samedi 14 février 2026
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De l’enfermement des filles

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A la marge © Matis Lombardi

En colonne vertébrale de la pièce a été choisi le texte de Sonia Chiambretto, Peines Mineures, paru aux éditions de L’Arche en février 2023. À ce texte qui évoque en parallèle les voix de jeunes filles enfermées dans les enceintes d’un internat du Bon-Pasteur dans les années 1950-60 et dans un Centre éducatif fermé d’aujourd’hui, s’insèrent des fragments d’enquêtes, d’interviews de mineures. Un personnage armé d’un micro fait le lien entre les diverses paroles et permet l’articulation de l’ensemble. Les époques se voient délimitées par les tenues des protagonistes, leur langage, tandis que les conditions de « détention » présentent de cruelles similitudes. Il s’agit non d’éduquer ou de préparer à une réinsertion, mais de juguler les caractères.

Face cachée de la justice
Dans À la marge, Wilma Lévy s’empare de ce corpus documentaire pour le transmuer en objet théâtral. La mise en scène des bribes de dialogues, de confessions, de constats, s’articule en une chorégraphie qui passe autant par la danse, moments de jubilation libératoire, que par l’occupation du plateau qui offre divers lieux d’énonciation : témoignages d’éducateurs et d’éducatrices, de juges, de sociologues, de religieuses… Le simple fait d’être considérée comme « paresseuse » suffit dans les années 1960 pour justifier la perte de la liberté… Se posent les questions de pouvoir, de marginalité, de justice, de réinsertion, par le biais de plus de vingt jeunes interprètes au plateau. La vivacité, le naturel confondant des artistes en herbe, l’intelligence de leur occupation de l’espace scénique dans un dispositif scénographique minimaliste, accordent une belle fraîcheur à l’ensemble du propos et donnent envie d’aller plus loin dans l’appréhension de cette face cachée de la justice appliquée aux mineures. Clairement, la délinquance des filles est ici symptomatique d’un ordre sexué.

MARYVONNE COLOMBANI

À la marge était donné le 26 avril au Théâtre Antoine Vitez, Aix-en-Provence.

Un huis clos de haut vol

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Border Line © Condor Films

Un couple se dirige en taxi vers l’aéroport de Barcelone. Visages souriants ils partent s’installer aux États-Unis. Elena née à Barcelone donnait des cours dans une école de danse. Diégo, né à Caracas (Vénézuela) est urbaniste mais avait du mal à trouver un emploi. Ils ont donc décidé de tenter leur chance à Miami. Elena est très détendue alors que Diego semble un peu nerveux. Craint-il qu’en tant que Vénézuélien, il n’ait quelques problèmes pour son entrée sur le sol américain ? À l’aéroport de Newark, après les formalités habituelles, scan des mains, examen des documents officiels, ils sont emmenés sans explication dans une salle d’attente pour des contrôles supplémentaires, puis dans un bureau de l’immigration : là, ils subissent fouilles de leurs valises et au corps, interrogatoires à deux et séparément. Des questions très déstabilisantes, personnelles, voire  intimes. « On ne m’a jamais contrôlée comme ça de toute ma vie ! » s’indigne Elena.

C’est ce huit clos que le Border Line des deux réalisateurs vénézuéliens nous fait vivre. Un film où la tension monte peu à peu, où nous partageons l’impuissance, la peur, la déception, l’incertitude, la souffrance de Diego (Alberto Ammann) et surtout d’Elena qu’interprète Bruna Cusi – qu’on avait remarquée dans Eté 93 de Carla Simon. Son visage reflète toutes les émotions qu’éprouve la jeune femme ; sa colère d’abord, sa révolte devant ce qu’on leur fait subir, puis ses doutes et sa déception au fil de l’interrogatoire. Ce rôle lui a valu le Prix d’interprétation féminine au festival Premiers Plans d’Angers.

