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« The Summer with Carmen », une comédie sous le soleil grec

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Des rochers au bord de la mer. Un homme allongé, nu. On est à Limanakia, à une trentaine de kilomètres d’Athènes, sur une plage queer naturiste. C’est là que Nikitas (Andreas Lampropoulos) un jeune futur réalisateur aux cheveux roses et bleus et son ami Démosthène (Yorgos Tsiantoulas) un ancien acteur, cherchent une idée de scenario. Sur l’écran, s’inscrivent les principes d’un « bon film » :

  • Chaque film a 3 actes
  • Chaque film a un héros
  • Chaque héros a un but.
  • Le héros doit changer dans la poursuite de son objectif 

Un film que le producteur français veut low cost, fun et sexy ! Un film qui pourrait s’inspirer de leur vie.

Premier acte : mise en place

Deux ans plus tôt. Une scène de ménage entre Démo, et son ex-compagnon, Panos avec qui il a vécu quatre ans. Les gens changent et la routine s’est installée. Il vaut mieux rompre. Depuis Démo, qui a du mal à se remettre de cette rupture, multiplie les aventures dont une avec son voisin, Thimios (Vasilis Tsigristaris). Quand son père tombe malade et a besoin d’un lit médicalisé, il pense à Panos qui en avait eu un pour son père. L’occasion de revoir son ex qui l’a remplacé par Carmen, une jeune chiwawa qu’il a trouvée et dont il veut à présent se débarrasser. Démo recueille la petite chienne et passe l’été avec Carmen… d’où le titre du film de Zacharias Mavroeidis,The summer with Carmen, une comédie gay où l’on peut admirer le corps souvent nu du superbe et ténébreux Yorgos Tsiantoulas, assister à quelques scènes de drague, de sexe, et voir l’élaboration – pas toujours facile mais pleine d’humour – d’un scénario.

Nikitas est pressé de réaliser son film car à son âge, 27 ans, Xavier Dolan en avait déjà tourné quatre ! Mais quand un producteur impose un film à petit budget il y a des impératifs : pas plus de cinq lieux, pas plus de cinq personnages, pas d’enfants, pas de chien ! Pourquoi ne pas s’inspirer de la vie même de Nikitas, et faire un Billy Elliott à la grecque ! La séquence où le jeune réalisateur parle à Démos de son enfance et son adolescence sur une petite île grecque, évoque sa différence et sa solitude est très émouvante, émotion accentuée par la musique. Une séquence qui montre aussi combien leur amitié est précieuse. Car Démo n’est pas plus gâté coté famille : sa mère n’est pas très aimante et son père homophobe. « Toutes les mères ont déjà eu honte de leur enfant » lui dit-elle lorsqu’il lui parle de leur relation.

Quand on quitte cette plage « où on flirte, on médite, on retrouve de vieux amis, on fait l’amour ou bien… on écrit un scénario ! » comme le confie Zacharias Mavroeidis.On est avec Démo, dans son passé, dans le centre d’Athènes,très coloré, montant ou descendant des escaliers, participant à une marche des Fiertés. Et quand on a longuement réfléchi à ce scenario, des questions subsistent : « A quoi ça se voit quand le héros change ? Comment savoir s’il ne refera pas les mêmes erreurs ? Les films c’est pareil : ils nous font croire que les gens changent alors que c’est pas sûr. »

Le film se termine avec un double générique, celui, inscrit sur l’écran, du film qu’on vient de voir, et celui, rêvé, tourné et produit à Hollywood avec, excusez du peu ! Timothee Chalamet, Chris Hemsworth et Andrew Garfield ! Digne d’un Oscar bien sûr.

Il passe combien de messages dans le film ? demande-t-on.

  • Tous les héros n’en ont pas l’ai
  • Toute mère a déjà eu honte de son enfant
  • La réalité n’est pas du tout réaliste
  • On est tous de pauvres tapettes
  • La connaissance de soi est une illusion*
  • Les bisexuels, ça existe.

