, la réputée compagnie australienne Gravity & Other Myths viendra clore le festival avec panache, explorant l’acrobatie sous un nouveau jour – ici, les femmes se font porteuses et les hommes voltigeurs (les 8 et 9 février au théâtre La Colonne de Miramas). 

Côté danse, place à la chorégraphe en pleine ascension Leïla Ka, avec deux pièces explorant les thèmes de la sororité et de la liberté (Pode Ser et C’est toi qu’on adore, le 1er février à Port-saint-Louis-du-Rhône ), une étoile montante du flamenco (Ana Pérez, le 7 février à Grans), ou encore au jubilatoire travail mené par Amélie Poirier autour de la bande magnétique de nos cassettes audio d’antan, source inépuisable d’étonnement pour les plus petits ! (Magnéééétique Face A, le 1er février à l’Espace 233 d’Istres, dès 3 ans)

JULIE BORDENAVE 

Les Élancées
Du 23 janvier au 9 février
Divers lieux, Bouches-du-Rhône  

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Frankenstein 

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Frankenstein ©. X-DR

Habituée à porter au théâtre des classiques de la littérature romanesque comme Madame Bovary ou Les Misérables, la Cie Karytatides s’attaque à un monument de la littérature gothique, Frankenstein de Mary W. Shelley, en mêlant théâtre d’objets et répertoire lyrique. Sur scène, deux manipulateurs et une chanteuse lyrique retracent le parcours de Victor Frankenstein, alchimiste rêvant de créer la vie, et de sa créature honnie, convoquant aussi la famille de Victor et le spectre bienveillant de sa mère. À travers ce récit important de la littérature anglaise, lui-même inspiré du mythe antique de Prométhée, la compagnie belge s’intéresse aux questions des limites humaines, de la justice et de l’amour, dans un univers sombre et fantasmagorique.

CHLOÉ MACAIRE

28 janvier 
Le Sémaphore, Port-de-Bouc

Entre restrictions et réussites, une saison « aigre-douce »

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Photo de Chloé Tournier directrice de La Garance Scène nationale de Cavaillon
Chloé Tournier © Christelle Calmettes

Zébuline. Vous avez pris la direction de La Garance il y a trois ans. Quel bilan pouvez-vous faire de ces années ?

Chloé Tournier. Un bilan très contrasté, sauce aigre-douce. D’un côté une réussite évidente, avec une augmentation nette du public, un taux de remplissage des salles à 94 % et des réussites artistiques indéniables. De l’autre une inquiétude budgétaire sans précédent, et des annonces de baisses qui mettent notre projet en danger, en même temps que tout le réseau des scènes publiques qui est très interdépendant.  

Commençons par le positif. Il est difficile d’avoir des places à La Garance, ce qui semble logique quand vous recevez Joël Pommerat pour La Réunification des deux Corées, ou pour votre festival Confit ! si délicieux. Mais on a du mal à réserver aussi pour des spectacles et événements plus confidentiels…

Oui, la Scène nationale rencontre vraiment son public, et c’est d’autant plus remarquable qu’il n’est pas facile de remplir une salle de 507 places dans une ville de 23 000 habitants. Cavaillon est une ville périphérique qui offre peu d’occasions de venir à elle, nous proposons une programmation exigeante, et c’est tout le temps complet, sur deux dates souvent, et parfois sur des propositions où on s’y attend peu, comme Indestructibles de Manon Worms, qui était une création régionale. [Le dispositif] des Nomades qui voyage sur 19 communes désormais est aussi un vrai succès public. Cela évidemment facilite les discussions avec les tutelles. Néanmoins… 

« La Région Sud a annoncé une baisse de 10 % qui n’est pas absorbable, pas acceptable »

Les mauvaises nouvelles. Votre budget est-il en baisse ?