Des bourreaux ?
Ce film dense, qui nous tient en haleine du début à la fin est inspiré de la vie de Juan Sebastian Vasquez et Alejandro Rojas, « Le film est fondé sur des choses que nous avons vécues nous-mêmes, de manière similaire, ou sur les histoires de gens que nous connaissons. Nous voulions faire un film qui montre le pouvoir absolu qu’a celui qui interroge de remettre en question la décision de changer de pays, sans doute principalement pour des raisons liées à l’origine, l’orientation sexuelle ou la couleur de la peau. Des vies peuvent être détruites. Nous ne voulions pas faire un film qui ne montre que la procédure d’immigration ; nous souhaitions aussi mettre en avant ses conséquences émotionnelles »  précisent les réalisateurs.

Et c’est fort réussi ! On sort de ce huis clos un peu sonné et admiratif du travail des cinéastes dont Border Line est le premier long métrage, du chef opérateur Juan Sebastian Vasquez et de tous les comédiens, aussi bien les « victimes » Alberto Ammann et Bruna Cusiqueles « bourreaux » Laura Gomez et Ben Temple.

ANNIE GAVA

Border Line, de Juan Sebastian Vasquez et Alejandro Rojas
En salles le 1er mai

L’hôpital en burn-out

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Etat Limite © Penelope Chauvelot

« Encore un film sur l’hôpital ! » pourrait-on se dire en lisant le synopsis du documentaire de Nicolas Peduzzi, Etat Limite. Après – entre autres – la trilogie de Nicolas Philibert où se révèle le manque de moyens des services de psychiatrie, après le film de Léa Fehner, Sages Femmes, qui dénonce les difficultés d’exercer « le plus beau métier du monde », nous voilà à nouveau immergés dans le quotidien d’un hôpital, au cœur d’un système auquel chacun de nous a été ou sera confronté, et dont certains ne sont pas loin de penser que le pronostic vital est engagé. Mais, si Nicolas Peduzzi partage avec les autres ce funeste diagnostic, son film explore plus particulièrement cet état limite qui donne titre au film et désigne en psychiatrie, un trouble psychique entre démence et normalité. Avec une grande intelligence, il montre que l’état limite touche désormais, tout à la fois les patients, les soignants, et l’hôpital tout entier.  

Faire liaison
Le film s’ouvre sur le prélude n°4 op.28 de Chopin. Couloirs aux fades couleurs, encombrés de brancards, d’appareils médicaux en transit. On suit la nuque tatouée d’un aide-soignant. On est à l’hôpital Beaujon dans la région parisienne. Des policiers attendent depuis des heures une décision administrative pour un homme violent entravé sur un lit. Les salles d’attente sont bondées. On suit les baskets du docteur Jamal Abdel-Kader, unique psychiatre de liaison dans l’établissement. Il navigue d’un service à l’autre, d’un patient à l’autre, monte les étages malgré son mal au dos, s’interroge sur les protocoles de soins, gère ses internes, et les situations de crise avec les familles. Il court après le temps toujours insuffisant pour écouter chacun : la jeune Aliénor, suicidaire, renversée par un train et amputée de trois membres, rejetée par sa famille, Vincent aux pulsions de défenestration, Windy atteint d’une pancréatite, muré dans sa souffrance, plongé dans le noir devant des séries médicales.

Des fragilités humaines en écho avec celles des soignants qui reçoivent en plein cœur toute cette douleur. Il est encore jeune Jamal. Biberonné à l’hôpital public français où ses parents venus de Syrie se sont formés, aimés, mariés, ont travaillé et habité un temps. Destiné à la chirurgie avant de découvrir par un stage, la psychiatrie et d’acquérir la conviction, avec un peu d’orgueil avoue-t-il, qu’il pouvait faire mieux que les autres. Un convaincu qui doute parce qu’on ne peut pas faire ce qu’il faut quand s’impose une logique comptable et quantitative. Et Jamal se demande si en accomplissant chaque jour l’impossible, il ne se fait pas complice d’un système qui se fiche bien et des patients et des médecins.

La caméra du réalisateur toujours pudique approche avec respect les malades auxquels on demande systématiquement leur consentement. Certains l’oublient, trop préoccupés par leur mal être. D’autres la regardent au passage comme une interlocutrice supplémentaire. Peduzzi nous offre des scènes bouleversantes et drôles à l’instar de celle où on joue dans un atelier théâtre, Molière et Shakespeare. Le tourbillon des activités s’arrête parfois sur images dans de superbes photos en noir et blanc signées Penelope Chauvelot. Seraient-elles les futures archives d’un monde disparu ? État limite donne à voir et à penser la vulnérabilité des individus et du collectif, avec pour viatique, l’idée toute simple que comme pour la société toute entière, on ne peut tenir qu’en s’obligeant mutuellement.

