mardi 30 juin 2026
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« My Sunshine », trois cœurs en hiver

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Sur l’île d’Hokkaido au Japon, pour les jeunes garçons, l’été, c’est baseball, et l’hiver, c’est hockey. Takuya (Keitatsu Koshiyama) timide, rêveur, bègue, n’est doué ni pour l’un ni pour l’autre. Alors que la première neige tombe, il découvre au centre sportif, Sakura (Kiara Nakanischi), une jeune fille qui glisse et virevolte sur la glace, sous la direction de son coach, Arakawa (Sosuke Ikematsu). Amoureux, fasciné, le maladroit Takuya va s’essayer avec ses patins de hockeyeur à cette discipline réservée plutôt aux filles. Le résultat est grotesque mais son acharnement amuse puis touche Arakawa qui décide de lui enseigner gratuitement le patinage artistique.

Le professeur propose à Sakura, aussi froide que la glace sur laquelle elle évolue, de former avec ce débutant aux progrès fulgurants, un duo. D’abord récalcitrante – elle veut être championne en solo, partageant avec sa mère le goût de la compétition et de l’excellence –, Sakura se laisse gagner par la joie de patiner avec Takuya et s’autorise des sourires ! Avant que préjugés et rigidité morale ne cassent l’équilibre fragile de ce bonheur-là.

Sous une épaisse couche de neige

My Sunshine est un film tout en retenue qui estompe le hors champ : à peine devine-t-on le passé de star du coach, les raisons de son déménagement dans cette petite ville, ses difficultés à faire accepter son homosexualité vécue très discrètement avec un jeune garagiste du coin. On suggère la pression des familles sur leurs enfants par de très courtes scènes. La caméra ne quittera guère les trois protagonistes filmés séparément ou ensemble dans une chorégraphie précise. Durant leurs trajets, à l’école mais surtout sur la piste de la patinoire où les entrainements s’enchainent en vue d’une sélection nationale. La photo surexposée, les contrejours, poudrent et floutent les jeunes danseurs. Les plans fixes sur les paysages suspendent le temps dans une douce palette de pastels roses et verts. Les mots sont rares : le cœur bégaie et les émois de chacun ne se révèlent que par touches discrètes. Chacun regarde l’autre sans commentaire, sans expression. Silence et petites notes de musique égrenées au piano, valse hollandaise crachotée par un vieux magnéto. Tout est feutré, comme assourdi par l’épaisse couche de neige.

Le réalisateur dit avoir eu l’idée de ce film, nourri par ses souvenirs d’enfance, en découvrant la chanson d’Humbert Humbert My Sunshine qui lui donne son titre. Elle sera au générique : « J’ai du mal à prononcer les mots/Je bute toujours sur le premier son/ Quand j’essaie de dire quelque chose d’important/les m… m… mots  r… r…  restent coincés dans ma gorge. »

Le film ne bascule que tardivement dans la banalité du chagrin que la société inflige bêtement aux hommes. Il se focalise sur le miracle délicat de désirs pré-adolescents chastes et gracieux, sur les instants partagés sans arrière-pensée, d’autant plus poignants qu’on ne peut s’empêcher d’attendre la chute et la lumière crue d’un printemps qui éteint un rêve et ouvre peut-être un autre chapitre.

 ÉLISE PADOVANI

My Sunshine, de Hiroshi Okuyama

En salles le 25 décembre

Une ballade signée Fred Nevché

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FRED NEVCHÉ Célia Sachet • @celiasevenphotography

Replaçons les choses en contexte : mercredi après-midi étaient réunis dans l’enceinte du Café Julien une tripotée d’acteurs culturels sur l’invitation de l’opérateur Grand Bonheur, pour leur présenter la programmation de la 27e édition de son festival Avec le Temps, dont Fred Nevché est l’un des cofondateurs. C’est donc dans cet environnement sinon familial du moins familier, fourni d’un public largement connu du chanteur marseillais, que le concert a été donné.

