samedi 14 février 2026
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The Echo : un nouveau souffle à Marseille

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Premières chaleurs estivales avec Tropical Fuck Storm au Makeda © N.S.

C’était un pari, voire une ambition qui paraissait démesurée. Inviter des artistes internationaux aux univers musicaux variés, parfois confidentiels, barrés, voire transgressifs le temps d’un week-end à Marseille. Quelques jours après sa clôture, le festival The Echo peut se targuer d’avoir pleinement réussit son coup, en ayant rempli plusieurs des salles dans lesquelles il est parti s’engouffrer. 

Avant toute chose

Le week-end a commencé dès le jeudi, dans la petite salle de l’Intermédiaire sur la Plaine. Une soirée proposée par l’association Humeur Massacrante, qui faisait office de before – ou de off. Passait par-là le nouveau venu Lùlù, une formation qui fêtait ici son deuxième concert seulement, au lendemain du premier à Lyon. On a découvert un univers glam, power-pop, déjà parfaitement maîtrisé, et chanté en anglais, français, italien. Mélodies accrocheuses, guitares nerveuses… une belle entrée en matière. Car après eux on découvrait Dr Sure’s Unusual Practice, fraichement débarqué de Melbourne. Une new-wave puissante, originale – on pense au son de clavier – qui pouvait faire penser parfois à l’agitation d’un Devo. 

Le before terminé, c’est au Théâtre de l’Œuvre que La Responsabilité des Rêves, l’agence Vedettes et Limitrophe Production, à l’initiative du festival, donnaient rendez-vous pour son ouverture – ou alors au Silo pour Nils Frahm, il fallait choisir son camp. On y a découvert Mary Lattimore, ou 45 minutes d’un dialogue fascinant entre elle, sa harpe et sa pédale loop. Une musique à cheval entre classicisme et psychédélisme, parfait pour annoncer la suite de ce festival qui aime jongler avec les esthétiques. 

On monte dans les tours 

Car après la harpe, il fallait changer de cap le temps de monter au Makeda. C’est une version très énervée de Model/Actriz qui accueillait les spectateurs d’une salle déjà presque bondée malgré l’heure précoce. La formation de Brooklyn, connue pour une noise bruitiste et « sage » dans ses albums, prend une tournure beaucoup enlevée sur scène. 

Les présentations faites avec les décibels, c’est Tropical Fuck Storm, le groupe le plus attendu de la soirée qui prenait place sur scène. Originaires eux aussi de Melbourne, une des scènes rock les plus actives au monde. Beaucoup avaient envie de voir comment ils transposaient sur scène la folie de leurs enregistrements, et la surprise était plus que bonne. Moins loufoque que sur disque, Tropical Fuck Storm déchaine ses titres avec une énergie emballante. On regrettera seulement le niveau sonore du groupe – et de ses deux Twin Reverb – qui ont causé une chasse aux boules Quies dans les premiers rangs de la salle. La suite de la soirée s’est évaporée dans les mix de Trae Joly et King Kami

Le lendemain des décibels aussi, avec Exek et Dame Area – notamment – toujours au Makeda. Avant de se terminer par le très attendu Flavien Berger à l’Espace Julien, pour le grand final d’un The Echo dont on attend déjà l’édition 2025. 

NICOLAS SANTUCCI 

Le festival The Echo s’est tenu du 30 mai au 2 juin à Marseille

OCCITANIE : Libre de désobéir

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N. Pouyandeh, Autoportrait au masque et au miroir, 2023, huile sur toile, 65 x 54 cm © galerie Sator - Nazanin Pouyandeh

La Fondation GGL continue de mettre en lumière des femmes aussi talentueuses que créatrices de mondes artistiques habités. Après Olympe Racana-Weiler puis Marlène Mocquet, place à Nazanin Pouyandeh. Née à Téhéran en 1981, passée par l’École Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris, la peintre iranienne démontre à travers cette exposition monographique la richesse d’un univers foisonnant qui fait d’elle une artiste de premier plan. Si la peinture de Nazanin Pouyandeh est figurative, elle n’en est pas moins une réalité reconstituée, un souvenir revisité, un rêve tissé d’intime. Comme un petit théâtre d’images où la femme serait (enfin) toute-puissante. Le titre de l’exposition nous avait prévenus : Les désobéissantes. Sur la toile,la femme se libère de ses entraves, des contradictions de son héritage culturel, des interdits de la religion, du poids de l’Histoire. 