Pas pour l’instant. Depuis que je suis arrivée, sans que les tutelles [subventions d’État et des Collectivités, ndlr] n’augmentent d’un centime, notre budget global a augmenté de 16 %, parce que nous avons trouvé des mécènes, répondu à des appels à projets, et que les recettes de billetterie ont augmenté. Cela, pour l’instant, nous a permis de conserver notre marge artistique – celle qui nous permet de programmer et produire des spectacles – à plus de 50 % et de ne pas diminuer le nombre des spectacles malgré la nette augmentation de l’énergie et des coûts artistiques. Mais les baisses annoncées ne pourront pas être absorbées.

Quelles baisses ? 

Nous avons de la chance, la Ville de Cavaillon reconduit son budget à l’identique, ce qui représente un effort considérable pour cette petite ville qui va subir les restrictions du budget de l’État. Mais pour le département de Vaucluse, rien n’est voté, et on est dans le brouillard. Quant à la Région Sud, elle a annoncé une baisse de 10 % qui n’est pas absorbable, pas acceptable. La situation des Pays de la Loire, avec ses suppressions radicales, fait écran, comme si on avait de la chance de ne perdre « que » 10 %. Il faut que les scènes nationales de la Région Sud se mobilisent pour dire que cette baisse, après des années de stagnation en contexte d’inflation des coûts, met gravement en danger notre survie même. D’autant que les Scènes nationales de la Région [Le Zef de Marseille, Les Salins de Martigues, Liberté Châteauvallon de Toulon, Théâtre Durance Château-Arnoux, La Passerelle Gap, La Garance Cavaillon, ndlr] ont globalement de petits budgets.

Une baisse prévue de l’État ?  

Il semblerait que ça ne bouge pas, mais ce flou sur une année qui a commencé n’est rassurant pour personne, et on ne pourra pas continuer ainsi.

Quelles sont les conséquences actuelles des stagnations de subventions que vous avez subies ? Est-ce que vous faites moins de représentations ? 

Non pas pour l’instant. On travaille sur des séries longues, 7 à 9 dates, sur les tournées Nomades, et dans nos murs le nombre de représentations n’a pas baissé. En revanche, de plus en plus souvent, nous mutualisons l’accueil de représentations, avec les Hivernales, L’Opéra d’Avignon, le Théâtre des Halles, le Centre Dramatique des Villages, le Vélo Théâtre, le Citron Jaune… Cela permet de faire circuler les publics, ce qui est bien, mais en pratique cette mutualisation des jauges diminue l’offre pour le public. Bref on truque…

Il y a aussi moins de monde au plateau, et moins de décors ? 

Moins de professionnels, c’est vrai. On a des spectacles de danseurs en formation comme la compagnie Coline, des spectacles avec des amateur·ices, donc on continue d’avoir du monde au plateau, mais pour la profession c’est une catastrophe. Pour les artistes, et tous les autres métiers. Il n’y a plus de costumier·e·s, les scénographes se font rares, les métiers se perdent, aussi, les savoir-faire. Nous n’avons plus les moyens de produire correctement, et ce sont autant de spectacles qui ne naissent pas, alors que nous avons fait un effort considérable pour diffuser ensemble, mutualiser les tournées, travailler en réseaux et réfléchir les coûts.

Vous allez pourtant annoncer une deuxième partie de saison très créative !

Oui, nous avons de très belles propositions, que nous annonçons au public le 24 janvier lors de notre fête de saison. On projettera le film de Leila Ka Maldonne et elle dansera avec Jade, il y aura de la soupe à l’oignon… et des artistes de la deuxième partie de la saison. Dont Salim Djéfari pour Koulounisation, Sandrine Lescourant pour Blossom, un spectacle coproduit par le réseau Traverses en co-accueil avec les Hivernales, avec 25 amateur·ices, une danse qui allie hip-hop inventif et percussions corporelles. Note territoire s’y implique depuis octobre dans de nombreux ateliers… 

Vous bénéficiez aussi du dispositif Cura ?

Oui, un nouveau dispositif qui permet aux scènes nationales d’être des lieux d’art contemporain. À Cavaillon c’est important que le théâtre soit ouvert dans la journée et quand il n’y a pas de spectacles, il faut défendre cette mixité des usages du bâti culturel. Les Vies fabuleuses sont pensées par la commissaire d’expo Anne-Sophie Bérard avec laquelle je partage beaucoup de valeurs : parité, programmation de l’émergence, des personnes racisées, goûts pour les récits d’expérience… Les œuvres de sept artistes contemporains sont en partie interactives, on peut toucher ! Cette expérience organique est importante dans un théâtre, et participe à notre projet… 

Qui est ? 