ÉLISE PADOVANI

État limite, de Nicolas Peduzzi
En salles le 1er mai

Sur la Côte Bleue, la culture va bon train 

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L'Odyssée © Simon Gosselin

Il y a peu d’endroits où l’on peut prendre le train tout en admirant la mer Méditerranée. Allier l’utile à l’agréable, c’est là tout le pari du Train Bleu où les spectateurs sont amenés sur des lieux culturels en transport collectif – du train bien sûr, mais aussi en bateau, en bus et même en kayak. Cet événement artistique s’étale sur quatre jours, les weekends du 18/19 et 25/26 mai, pour autant de parcours culturels de Miramas à Ensuès-la-Redonne, de Marseille à Vitrolles, en passant par Carry-le-Rouet, Martigues ou encore L’Estaque. 

En intérieur 

Le premier parcours prévoit d’acheminer en train les spectateurs à Port-de-Bouc, au départ de Marseille ou de Miramas (le 18 mai). Une fois arrivés, direction Le Sémaphore pour voir l’adaptation de l’Odyssée par la metteuse en scène Pauline Bayle, qui délivre une version moderne de l’œuvre d’Homère où la figure d’Ulysse est plus que jamais humanisée. Une fois la représentation terminée, les spectateurs pourront rejoindre Martigues en bateau, où une chorégraphie reprenant les codes et techniques de l’électro se dansera aux Salins. Avant de conclure la soirée par un apéritif et un DJ set pour celleux qui le souhaitent. Lors du deuxième parcours (le 19 mai), les participant·es feront halte à l’Estaque au Pic Télémaque pour assister à un double concert. Celui du Sayat Trio, au jazz et à la musique classique arménienne, suivis par l’orchestre de l’Ensemble Télémaque qui joueront des chansons folks écrites par le compositeur italien Luciano Berio. 

Le second weekend du Train Bleu verra aussi son lot d’activités en intérieur, qu’il s’agisse d’événements calmes ou entraînants. Dans un registre intimiste à Miramas, au théâtre La Colonne, la voix du directeur de La Criée Robin Renucci et le violon de Bertrand Cervera s’associent pour interpréter Que ma joie demeure de Jean Giono (le 25 mai). Le lendemain, à Ensuès, l’ambiance sera tout autre au Solarium où le groupe de rock Indeep compte bien faire bouger les têtes. 

En extérieur 

La culture sort aussi des salles obscures, au sein de paysages qu’il s’agit de découvrir. Le Train Bleu l’a compris et ses différents parcours proposent des balades, visites en extérieurs et autres réjouissances ayant pour but de profiter du patrimoine naturel du territoire. À Vitrolles l’association Ici/Ailleurs a prévu un circuit conté aux Salins du Lion, pour aborder ce paysage de l’étang de Berre d’une manière plus poétique (le 19 mai). Le weekend d’après, la déambulation théâtrale et l’art de rue de l’association Nickel Chrome sont mis à l’honneur au départ de la gare de Croix-Sainte, tout comme la convivialité puisque la fin des prestations marque le début d’un barbecue sous les étoiles ! Le dimanche 26 mai vient clôturer en beauté les activités en extérieur, en laissant le choix entre une balade en kayak ou une randonnée depuis Carry-le-Rouet pour rejoindre Ensuès et assister au concert d’Indeep. Un bon moyen pour relier sport et culture, juste avant les Jeux olympiques. 