Sororité

Nazanin Pouyandeh aime se jouer des interprétations que pourrait faire le spectateur de son travail. Elle se permet des clins d’oeil au Facteur Cheval, à la peinture du Moyen-Âge, à Léonard de Vinci. Un processus intensément ludique est présent à la genèse de chaque toile : l’artiste fait poser ses amies dans son atelier avant de les mettre en scène. Trace indélébile d’une sororité bienveillante, héritage d’une culture perse où les femmes partagent tout à défaut de voir leur droit à l’équité respecté. D’ailleurs, l’Iran est omniprésent, ne serait-ce à travers les couleurs très vives des peintures. La guerre est un autre sujet intime impossible, à évincer. Il faut dire que Nazanin Pouyandeh est arrivée en France à 18 ans, un an après l’assassinat de son père. 

Peinture sacralisée

Parfois, elle s’autorise à prendre la pose. C’est le cas dans cet Autoportrait au masque et au miroir où le regard se perd. Bien que l’artiste n’aime pas beaucoup parler de ce que l’on voit, elle nous offre un généreux dialogue plastique et sensoriel. Sensuel aussi, avec des corps féminins qui se mettent à nu, non pas pour choquer, plutôt pour se révéler. À l’occasion de cette exposition, l’artiste a dessiné à l’encre de Chine une gigantesque femme pharaon sur le mur immaculé de la galerie. On pourrait y voir une représentation symbolique de la peinture sacralisée, fil conducteur de son travail. Le lieu de tous les combats. Et de toutes les femmes. Regardez-bien. De dos, sur plusieurs tableaux, une femme peint. Libre.

ALICE ROLLAND

Jusqu’au 9 novembre 
Fondation GGL, Hôtel Richer de Belleval, Montpellier 

Marseille, ville amazighe !

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Atelier musique 19 juin

Cette 19e édition illustre, une fois encore, l’engagement d’un homme, Menouar Hammache, directeur artistique et militant en faveur de la culture kabyle depuis plus de 30 ans à Marseille. Il a lancé le festival Tamazgha en 2006 après avoir créé Sud Culture en 1996. L’ancrage méditerranéen de la culture amazighe en France et la vitalité de ses héritages à Marseille sont en grande partie dûs à cette personnalité discrète et tenace sur ses objectifs en matières de droits culturels.

Amachaou ! c’est mon histoire

Cette phrase, bien des Marseillais pourraient la dire. « Les Kabyles à Marseille représentent une migration précoce et durable », comme le disait l’historien Emile Temime. Dès les années 1950, les Algériens sont fortement présents dans les principales entreprises marseillaises (raffineries de Saint-Louis, l’huilerie Rocca Tassy-De Roux ou sur le Port) et constituent une composante majeure du peuplement de Marseille.

Ainsi, une grande partie des habitants actuels des 15 et 16e arrondissements est issue de la Haute Kabylie (Bouzeguène). Dans les baraques du Bassin de Séon, de Lorette aux Riaux, en passant par l’emblématique îlot Pasteur, l’entraide villageoise redessine l’ancrage des douars d’origine. Les Kabyles de l’Estaque partagent la culture dite berbère ou amazighe, tels que les « chaouis » des Riaux, ou les « Ath Smaïl » de Lorette, les « Iberbacen », de Barbacha, originaires de la vallée de la Soummam.

L’exil et l’ancrage

Longtemps marginalisée, réduite à un genre mineur, la chanson kabyle a renoué avec le fonds traditionnel berbère grâce à Lounis Aït Menguellet, dans le sillon du grand Slimane Azem, interdit d’antenne en Algérie durant plus de vingt-cinq ans. L’auteur de Asefru a su créer des formes et des structures propres à sa poésie en jouant sur l’ambiguïté de sens des mots qu’il utilise, permettant une interprétation plurielle de la part de ses auditeurs. Loin de se circonscrire aux seules diasporas, langues et cultures kabyles mobilisent un public large, dont les mélodies autant que les textes, souvent traduits, portent les espoirs des peuples à être reconnus comme légitimes dans leur expression culturelle et artistiques. Son concert le 22 juin au théâtre de la Sucrière dans le 15e arrondissement est un événement pour des générations de Marseillais.

