samedi 14 février 2026
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Vivaldi, compositeur de hip-hop ?

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Les 4 saisons © Agathe Poupeney

Confronter les époques en les faisant passer au creuset de l’art, quelle belle idée ! Le chorégraphe Mourad Merzouki, le violoniste Julien Chauvin et l’ensemble qu’il a fondé, Le Concert de la Loge, fêtent le 300e anniversaire des Quatre Saisons de Vivaldi (l’œuvre aurait été composée entre 1723 et 1724). Dans l’ombre, les artistes s’installent, l’accord de l’orchestre vibre. Impossible de différencier musiciens et danseurs : tous sont vêtus dans les mêmes teintes d’automne, ocres, roux, terre glaise dans laquelle tout se refonde. Les danseurs émergent d’entre les instrumentistes. Les corps racontent les lignes mélodiques, se ploient à leurs tempi, se ressourcent au sol, se livrent à des envolées acrobatiques, offrent leur dynamisme aux figures classiques de la breakdance. Le thème des battles, familier des compétitions de ce style de danse, se joue de ses propres codes, voit danseurs et violons se confronter en prouesses techniques. La rencontre entre les modes d’expression accorde une tension particulière à l’œuvre. Les Quatre saisons deviennent l’objet d’un enjeu puissant où les êtres tentent de découvrir un sens. La porosité entre les genres et les époques n’efface pas les distances, mais autorise une fusion intéressante où les gestes se réinventent. Les pas de deux se nouent au cœur d’une danse qui, au départ, magnifie l’individu dans sa performance solitaire, les instruments d’orchestre, statiques d’habitude, se mettent en mouvement et se mêlent aux pas des danseurs. Les uns et les autres transforment leur manière d’être en scène grâce à la réalisatrice et scénariste Coline Serreau : les uns s’asseyent pour écouter, les autres s’interrompent pour regarder… L’œuvre symphonique se mue en opéra et c’est très beau.

MARYVONNE COLOMBANI

Les Quatre Saisons s’est joué le 17 avril au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence.

Ouste à l’air !

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Comme à chaque édition, Toustes dehors (enfin) ! a cherché l’emplacement le plus adapté à chaque proposition, sélectionnée parmi le meilleur du spectacle vivant en extérieur. Pour cette 11e édition, les spectateurs sont cueillis dès 7h du matin au Parc Galleron, le long de la rivière Luye, à deux encablures du centre-ville de Gap. Un petit écrin verdoyant apte à tendre l’oreille à une saga familiale intimiste, dans seul en scène campé par Laurent Eyraud-Chaume, de la compagnie veynoise du Pas de l’oiseau, qui clôt avec cette date une tournée entamée à vélo depuis Nice.

Le festival envahit ensuite les ruelles de la vieille ville et irrigue jusqu’au Parc de la Pépinière,  dont l’espace convivialité se renforce cette année, avec des animations jusqu’à 2h du matin (concerts, DJ, bar, foodtrucks…). Parmi les 16 propositions pluridisciplinaires, le théâtre se fait ludique et engagé, via des performances solo campées à la force du poignet. Le charismatique Brice Lagenèbre retrace en paroles et actions les luttes homosexuelles depuis les années 60, dans un déambulatoire à mi-chemin entre manif et documentaire (Le Pédé, collectif Jeanine Machine). Habituée du festival, Maëlle Mays délivre pour sa part de nouvelles Leçons impertinentes de Zou, en duo cette fois avec deux comédiens provisoirement échappés du Muerto Coco, pour nous entretenir de la temporalité avec Maxime Potard et du rire avec Coline Trouvé. Martin Petitguyot, émérite comédien de rue, relit quant à lui le mythe Molière !, retraçant la vie du plus fantasmé des metteurs en scène dans une fausse conférence pleine de panache. Quant au geste, il s’invite au milieu du public, qu’il soit dansé (duo de La Méandre,mêlant sévillane et électro), circassien (fil tendu entre les spectateurs pour du micro funambulisme avec La Fauve), sportif (freestyle sur ballon de football avec Paul Molina, ancien champion du monde ; cirque et parkour avec Said Mouhssine).