À nous d’y répondre après avoir vu ce film dans le film, amusant et grave, soigneusement mis en scène et superbement filmé par le chef opérateur Theo Mihopoulos. Un film qui plaira sûrement à tous et toutes !

ANNIE GAVA

The Summer with carmen, de Zacharias Mavroeidis
En salles le 19 juin

Aix en Juin : La jeunesse a 40 ans !

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Répétition de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée le 13 juillet 2016 au studio Big One du Grand Théâtre de Provence. Festival d’Aix-en-Provence.

1984-2024, l’OJM a désormais 40 ans, dont les dix dernières années au sein du Festival d’Art lyrique d’Aix, et sait toujours déployer son art avec passion. En clin d’œil à son « année de naissance », ce bel orchestre s’empare de la dystopie de Georges Orwell 1984. Associé à Passerelles, le département d’actions culturelles du Festival d’Aix, il propose son concert de sortie de résidence au public d’Aix en Juin ce 22 juin. Une résidence qui s’est tenue au sein de quatre institutions scolaires et médico-sociales d’Aix-en-Provence et de Marseille (collège et résidence Autonomie du Jas de Bouffan, le CFA Métropolitain des Milles, le Foyer de vie l’Astrée à Marseille). En découle une création collective mêlant instrumentistes et chanteurs en partenariat avec la Biennale d’Aix. Et c’est gratuit.

Une histoire musicale et de partages

Créé en 1984 à l’initiative de la Région Paca en partenariat avec le ministère de la Culture, l’OJM s’inscrit dans le sillage de l’Orchestre français des jeunes (1982) et de l’Orchestre des Jeunes de l’Union européenne (1983). L’orchestre instaure une coopération et un dialogue interculturel en Méditerranée par le biais de la pratique de l’orchestre symphonique, réunissant des jeunes musiciens du bassin méditerranéen. Chaque été, l’OJM convie une centaine de jeunes instrumentistes de moins de 26 ans en fin d’études dans les grands conservatoires du bassin méditerranéen qui durant six semaines travaillent sous la direction de chefs prestigieux parmi lesquels on a compté Michel Tabachnik, Dominique My, Henri Gallois, Sir Simon Rattle, Carlo Rizzi, Marako Letonja… et complètent leur formation auprès de professeurs de renommée internationale. Les tournées de concerts dans les villes du bassin méditerranéen ne cessent de souder cet orchestre à sa fonction première : être artisans de paix. 

En 2015 l’OJM crée en parallèle à sa session symphonique « historique » la première « session de création interculturelle » sous la houlette de Fabrizio Cassol. Si bien que désormais au Festival d’art lyrique d’Aix, il propose un concert symphonique et un concert de créations composées par de jeunes artistes venant du jazz et des cultures de tradition orale de la Méditerranée. 

MARYVONNE COLOMBANI

40 ans de l’OJM
22 juin
Place des Martyrs de la Résistance, Aix-en-Provence

« Six pieds sur terre », avec les morts

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Six pieds sur tette (C) Jour2fête