L’exil est une des thématiques principales des chansons d’Idir, de Djamel Allam ou d’Houria Aïchi qui accompagnent les parcours des familles immigrées à Marseille. Elles témoignent d’un matrimoine et d’un patrimoine puissants. Au niveau international, les imaginaires amazighes résonnent dans les textes de Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Taos Amrouche et bien d’autres… C’est ce que chacun pourra découvrir et partager lors d’ ateliers musique ou calligraphie à Campagne Lévêque les 19 et 20 juin (16h-19h), et en assistant au spectacle du conteur Farid Oukala, le 21 juin, Bachir et les sept épreuves, au 15e Art.

SAMIA CHABANI

Festival Tamazgha
Du 19 au 22 juin
Marseille
sudculture.org

South parc

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Du haut de son quart de siècle, le festival Marsatac – sur toutes les bouches du Rhône et d’ailleurs lorsqu’il s’agit d’événements musicaux phocéens – s’efforce d’allier une programmation ultra moderne à la mise en valeur d’artistes émergents, accompagnés ou non par la structure. S’ajoute à cela un désir profond de s’inscrire dans les actuelles préoccupations écologiques ou inclusives. Désormais confortablement installé dans le bucolique écrin de verdure qu’est le parc Borély, le festival se démarque par son attachement tout particulier aux musiques urbaines et électroniques.

Cool, la scène

Du 14 au 16 juin sur quatre scènes, l’événement s’organise avec logique. La scène du Château, au pied dudit monument, est dédiée aux artistes à forte notoriété, leur offrant un système son et un espace scénique d’envergure. Elle accueillera par exemple la révélation marseillaise Achim, rappeur à textes profonds et mélancoliques très suivi (le 15), le tout aussi local et montant Zamdane (le 14), la première tournée de la très médiatique rappeuse belge Shay (le 15), ou bien encore Zola, qui explose les compteurs de vues et platine ses albums depuis ses débuts (le 14).

La scène du Lac, elle, se déploie en une arène où les plus grands fans de BPMs et de basses renversantes pourront apprécier à 360° les artistes électro qui font vibrer leurs cœurs fêtards. Citons par exemple la star allemande de l’acid techno Boys Noize (le 15), l’iconique Patrick Mason (le 14) ou le résurrecteur de l’eurodance Marlon Hoffstadt (le 16).

Décalée et plus intime, la scène Prairie fait, elle, la part belle à l’originalité, à la découverte. Nichée sur un tapis herbeux, comme son nom l’indique, elle est le théâtre d’une liste de concerts en marge de la programmation, en témoigne celui du singulier Roland Cristal, qui appose ses textes folichons sur une techno de foire (le 15), le rap chaâbi live de l’algérois Tif (le 16) ou bien encore le hip-hop r’n’b moderne de la très douée Violet Indigo (le 16).

Enfin, la scène La Frappe, du nom du dispositif monté par Marsatac Agency pour accompagner les jeunes artistes rap, permettra de découvrir les talents repérés : Carlala, Messir, ADM, Flex ou Anan (lauréat du tremplin Planète Mars) ; mais aussi de jeunes et prometteurs artistes électro, tels que Joube ou KE:TR)

Super tremplin

Véritable marche-pied pour les artistes en devenir, Marsatac offre un instantané live sur le travail de plusieurs dispositifs d’accompagnement et de repérage. La frappe, bien sûr, lancé en 2019 par Marsatac et en partenariat avec plusieurs acteurs culturels locaux, mais aussi Rifx : tremplin national qui a vu naître sur ses planches des artistes tels que Siloh ou Pausé, et enfin les Inouïs du Printemps de Bourges, qui verra l’un de ses lauréats se produire pendant le festival. .