Peut-être est-ce pour cela que l’artiste entrait en scène d’apparence plutôt stressé (mais souriant) ? Accompagné aux machines par Martin Mey – autre artiste local également bien connu du milieu – Fred Nevché investissait une scène assez dénudée : quelques jeux de lumière, des synthés relevés de fils led, une luminosité presque toujours sombre, quelques projections de clips en arrière scène sur certains morceaux tels que son populaire Océan. 

Martin Mey le paquet

Côté musique, Nevché s’habillait régulièrement d’une guitare électrique, qui venait teinter les beats et riffs fournis de Mey de notes et phrasés dans les aiguës. Vocalement, on imagine l’émotion lui serrer les cordes vocales, brouillant quelque peu la netteté des versions masterisées. Difficile aussi d’emplir la scène avec un album, Emotional Data, en forme de ballade pop très épurée niveau textes – souvent parlés, comme à son habitude –, mais il a trouvé un solide appui dans l’électro percussive composée par French 79, dont les basses ont finalement conquis l’auditoire. Mention spéciale pour Liquid Jane, qui ouvrait le bal dans un guitare-voix poignant et une présence très ancrée qui force l’admiration. Projet à suivre ! 

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM

Concert donné le 11 décembre à l’Espace Julien, Marseille.

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Marseille : les tout-petits découvrent l’opéra

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scène avec Orchestre Philharmonique de Marseille, instruments
Orchestre Philharmonique de Marseille © Lilli Berton Fouchet

C’était une première pour beaucoup. D’abord pour les 360 enfants issus de 15 crèches municipales, qui ont découvert pour la première un opéra joué devant eux sur scène. Et pour les musiciens aussi, qui se sont produits face à public original, puisqu’il était majoritairement composé d’enfants de 0 à 3 ans. Tous étaient réunis grâce au partenariat noué entre la Ville de Marseille et l’Opéra, qui permet aux plus jeunes de découvrir – dans des conditions quasi-similaires aux adultes – une œuvre lyrique. Ce mercredi 18 décembre, était donné l’œuvre musicale jeunesse par excellence, Pierre et le Loup de Sergueï Prokofiev. 

Voilà donc l’Orchestre philharmonique de Marseille, avec à sa tête le chef Federico Tibone, se lancer dans le conte symphonique. Attentifs et curieux, les enfants tendent l’oreille. Sur les genoux de leurs parents ou assis confortablement au fond de leur siège, les minots se taisent au son de la voix de la conteuse Gabrielle Vally. Elle leur explique à quel personnage chaque instrument correspond, et les emporte dans la narration avec elle. Dans la salle, quelques pleurs d’impatience, bien sûr, mais même si certains s’agitent, tous découvrent sur scène la féérie des instruments : les bois, les cuivres, les cordes… qui vont résonner 30 minutes durant.

« Découvrir l’opéra dès le plus jeune âge »

Sophie Guérard, adjointe au maire en charge de la Petite enfance, et Jean-Marc Coppola, en charge de la culture, ont tous deux souligné l’importance de donner aux enfants le goût pour les arts dès le plus jeune âge : « les 1000 premiers jours de l’enfant – en comptant les neuf mois de grossesse – constituent une période essentielle pour le bon développement et la construction de l’enfant », explique l’adjoint, citant le neuropsychiatre Boris Cyrulnik. Et d’ajouter que si « le but n’est pas d’en faire les artistes de demain », l’accès à la culture est nécessaire pour « ouvrir [l’]esprit, et aider à penser par [soit]-même ».  À l’intiative du dispositif, Sophie Guérard explique qu’elle a « à cœur de développer une éducation culturelle de qualité pour les plus petits (les 0-3 ans) et c’était peu un défi l’Opéra ».

Pour la suite, Guillaume Schmitt, responsable des relations extérieures et de l’action culturelle du Théâtre de l’Odéon, dévoile que l’Opéra de Marseille proposera des visites commentées pour les tout-petits et des interventions de chanteurs lyriques et de danseur de l’Opéra dans plusieurs crèches municipales.