Sofiane, dit Souf (Hamza Meziani), fils d’un ancien diplomate algérien, qui a vécu souvent  à l’étranger, préfère faire la fête qu’étudier pour réussir ses examens. Ce qui lui vaut une injonction à quitter le territoire, Lyon, la ville où il habite, s’il ne trouve pas très vite un travail. Grâce à son père, il trouve un emploi dans une entreprise de pompes funèbres musulmanes. Il se retrouve à officier avec El Haj (Kader Affak pour qui le rôle a été écrit). Le plus vieux des employés, un homme qui se tait mais n’en pense pas moins. Les premières toilettes mortuaires auxquelles il assiste le rendent physiquement malade. Lui, enfant gâté,  immature, qui se montre habituellement très sûr de lui, souvent arrogant, se trouve confronté à ses propres limites. Il va apprendre les gestes de cet homme qui s’occupe avec douceur, avec tendresse presque, des morts. Des rituels filmés avec pudeur, comme une chorégraphie. Grâce à ce que lui transmet peu à peu cet homme, il va s’ouvrir au monde, se laisser approcher par les autres même s’il n’est pas encore prêt à vivre une vraie histoire d’amour .Sa rencontre, très cocasse, dans une laverie, avec Rachel (Magdalena Laubish) n’ira pas très loin. Ses rapports avec sa famille, son père en particulier ne s’arrangeront que peu à peu. Ce voyage vers les morts  en compagnie de El Haj est pour Sofiane un véritable voyage initiatique que la caméra de Pierre-Hubert Martin, nous fait partager, le suivant et nous montrant comment Sofiane voit le monde, comment peu à peu il va changer.

Six pieds sur terre, dont le titre est un clin d’œil à la série d’Alan Ball, est un film inspiré par un fait réel et par des éléments autobiographiques. Karim Bensallah est lui aussi fils de diplomate et a vécu à l’étranger.

« La mort m’obsède depuis très longtemps. Dans mes courts métrages : Le Secret de Fatima, Les Heures blanches, il y a toujours la mort. J’ai à ce sujet, un héritage culturel brésilien d’origine portugaise très présent. Il y a bien évidemment l’héritage de la guerre d’Algérie. Et j’ai eu aussi une expérience métaphysique de la mort très jeune. Pour moi cette expérience de la mort donne tout son sens à la question de la vie. C’est exactement ce à quoi Sofiane se retrouve confronté» confie  Karim Bensallah.

Un premier film réussi.

ANNIE GAVA

En salles le 19 juin

L’important c’est de participer

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Entrez dans la légende © Sébastien Rollandin

Des boulistes marseillais narrent les aventures d’Eddy, un adolescent projeté suite à un accident dans un purgatoire onirique peuplé de champions olympiques. Voilà l’argument assez naïf et un peu attrape-tout d’Entrez dans la Légende, la comédie musicale de Musical Marseille.Le projet, porté par Benjamin Molleron, semble certes construit de bric et de broc, mais il est surtout le réjouissant prétexte pour voir cohabiter sur scène différents styles (beat boxing, pop, musique classique, danse contemporaine ou hip-hop…) portés par professionnels et amateurs du territoire.

400 artistes sont en effet réunis sur la grande scène du Dôme : jeunes chanteurs issus du casting Musical Talents, chœurs de scolaires, et plusieurs ensembles instrumentaux, comme l’Orchestre OSAMU dirigé par Sébastien Boin et l’Orchestre de l’Académie de Mandoline de Vincent Beer Demander. Les costumes et les décors de la mise en scène de Valery Rodriguez proviennent également du travail de lycéens professionnels.

Chansons et extraits instrumentaux sont inspirés de l’œuvre de Beethoven (laissant à entendre une 5e Symphonie très présente et un final sur l’Hymne à la Joie), avec Emmanuelle Cosso à l’écriture du livret. Hélas, comme souvent, la sonorisation inégale et un peu écrasante du Dôme noie le son des orchestres jouant pourtant en direct, et empêche parfois de comprendre les paroles de chansons non surtitrées. Dommage car l’on aurait aimé mieux entendre les championnes évoquer l’histoire sexiste des Jeux, dans l’un des trop rares moments subversifs de ce spectacle au propos un peu lisse. Sous prétexte de déplorer la futilité de la compétition et l’ego des champions, Entrez dans la légende semble toutefois mesurer la valeur de ceux-ci à leur nombre de médailles, et prend bien trop au sérieux cette célébration un peu artificielle de dispendieux Jeux olympiques à venir.

PAUL CANESSA

Entrez dans la légende a été donné les 8 et 9 juin au Dôme, Marseille.

