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Le monde inceste 

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La Doloriade

Trois adultes et une floppée d’enfants constituent une famille dont les tares consanguines se concentrent sur certaines infirmités, telles qu’absence de jambes et déficits cognitifs… Une sœur et un frère, seuls survivants, ont le projet de perpétuer la vie. Le repeuplement ne peut se faire que sur la base de la généralisation de l’inceste, dernier tabou transgressé. La question de la transmission et de la tradition se donne sous les traits d’un maître d’école, sans doute stérile, dont l’apport est inapte et inepte. Car dans ce monde, c’est le corps, informe et difforme, souffrant et enfantant, celui de la Matriarche comme celui de sa fille Dolores, qui a le premier et le dernier mot ; d’où l’ordre matriarcal qui y prédomine.

Corps et esprit, même combat 

Rien n’est précisé par Missouri Williams de ce qui a provoqué le cataclysme, déluge de Lumière, car tout est écrit en temps réel : le temps dense des pensées balbutiantes ou obsédantes et des agissements stratégiques ou hasardeux des personnages. Le régime narratif, qui se focalise sur tel ou tel personnage, selon une trame serrée, porte ainsi lui-même les stigmates de ce monde dénué de sens.

Cette continuité souligne une tension au sein même de l’écriture qui apparie de manière singulière mots crus et prose poétique, trivialité et spiritualité. Ce qui amortit le malaise conféré par la lecture de ce roman est que les descriptions violentes, abjectes et cyniques, court-circuitent le travail de l’imagination et de l’identification aux personnages. La langue retient son propos dans sa matière propre, comme si elle cherchait à hypnotiser le lecteur, à la fois fasciné et troublé par l’ampleur de la déchéance humaine. 

Et c’est peut-être cela qui constitue l’apport propre du roman. À l’inverse de la littérature gothique, la lecture ne plonge pas dans les visions d’horreur et reste à la surface des mots pour mieux soumettre à réflexion les grandes questions posées en sous-texte, notamment sur la nature du lien social, de la vérité, du pouvoir et de la pulsion de vie.

FLORENCE LETHURGEZ

La Doloriade, de Missouri Williams
Christian Bourgois
Paru le 22 août 2024

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Toulon en mode Broadway

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photo de la scène de Broadway au Palais Neptune à Toulon
Classical Broadway ©

« Willkommen, bienvenue, welcome, fremde, étranger, stranger… » C’est avec cette chanson mondialement connue du film Cabaret de Bob Fosse qui immortalisa Liza Minnelli que Jasmine Roy, spécialiste française de la comédie musicale, pénètre sur scène, pleine d’humour et de charisme dans une combinaison strassée. Elle lance le top départ d’une soirée riche en gaieté. En une heure et demie, quatre solistes accompagnés par un orchestre de l’Opéra de Toulon endiablé sous la baguette de l’américain Larry Blank, chef incontournable du genre, vont dérouler 150 ans de théâtre chanté. « L’opéra est l’ancêtre de la comédie musicale », explique Jasmine Roy souhaitant réinscrire ce registre musical dans sa filiation. 

Et arrive le jazz

La preuve par l’exemple avec une exécution brillante du Largo al factotum du Barbier de Séville de Rossini par le baryton Guillaume Andrieux, suivie par le Mi Chiamano Mimi de La Bohème de Puccini, interprété par la gracieuse Beate Mordal. Si on a toujours un peu de mal à apprécier des extraits d’opéras sortis de leur dramaturgie, les deux artistes lyriques ontcependant illustrés à merveille le jeu théâtral commun aux deux univers musicaux. C’est dans les années 1920 que la comédie musicale prend son envol avec des musiciens comme Cole Porter qui vont métisser leur musique classique avec le jazz qu’ils aiment aller écouter au Cotton Club à Harlem. 

George Gershwin est honoré avec le morceau Shall we Dance dans lequel les trois solistes rejoints par le jeune et impétueux Sinan Bertrand, dans les pas de Fred Astaire, s’en donnent à cœur joie, ou avec le légendaire Summertime de Porgy and Bess, que l’on peut qualifier de premier opéra afro-américain, proposé par Beate Mordal dans une singulière version lyrique. Les morceaux s’enchaînent : medley de Judy Garland, chansons de Barbara Streisand, en solo, duo, trios, avec brio, fantaisie, jeux de scènes, claquettes et pas de danse. C’est drôle, réjouissant, d’une légèreté savamment maitrisée. En bis, la version polyphonique de quand on a que l’amour de Jacques Brel est un moment de grâce. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Spectacle donné le 28 décembre au Palais Neptune, Toulon.
Une programmation de l’Opéra de Toulon.