LILLI BERTON FOUCHET

Pierre et le Loup était proposé par l'Orchestre philharmonique,
Le 18 décembre, au Théâtre de l'Odéon, à Marseille

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À l’Opéra de Marseille, la solitude, le sexe et… (La)Horde

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Danseurs de (La)Horde sur scène à Opéra en plein entraînement
Danseurs de (La)Horde © Fabien Hammerl

Sur la scène est posée le squelette noir d’une voiture fantomatique comme sortie d’un film de Tim Burton. Seule, dans un paysage de no-mans land, elle avance, elle recule, tressaute… Un danseur androgyne en combinaison grise et capuche s’approche et entame avec l’engin un duo empreint de sensualité et de fougue agressive. Pactiser et dominer des robots de plus en plus intelligents, n’est pas chose aisée. Le temps s’étiole. Au loin, puis de plus en plus proche, une meute de chiens aboie. La horde de combinaisons grises « capuchées » déboule sur scène dans un combat de cascades vertigineuses durant lesquelles la violence est omniprésente, tandis que les choristes de l’Opéra national de Marseille, monacaux, entament des chants aux sonorités sacrées qui se succèderont tout au long du spectacle dans des compositions de Pierre Avia, Gabber Eleganza ou Philip Glass, interprétés magistralement par l’orchestre de l’opéra. 

Il y a de l’Heroic fantasy, du Game of Thrones dans cette séquence et dans l’évocation d’un monde de chaos, d’armes et de guerres. Soudain un personnage tombe du plafond, poupée désarticulée qui se redresse et se déplace sur scène comme un Playmobil dans un jeu vidéo. La danseuse seule en scène se heurte à des portes, des murs puis, déviée de sa trajectoire, s’engage sur de nouvelles diagonales. La maitrise du geste relève de la perfection. Un second personnage, t-shirt rouge apparaît, prisonnier lui aussi d’un itinéraire perpétuel. Jamais ils ne se rejoindront, lancés sur des chemins qu’ils ne contrôlent pas, condamnés à la solitude… Les danseurs ne semblent jamais pouvoir ni se rencontrer ni nouer des relations d’intimité. 

Partouze chorégraphique

Le décor s’est transformé. Le désert est rouge peuplé de cratères et de grands rochers noirs. Origine ou fin de l’histoire on ne sait pas bien. La horde s’est reconstituée et se livre à des rituels guerriers et sacrés. Des phrases résonnent… « Let’s dance for a while, hoping fort the best but expecting the worst, life is a short trip ». Peu à peu des couples se forment. Il s’agit plutôt d’individus assoiffés d’amour qui ne savent qu’exiger du sexe dans la radicalité absolue d’une partouze chorégraphique… Tout n’est qu’exhibition domination, asservissement. Un seul couple tente l’aventure d’explorer une relation plus douce, plus saine, plus lumineuse, sans succès.

Une marche se met en place, d’individus isolés, militaires. Une marche interminable dont s’extirpe un danseur qui quitte la ronde, s’émancipe, se libère, s’épanouit, entraînant derrière lui tous les danseurs recomposés en une suite de lutins facétieux et asexués qui cabriolent, jouent comme des enfants, gaiement, naïvement. La chorégraphie évolue vers une imitation des comédies musicales des années 1950 avec leur joie de vivre artificielle, leur glamour, leur superficialité… Que veulent-ils dire ? Voilà ce que vous vouliez-voir… de la légèreté, des bons sentiments, de la futilité, de l’insouciance ? On va vous en donner. Voilà le monde auquel nous, jeunesse, aspirons ? Plus sûrement sans doute que l’art n’est pas un divertissement mais un engagement total, le témoignage d’une époque dans laquelle le collectif est peut-être un refuge. Dans la salle le public très jeune ovationne cette horde qui lui ressemble.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Age of content était proposé par (La)Horde, 
le 18 décembre à l’Opéra de Marseille