Les variations d’AVIFF à Marseille

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The Derive de Tanin Torabi © X-DR

International, avant-gardiste, expérimental, le Festival du film d’artistes, AVIFF, propose des films en première française, qu’on n’aura guère l’occasion de voir en salle et la rencontre de leurs réalisateurs·trices : artistes-peintres, sculpteurs-trices, chorégraphes, performeurs-euses, compositeurs-trices, graphistes, vidéastes, dont beaucoup accompagneront les projections. Le Canadien Richard Martin et l’Iranienne Tanin Torabi – des fidèles du rendez-vous, ouvriront la manifestation. Au menu : un cocktail de bienvenue et quatre courts métrages issus des sélections passées. ABCAM où Martin déconstruit à partir de rushes les conventions cinématographiques. The Derive dans lequel Tanin, bravant l’interdit, introduit une danseuse dans la foule d’un vieux bazar de Téhéran. Poem for Loa du Slovène Janja Rakus qui explore le pouvoir du glitch art (esthétisation d’erreurs analogiques ou numériques) et enfin le japonisant Otonoashi de l’Allemand Martin Gerigk.

Les 15 et 16 juin, on pourra découvrir les 19 films – de 2 à 25 minutes –  présentés à Cannes. Divers par le sujet et la forme et toujours surprenants. Danse et musique avec Herbarium de Iwona Pasinska, une plongée au cœur de la flore sur une suite d’Edward Grieg. Avec WhirlWind de Doria Belanger qui nous emporte avec le vent, de poussière en poussière. Ou encore Until De Tanin Torabi où s’exalte le mouvement « Femme.Vie.Liberté » des Iraniennes : marcher, courir, tomber, se relever.

Animations et documentaires

Pour parler du monde tel qu’il va et pourrait aller, des animations comme Tales Without Lion (Vital Z’Brun), réécriture de contes sans monarchie ou bien I Get To Have My Own Private Hope (Yue Nakayama) qui interroge les conditions de travail au temps de la disparition des bananes. Ou encore des documentaires à l’instar de Cocoon (Holli Xue) autour de la pandémie, de Weree (Tal Amiran) qui met en scène l’artiste libérien demandeur d’asile, hanté par un passé traumatique, et de Center of Life (Jacob Arenber) où un résident arabe de Jérusalem, pour obtenir la nationalité israélienne, doit prouver qu’il existe !

Et tant d’autres propositions étonnantes comme HeimatFilm (Marion Kellmann) compilation pour approcher ce genre allemand de films sentimentaux et bucoliques. Ou Paraboles (Hiba Baddou) dont un plan a été repris pour l’affiche du festival : la découverte par une famille des images au-delà des écrans. Un panel de créations pour les amoureux d’art contemporain et pour tous ceux qui voudraient s’y initier.

ÉLISE PADOVANI

AVIFF
Du 14 au 16 juin
Les Variétés, Marseille

Éloge de la légèreté

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BICEPS © X-DR

Musclée de rire et pétrie de talent, la Brigade d’Intervention Clownesque et Poétique, autrement dit la BICEPS – le pluriel étant de la bonne humeur ajoutée – officiait au Patio (Aix-en-Provence), solution de repli face aux orages qui grondaient sur le parc Saint-Mitre pour un quatuor drolatique et génialement subversif. Le spectacle conçu par Claire Massabo et taillé sur mesure pour les quatre chanteuses-comédiennes Céline Defay, Sofy Jordan, Marianne Suner et Sofie Szoniecky, relie une dizaine de chansons en un tissage qui invite à la vie, à l’amour, à la joie.