Grâce suspendue

De plus grandes formes s’échappent du centre ville pour des moments collectifs, tels Les Urbaindigènes et leur chantier circassien faussement participatif revisitant l’histoire de l’architecture. Entre chien et loup, c’est un moment littéralement suspendu qui nous est offert avec Ourse de Bélé Bélé : une troublante et fascinante ode à la beauté, dans laquelle le talent de Sophie Deck – son goût pour les accessoires incongrus et son irrésistible touche de fantaisie teintée de gravité – éclatent une fois de plus. De lunaires ours en peluches, des panoplies évolutives et 4 comédiennes nous enchantent via une succession de tableaux oniriques, envoûtants et d’une mélancolique tendresse, à la tombée de la nuit… De ces spectacles qui s’incrustent durablement en nous.

Enfin, deux créations s’invitent dans cette 11e édition. Failles de La Féroce, dans lequel Laurette Gougeon laisse éclater son amour des cîmes. Après un 1e volet solo – présenté à Marseille à l’orée des calanques en février 2023 -, la circassienne s’adjoint cette fois les services du metteur en scène Loïc Leviel.

Autre première accueillie durant le festival : celle de Tempête du Collectif du prélude, une mise en abyme du classique de Shakespeare, dans laquelle s’entrecroisent l’histoire de deux naufrages. Cet accueil est emblématique de l’engagement de La Passerelle en faveur des spectacles en  espace public, une démarche que son directeur Philippe Ariagno, sur le départ pour d’autres fonctions dès la rentrée prochaine, a eu à cœur de développer au long des 12 ans passés à la tête de la scène nationale : accompagnement en résidence et en coproduction, volet saisonnier Curieux de nature, noyau dur de partenaires privés devenus complices de l’événement, les Mécènes des cîmes… Gageons que son action perdurera, et que nous retrouverons une 12e  édition du festival l’an prochain!

JULIE BORDENAVE

Toustes dehors (enfin) !
du 31 mai au 2 juin
Scène Nationale la Passerelle, Gap

Olympique intérieur

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Gagner une médaille © j2mc-photo

La compagnie de Philippe Car et Valérie Bournet pratique avec virtuosité le partage du répertoire théâtral savamment mis à portée d’émotion, de compréhension et de rire de tous les publics. Molière ou Rostand en ont brillamment fait les frais, et c’est avec la même jubilation du récit que l’Agence s’est attaquée aux anecdotes de l’histoire des Jeux olympiques.

Labellisé Olympiade Culturelle par la Ville de Marseille et l’État, soutenu par le Département et la Région, le projet Gagner une médaille s’est déployé dans l’espace public durant quatre journées. Malheureusement le temps pluvieux et l’absence de communication ne lui ont pas permis, même sur la place de la mairie, de trouver une l’audience publique qu’il aurait méritée. Paradoxe d’une forme qui se veut populaire mais rassemble moins que dans un lieu dédié.

Rythme sportif

Ce marathon théâtral – 3 heures de spectacle chaque jour – fait de 17 séquences de 3 minutes qui tournent sur 5 podiums disposés au cœur d’un stade reconstitué, file une métaphore de résistance sportive : celle de Jesse Owens qui fit partir Hitler du stade en 1936, celle du poing levé contre la ségrégation, mais aussi la volonté individuelle d’un marcheur rapide seul dans sa compétition, d’une remplaçante de foot qui reste sur le banc de touche, d’un judoka qui n’emporte pas de médaille… Les personnages sont dédoublés : un comédien porte sur scène le corps et les gestes de l’athlète, un autre, voix off en live, déroule son monologue intérieur et plonge le public dans sa tête, son combat, sa passion. Car l’exploit du sport se puise dans la force « mentale » comme disent les commentateurs. Le corps et l’esprit plongés ensemble dans l’Olympiade ?