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Raoul Lala, un web-reporter au Mucem

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Raoul Lala Operation Mucem
Raoul Lala Operation Mucem © Cinemagraphic Mucem

« Amis de la marionnette, des clowns, des pitres et des saltimbanques, bienvenue au Mucem pour une conférence destinée aux enfants savants et parents pas sages ! » La programmation culturelle conçue autour de l’exposition En piste ! a battu son plein dans l’auditorium Germaine Tillon, avec, vacances obligent, nombre de propositions destinées au jeune public. Raoul Lala, sympathique rat des plateaux, s’est emparé de son micro et de son meilleur bagout pour animer un spectacle digne des shows TV. La marionnette, à qui Cyril Bourgois prête vie, mêle entretiens en direct avec ses invités, Vincent Giovannoni (conservateur en chef du musée) et Clément Freze (illusionniste), interviews ou reportages vidéo dans les réserves. Des formats courts, informatifs et drôles, incluant une Macha Makeïeff, co-commissaire de l’exposition, très en verve, qui refuse de lui confier son objet préféré parmi sa sélection « ce serait du favoritisme ! ». 

Père Ubu passe par-là

Le rythme est important pour tenir un public pas facile : les enfants dont l’organisme semble saturé de sucre, entre Noël et le Jour de l’An, sont très agités. Heureusement Raoul Lala, expérimenté, arrive à les tempérer, mais il doit régulièrement faire les gros yeux. Son capteur d’attention magique : un karaoké sur fond vert numérique, où il invite deux membres du public, tirés au sort, à s’essayer au maniement d’une marionnette. L’un puis l’autre poussent la chansonnette en playback, sur les airs du Père Ubu version Dick Annegard, et de Clown, un hit du rappeur Soprano. Ovation à la clef, de la part de leur fan club hilare. Résultat subsidiaire : on a par la suite distinctement entendu plusieurs parents fredonner l’entêtant refrain « il avait un tout petit zizi, et un gros cul, le Père Ubu » dans les couloirs du Mucem.

GAËLLE CLOAREC

Cette conférence-spectacle a été donnée le 27 décembre au Mucem, Marseille. 

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« Tenir debout », Suzanne de Baecque en miss explosive

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danseuses tel que Suzanne de Baecque en cerceau sur la scène de la Criée pour le spectacle Tenir debout
Tenir debout © Jean Louis Fernandez

Entre l’humiliation de l’énième audition loupée, et celle des concours de beauté, quelle différence, finalement ? Un peu malhonnête mais néanmoins sincère, cette interrogation a poussé la jeune Suzanne de Baecque de la porte close des concours des Conservatoires d’art dramatique à une autre : celle d’une effarante élection de Miss Poitou-Charentes tenue en 2020. En compagnie de sa camarade Raphaëlle Rousseau, Suzanne de Baecque revient sur ce bien étrange évènement, et confronte avec une joie manifeste son physique et sa fantaisie hors normes à l’étau terrifiant du monde des Miss, à la violence d’un tel milieu et surtout d’un tel imaginaire. 

Solide et juste

Il faut en effet la voir, jouer de la singulière désarticulation de son corps et de ses mirettes terriblement expressives dire l’impossibilité de se conformer à un rituel aussi rigoureusement codé que terriblement absurde. L’échec est ici cuisant mais sublime, et la pièce aurait pu ne consister qu’en ce réjouissant jeu de massacre. Mais une fois cette mise en pièces effectuée, avec brio et panache, survient peut-être la partie la plus intéressante du spectacle. Celle qui prend le temps et la peine de donner la parole aux autres, ces aspirantes Miss qui n’étaient, elles, pas venues participer par goût du grotesque ou du happening. Jouant jusque-là, face à la précision de jeu et la force tranquille de Raphaëlle Rousseau, une partition plus désordonnée et farfelue, Suzanne de Baecque se révèle ici d’une solidité et d’une justesse rares. Les témoignages recueillis et brillamment restitués suscitent un autre rire : bienveillant, tendre, qui confine parfois aux larmes lorsqu’il emmène le spectateur dans un monde qui n’a pourtant plus grand-chose de familier. Un joli détour qui confirme les talents de comédienne mais également d’écriture et de metteuse en scène de Suzanne de Baecque : loin de se centrer sur ses seuls talents et son seul langage, la comédienne brille et émeut par sa capacité à regarder au-delà du cadre.