La question préliminaire porte sur la définition du bonheur. Après les réponses « avouables », le discours parfois dérape, facétieux, orné d’un brin de rouerie, d’une once d’ironie, en un décalage digne de l’esprit des Monty Python… Marianne Suner s’avance avec son ukulélé, vite rejointe par les autres pour interpréter Il y a ta bouche des Ogres de Barback. Les yeux pétillent de malice, se délectent des textes avec une énergie communicative… On déclare son amour par le biais de Cyrano de Bergerac, soufflant depuis l’ombre à un Christian les mots à dire à une Roxane sur son balcon, avant d’enchaîner, sous forme de pied de nez, sur J’veux un mec d’Adrienne Pauly.

Le sourire grinçant de Ça ne se voit pas du tout d’Anne Sylvestre épingle les hypocrisies dominantes, puis s’indigne avec Quand la terre sera mourue de Frédéric Fromet… On retourne à La fac de lettres de Jacqueline Taieb, on se plonge dans les cocktails improbables de Juliette, Rhum Pomme, on préfère Des bisous (Philippe Katerine) aux violences gratuites et avec Agnès Bihl on choisira le Faîtes l’amour, pas la vaisselle. C’est clair avec BICEPS « il en faut peu pour être heureux » (Jean Stout et Pascal Bressy) ! Le tout est réglé avec une finesse et une éloquence revigorantes. Chanter pour vivre heureux… on en redemande !

MARYVONNE COLOMBANI

Spectacle donné le 9 au Patio (Aix-en-Provence), à l’invitation de Par les Villages dans le cadre de la Biennale d’Aix.

Entrez dans la transe

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Bless this Mess © Hélène Robert

Quelle idée d’attaquer une pièce chorégraphique avec une boucle musicale de quelques secondes, au volume sonore très poussé, qui va accompagner les quatre danseurs pendant une bonne demi-heure. On est d’ailleurs stupéfait par cette musique répétitive, faite d’aller-retour vifs sur les instruments à cordes (frappées, frottées et pincées ?), mais les quatre danseurs·euses sur scène nous embarquent vite dans leur transe. Danse fragmentée, saccadée, de gestes, de pulsions, et voilà nos cerveaux évaporés pendant une heure. C’est le tour de force de la chorégraphe Katerina Andreou avec son Bless This Mess, donné ces 6 et 7 juin à Klap – Maison pour la danse.

Parfois, la boucle frénétique laisse place à un silence momentané. La musique, toujours noise, se fait plus douce, et les gestes des danseurs aussi. Alors qu’ils dansaient furieusement tous indépendamment les uns les autres, on les voit maintenant tantôt en duo, ou s’essayant même à quelques pas plus « classiques ». Sur le plateau, l’une déplace les rares éléments de décors, l’autre fait tournoyer un micro par le câble pendant de longues minutes. Les quatre acolytes sont animés d’une exaltation que seuls nos instincts enfouis peuvent comprendre.

Outre le son et la danse, on retiendra aussi de cette pièce chorégraphique son esthétique globale. Et particulièrement des lumières, confiées à Yannick Fouassier. Proches des performeurs, les couleurs chaudes dominent le plateau, et s’accordent parfaitement avec l’ambiance noise offerte par la musique. L’ensemble fait de Bless This Mess un ballet punk saisissant, autant pour nos yeux, que pour nos oreilles.

NICOLAS SANTUCCI

Bless This Mess a été donné les 6 et 7 juin à Klap – Maison pour la danse, Marseille.

Des femmes et des cigarettes

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Crédit: Bachir Tlili

Sur un bureau, un ordinateur allumé, un poste de radio et des enceintes. Par terre, en vrac, un sachet en plastique, des paquets de cigarettes ; des Marlboro rouge. La photo d’une femme d’un certain âge dans une djellaba orange occupe le mur du fond. Elle est assise et l’on devine une maison du Maghreb. Puis la scène s’éclaire au son de je tire ma révérence de Véronique Sanson. L’acteur apparaît et reste un long moment statique, concentré. Sa présence, intense, puissante, raconte en silence : voilà qui je suis, voilà ce qui m’a construit… Et détruit. Il tient deux bouquets, « en hommage » à deux femmes qui, elles aussi, ont choisi, de tirer leur révérence.