AGNÈS FRESCHEL

Gagner une médaille s’est joué du 25 au 28 avril sur la place Bargemon, Marseille.

Les Arts éphémères en mode sportif 

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La performance Fight Club au parc de Maison Blanche (Marseille) ©Dan Warzy

Pour leur 16e édition, Les Arts Éphémères s’inscrivent, à l’occasion des Jeux de Paris, dans le thème du sport. Les deux commissaires, Isabelle Bourgeois et Martine Robin, ont d’ailleurs choisi comme titre général le terme « transformé », un mot emprunté au rugby. Puisque l’art, comme le sport, convertit des sensations en actions et créations.

Les propositions des artistes et étudiants en dernière année souhaitent changer notre regard sur le monde, le paysage et auscultent nos habitudes de vie. Ainsi des œuvres nous incitent à moins de consommation, comme Line Bourdoiseau qui utilise des bois et des peintures de récupération, ou Rodrigue Lambert Moreno et Dorian Dos Santos, qui s’amusent avec une vieille voile de bateau destinée aux rebus. Une immense paire de bottes signée Lilian Bourgeat déstabilise les proportions – avant de se rendre compte qu’il y a deux pieds droits – et ainsi de justifier avec humour le titre de la pièce, Invendu, bottes. Des petits carrés de couleurs cousus sur un treillis fixé à des montants métalliques, Damier de Nathan Lopez Romero sont plus poétiques.

Changer les points de vue

Pour le vernissage, la performance de Kim Bradford et Marie-Benoîte Fertin ridiculise les combats de catch avec inventivité et humour. Elles surgissent dans un costume fait de poches d’air réunies par des scotchs. Leur combat consiste en coups de couteau pour crever leur enveloppe sous l’œil de l’arbitre et les commentaires inspirés d’une présentatrice. Très apprécié !

CHRIS BOURGUE

L’exposition est visible tous les jours de 9h à 19h45 jusqu’au 9 juin au parc de Maison Blanche, Marseille. 

Faire résonner Beethoven

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© Musical Marseille

Après près de deux ans de gestation, le projet porté par l’association Musical Marseillefoulera enfin les planches du Dôme les 8 et 9 juin. Entrez dans la légende s’est construit autour de la vie musicale marseillaise, des artistes aussi bien que des amateurs, et surtout du cœur de cible visé par Benjamin Molleron, porteur du projet : les jeunes, de tous horizons !

Sur scène, trente lauréats du concours lancé en septembre dernier tiendront ainsi les rôles principaux de cette comédie musicale pensée autour du sport et des J.O., conçue par la librettiste Emmanuelle Cosso (seule femme autrice du projet)et le compositeur Laurent Elbaz. Où la musique de Beethoven, remaniée et réorchestrée entre autres par Pierre-Adrien Charpy et Clément Joubert et dirigée par Sébastien Boin, rencontrera les styles musicaux d’aujourd’hui – rock, rap, musique du monde, jazz, big band mais aussi les mandolines de l’Académie de Vincent Beer Demander

Des centaines d’interprètes

L’Orchestre OSAMU, le groupe de rock IESM, la battucada Mulêketu et Joos à la Beat Box assureront la partition instrumentale. Côté chœur, c’est de nouveau AMU que l’on retrouve, ainsi que la Cité de la Musique et son ensemble adultes, mais aussi les chœurs d’enfants CFMI. Les danseurs de Créscène 13 et DanseAMU s’attelleront à la chorégraphie conçue par Axel Loubette, accompagné par les circassiens du CIAM. Belle idée également que de collaborer, sous la houlette du metteur en scène Valery Rodriguez et de la costumière Aurélie Guermonprez, avec les lycées, CFA et structures éducatives du tissu marseillais : soit les étudiants des lycées de La Calade, Marie Curie, Lea, Denis Diderot, Le Châtelier, La Viste, des Ferrages, de la Fask Academy, d’Appel d’Aire et de l’Ecole Terrade … Tant d’acteurs venus des quatre coins de la ville pour célébrer la joie et le collectif.