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM

Marsatac
Du 14 au 16 juin
Parc Borely, Marseille
marsatac.com

L’art des grands écarts

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Zébuline. Si l’on se penche sur le programme des Escapades, que ce soit celui de cette édition ou des années précédentes, on est frappé par leur éclectisme assumé…

Élodie Presles. Absolument, on cultive les grands écarts ! On aime les rencontres, les échanges, les musiques portées par des groupes. Il s’agit d’une musique contemporaine car elle s’écrit aujourd’hui et dans les métissages. Zébuline le sait bien : à Durance on se plaît à bouger les codes ! On joue sur l’idée de parcours, de découverte, en tentant de faire connaître des groupes connus des réseaux professionnels mais peu du grand public. On joue notre rôle de passeurs : les groupes connus et très médiatisés n’ont pas besoin de nous. Avec trois propositions par soir, nous balayons un spectre assez large d’univers. La sélection s’effectue toujours, en collaboration avec Elsa Gobert, dans la perspective de donner envie au public de rester [rires], de réunir des groupes dont les inspirations dialoguent avec celles des autres. Mais avec des points sans concession : il faut que ce soient de très bons musiciens, que la ligne de métissage soit sensible. Bref, c’est ce qui se pratique tout au long de la saison au théâtre : déborder du cadre… Nous ne sommes pas dans le fonctionnement du marché mais nous avons trouvé notre identité. Le projet est porté par toute l’équipe. Le succès ne cesse de s’amplifier, l’an dernier il y avait plus de deux mille personnes par soirée.

Comment va s’articuler l’édition 2024 ?

Comme l’an dernier sur le plateau des Lauzières, il y aura la possibilité de se restaurer avec des produits locaux, de jouer pour les enfants avec des livres, des jeux en bois mis à leur disposition, le tout aux accents du Buffet sonore qui crée des intermèdes entre les concerts en faisant des liens entre les différents groupes. Le premier soir débutera par le cocktail étonnant du duo vielle à roue et percussions de Storm qui revisite le patrimoine traditionnel avec une vielle sonorisée, samplée, pour des morceaux qui oscillent entre la musique bretonne à danser et les Pink Floyd. Avec Kutu, le violon jazz rejoint la chanteuse et son répertoire des chants d’Éthiopie pour une musique fusion aux accents électro et un son groove avant de terminer la soirée par Ladavina et sa pop métissée entre Balkans, chanson française et jazz. La seconde soirée invite au répertoire rafraîchissant des quatre musiciens de Baba Wazo puis au rap latino d’Ana Tijoux dont les chants engagés s’élèvent contre les violences faites aux femmes et aux menaces qui pèsent sur la démocratie dans son pays, le Chili. Enfin on termine par la fanfare festive du Grand Tabazu dont les onze musiciens n’ont qu’une envie, c’est de vous faire faire la fête, un « grand chamboulement » vivifiant ! Et, afin que tout soit accessible à tous, intergénérationnel et convivial, c’est gratuit !

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MARYVONNE COLOMBANI

Les Escapades
16 et 17 juin
Plateau des Lauzières
Château-Arnoux-Saint-Auban
theatredurance.fr

In circus veritas

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Spectacle DROP par la cie CRAZY R credit photo Bernard_Huriez

On le sait, les conditions inhabituelles de cet été olympique chahutent les festivals. Une fois n’est pas coutume, la 18e édition d’Occitanie fait son cirque en Avignon fait partie des événements contraints de s’annuler cette année : la tenue des Olympiades, combinée au calendrier des épreuves du baccalauréat, ont conduit les trois structures co-organisatrices de la manifestation – La Verrerie d’Alès, Pôle National Cirque ; La Grainerie, scène conventionnée ; et Circa, Pôle National Cirque – ont donc conjointement décidé d’annuler leur venue au Festival d’Avignon, vitrine annuelle du dynamisme régional en matière de création circassienne.

C’est donc sur d’autres formes que le territoire mise pour représenter la vivacité de sa scène circassienne. Le festival inCIRCus en est l’une des émanations annuelles : mi-juin, le festival fait rayonner le cirque contemporain – renommé ici « cirque d’actualité » – dans le quartier de Rochebelle, lieu d’implantation de La Verrerie. 10 spectacles, 11 ateliers, et tout est gratuit et en plein air ! Or, l’actualité, elle tourne bel et bien autour du sport. Et les disciplines mises à l’honneur sont nombreuses : basket, foot freestyle, parkour, corde à sauter…