RENAUD GUISSANI 

Le Train Bleu
18-19 et 25-26 mai
Miramas, Port-de-Bouc, Martigues, 
Ensuès-la-Redonne, Vitrolles, Marseille

Arles : autour de Latour 

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Alfred Latour pour Bianchini-Férier étude de motif pour tissus 1929. Gravure sur bois. Contrecollés surpapierJapon27,2 X39,7cm©FondationAlfredLatour,Lausanne

Il y a un aspect particulièrement fascinant à s’intéresser à l’œuvre d’un·e artiste multidisciplinaire, touche à tout, tant il est possible d’établir des liens et de repérer des intérêts qui transcendent la seule pratique artistique. C’est ce que se propose le musée Réattu d’Arles pour sa nouvelle exposition sur le travail d’Alfred Latour, Regard sur la forme, en partenariat avec le Musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon. 

S’il l’on connaît l’artiste pour ses gravures, ses illustrations ou encore son travail sur le textile, à l’inverse, son œuvre photographique est bien plus confidentielle. Au point où même ses héritiers n’en connaissaient ni la qualité ni la valeur, à en croire Pierre Starobinski, directeur de la Fondation Alfred Latour, à qui l’on doit la scénographie de l’exposition.

Élégance géométrique 

L’exposition met en miroir certaines œuvres textiles de l’artiste et son travail photographique. C’est ainsi qu’apparaissent de grandes lignes directrices dans son travail, avec notamment l’importance des formes géométriques : il photographiait rayons de roues et grillages, imprimait sur la toile des losanges (Toile de Fontenay, Croisade) ou des médaillons en accolades. Dans son travail photographique, cette recherche de forme semble l’amener à porter une très forte attention aux détails : les ombres des arbres, les craquements de leur écorce, des piles de paniers. Dans leur grande simplicité, les photographies choisies attirent l’œil pour ce qu’elle révèle de recherche artistique.  

Dans la première salle de l’exposition, et dans le sas où est diffusé un film sur l’œuvre de Latour, trônent deux canapés recouverts d’un imprimé végétal abstrait, d’un bleu profond sur fond blanc, imaginé pour le soyeux lyonnais Pierre Aynard et Cie. Une façon élégante – et confortable – de rappeler que, bien que la plupart des œuvres textiles soient exposées sous verre pour des raisons de conservation, la vocation première de la plupart d’entre elles étaient d’être mises en forme pour l’ameublement ou le vêtement.

CHLOÉ MACAIRE 

Regard sur la forme
Jusqu’au 6 octobre
Musée Jacques Réattu, Arles

Propagations : de la mécanique de précis sons

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Autonomics de Kinda Hassan © N.S.

En deux temps et dans une multitude de mouvements, le festival Propagations s’est ouvert ce vendredi 3 mai à la Friche la Belle de Mai. Le rendez-vous annuel du Centre national de création musicale proposait en ouverture deux installations sonores où mécanique et acoustique s’entremêlent : Fixin de Sylvain Darrifourcq, et Autonomics de Kinda Hassan. Toutes deux visibles jusqu’au 12 mai.

Fixin
Sur le plateau, six toms basses, une cymbale, et une caisse claire. Tout est bien aligné, martial. Sur chacun des toms, des petites installations mécaniques motorisées qui une fois actionnées sonneront le rythme et la mélodie. Et bientôt le noir, les flashs, et le public est plongé dans une constellation de sons inquiétants, abrupts. La parfaite synchronisation de la lumière, souvent stroboscopique, et du son, place le spectateur dans un inquiétant malaise, et l’expérience qui dure neuf minutes propulse le cerveau dans des contrées inattendues. Imaginée par Sylvain Darrifourq, Fixin trouble par l’absence de toute humanité, et laisse entrevoir un monde que l’on ne peut désirer : celui des machines, de l’intelligence artificielle, et de la musique sans âme. Un espace où l’être humain n’a pas sa place.

Autonomics
Plus loin, au sein du GMEM, on observe la proposition de l’artiste multimédia Kinda Hassan. L’espace est divisé en deux : d’abord une salle d’écoute, cerclée de quatre haut-parleurs, où l’on entend des sonorités brutes, un chant des baleines électrique, tout en résonance et douceur. Puis on pousse un rideau, et on découvre l’objet de ces sonorités inattendues. Une sculpture pyramidale, faite de bruit et de broc : une corde de guitare en son centre, une éponge métallique, des freins de vélo (?)… L’automate-musical se meut, et produit des frictions sonores qui résonneront dans un dispositif dont on ne décèlera pas tous les secrets. La scénographie comme le son est poétique, fine et ingénieuse.