SUZANNE CANESSA

Entrez dans la légende
Les 8 et 9 juin
Le Dôme, Marseille
musical-marseille.com

L’Odyssée rendue à Télémaque

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Odyssée Blandine Soulage

Après avoir mis en scène Iliade et ses combats, Pauline Bayle s’est attachée au retour au pays du rusé Ulysse, avec une fidélité subtilement dramatisée du récit homérique, et une modernité tout aussi directe des choix de mise en scène. Le spectacle a été créé en 2017 avant qu’elle ne prenne la direction du Théâtre de Montreuil. Depuis il  tourne depuis sur toutes les scènes nationales, et est enfin parvenu jusqu’à la Méditerranée qui est son décor littéral, à Marseille et à Port-de-Bouc.

Cette Odyssée a toute la qualité des tendances dramatiques contemporaines : un attachement aux récits, une place centrale donnée aux acteurs, une adresse directe aux spectateurs alternant avec des passages dialogués, des costumes qui sont des vêtements de ville, un décor qui n’est que matière et couleurs. Et, surtout, cinq comédiens, trois femmes et deux hommes, qui jouent tous les personnages sans s’attacher à leur genre, passent d’un rôle à l’autre  avec brio et fluidité, ajoutant chacun une touche à Ulysse ou Pénélope, incarnant l’héroïsme  de la nourrice ou du porcher, avec la même noblesse que les rois et les dieux. Et cette incroyable affirmation, répétée tout au long de l’Odyssée, du devoir qu’ont les peuples autochtones d’accueillir et protéger les étrangers en détresse.

Seul Télémaque est incarné par le même acteur. Il ouvre et ferme la pièce comme il introduit et conclut l’épopée homérique, héros en devenir, enfant encore, cherchant son père, puis combattant à ses côtés, devenant héros à son tour, sauvant ses parents des prétendants et des mythes, incarné. Il est, au sens littéral, Télé-maque, le combat déplacé. L’ailleurs, une nouvelle voix s’accomplissant, comme le théâtre de Pauline Bayle : paritaire, dégenré, jeune, collectif, ancré dans l’histoire, revendiquant la solidarité humaine au présent.

AGNES FRESCHEL

Odyssée a été joué les 15 et 16 mai au ZEF, scène nationale à Marseille et au Sémaphore, Port de Bouc, dans le cadre du Train bleu

Mozart sans sel

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Les Noces de Figaro photo Christian DRESSE 2024

C’était il y a cinq ans, il y a un siècle. Jean-Claude Gaudin était maire de « son » opéra, le Covid et ses confinements n’étaient pas passés par là, les 1200 sièges de la place Reyer se clairsemaient souvent et peinaient à rajeunir leurs occupants. Dans ce contexte la dispendieuse production de l’opéra, jamais programmée ailleurs qu’en ses murs, semblait bien plus moderne et inventive, par ses décors enchâssés, ses scènes de chasse et ses chœurs enturbannés, que bien des productions précédentes, moins audacieuses. Mais on n’y percevait pas la révolte sociale de Figaro, qui n’était vêtue ni du rouge de la révolution ni du récent jaune des Gilets, et disparaissait dans l’obscurité chaude des décors et costumes voulus par le metteur en scène Vincent Boussard. Surtout, #Me too  n’était pas encore passé par l’opéra, et l’adaptation de La folle journée de Beaumarchais pouvait passer sans qu’on y remarque la violence exercée sur les corps féminins, de la Comtesse à Marceline ; la solidarité interclasse des femmes est fondatrice du livret de Da Ponte, le profond désespoir de Barbarine qui semble avoir perdu, entre le bras de Chérubin bien plus qu’une épingle, sonne comme le chant d’une jeune fille abusée.