Du grand spectacle


S’il ne fallait en citer qu’un, on partagerait volontiers notre curiosité titillée par le travail des Arracheurs de dents. Leur militantisme rigolard a déjà fait mouche dans de précédentes créations – notamment Ni gueux ni maîtres autour de Tolstoï, de la lutte des classes et du catch. Leur prochain spectacle, Tiens, tiens, s’articule autour d’un duel de barbichette, sur fond de combats menés par le Front Populaire en 1936 (sortie de résidence présentée le 13 juin). Autre rapprochement inattendu : celui du cirque et du rugby. Avec Drop – qui désigne une action de jeu consistant à frapper dans le ballon quand il a rebondi, mais aussi une technique circassienne faite de lâchers prises –, la compagnie Crazy R s’aventure dans les hautes sphères de la voltige aérienne : douze acrobates sur grand trapèze volant explorent les similitudes entre les deux disciplines. Miser sur le collectif, explorer le rebond, esquiver la chute, mettre en jeu une chorégraphie des corps… Du grand spectacle pour 3 000 personnes !

Pour le reste, saluons l’originalité des propositions : la virtuosité des cordes de double dutch qui tournoient, entre jeu et performance et (Black Shaolin, Ropestylers & Mathieu Desseigne, (Re)bond) ; une rencontre entre basket et jonglage musical, pour un singulier ballet mettant en jeu les corps et les voix (Basketteuses de Bamako, compagnie Thomas Guérineau), ou encore la tornade jonglée de la Cie NDE, qui raille avec Copyleft le decorum inhérent à chaque manifestation sportive. Le 15 au soir, le festival s’achève par un bal de clôture, qui promet de nous faire valser de Mozart à Coldplay.

JULIE BORDENAVE

inCIRCus
Du 13 au 15 juin
Divers lieux, Alès
laverreriedales.fr 

Culture à la bonne heure

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Zébuline. C’est la 4e édition d’Avant le soir. Qu’est-il prévu pour cette année ?

Renaud-Marie Leblanc. Nous avons remporté, à nouveau, le marché public de la mairie des 1er et 7e arrondissements le 10 mai dernier. Un calendrier très serré qui ne nous empêche pas d’avoir 44 représentations, soit 22 dates dans chaque arrondissement. Elles auront lieu place Labadie et au Musée d’histoire de Marseille pour le 1er, au square Albrecht et au jardin Benedetti pour le 7e.

Vous marquez une volonté de désacraliser la distance entre les artistes et le public. Comment se traduit-elle ?

Les critères du marché public impliquent pour ces rendez-vous culturels de rester « populaires ». Mon interprétation de ce mot est que tout le monde puisse y accéder. Mes parents n’ont pas fait d’études. J’ai toujours été attentif à ce que personne ne reste « sur le quai », alors qu’Avant le soir propose des musiques savantes, contemporaines, du jazz, du classique… Idem en théâtre, danse. Tout art est potentiellement accessible, selon comment on l’amène. Le fait de jouer en extérieur, avec une trentaine de chaises et des tapis au sol, met les spectateurs à proximité immédiate des artistes. Ces derniers ont besoin de ça aujourd’hui.

Pouvez-vous préciser votre pensée ?

Au delà de la période Covid, les arts vivants – hors arts de la rue, bien-sûr – ont été moins en contact avec le public ces dernières années. Ce qui est pourtant le sens premier de ce métier passe par une accumulation de filtres, des décors gigantesques, de la vidéo… Le rapport intime est de plus en plus ténu.

Vous travaillez, justement, avec peu ou pas de décor.

Oui, c’est important pour nous. J’ai longtemps œuvré dans un contexte de théâtre de plateau, avec ce type de grosses machineries, des éclairages énergivores… Je m’en suis éloigné pour des raisons éthiques. Nous limitons les transports, tant du matériel que de l’équipe.

Vous travaillez avec le vivier très riche des artistes marseillais, c’est de l’ultra local !

En effet. Environ un tiers du public vient pour ces artistes, qu’il connaît. Un autre tiers sont des personnes qui ont déjà une pratique culturelle régulière. Et les autres sont des voisins, parfois descendus de l’immeuble d’à côté, souvent des fidèles. Un couple de vieilles dames venait au début seulement écouter la musique classique. Finalement elles sont venues assister aux représentations de théâtre. C’est ma fierté !