Lire ici notre entretien avec (La)Horde

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Au Château de la Buzine, rencontre avec Juliette Welfing, monteuse de Jacques Audiard 

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Masterclass avec Juliette Welfling © Lila Seror

À l’occasion de sa série de huit masterclass, le Château de la Buzine recevait Juliette Welfling, monteuse du film Les Olympiades de Jacques Audiard, projeté pour l’occasion. Multi-primée par 5 César et d’une nomination aux Oscars, cette artiste-technicienne a partagé ses 50 ans de carrière, et sa proche collaboration avec Jacques Audiard, devant un parterre d’étudiants en cinéma de la région. 

Architecte du récit 

Sans formation ni matériel à domicile, elle a commencé très jeune, à 18 ans. La monteuse explique que son lancement de carrière était semé d’embuches, car sans école, elle a dû construire son réseau toute seule, s’introduire sur des plateaux ou encore se déplacer dans des salles spécialisées pour le montage pour chaque production. « Aujourd’hui, les étudiants en cinéma rencontrent directement leur réseau à l’école et les logiciels et techniques de montage sont bien plus accessibles ». Depuis sa maison, il est possible de monter des vidéos sur son ordinateur ou d’accéder à des tutoriels de montage sur internet, par exemple. 

Au gré de questions-réponses, la monteuse souligne que son rôle consiste à « sublimer la narration à travers le montage et de renforcer l’émotion ». Elle permet un dialogue entre le récit et l’image : c’est elle qui crée une correspondance émotionnelle qui naît au rythme du montage. « Pouvoir m’amuser à changer la construction du récit », c’est ce que Juliette Welfling aime dans son métier. Dans Les Olympiades, elle explique que le choix noir et blanc permet d’intervertir les scènes plus facilement, en plus de sublimer le décor architectural du quartier. 

Côté technique, elle explique qu’elle préfère commencer à monter pendant le tournage, afin de s’immerger dans le film. Et qu’il est parfois difficile de prendre du recul lorsqu’on a le nez pendant des heures dans les rushs, mais l’important, c’est toujours « de se placer en spectateur ». Pour Juliette Welfling, il faut avant tout « retransmettre ses propres émotions face aux images ».                                                                                                           

Lilli Berton Fouchet

Cette masterclass a eu le  17 décembre
dans le cadre de Cycle Cinéma à la Buzine qui se déroule tous les mois jusqu'à avril 2025
Château de la Buzine, Marseille

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À Fotokino, des objets de dessin

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Bettina Henni, Gros Santoun © Fotokino

C’est sur le mur à gauche à l’entrée de Fotokino que sont accrochés les dessins en noir et blanc de Bettina Henni : des objets dessinés par leurs contours, reposant chacun sur leur petit socle tracé, avec le nom de l’objet écrit dessous en provençal : une bacina, un capeù, un pouchounet, un escoube, un couteù a poumpihoun. Mais, au milieu de ces objets, on y rencontre aussi un pied, une sardina, un pebron, un eirissoun, un gari, diverses fleurs et plantes, etc… des santons en fait ! 

Et à côté les planches d’un imagier d’un quotidien rural à la fantaisie joyeuse, un travail que l’artiste lie à son apprentissage du provençal dont elle a constaté qu’il continue de vivre dans les campagnes provençales, de la Drôme à l’arrière-pays niçois, tout comme un mode de vie paysan, populaire, allié à la nature et à l’artisanat. Bettina Hanni a regroupé ces santons dans un catalogue en couleur, Gròs Santoun, édité par Fotokino. Et en a réalisé quelques exemplaires en argile, disposés sur deux étagères étroites : tout petits, également joyeux, et très proches eux aussi des deux dimensions. 