Ombres insensées

Après le Covid et #Me too, devant un public rajeuni et renouvelé, comment se reçoit cette reprise ? On admire la voix et la présence d’Eléanore Pancrazi dans Chérubin, on s’émeut de la grâce absolue des déplorations de la Comtesse – incarnée à nouveau par Patrizia Ciofi, merveilleuse dans ses arias, mais très gênée par le voile constant qui couvre ses graves dans les récitatifs. Hélène Carpentier incarne à merveille une Suzanne qui prend de l’assurance au fil de la pièce et Robert Gleadow (Figaro), même s’il rate un peu les aigus de son premier air, habite la scène de sa présence massive. Jean-Sébastien Bou (le comte Almaviva) passe son air de bravoure avec panache, mais dans l’ensemble les voix d’hommes peinent un peu à se faire entendre. Peut-être parce que le propos n’est pas clair ? Lorsque Figaro chante « si tu veux danser, mon petit comte », comment pousser ses « Si » aigus si sa révolte se perd dans les couleurs ternes du décor, et les chœurs décadents et noirs qui tournent autour de lui, l’observent et le manipulent ? Quel est le sens de toutes ces ombres ?

Décalages

Cette hésitation sur le sens semble aussi habiter l’orchestre qui a du mal à régler son rapport au plateau, décale légèrement, surtout quand les chœurs chantent depuis les balcons. Les ensembles se croisent dans le flou au lieu de dessiner des lignes franches, et on perd un peu du sens musical si particulier des fins d’actes de Mozart, où les individus mêlent leurs voix intérieures à celles du peuple qu’incarnent les chœurs. L’évidente clarté de la musique, du livret de Da Ponte/Beaumarchais, de leur propos révolutionnaire et féministe, de la joie des bons mots et du jeu, est escamoté.

Reste que l’œuvre, indestructible, résiste à ces petits obstacles, portée par des solistes et des musiciens d’exception. Comme un plat fabuleux auquel il manque juste quelques grains de sel.

AGNÈS FRESCHEL

Les Noces de Figaro ont été reprises à l’Opéra de Marseille les 24, 26, 28 et 30 avril
À venir
3 mai
Opéra de Marseille

Istrati : vers le sensible !

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De gauche à droite. Aurelia Grosu, Christian Pellicani, Golo et Jean Poncet. ©R.G. (2)

Le point d’exclamation dans le titre de la BD de Golo « Istrati ! » n’est pas dû au hasard tant la figure de l’écrivain Panaït Istrati est éclatante. La librairie marseillaise Jeanne Laffite Les Arcenaulx accueillait Golo à l’occasion de la publication de son roman graphique sur la vie de l’écrivain roumain de langue française. Cette rencontre s’est aussi faite en la présence de Jean Poncet, poète et traducteur émérite de la poésie roumaine, qui a animé et enrichi les discussions. Golo a dû se documenter énormément sur la vie de l’artiste pour dessiner 496 planches. Il raconte comment la tuberculose a conduit Istrati à apprendre le français, et indirectement à devenir l’écrivain qu’il fut par la suite. Soigné dans un sanatorium suisse, il s’évertue à maîtriser pleinement la langue de Molière, d’abord dans l’objectif de travailler, puis dans le but d’écrire, lorsque l’écrivain français Romain Rolland le prend sous son aile et devient son mentor. La vie de Panaït Istrati, c’est celle d’un voyageur qui a fait de la Méditerranée son terrain de prédilection, celle d’un écrivain autodidacte, communiste et antistalinien, idéaliste et profondément humain.

« À l’amitié »

L’intertitre de la BD « Istrati ! » s’intitule « à l’amitié »… et pour cause ! Il n’y a pas de chose plus importante pour Istrati que ce sentiment, pour lequel il a donné corps et âme, comme en témoigne ce passage du roman Nerrantsoula que lit Jean Poncet : « […] nous avions deviné dans nos regards francs, la nuance de nos désirs, le miracle de nos ressemblances […] je me livre à eux sans marchander, avec frénésie. Cela coûte cher, mais jamais les déceptions subies n’ont diminué, jamais elles ne diminueront la somme de mes désirs […] On ne perd rien quand on se livre entièrement, autrement, autant dire du soleil qu’il s’épuise quand il se livre sans ménagement ni choix ». Une ode à l’amitié entre les individus mais aussi entre les peuples, comme en témoigne la présence lors de cette rencontre de la consule de Roumanie à Marseille, Aurélia Grosu. Ces deux pays, réunis par l’histoire de leurs littératures et la proximité de leurs langues latines, ont de quoi s’entendre.