De réenchanter le réel !

ENTRETIEN REALISE PAR AGNÈS FRESCHEL

Fête de mi-saison
24 janvier
La Garance, Scène nationale de Cavaillon

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Lecture par Nature : sous le signe de l’eau 

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Gabians © Laurent Reyes

Depuis sa création en 2017, le festival Lecture par Nature s’est imposé comme un rendez-vous attendu pour les lectrices·eurs du territoire. Pour sa huitième édition, entamée le 14 janvier et à retrouver de part et d’autres jusqu’au 8 février – mais surtout hors de Marseille –, l’événement s’est construit autour du thème de l’eau. Il rassemble 71 bibliothèques, 60 communes, 87 artistes et auteurs autour d’une centaine de propositions artistiques.

Ce mercredi 22 janvier, Adèle et le Squonk invitent les plus jeunes à un voyage sensoriel avec Voyage dessiné en musique dès 10h30. Puis, c’est à Berre-l’Étang, à la médiathèque Edmonde Charles-Roux Defferre, que Diƒƒƒusion et Micromondes proposeront un atelier d’écriture participative, Sampling littéraire, à 12h30 et 14h30. Les textes créés serviront de base au spectacle sonore immersif Submersible, à découvrir à 16h30 ainsi qu’à Berre L’Étang samedi. L’autrice Aude Schmitter invite quant à elle à partager ses histoires avec À voix nueà 14h à la bibliothèque municipale de Gignac-la-Nerthe. Pour une immersion poétique, Philafil donne rendez-vous à 14h à la bibliothèque municipale de Ceyreste. À Martigues, l’atelier Made in River proposé par L’Atelier des artistes en exil se tiendra à 14h ; à Marseille, un Bain d’images se tiendra à la médiathèque Salim-Hatubou et Rencontre animal à la bibliothèque de la Grognarde, tous deux à 14h30. La journée se clôture à la médiathèque Les Carmes de Pertuis, avec l’atelier Magaquatique de M@riolab à 18h.

La journée de jeudi sera entièrement dédiée à des projets menés au long cours auprès de scolaires : La rage des petites sirènes, naviguer de la page au plateau, programme piloté par la compagnie La Paloma et conçu avec les élèves de l’école Jean Rostand d’Auriol ; Des rivages et des visages, projet mené par La Ligue de l’enseignement – F.A.I.L. 13 auprès des élèves des collèges Clair Soleil (Marseille) et Marc Ferrandi (Septèmes-les-Vallons) et de l’école François Bessou (Le Rove) ; La rivière au bord de l’eau, voyage en transparence, conçu par Tangerine et les élèves de l’école maternelle La Buissonnière.

Festive, la journée du samedi accueillera à la médiathèque du Roulage de Lançon-Provenceun atelier ludique et créatif : 20000 fonds sous les mers ! [Pop-up] proposé également par Opera Mundi à 10h. À Berre-l’Étang, la médiathèque Edmonde Charles-Roux Defferreproposera toute la journée l’exposition immersive Nous entrons dans l’heure bleue comme en nous-mêmes de Chroniques, qui emmènera les plus aventureux jusqu’au Québec en randonnée littéraire à 10h30 et 17h45. Proposé aux mêmes horaires, le spectacle envoûtant de la Compagnie sous X  nous emmènera Dans le ventre de la truite vagabonde.

De retour le mardi 28 janvier, le festival reprend à 19h et sur grand écran : à Coudoux, la bibliothèque municipale accueille à 19h une lecture théâtrale et une projection de Plongeons… ou pas. La réalisatrice Gesa Matthies nous invite à suivre les aventures des jeunes personnages  du livre Le Plongeoir d’Elsa Devernois, paru en 2023 aux Editions Talents Hauts. À Jouques, à la bibliothèque municipale du Grand Pré, L’atelier des artistes en exil présente la performance Eaux liminales ; unissant le geste de la danse aux images d’archives. Enfin, à Marseille, ville d’où proviennent la plupart des artistes présents sur ce festival, et dans laquelle ils se produiront très peu, la bibliothèque des Cinq-Avenues projettera Gabians, hommage aux plus célèbres volatiles phocéens réalisé par Laurent Reyes.