Parlez-nous, justement, de votre programmation. Un spectacle par discipline, pas plus, pour des raisons de maquette. Même si le choix est cruel.

C’est dur effectivement, je voudrais les défendre tous ! Commençons par la soirée d’ouverture, le 15 juin. Salut est un spectacle de Camille Dordoigne et Joseph Lemarignier, qui l’ont déjà interprété lors de la première édition d’Avant le soir. L’histoire d’une rencontre amoureuse, très brillante et drôle, écrite lorsqu’ils étaient tous deux en 2e année à L’Eracm [École Régionale d’Acteurs de Cannes et Marseille, ndlr].

Et pour la musique ?

Le concert classique sera assuré par l’ensemble Musica Ex Anima, avec des airs du XVIIe siècle italien, L’Echo des sphères. Du clavecin, de la flûte baroque, etc… Beaucoup de gens n’ont jamais entendu ce type de musique. Ils joueront le 7 juillet dans les collections grecques du Musée d’histoire, avec une acoustique incroyable, cela va être très beau et étonnant.

Et enfin la danse ?

La Cie Itinerrance propose aussi un face-à-face, ou plutôt un chassé-croisé amoureux, Chronique d’une rencontre. Une œuvre de Christine Fricker, grande militante de la danse contemporaine, qui tourne depuis dix ans. Elle regarde un peu vers le théâtre, ayant été l’occasion d’une commande passée à un auteur [Guy Robert, ndlr]. La pièce a été conçue pour l’extérieur. C’est l’une des contraintes d’Avant le soir pour les danseurs : il faut que la proposition puisse se jouer sur des gravillons !

Vous évoquiez l’Eracm, avec laquelle vous êtes en partenariat depuis le début. Sous quelle forme ?

Le Fijad, Fonds d’insertion pour jeunes artistes dramatiques, nous permet de financer une partie des salaires. J’ai donné carte blanche aux jeunes diplômés : sur un concept de « lever de rideau », ils donnent un court pré-spectacle avant chaque représentation. Un vrai défi, très formateur, ils écrivent souvent le matin pour jouer le soir. Ils viennent avec les préoccupations de leur génération : l’écologie, le genre, les questions sociales reviennent beaucoup. Pour le public récurrent qui « adopte » ces jeunes, c’est devenu un rituel. Comme le feuilleton de l’été, que ce soit réussi ou un peu moins bien, il n’y a pas de naufrage possible !

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR GAËLLE CLOAREC

Avant le soir
Du 15 juin au 31 août
Place Labadie et Musée d’histoire de Marseille, 1er arrondissement
Square Albrecht et jardin Benedetti, 7e arrondissement
Marseille
avantlesoir.fr

L’Afrique se livre sur scène

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Anaïs Rosso © Lea Baert

Rencontres littéraires, projections, concerts, Dj sets, Africa fête propose une approche pluridisciplinaire avec 10 artistes et auteurs invités

Africa fête participe depuis 20 ans à la transmission et la valorisation de figures artistiques emblématiques des cultures et diasporas africaines. À l’heure où le débat autour des appartenances occulte tout autre point de vue, le festival reste à l’image de son fondateur, Mamadou Konté, disparu en 2007 : un homme de culture mais avant tout un passeur, un tisseur de rêves qui portait fièrement sa double nationalité et ses décorations.

Mais l’époque où les artistes africains avaient recours aux anciens et à l’entraide villageoise pour faciliter leur mobilité est révolue. Faut-il s’en réjouir ? L’industrie musicale a su promouvoir la World-Music mais permet-elle de promouvoir les talents africains? Africa fête, depuis 20 ans, y travaille avec constance et inventivité.

Les musiques résonnent

Le 20 juin, pour 5 euros, au Couvent Levat la soirée sera longue. De 19h à minuit, 3 sets ! Avec Ivor (Ghana – Marseille) et ses mixes 100% afro, c’est un continent musical qui s’exprime et son histoire jusqu’au-delà des mers, dans ses diasporas. Créatrice d’un univers hybride qui questionne l’identité sous toutes ses formes, Anaïs Rosso est une artiste autodidacte. À la croisée du blues et de l’opéra, de l’électronique et du baroque, elle s’amuse de ses inspirations hétéroclites telles que les Rita Mitsouko, Maria Callas, Henri Salvador ou les Fugees. Artiste pluridisciplinaire, originaire de Cape-Town et marseillaise d’adoption, Bongi mène une correspondance insolite entre ses deux villes, mêlant folk-urbaine et afro- pop dans un crépitement de voix et d’énergie qui ravivent les traditions musicales d’Afrique australe.