La première, c’est Chantal Akerman, l’iconique réalisatrice belge « née le 6 juin 1950 et morte le 10 octobre 2015 », la seconde « c’est ma mère, Leila Tlili née le 13 juillet 1969, décédée le 6 décembre 2009. » Il y a du Xavier Dolan chez Bachir Tlili qui détaille chaque itinéraire avec une précision méticuleuse. Il évoque cette femme élancée aux cheveux noirs qui avait toujours un sac plastique contenant des Marlboro rouge, un livre de Stephen King « et un porte-monnaie même si de l’argent, elle n’en avait pas ». Le décor fait pénétrer dans l’intimité d’un appartement et dans l’intériorité d’une pensée endeuillée. À la radio, les émissions se succèdent : on y parle féminisme, César Franck… On entend aussi une voix de femme lointaine, grésillant ; celle de Chantal Akerman peut-être. 

Bachir se dirige vers la sortie du théâtre, reste un moment appuyé contre la porte entrouverte. Il tire sur sa cigarette, en regardant le ciel. Soudain, la photo figée de Habiba s’anime. Le long plan séquence s’attarde sur le visage de cette grand-mère dont on voit désormais le turban qui entoure ses cheveux, les boucles d’oreille et les bracelets. Dans son regard qui suit l’objectif, on lit la résignation, l’humilité mais aussi la sagesse de celles qui connaissent tous les drames que la vie réserve.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Akerman/Habiba a été donné dans le cadre des Rencontres à l’échelle le 6 juin à la Friche la Belle de Mai, Marseille.

Avis de gros BIM ! sur Marseille

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Crédit: Zarmatelier

Le BIM ! festival « bande dessinée et illustration à Marseille » a montré sa tête une première fois en 2022 à travers plusieurs « petits » événements. Puis a confirmé avec sa première « vraie » édition en juin 2023, et revient en ce mois de juin 2024 à promouvoir la scène graphique marseillaise à travers rencontres, expositions, projections, spectacles, activités et soirées festives. Car Marseille est une place forte du genre : de nombreux·ses auteur·ices y vivent et y travaillent, tout comme des éditeurs, des librairies spécialisées, et des galeries. Un festival s’imposait !

Obsession et anxiété

La BD étant un média populaire, le festival concocte un programme aux propositions éclectiques destinées à un large public, dans une vingtaine de lieux différents. Depuis le 1er juin, on a ainsi pu (re)voir le film Planète sauvage de René Laloux et Roland Topor aux Variétés, et assister à la micro-brasserie Zoumaï à une battle de dessins entre Richard di Martino et Bruno Bessadi. Le vendredi 7 c’était à La Maison Hantée la sortie des Contes de la Mansarde, recueil de 3 nouvelles flippantes écrites par Elizabeth Holleville, mises en images par Iris Pouy. Table de dédicace à l’extérieur, planches de la première nouvelle affichées à l’étage : l’histoire de Bastien, qui fait appel aux services d’un étrange laboratoire pour connaître le jour exact de sa mort, et sa cause. Il apprend que c’est dans deux jours, par une intoxication alimentaire. Il va essayer d’y échapper, en restant sans manger en compagnie de son amie Meera. Planches en bi-chromie, dessin en ligne claire, anxiété et obsession à la fête. Un concert de Coronal Mass Ejection accompagne cette sortie : violon électrique et voix, connectés à des effets, usant volontiers de la reverb, des matières musicales brûlantes et hantées.