SUZANNE CANESSA

Lecture par Nature
Jusqu’au 8 février
Territoire de la Métropole Aix-Marseille

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DIASPORIK : Le projet de Mussolini à Marseille

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Cérémonie de célébration de l’Empire dans la cour de la Casa d’Italia, 22 mai 1928. (Archivio storico diplomatico-Ministero degli Affari Esteri, Roma)

C’est devant un public nombreux, concerné par l’histoire des Italiens de Marseille que le chercheur a entamé sa conférence illustrée, entrant immédiatement dans le vif du sujet. Pour Mussolini, dès 1922, « l’émigration » est une politique, puisqu’ « il s’agit d’envoyer le génie de la race italienne à travers le monde ». Ne pouvant endiguer les vagues migratoires (9 millions d’Italiens quittent leur pays entre les deux guerres), il les enjoint à « rester italiens », en particulier en France où le droit du sol permet aux immigrants une intégration en deux générations.

En 1935, au moment de l’inauguration de la Casa d’Italia de Marseille, il y a 120 000 Italiens non  naturalisés à Marseille, deuxième ville italienne hors Italie, et après New York. Soit un Marseillais sur cinq, et 9 étrangers sur 10. Mussolini veut y construire « un fortin de l’italianité la plus pure » pour contrer leur intégration en cours dans la société marseillaise, malgré des actes racistes fréquents et violents. Pour cela, il acquiert une société de bienfaisance italienne à l’angle de la rue d’Alger et de la rue Pauriol, et y installe le consulat d’Italie, mais aussi le fascio marseillais, les jeunesses fascistes, des activités culturelles, caritatives et un dispensaire. En 1935, le bâtiment de la société de bienfaisance est détruit et la Casa d’Italia édifiée. Elle demeure, aujourd’hui, le seul exemple d’architecture fasciste en France.

Entreprise de propagande

Cette histoire pose aujourd’hui des abîmes de questions : que faire de cette mémoire et tout d’abord, la connaît-on vraiment ? Stéphane Mourlane, en bon historien, n’avance que des données qu’il a pu documenter, prudemment. Les fascistes sont sans doute peu nombreux à Marseille – un peu plus de « 1000 encartés » explique-t-il, et les antifascistes actifs guère davantage. Si les antifascistes fuient le régime, la migration est généralement multifactorielle, et majoritairement économique : le point commun des Italiens de Marseille est d’être pauvres. Des prolétaires. 

La Casa, qui se veut discrète, laisse l’espace public aux anti-fascistes et « interdit le port de la chemise noire hors les murs ». Elle va attirer les Italiens en distribuant des colis alimentaires, en construisant un gymnase, une salle de billard très prisée, une chapelle et surtout des écoles. 

Ce sont 1200 élèves qui sont scolarisés en 1935 dans les 3 écoles italiennes de Marseille (La Casa, une école à l’Estaque et une à la Belle de Mai). En italien, avec des enseignants fascistes envoyés par Rome, qui commentent la saleté et l’indiscipline de ces enfants de prolétaires – l’historien a de nombreux documents ! Les enfants sont enrôlés pour des cérémonies officielles, des camps, des activités paramilitaires.

Le théâtre de 500 places étant souvent plein à craquer pour les activités de loisir du dopolavoro (les activités après le travail), le Théâtre Verdi, à côté, est construit : une salle de 1500 places qui demeurera après la guerre un des plus grands cinémas de Marseille, avant sa vente et sa transformation en résidence d’habitation.