Les 20 et 21 juin, deux soirées sur le toit terrasse de La Friche la Belle de mai dans le cadre du festival Le Bon Air. Avec en particulier l’afroset de Big Buddha et le live de Bamba Wassoulou Groove : fondé par le percussionniste Bamba Dembélé (RIP), ancien membre du Super Djata Band, fantastique machine à groover du Mali des années 1980, le BWG poursuit dans la même veine en croisant funk, rock et pulsation bambara, pour un concert tout en chaleur !

La pensée s’échange

Mais l’ouverture des 20 ans d’Africa fête le 18 juin sera littéraire. Un dictionnaire de destins, co-écrit par Alain Mabanckou, Pascal Blanchard et Abdourahman Waberi, sera présenté par ce dernier. Dans Notre France noire, édité chez Fayard, les trois complices reviennent sur les représentations héritées et les imaginaires à déconstruire pour demain.

Avec VISIBLES ! Figures noires de l’histoire de France, Binkady-Emmanuel Hié, Léo Kloeckner, Aurélia Durand, mettent eux aussi en lumière les invisibilisé·e·s, pour combattre l’ignorance et relever le défi d’une meilleure connaissance de nos héritages coloniaux et de leur impact sur nos représentations.

Le 19 juin, pour la journée des réfugiés, après un concert du Café Noailles, groupe marseillais qui rend hommage aux musiques du Maghreb et arabo-andalouses ; le cinéma Le Gyptis accueille le biopic Cesária Évora, la diva aux pieds nus un film réalisé par Ana Sofia Fonseca en 2022.

SAMIA CHABANI

Africa Fête
Du 18 au 21 juin
Friche la Belle de Mai,
le Gyptis, Le Couvent, Marseille
africafete.com

Une autre histoire du théâtre

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Fanny de Chaillé,désormais directrice du Centre dramatique national de Bordeaux, a créé cette autre histoire en 2022, et la joue partout depuis, à destination pédagogique d’un public jeune, mais aussi pour changer les représentations de tous·tes. Elle affirme l’existence d’un théâtre des comédiens, où les arts de la scène se croisent dans une interdisciplinarité constitutive. Cette histoire parle bien de Shakespeare et de Brecht mais aussi des spectateurs, des actrices, de la danse. La musique, les jeunes, les femmes et les corps y tiennent une place prépondérante. Le quatuor d’acteurs formé par Malo Martin, Tom Verschueren, Margot Viala, et Valentine Vittoz bouillonne d’énergie et de désir pour un théâtre en vie, qui fait vibrer, et n’oppose pas le passé au désir d’avenir, ni à la jouissance du présent.

4 et 5 avril
Bois de l’Aune, Aix-en-Provence

Dans la mesure de l’impossible

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Dans la mesure de l'impossible © Magali Dougados

La création 2022 de Tiago Rodrigues bouleverse les publics au long de ses tournées, plus tragique encore depuis les bombardements de Gaza. La pièce repose sur les propos de travailleurs de l’humanitaire opérant en terrain de guerre et confrontés à la violence et à la mort, à l’impuissance et à la colère. Vivant l’impossible. Recueillis lors d’entretiens qu’ils savaient destinés au théâtre, leurs récits en disent autant sur eux-mêmes, leur nécessaire et impossible résilience, que sur ceux qu’ils tentent de sauver. Anonymisés, universalisés puisque aucun lieu de conflit n’est cité, ces récits prennent aux tripes, portés par quatre acteurs magnifiques, une musique live battante, déchirante puis contemplative, et un décor en forme de campement qui se déploie comme un ventre qui respire. Le monde se partage entre le Possible, les pays en paix, et l’Impossible, les régions en guerre.

A.F.

4 et 5 avril
Châteauvallon, scène nationale d’Ollioules