SUZANNE CANESSA

Spectacle donné du 18 au 20 décembre à La Criée, scène nationale de Marseille. 

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Avec les « factory girls »

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Elles sont trois : Caroline qui rêve de se marier, Aoifé, issue d’un milieu aisé et l’héroïne Maeve. Cette dernière, dont le père invalide et sans revenu, sert de cobayes pour tester de nouveaux médicaments « en espérant que cela ne parte pas en couille comme le cousin Josey dont les reins étaient foutus » aspire à devenir journaliste. Nous sommes en 1994 et les trois adolescentes viennent de passer leur bac dans une petite ville pauvre d’Irlande du Nord. Au mur de leurs chambres, des posters du Che, de Gandhi et de Kurt Cobain et dans leurs têtes les rêves les plus grands. En attente des résultats qui leur ouvriront – ou non – les portes d’universités plus ou moins prestigieuses, elles ont trouvé un job d’été dans une usine de chemises dont le patron, Andy Strawbridge, a la réputation de coucher avec ses jeunes employées. 

Un air de Ken Loach

Elles découvrent le monde de l’usine : la pointeuse, les cadences infernales – 35 secondes par chemise –, les salaires minables – 2,5 pence par chemise –, les pauses minutées « incompatibles avec les changements de tampons ». Il faut aussi apprendre à rester loin « des sales pattes du patron ». Affectées au repassage, les jeunes catholiques côtoient pour la première fois des réformés. En raison, des quartiers, des écoles, des magasins et des pubs ségrégués, elles n’ont jusqu’alors eu que peu de contacts avec les protestants qui habitent de l’autre côté de la ville. Certes, il y a bien des rencontres intercommunautaires baptisées « restauration de confiance » ou « apprenons à connaître les protestants » mais qui la plupart du temps tournent au pugilat. 

Michelle Gallen

Il y a du Ken Loach dans ce roman qui raconte sur fond de guerre civile, la vie d’une jeunesse prise en étau entre leur haine envers les « rosbifs » qui ont piqué la terre et installent des checkpoint permanents et l’église catholique qui « souffle dans la nuque le feu de l’enfer ».  Un Ken Loach qui aurait découvert le monde des femmes et celui de la sororité, un univers où la légèreté et l’humour sauve des moments les plus lourds. Sorti en anglais sous le titre de Factory Girls, un titre mieux adapté, le roman est dédié « à toutes celles qui travaillent en usine ».

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Du fil à retordre, de Michelle Gallen, Éditions Joëlle Losfeld
Parution le 9 janvier
Gallimard - 25€

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Diane Oliver, recueil de vies 

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Neighbors and other stories, volume de nouvelles de Diane Oliver, édité en 2024, est un texte au destin particulier. Son auteure, morte en 1966 accidentellement à l’âge de 23 ans, n’a de son vivant, publié que quatre nouvelles dans diverses revues. Ce n’est que récemment que s’est constitué ce recueil de 14 histoires.

La nouvelle est un genre de prédilection chez les Américains. Cette forme courte a sa propre cohérence, sa force intrinsèque. Tableaux successifs d’un même monde, récits-fables, petite comédie humaine, moments de vie des personnages… c’est de tout cela qu’il s’agit dans l’unique livre de Diane Oliver. L’écriture s’y émancipe du récit linéaire, de la peinture réaliste, témoignant d’une époque de la société américaine. Les autres nouvelles sont une plongée dans le Sud de la Ségrégation, du racisme omniprésent ; celui qui règne dans le système scolaire, les lieux interdits et qui va jusqu’aux agressions physiques et à la relégation. 

Victimes, encore plus 

Diane Oliver choisit des personnages féminins comme figures centrales de ces existences confrontées à la violence de la période de lutte pour les droits civiques : Ellie, Winifred, Jenny, Lilly, Millie, Alice, Essie T… Elles sont davantage victimes sans doute de ce système racialisé : souvent elles vivent seules, plus ou moins délaissées par leur compagnon parti vers le nord, évoluant dans la pauvreté avec leurs enfants, dans des quartiers deshérités.