Mémoire de guerre

L’histoire change en 1938, quand l’Axe Rome-Berlin se forme et que Mussolini veut annexer Nice, la Savoie et Hanoï. L’Italie rapatrie 9000 Italiens de Marseille à Rome, la Casa est fermée pour rouvrir après la défaite de 1940 et accueillir la délégation civile italienne, puis durant l’occupation nazie le service de recrutement du STO. 

Libérée par le FTP MOI, et en particulier par les Italiens communistes, il est probable que ceux-ci ont détruit les bustes, statues et fresques fascistes, même si certains témoignages tendent à montrer que dans la chapelle elles ont perduré longtemps. Sont-elles encore-là, sous la chaux ? L’historien et le directeur de l’Istituto ne le savent pas…  mais s’interrogent tous deux sur l’avenir de cette maison à la mémoire si complexe. « L’Italie fasciste n’avait pas les moyens de sa propagande, et celle d’aujourd’hui ne sait pas quoi en faire : les trois consuls précédents étaient nommés pour liquider la maison et sa mémoire », explique le directeur. 

L’historien pense qu’il ne faut pas la glorifier « évidemment », mais ne pas la « canceler » non plus, qu’il est important de la connaître. La Ville de Marseille tient aussi à conserver ce petit bout d’Italie qui aujourd’hui propose des cours de langue et de culture, mais n’a pas les moyens d’être un centre culturel et de mémoire. 

La question de la valoriser reste posée : est-ce pertinent à l’heure où le gouvernement italien veut réhabiliter une certaine mémoire du fascisme ? Doit-on renoncer à ouvrir les placards de cette histoire sulfureuse, de ses liens avec Spirito et Carbone qui fréquentaient la maison, et portaient sans doute des enveloppes à Simon Sabiani ? L’historien, sans rien affirmer, admet que ce lien entre la Casa fasciste, la mafia marseillo-corse et l’édile collaborationniste est probable. 

AgnÈs Freschel

Cette rencontre a eu lieu à l'Istituto Italiano di Cultura Marsiglia
Fascisme et Italiens de Marseille
Stéphane Mourlane
Editions Le temps de l’histoire

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Battaglia 

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Battaglia © Camille Lemonnier

Le Zef accueille la première de création de Battaglia, Dessous, les œillets, un spectacle conçu et mis en scène par Marie Lelardoux (Cie Emile Saar) et coproduit par de nombreuses scènes de la région, et d’ailleurs. La compagnie marseillaise aime reconstituer les histoires comme des puzzles, des palimpsestes, et s’attache ici à l’énigme d’un tableau disparu qui pourrait nous délivrer des répétitions de l’Histoire. Un tableau qu’un enfant a vu, qu’une femme peut analyser et dont un soldat est issu. Ils vont reconstituer l’œuvre, ensemble, ou du moins une de ses représentations possibles, tout en faisant naître une autre histoire, faite de leurs propres histoires…

AGNÈS FRESCHEL

23 et 24 janvier
Le Zef, Scène nationale de Marseille
27 février
Vélo Théâtre, Apt 
18 mars
Théâtre Antoine Vitez, Aix-en-Provence

Mythologies 

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Mythologies © JC Carbonne

Créé en 2022, Mythologies d’Angelin Preljocaj revient s’installer pour plusieurs dates à Aix-en-Provence. Pensé à la croisée des mythes fondateurs antiques et de ses déclinaisons contemporaines, le spectacle conçu pour vingt danseurs interroge l’humanité, son histoire de violence, ses rites et ses peurs ancestrales. Les figures mythologiques telles que les Amazones ou le Minotaure côtoient les catcheurs et la boxe de Barthes. La danse, nerveuse, poétique, dit les unions et désunions des corps : elle s’érige sur une partition orchestrale tout aussi organique, signée Thomas Bangalter. Le co-créateur des Daft Punk s’adonnant avec cet essai pour la première fois à l’effectif symphonique. 