Plat, statique, simple

C’est sous le titre Recherches que sont présentés les objets dessinés par Philippe Weisbecker dans la salle d’exposition. Très connu dans le milieu des illustrateurs et des graphistes, suivi notamment par le galeriste Yvon Lambert qui expose ses travaux régulièrement, très apprécié en Asie, en particulier au Japon, où il a des expositions tous les ans, il a délaissé l’illustration de commande à la fin des années 1990 pour travailler uniquement sur ses projets personnels. Et déclare qu’il aime le plat, le statique, les objets simples, sa couleur préférée étant le gris. 

Philippe Weisbecker, Affiche. Recherches © Fotokino

Ce qui n’empêche pas ses dessins, reprenant ces critères, en y ajoutant parfois quelques couleurs, d’être traversés par une énergie étonnante, mêlant présence brute et délicatesse. Des objets du quotidien, en grand ou petit formats, dessinés sur papier et sur fond neutres (laissant quelquefois discrètement apparaître différentes traces), isolés, présentés la plupart du temps sous forme de petites séries. Des focus sur des coques de bateaux, des brosses, des bouts de tuyaux, des chaudières, des paniers à linge, des élastiques, une scie japonaise… L’objet de ses Recherches ? : « L’objet est une façade, c’est ce qu’il y a derrière, que je ne comprends pas, qui m’intéresse ».

MARC VOIRY

Gròs Santoun, de Bettina Henni
Recherches, de Philippe Weisbecker
Jusqu’au 8 février
Fotokino, Marseille

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« Fotogenico » : Marseille méchamment photogénique !

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Fotogenico de Marcia Romano et Benoît Sabatier © JHR Films

Le film, présenté au Festival de Cannes à l’ACID, affiche dans son esthétique même son petit budget. Aucun plan coûteux, des scènes visiblement tournées au fil des rencontres, pas de décor.  Mais le scénario est puissant, les dialogues subtils, le son formidable, et Marseille s’y révèle un décor incroyable. Si bien que ce petit film a tout d’un grand, et se taille même les honneurs de la presse nationale.

Vu de Marseille, le goût en est différent, sans doute parce qu’il parvient à se faufiler dans les images d’Epinal multiples de la ville et, sans leur tourner le dos, à les mettre en perspective. On suit Raoul (Chistophe Paou) dans la quête des traces de sa fille, morte. Il prend pied dans la ville, s’éblouit face à la mer, au Vieux Port, prend le métro, monte les marches du cours Julien, débarque dans ce quartier régulièrement classé comme un des « quartiers les plus cool du monde » par la presse américaine, continue à voyager dans la ville, du Panier à l’anse de la Fausse Monnaie, aux rayons de vêtements recyclés d’Emmaüs Pointe Rouge. Et les images de beauté, évidente de la rade, rebelle du street-art, côtoient des rues en travaux, des habitats précaires, des terrains vagues vaguement gardés, les détritus qui traînent, au soleil. 

Des sons, des sentiments

Mais Marseille est aussi photogénique à l’oreille, pour une fois loin du hip-hop, grâce à la B.O. très présente de Froid Dub (Stéphane Bodin & François Marché)  : Raoul cherche, et trouve, un disque que sa fille a enregistré avec trois copines. Fotogenico, qui claque, post punk indus au féminin. Car ce sont des filles que rencontre ce père, toutes fermées et revêches, lesbienne ou pas, espagnole ou pas, défoncée, ou pas trop. Ce sont aussi des générations musicales que ce film, conçu avec Benoît Sabatier, critique rock de pointe, confronte : celle d’un père qui s’épate du talent posthume de sa fille, et celle qui accumule le recyclage, le vintage, les vinyles, les maquillages disco et les camarguaises rouges, comme autant de totems d’un refus d’intégration au présent. 