Et aussi
Outre ces deux installations, le week-end d’ouverture de Propagations proposait aussi Compositions sonores pour cinéma expérimental de Javier Elipe Gimeno, ainsi qu’une production du Marseille Labo Lab autour d’Haxan la sorcellerie à travers les âges et un après-midi d’écoute au Couvent Levat du travail des élèves du Conservatoire Pierre Barbizet et de la Cité de la Musique. Le festival se poursuit avec notamment Memento de Jérôme Combier et En mon for intérieur de Alvise Siniva le 9 mai à la Friche.

NICOLAS SANTUCCI

Propagations se poursuit jusqu’au 12 mai à Marseille.

Siffler en travaillant ?

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Une de l'Express pointant la bienveillance comme "délire managerial"

Les deux pôles de Toulon et Ollioules aiment à thématiser leur programmation en variant les genres et en alliant spectacles, projections et tables rondes. Depuis mars, l’exposition Les travailleurs de la mer fait le lien entre la thématique maritime précédente et l’actuelle ; en avril le spectacle de Thomas Quillardet a exploré les salles de rédaction de TF1 au moment de la privatisation, tandis que celui de Tiago Rodrigues plongeait dans La mesure de l’impossible des travailleurs humanitaires en pays en guerre. Le 15 mai la projection des Petites danseuses s’attachera au difficile apprentissage des petites ballerines de l’Opéra de Paris.

Après avoir exploré ces marges du travail artistique, médiatique et humanitaire, le théma plonge au cœur de problématiques plus générales pour, le 14 mai, explorer les (r)évolutions à l’œuvre dans le  territoire toulonnais, démonter les idées reçues sur la paresse des jeunes ou la fin du salariat, et donner la parole à des DRH et PDG qui défendent l’innovation en management. À l’heure où l’Express étiquette la « bienveillance » et les « soft skills » comme des « lires du management », le débat s’avère nécessaire ! Qui donc préfère la malveillance ? 

Spectacles

C’est avec deux spectacles mettant en scène des individus en train d’inventer de nouvelles voies, émancipatrices, que le théma se poursuit, pariant sur la créativité, la participation et le dialogue.  Bérangère Warluzel, sous le regard de Charles Berling, incarne Maria Montessori, qui a bouleversé le travail des enseignants, l’apprentissage (le travail ?) des enfants (du 14 au 17 mai, Théâtre Liberté). Châteauvallon reçoit le 16 mai Coupures, un spectacle de Paul-Éloi Forget et Samuel Valensi, où six comédien·ne·s interrogent le pouvoir politique et financier, avec participation active du public. La politique, si elle n’est pas un métier, est-elle un travail ? 

Le théma se poursuit jusqu’au 29 mai avec, en particulier, un spectacle radiophonique autour de Léon Blum, inventeur des congés payés. Et, bien sûr, une soirée Ken Loach.

AGNÈS FRESCHEL

Oh ! Travail…
Jusqu’au 29 mai
Scène nationale Châteauvallon-Liberté
Toulon, Ollioules

Il n’y a PAC les J.O.

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Darla Murphy © X-DR

Le 2 mai c’est à Art-Cade – Grands Bains Douches de la Plaine qu’a eu lieu le premier rendez-vous, au sein de HypoStrata de l’Américaine Darla Murphy, installée en France depuis une quinzaine d’années. À partir de la récupération de peaux de mouton, qui n’ont aujourd’hui plus aucune valeur commerciale, elle s’est initiée à la technique du tannage, point de départ pour explorer les espaces entre vie et mort, en combinant savoir-faire artisanaux, nature et intelligence artificielle. Texte, vidéos, dessins, sculptures, costume, gravure au fer à souder, outils de tannage, la construction d’une mythologie personnelle où rode la figure de l’ermite. 