Faut-il affronter la haine et les préjugés blancs, fréquenter leurs écoles et universités, aller vers le nord, gagner Chicago, se réfugier dans une forêt loin d’eux ? Toutes ces questions et ses doutes habitent les personnages noirs. Quand ils progressent dans l’échelle sociale, ils sont médecins mais victimes eux aussi de l’ostracisme blanc. La dernière nouvelle, Les araignées ne versent pas de larmes montre comment un couple « mixte » ne peut vivre totalement au grand jour, sa relation. Et la figure de la domestique noire au service des blancs revient comme un désespérant héritage de l’esclavage.

MARIE DU CREST

Les Voisins, de Diane Oliver
Buchet Chastel – 23 euros
Paru en 2024 - Traduit de l’américain par Marguerite Capelle

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Nos pères, ces prisonniers

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Leïla Slimani

Avec J’emporterai le feu (Gallimard), Leila Slimani publie le troisième tome attendu de sa trilogie sur le Maroc et la fin d’une magnifique fresque familiale. Enfants de la troisième génération de la famille Belhaj, Mia (une Leila romancée) et sa petite sœur Inès sont nées dans les années 1980. Comme leur grand-mère Mathilde, alsacienne tombée amoureuse d’Amine qu’elle a épousé, comme leur mère Aïcha, gynécologue engagée ou leur tante Selma, indépendante et excentrique, les deux jeunes filles veulent être libres de leurs choix. 

Elles trouveront l’émancipation dans l’exil. « Mia, va-t’en et ne rentre pas. Ces histoires de racines, ce n’est rien d’autre qu’une manière de te clouer au sol, alors peu importent le passé, la maison, les objets, les souvenirs. Allume un grand incendie et emporte le feu » lui exhorte son père lui donnant les clefs de la liberté. Mia va partir en France pour étudier. Elle deviendra journaliste puis l’écrivaine qu’on connaît. Inès la suivra. Elle sera médecin : En France, il leur faudra se faire une place, apprendre de nouveaux codes, affronter les préjugés, le racisme. Le père, Medhi, banquier, amoureux des livres – une passion qu’il va transmettre à Mia –, resté au pays va être banni durant des années de l’économie puis arrêté par les autorités marocaines dans des conditions de détention éprouvantes qui marqueront la famille à jamais.

Roman d’investigation 

Sabrina Kassy © Hervé Cote

Le faux souvenir de Sabrina Kassa a pour point de départ une image d’enfance, celui d’une petite fille de 4 ans qui rencontre pour la première fois son père à l’aéroport d’Alger entouré de gardes du corps. Des années plus tard, partageant cette évocation avec son frère ainé, elle apprend que si cette rencontre s’est bien déroulée, elle n’a jamais eu lieu dans un aéroport mais au bagne de Lambèse dans la région de Batna au nord-est de l’Algérie. Quant aux gardes du corps censés protéger ce père si puissant, il s’agissait des gardiens de prison. Pour Sabrina, c’est un choc. Comment avait pu-t-elle sublimer cette vision de geôle, d’enfermement en un symbole de liberté, de voyage, d’émancipation ? Pourquoi et comment ce père, commissaire du gouvernement algérien, s’était-il retrouvé en prison ? Pour mettre la lumière sur ce « coin aveugle » et retrouver sa mémoire, la journaliste, responsable éditoriale aux questions raciales de Médiapart, part en Algérie sur les traces de son histoire.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

J’emporterai le feu, de Leila Slimani 
Gallimard - 22,90 €
Le faux souvenir, de Sabrina Kassa 
Au diable Vauvert - 13,50 €

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Au Zef, « Une maison de poupée » bien articulée 

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maison de poupée avec les personnages masqués sur la scène
Maison de poupée © Johan Karlsson

Une maison de poupée se déroule en Norvège, en 1879, peu avant Noël. Nora doit faire face aux répercussions d’un emprunt illégal qu’elle a contracté pour sauver la vie de son mari, Thorvald. Ce dernier finit par découvrir la vérité, ce qui provoque l’effondrement de leur relation. Nora décide alors de quitter cette « maison de poupée » où tout n’est qu’illusion. 