RENAUD GUISSANI

La rencontre avec Golo s’est tenue le 17 avril à la librairie Jeanne Laffite Les Arcenaulx, Marseille.

De l’enfermement des filles

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A la marge © Matis Lombardi

En colonne vertébrale de la pièce a été choisi le texte de Sonia Chiambretto, Peines Mineures, paru aux éditions de L’Arche en février 2023. À ce texte qui évoque en parallèle les voix de jeunes filles enfermées dans les enceintes d’un internat du Bon-Pasteur dans les années 1950-60 et dans un Centre éducatif fermé d’aujourd’hui, s’insèrent des fragments d’enquêtes, d’interviews de mineures. Un personnage armé d’un micro fait le lien entre les diverses paroles et permet l’articulation de l’ensemble. Les époques se voient délimitées par les tenues des protagonistes, leur langage, tandis que les conditions de « détention » présentent de cruelles similitudes. Il s’agit non d’éduquer ou de préparer à une réinsertion, mais de juguler les caractères.

Face cachée de la justice

Dans À la marge, Wilma Lévy s’empare de ce corpus documentaire pour le transmuer en objet théâtral. La mise en scène des bribes de dialogues, de confessions, de constats, s’articule en une chorégraphie qui passe autant par la danse, moments de jubilation libératoire, que par l’occupation du plateau qui offre divers lieux d’énonciation : témoignages d’éducateurs et d’éducatrices, de juges, de sociologues, de religieuses… Le simple fait d’être considérée comme « paresseuse » suffit dans les années 1960 pour justifier la perte de la liberté… Se posent les questions de pouvoir, de marginalité, de justice, de réinsertion, par le biais de plus de vingt jeunes interprètes au plateau. La vivacité, le naturel confondant des artistes en herbe, l’intelligence de leur occupation de l’espace scénique dans un dispositif scénographique minimaliste, accordent une belle fraîcheur à l’ensemble du propos et donnent envie d’aller plus loin dans l’appréhension de cette face cachée de la justice appliquée aux mineures. Clairement, la délinquance des filles est ici symptomatique d’un ordre sexué.

MARYVONNE COLOMBANI

À la marge était donné le 26 avril au Théâtre Antoine Vitez, Aix-en-Provence.

Refugee Food Festival : solidaire et culinaire

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(C) caroline Dutrey

Faire évoluer les regards portés sur les personnes, valoriser leur patrimoine culinaire, accélérer leur insertion professionnelle dans la restauration et rassembler la société civile autour de la table, tels sont les objectifs du Refugee Food Festival. C’est la 8e édition qui se tiendra à Marseille du 16 au 20 juin. En constituant des binômes inédits formés de chefs ou artisans d’ici et de cuisinier·e·s réfugié·e·s, cet événement solidaire a pour but de faire découvrir patrimoines et matrimoines culinaires. Sept établissements s’engagent et partageront leurs fourneaux

Du dîner franco-géorgien par Ani Tarkhnishvili et Charlotte Crousillat à la Villa Gaby le 16 juin au dîner franco-syrien par Samar Mawazini Damlakhi, Nahed Damlakhi et Pierre Meynet à l’Abri le 20 juin, on pourra se régaler toute la semaine. Et pour les Ciotadens, le 18 juin, au Café de l’Horloge, un déjeuner franco-syrien et pâtisseries syriennes par Rowaida et Joseph Zaher Alban et Camille Lhomme

« Cuisiner est un acte de partage et d’amour » comme le dit la cheffe, Alessandra Montagne, marraine de cette édition qui se tiendra dans 12 villes, en France et à Genève.

ANNIE GAVA

Tous les détails ici : https://festival.refugee-food.org/marseille