C’est ensuite sur la Plaine que l’artiste Arthur Gillet, en costume de cérémonie aux couleurs des « Gilets Jaunes », accompagné de porte-étendards où se trouvait accrochée son œuvre République, performait La flamme et la flemme. Une lecture statique et non sonorisée du texte écrit pour raconter son arrestation lors d’une manifestation contre le racisme à Paris, suivie d’une garde à vue traumatisante (68 h !). On pouvait ensuite, parmi les différentes ouvertures proposées par cette première soirée, descendre jusqu’en bas de la rue de la Loubière, pour l’exposition proposée par Territoires partagés Foot, l’amour du jeu. Des œuvres amusantes, grinçantes d’Anaïs Touchot, Diane Guyot de Saint Michel, Paul Chochois, Nicolas Daubanes, Jean-Baptiste Ganne. Entre foot et art capitaliste vs foot et art populaire, on peut notamment tenter d’y gagner gros en pariant-spéculant sur l’art et le foot pour 10 €, ou repartir gratos, après frottage sur une plaque de marbre gravée à l’acide, avec une image dédicacée de Zidane.

Dispositifs du colonialisme

La deuxième performance en espace public avait lieu le lendemain dans le haut du quartier Belsunce, place Akel Akian, au croisement de la rue Bernard Dubois et de la rue Longue des Capucins. L’endroit exact de la frontière brutale entre les nouveaux immeubles construits du quartier de la gare, au-dessus, et, en-dessous, les vieux immeubles de Belsunce. Une place où trône un très gros bloc de marbre blanc, largement taggué. Yoan Sorin y a performé Pour tous les diables, sur fond de percussions et quelques phrases enregistrées de Frantz Fanon parlant des effets du colonialisme. En bleu de travail, avec un diable de manutention, outil qui peuple les rues de Belsunce, quartier de commerce textile, muni d’une longue corde noire, il a fait mine de vouloir déplacer le bloc, puis lui a grimpé dessus, y a hissé le diable, l’a muni de cierges magiques, qu’il a allumés. Une rue plus bas, l’exposition de Dalila Mahdjoub Ils ont fait de nous du cinéma s’ouvrait à La Compagnie, citant également Frantz Fanon, et les dépossessions imposées par le colonialisme : « Avant même de me dire, je suis déjà dit (e) ». Une exposition dans laquelle l’artiste met en scène textes et images, des documents d’archives personnelles, institutionnelles, médiatiques, notamment autour des camps d’internement de l’Algérie coloniale entre 1952 et 1962, et des remous provoqués chez les autorités françaises, pendant la guerre d’Algérie, par une représentation théâtrale de Montserrat d’Emmanuel Roblès, jouée par des détenus politiques algériens à la prison des Baumettes. 

Surenchérir le racisme 

Le samedi 4 mai, c’était le vernissage de Bamboula, exposition de Moussa Sarr au Château de Servières. Ici pas de multiples documents à lire, ni de citations de Frantz Fanon : Moussa Sarr surenchérit sur les expressions et les emblèmes les plus stéréotypés du racisme en les incorporant, se mettant en scène, dans des photos et des vidéos aux titres « cash » : Blackface, L’orgasme du singe, Bang Bang (une banane en guise de revolver), Bestia, I’m afraid, Invisible Man. Il détourne également, sous le titre Requin-croix, la cagoule du Klux Klux Klan avec du tissu wax, figurant des ailerons de requins se terminant en croix, posés au sol. À l’entrée de l’exposition, on le voit s’échappant d’un cadre doré avec derrière lui des tags bleu blanc rouge qu’il vient de réaliser. Et en face, lui qui est né et a grandi en Corse, et y a subi d’innombrables insultes racistes, posant de profil en emblème de l’île de beauté : tête de Maure, le front ceint d’un bandeau blanc.  

MARC VOIRY

Printemps de l’Art Contemporain
Jusqu’au 19 mai
Divers lieux, Marseille, Aix-en-Provence, Pays d’Aix 

Sortir  de l’enfance…

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Le cinquième tome de la quatrième pentalogie d’Aki Shimazaki, est en librairie. L’autrice d’origine japonaise, qui vit au Canada et écrit en français, excelle à entrer dans l’intimité de ses personnages, livrant leurs hésitations, leurs petits secrets ou leurs erreurs dans une langue épurée aux phrases courtes et simples.