SUZANNE CANESSA

23 au 25 janvier
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence 

Jérome Ducros 

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Jérome Ducros © X-DR

Marseille Concerts accueille en matinée le pianiste Jérome Ducros au grand foyer de l’Opéra de Marseille pour un programme Schubert dont il est un des spécialistes – réputé pour sa sensibilité et sa profondeur d’interprétation. Sa discographie comprend entre autres les Fantaisies de Schubert pour piano seul (Ligia Digital), des œuvres pour piano et violon avec Renaud Capuçon (Virgin Classics), Au programme de ce concert, quatre des très lyriques Impromptus et 3 Pièces pour piano, moments musicaux composéspar Schubert en mai 1828, six mois seulement avant sa mort prématurée. Elles étaient conçues à l’origine pour faire partie d’un recueil de quatre impromptus, mais le compositeur n’eut pas le temps de le finir.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

26 janvier
Foyer de l’Opéra de Marseille

Marius, une tragédie de l’enfermement

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Marius © Agathe Pommerat

Ce Marius de Pommerat a une histoire, dont les représentations à Marseille semblent l’aboutissement. Créée à la Maison centrale d’Arles par des détenus longues peines, jouée ensuite en centres pénitentiaires et maisons d’arrêts devant des publics mixtes, puis recréé au Festival d’Automne (Île-de-France) en 2024, c’est la première fois qu’il était joué à Marseille – hors Baumettes – dans une ville si marquée par l’imaginaire de la Trilogie marseillaise des années 1930.

Dès la première représentation, l’univers si étouffant de la centrale – avec ses grilles successives, ses contrôles, l’étroitesse des espaces et leur gris persistant – transfigurait le message de Pagnol : le sentiment d’enfermement de Marius, son désir de s’échapper et de voir le monde y apparaissaient avec une âpreté évidente, et terriblement émouvante. Qu’allait-il en être hors des murs carcéraux, dans les limites presque imaginaires d’un théâtre ? 

Pagnol s’évade

Les anciens détenus devenus libres, et comédiens, gardent dans leur présence l’expérience sensible de la prison. Quand Marius (Michel Galera) avoue enfin à Fanny qu’il l’aime mais ne veut pas s’engager, parce qu’il veut quitter la boutique de son père, c’est de l’angoisse pure qui surgit, et fait comprendre cet impérieux désir du large. Lorsque Piquoiseau (Redwane Rajel) vient proposer en douce à Marius de s’engager, ce sont d’autres deals qui se suggèrent. Quant à César (Jean Ruimi) il est, depuis Arles, l’incarnation même d’un destin contraint, d’une perte sensible, n’osant dire ses sentiments qu’après des actes autoritaires répétés, comme un être qui aurait intériorisé jusqu’à la lie la punition. 

Cette régénération du texte de Pagnol n’est possible que par la cohérence de la compagnie autour du propos, le travail du son qui permet d’entendre les murmures intimes et la subtilité de tous les comédiens. Fanny (Elise Douyère) est une fille de notre temps qui refuse d’enfermer celui qu’elle aime même si elle en souffre. Les histoires de filles perdues et de maîtresse cachée sont judicieusement évacuées et Panisse, divorcé avare, n’est qu’un pervers qui veut se taper une jeunesse. Marius, sans les deux autres volets de la trilogie, retrouve sa dimension de tragédie antique, confrontation sans issue entre des désirs légitimes. 

AGNÈS FRESCHEL

Marius a été joué au Zef, Scène nationale de Marseille, du 8 au 11 janvier, dans le cadre de la programmation hors les murs du Théâtre du Gymnase.

Bongi 

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Bongi © Laurent-Marseye

Elle a un pied en Afrique – elle est originaire de Cape Town en Afrique du Sud –, un autre à Marseille – où elle réside désormais –, et une voix qui chante le monde. Bongi, c’est un voyage sonore qui emporte l’auditeur entre les cultures et les genres musicaux. De la folk-urbaine, de l’afro-pop, chanté sur fond où guitares et rythmiques se mêlent dans une douce harmonie. Un métissage sonore que l’on a pu notamment découvrir dans son excellent EP 14 :47 – enregistré dans le très joli studio Le cri de la tarente à La Ciotat – et qui passe ce 24 janvier au Forum de Berre – dont on saluera toujours la belle programmation.

NICOLAS SANTUCCI  

24 janvier
Forum de Berre