À suivre

Jusqu’au 30 juin, une multitude de propositions, avec notamment le lancement, après la collection BDcul , des éditions du même nom, de la collection BDcoeur : karaoké spécial Love le jeudi 13 au Sing or Die, lecture performance le vendredi 14 à la Brasserie Communale par Aurélie William Levaux et Baptiste Brunello, exposition à la Réserve à bulles des deux premiers livres de la collection signés Aurélie William Levaux et Florence Dupré La Tour le samedi 15. Et toute une série d’activités au Couvent Levat le dimanche 16 à partir de 16 h ! À noter également la nouvelle exposition de Fotokino, inauguration le 15 juin (expo visible jusqu’au 20 juillet), INK, salon dédié aux pratiques alternatives et indépendantes de l’édition d’art, allant du livre d’artiste au fanzine, en passant par l’affiche et la bande dessinée. Parmi les éditeurs figurent les Marocains Kulte et Think Tanger, les Néerlandais Terry Bleu, les Tchèques Xao et les Français Pain Perdu.

MARC VOIRY

BIM !
Jusqu’au 30 juin
Divers lieux, Marseille

Fêtes, combats et fiertés

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© Thabo Pule

L’affiche du Festival de Marseille annonce le programme. Elle nous place face à trois personnages queers, fier·e·s, aux vêtements et accessoires chatoyants et marins, devant la Méditerranée de tous les échanges. Même si Marie Didier, directrice du festival, l’a visiblement élaboré comme un antidote aux identitarismes qui montent, elle ne s’attendait pas à ce qu’il s’ouvre juste après la dissolution de l’Assemblée nationale, l’appel d’Éric Ciotti à une alliance avec le RN, pour se clore la veille du second tour de législatives qui vont changer le visage du pays. Pourtant le programme du Festival de Marseille se décline sans ambiguïté dans un espace de lutte et d’affirmation de nos cultures plurielles.

Au programme

La première semaine expose clairement la belle et nécessaire complexité du monde. Dès l’ouverture, Robyn Orlin chorégraphe sud africaine qui a construit son univers chorégraphique militant à la fin de l’Apartheid, se demande avec six danseurs du Garage dance ensemble et deux musiciennes de uKhoiKhoi Comment il est possible de fleurir dans un désert de sel. Une question qui se pose aux populations de la région minière d’Okiep, où les binarités de genre et d’origine, Blancs et Noirs, Hommes et Femmes, continuent de discriminer et violenter les individu·e·s. (La Criée les 14, 15 et 16 juin).

En ouverture le premier soir (14 juin) en entrée libre, un événement à la Vieille Charité : avec Aïchoucha Khalil Epi, musicien et cinéaste tunisien, nous invite à croiser la mémoire de sa grand mère Aïcha, sa musique tissée de souvenirs et d’électro pop, et mille paysages tunisiens, des rives au désert. Puis Benjemy livrera un DJ set tout aussi tunisien, où l’électronique se mêle à un piano et à des percussions orientales.

Fête encore, participative et gratuite, en partenariat avec ARTE, sur la place Bargemon le 15 juin au coucher du soleil. La journaliste DJ Aline Afanoukoé et DJ Da Vince proposent un karaoké où chacun pourra chanter sur une playlist de concerts live aussi éclectiques que cultes…

Dans L’âge des idées Yan Duyvendak, Matthieu La-Brossard et Antoine Weil explorent les relations entre les générations Z et Y et les boomers, une performance toute en dialogues et apaisements. (La Criée, les 15 et 16 juin)

Au Klap, Maison pour la danse, un double programme les 17 et 18 juin : un collectif féminin Nafaq 4 de hip-hop contemporain venu du Caire, puis Martyre de Malika Djardi où elle filme sa mère, en Ehpad, et danse avec elle.

Puis le festival donnera toute sa place aux créations d’Emanuel Gat, Benjamin Dupé, Dorothée Munyaneza. Coproducteur, diffuseur, compagnon des artistes du territoire, qui nous parlent d’ici et du monde, loin des identitarismes qui nous menacent.

AGNÈS FRESCHEL

Festival de Marseille
Du 14 juin au 6 juillet
festivaldemarseille.com