Susuko, 15 ans, narratrice du cinquième tome d’Une clochette sans battant, se réjouit de l’arrivée prochaine de son frère Torû, son aîné de onze ans, ingénieur automobile dans une ville éloignée. Elle lui est très attachée. En réalité, il n’est que son cousin, fils de sa tante, décédée peu après sa naissance. Son père avait ensuite épousé sa belle-sœur. Ces indications sont livrées peu à peu au fur et à mesure de l’évocation des souvenirs de son enfance. En fait Susuko est amoureuse de son demi-frère et rêve de l’épouser. À l’âge de 12 ans n’avait-elle pas fait cinq heures de train toute seule sans prévenir sa famille pour aller lui rendre visite ? Aussi veut-elle déclarer ses sentiments. Comme on pouvait s’y attendre son frère lui dit qu’il l’aime profondément, mais comme sa sœur.

Affronter son avenir avec confiance

Après avoir beaucoup pleuré, Suzuko, décide de renoncer à son rêve. Attirée par les arts, elle s’intéresse à une pratique ancestrale, le kintsugi, qui consiste à réparer les poteries en les recollant avec de la laque et de la poudre d’or. Cela évoque pour elle sa famille recomposée et la profonde affection dans laquelle ils ont tous vécu jusqu’alors.

L’occasion d’effectuer un stage d’initiation à cette technique lui ouvre de nouveaux horizons. Son amour de petite fille admirative et rêveuse va s’orienter vers une passion artistique et la rencontre d’un garçon de son âge. Enfin prête à devenir une adulte, au terme d’un récit plein de finesse qui procède par touches légères, soulignant les changements d’une société traditionnelle qui s’adapte aux mutations de notre époque.

CHRIS BOURGUE

Urushi d'Aki Shimazaki
Actes Sud

En léger différé

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Comme tous les premiers dimanches du mois, la Cité des arts de la rue s’ouvrait au public ce 5 mai. Une aubaine avec le soleil enfin de sortie, et plus de 1 000 visiteurs répondant à l’appel pour cette halte dominicale sans temps mort. À 12h30, Valentin Dilas proposait son Playback FM, sous la halle de Lieux Publics. Le propos ? Rejouer en play back des séquences triées sur le volet – prises de parole, séquences radio, extraits de JT… l’exercice ne manque pas de séduire, laissant toutefois sur sa faim les aficionados de la prodigieuse Encyclopédie de la parole de Joris Lacoste auquel il fait immanquablement penser – et son pari aussi poétique qu’insensé de collecter l’oralité sous toutes ses formes. Ici, l’artiste met davantage l’accent sur le jeu, pour un effet comique juxtaposant des prises de parole saugrenues, échevelées, parfois d’une bêtise crasse : un Gainsbourg aviné revendiquant « la connerie comme décontraction de l’intelligence » y côtoie la solitude d’un maladroit journaliste de France Bleu, d’énièmes frasques de Sarkozy ou encore l’annonce du suicide de Dalida sur les ondes. Plus tard, Ugolin éploré hèle sa Manon… Articulant ce zapping effréné, jingles de pub ou intros d’émissions scandent les ruptures de tons. L’ensemble est plaisant, parfois irrésistible, mais manque aussi de mise en perspective.

Cascade de propositions
Autour du spectacle, la Cité, secouée par la joyeuse batucada des enfants du Vacarme Orchestra, accueillait le marché de producteurs et ses dégustations de citronnade, sardines et maquereaux grillés à prix libre. En contrebas, le sentier de randonnée aménagé au sein d’une véritable forêt vierge urbaine s’arpentait quant à lui pour mener à la cascade des Aygalades, point d’orgue de la balade – qui, si elle coulait à flot ce jour-là, peut s’activer artificiellement en temps de sécheresse sur la grâce d’une pièce de monnaie à insérer dans la fantasque et malicieuse Machine à renaturer, pensée par le collectif Les arts de la crue. Prochains rendez-vous publics à la Cité : chaque week-end de juin, pour l’événement Inspirations/transpirations, dans le cadre des Olympiades culturelles.

JULIE BORDENAVE

Playback FM jouait le 5 mai, dans le cadre d’Un dimanche aux Aygalades à la Cité des Arts de la rue, Marseille.