Dans cette version, mise en scène par Yngvild Aspeli et Paola Rizza, Nora accueille le public à l’avant-scène avant de plonger dans le passé, à ce moment où tout a basculé. On la voit brièvement revêtir un masque d’alouette, c’est ainsi que la surnomme son mari, avant de pénétrer dans le huis clos isolé de son salon, où l’attendent les protagonistes, figés, comme s’ils étaient là depuis une éternité. Et pour cause, ce sont des marionnettes portées à taille humaine que la comédienne va manipuler seule pendant une bonne partie du spectacle, tandis qu’elle revisite l’histoire de Nora, des années plus tard. Une histoire, dévidée à la manière d’un écheveau, où le passé et le présent s’entrelacent et se confrontent tandis que le mur de fond évolue, passant d’un papier peint coloré à une immense toile d’araignée dont Nora est le centre. 

Qui a raison ? 

Prisonnière de ses mensonges et surtout d’une société patriarcale étouffante qui la cantonne à son seul rôle de mère et d’épouse, Nora porte son passé à la fois comme un fardeau et une force. D’alouette qui se fracasse contre les vitres de sa maison de verre, elle se mue littéralement en tarentule, dont les immenses pattes lui donnent l’énergie de quitter ce foyer. « Il faut que j’arrive à décider qui a raison, de la société ou de moi », dit-elle. Autour, les marionnettes se disloquent sur le plateau comme sur le rivage d’une île isolée. Thorvald, lui, tente vainement de ranimer ces vestiges d’une vie soufflée par la révolte d’une femme.

ISABELLE RAINALDI

Spectacle donné le 19 décembre au Zef, scène nationale de Marseille.

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À La Criée, un bal qui réchauffe les cœurs

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Le Bal Imaginaire

Le mistral qui soufflait dur ce soir-là sur le Vieux-Port aurait pu décourager les participants. Il n’en fut rien. Du vin chaud et une bonne soupe ont vite fait de réchauffer tout le monde et la salle Ouranos s’est remplie rapidement. Les sept musiciennes-chanteuses et musiciens-chanteurs de L’Agence de Voyages Imaginaires, tout de blanc vêtus, font très vite faire monter la température. Leur énergie pétillante convainc rapidement le public d’envahir la piste débarrassée de ses fauteuils. Il est d’abord proposé l’apprentissage du Cercle circassien ; plus tard on valse avec Padam, padam de l’inoubliable Edith Piaf et autres chansons populaires. Chaque artiste tour à tour exécute des solos, entonne des rythmes exotiques ou rock, flirte avec la valse musette ou des chansons des années 1950 aux années 90. C’est comme ça que je t’aime de Mike Brant emballe et Je danse le MIA interpelle. Des refrains sont repris en chœur avec enthousiasme. Il y en a pour tous les goûts, tous les âges, sous les lumières pailletées.

Des animations et des liens 

Le public se bouscule, trébuche… Cela permet de communiquer avec les voisins. Valérie Bournet nous emporte avec sa clarinette basse, Lucie Botiveau avec son accordéon, Nicolas Delorme intervient en meneur de revue avec son saxophone et Pietro Botte nous ravit avec son look à la Mick Jagger et sa guitare folle. La Criée avait déjà reçu la revue et le bal de la Compagnie La Criatura pour l’ouverture de la saison en septembre. Cela souligne le désir de Robin Renucci, son directeur, de diversifier les publics et d’organiser des rencontres populaires qui permettent aux associations de faire participer des personnes éloignées de l’univers de la culture.

CHRIS BOURGUE

Spectacle donné le 20 décembre à La Criée, Théâtre national de Marseille.

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Mois de l’étrange et de l’illusion 

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Les soeurs Hilton © Fabrice Robin

À la nuit tombée, spectatrices et spectateurs vont plonger dans l’univers insolite d’étrangetés en tous genres. Pour le Mois de l’étrange et de l’illusion, récits décalés, expositions illusoires, concert mystique feront basculer le public entre l’imaginaire et le réel. Les différents espaces de Théâtres en Dracénie seront transformés en lieux de superstitions avec des classiques de l’étrange revisités tel que Frankenstein, mis en scène par Karine Birgé ou les Sœurs Hilton, mise en scène par Christian Hecq et Valérie Lesort. Aussi au programme, mentalisme, épopée historique par le Cirque Le Roux, et animations envoutantes comme le jeu du Loup Garou immersif au Musée des Beaux-Arts de Draguignan. Un mois de magie où l’art et le mystère s’entrelacent.

Lilli Berton Fouchet

Du 10 janvier au 7 février
Théâtres en Dracénie et Musée des Beaux-Arts, Draguignan