Au cœur de ce qui reste un drame et frôle la tragédie, une belle drôlerie s’installe, traversée par un homme en slip rouge, et un très joli moment de tendresse de Raoul avec Tina, l’ex-amoureuse de sa fille, jouée, boudeuse et profonde, par Angèle Metzger. La violence, aussi, d’un sexagénaire rocker dealer qui se prend pour un poète et détruit, patriarche odieux, celles qui l’approchent. La drogue s’impose, séduisante et cauchemardesque, comme la mort, dont il faudra s’échapper.

AGNES FRESCHEL

Fotogenico, de Marcia Romano et Benoît Sabatier
En salles depuis le 11 décembre

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Pour les fêtes, Toulon sort le grand jeu 

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Cendrillon © Alice Blangero

Jean-Christophe Maillot, avec ses chers Ballets de Monte-Carlo, offre une Cendrillon très personnelle sur une scénographie de l’artiste plasticien Ernest Pignon-Ernest ces 21 et 22 décembre au Zénith de Toulon. Revisitant l’œuvre de Prokofiev, le chorégraphe livre une réflexion sur la manière dont le souvenir de nos disparus façonne l’avenir de ceux qui restent. Pour la Cendrillon de Maillot, le deuil est impossible car dans la famille recomposée où elle vit, évoquer le souvenir de l’être disparu est tabou. Les personnages de Maillot évoluent dans une société ridicule et féroce où les narcissismes sont exacerbés et dans laquelle la marâtre et les belles-sœurs sont des manipulatrices superficielles et toxiques. La Fée, évocation lumineuse de la mère, reste fidèle à son rôle en aidant Cendrillon à déjouer les pièges du monde dans lequel elle est tombée. Son pied nu devient l’objet symbolique du ballet. Il exprime la simplicité et la sobriété de la jeune fille mais également cette partie du corps sans artifices sans laquelle la danse ne peut exister.

En route pour Broadway

L’opéra et le music-hall seraient-il si éloignés que ça ? Pour l’Opéra de Toulon non. Avec Classical Broadway, la maison varoise entend rendre hommage à ce genre musical, qui a connu son apogée dans la célèbre artère newyorkaise au milieu du XXe siècle. Sur la scène du palais Neptune, Jasmine Roy et Sinan Bertrand, experts de la comédie musicaleseront accompagnés par deux chanteurs lyriques : Margaux Poguet et Guillaume Andrieux. Le quatuor fera entendre des extraits de Giacomo Puccini, Gioachino Rossini, Stephen Sondheim, Leonard Bernstein, Richard Rodgers, George Gershwin, John Kander, Irving Berlin… L’Orchestre de l’Opéra de Toulon et sera dirigé par Larry Blank, un des plus grands spécialistes de la comédie musicale américaine.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Cendrillon 
21 et 22 décembre 
Zénith Toulon

Classical Broadway 
28 décembre 
Palais Neptune, Toulon

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Théâtre Massalia : Pas d’amour sans liberté

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© X-DR

C’est un spectacle librement inspiré de Mon chat personnel et privé spécialement réservé à mon usage particulier, album jeunesse de l’auteur américain Sandol Stoddard, paru dans les années 1960. Les artistes de la Cie marseillaise Maïrol se sont emparés de ce récit tout simple mais pétri de sagesse avec gourmandise, pour en faire une performance musicale immersive, à déguster dès 7 ans. Qu’est-ce qu’une histoire, se demandent-ils, est-ce qu’un chat peut être un héros ? N’est-ce pas plutôt un western ? Ou un truc qui fait peur ? Parce qu’il faut bien le dire, celui-ci n’a rien d’extraordinaire, c’est juste un animal « qui ne fait rien comme on lui dit », en bon félin, préférant chasser, dormir et se lustrer. « Ici ! », « Tu restes assis ! », ça ne risque pas de marcher avec lui, c’est bon pour les chiens. Voilà ce que comprend, à la dure, l’enfant qui s’essaie à l’autorité avec lui.

Tel un maître zen, le chat lui inculte le respect minimum pour aboutir à une entente entre espèces, et une leçon précieuse : faire soi-même l’apprentissage de la liberté et de l’autonomie autorise ensuite à se blottir en confiance avec l’autre, quand on le veut. Le chat et l’enfant savent qu’ils pourraient être ailleurs, mais choisissent d’être là. L’adaptation s’opère avec une mise en scène sobre, mais un riche univers sonore, fait d’interprétations live (Maïté Cronier chant ; Roland Deloi voix et guitare électrique ; François Wong instruments à vent) et de sons spatialisés. Ni la musique expérimentale, ni les jeux de mots scandés en avalanche, n’ont l’air de dérouter le public enfantin, qui s’esclaffe volontiers et claque des mains en rythme, reconnaissant sans nul doute l’expérience universelle de sagesse que procure le fait de côtoyer un chat.

GAËLLE CLOAREC

Moi, mon chat a été vu au Théâtre Massalia le 13 décembre

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Avignon : La Maison Jean Vilar active la mémoire

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EXPO COSTA : La Place de l'horloge pendant le Festival d'Avignon © succession Maurice Costa

C’est une exposition aux dimensions modestes, mais à la portée précieuse, qui a été inaugurée le 13 décembre à la Maison Jean Vilar. Maurice Costa, photoreporter du Provençal, a couvert le Festival de 1955 à 1989, et sa veuve a remis l’ensemble de ses négatifs et tirages concernant cette mémoire à l’Association Jean Vilar. Soit près de 12 000 clichés, qui ont été numérises, puis choisis et mis en perspective pour l’exposition. Ainsi un diaporama chronologique fait traverser l’histoire des spectacles en plus de 120 photos, et d’autres tirages sont en perspective avec l’histoire traversée : celle des premiers spectacles, mythiques, voisinent avec des temps de détente, de répétition, que le photographe aimait bien capturer. Puis 1968, avec ses charges de CRS, ses affiches, Jean Vilar debout au centre d’un sit-in, le Living Theatre et le Ballet Béjart qui, étrangers donc non grévistes, jouent dans la tempête ; puis d’autres photographies, tandis que le off se développe, de la rue, des parades, des spectateurs, de la vie extérieure.

Un voyage complété lors de l’inauguration par un pavoisement en fanfare et en percussions. La musique de Maurice Jarre, dont les célèbres trompettes était jouée par un ensemble formé d’élèves et professeurs du Conservatoire, et de diverses associations. Ils accompagnaient une exposition d’oriflammes flamboyants : les originaux commandés par Vilar, de Calder ou Edouard Pignon, et ceux créés cette année lors d’ateliers de pratique artistique. 

Fabriquer ensemble

Car une des préoccupations de l’association Jean Vilar est de faire vivre la mémoire et la volonté politique du Théâtre National Populaire au-delà du Festival d’Avignon, et de les partager avec des visiteurs qui ne sont pas des spectateurs assidus de théâtre. Ainsi les ateliers sont menés avec des associations de réfugiés, de mineurs non accompagnées, des associations qui œuvrent dans le champ social, sportif ou de santé. Cécile Helle, maire d’Avignon, saluait ce travail de médiation qui « partage de l’art et de la mémoire avec tous et toutes. »

Un court métrage d’animation, fabriqué lors d’ateliers menés par la plasticienne Camille Goujon avec l’association Génération Sport, redonne ainsi vie aux archives, aux costumes, aux cartes postales et photographies des débuts du festivals. Animés à la main, les costumes sortent des boîtes et dansent, les jeunes rappent dans les photos d’époque, deviennent Gérard Philipe… Une appropriation culturelle de premier choix !

AGNÈS FRESCHEL

(Dé)Couvrir le Festival
Exposition du fonds Maurice Costa
Commissariat : Adrian Blancard et Margot Laurens

Hissez-haut !
Exposition d’oriflammes 
Ateliers menés par Pauline Tralongo

Dansez maintenant
Court métrage d’animation
Atelier menés par Camille Goujon
Jusqu’au 31 mai 2025

Maison Jean Vilar, Avignon

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