En fin d’après-midi, ouverture avec l’Open Cypher Atlanta X Marseille. Ou la rencontre entre deux villes à l’ADN hip-hop… À la tombée de la nuit, on se dirige vers le Grand Plateau. En ouverture, l’architecte sonore d’IAM, Imhotep, pour une création avec le rappeur libanais El Rass. Sampling à base de K7s, boucles de musiques arabes et de jazz pour un rendu entre classic rap, dub, et trip-hop. Un grain chaud, d’une finesse inouïe : c’est Tonton aux manettes… On aurait juste aimé que l’ingé son pousse plus fort en façade. Ensuite, vint Expéka, sextet caribéen, avec la voix sublime de la chanteuse Célia Wa, accompagnée des rimes de l’immense rappeuse Casey. C’est fort, c’est lourd, c’est puissant, ça dit des choses essentielles. Un live de haute volée. On appelle ça une claque. Né en 2018, et venant dans la continuation du festival Village Hip Hop, Hip Hop Society affirme et prolonge l’ambition d’exigence artistique, d’originalité, qui est l’essence de l’AMI. La soirée à laquelle nous avons assisté en est le symbole. On ne saurait que féliciter la belle équipe de l’AMI pour ce Hip Hop Society international, en lien avec Atlanta, et particulièrement réussi.
JULIEN VALNET
Hip Hop Society s’est tenu à Marseille du 22 avril au 4 mai.
Belongings, dédié au jeune public et créé à Glyndebourne en 2017, puis à la Philharmonie de Paris avec ses chœurs d’enfants et de jeunes en 2023, est l’œuvre d’un jeune duo compositeur/librettiste, Murphy&Attridge, qui impose aujourd’hui sa singularité sur les scènes d’opéra. Benoît Benichou, qui a mis en scène la version française à Paris, reprise à Montpellier par son orchestre et son opéra junior (chœur d ‘enfants et jeunes solistes), en a conçu une version qui transcende les époques et parle de tous les enfants victimes des bombardements et exils.
Le sujet, le départ des enfants londoniens lors des bombardements de Londres, se colore discrètement, avec quelques costumes et allusions, d’allusions contemporaines, Ukraine et Méditerranée, qui dessinent une universalité très émouvante. Les vidéos et jeux de transparences tracent des espaces de départ, de confinement, de collectivité subie par les jeunes réfugié·e·s et les accompagnant·e·s, tandis que l’avant-scène est réservée aux expressions intimes, individuelles, des protagonistes.
Entendre la jeunesse L’orchestre est réduit à un ensemble de chambre pour ne pas couvrir les jeunes voix, et un grand dispositif de percussions, qui sonne bien et tonne rarement, donne de l’épaisseur au flux constant de la musique, dont la très belle complexité harmonique sait se simplifier pour accompagner les chants d’enfants. Le chœur est constamment remarquable, vocalement très présent, bien que les choristes soient moins nombreux-euses qu’à Paris, et scéniquement mobile et juste. Les voix solistes, juvéniles, manquent un peu d’ampleur, et auraient nécessité une amplification plus conséquente, pour rendre plus audible la justesse constante de leurs intonations et de leurs émotions.
Nul besoin pourtant de tendre trop l’oreille pour être saisi par l’ambition du propos : celui d’affirmer à travers l’histoire, celle de l’opéra et celle du monde, la place prépondérante des enfants et des jeunes gens (Lewis Murphy a composé Belongings à 25 ans). Leur composer un répertoire, produire des œuvres jeunesse, organiser des classes opéra est essentiel, afin qu’ils puissent eux-mêmes porter un message de paix et de nécessaire protection de l’enfance.
AGNES FRESCHEL
Belongings a été joué à l’Opéra Comédie, Montpellier, les 19 et 20 avril
18 entretiens, assortis d’autant de linogravures, assemblés par Lou Nicollet et Ninon Bonzom. C’est la matière à un beau livre édité cette année à la Fanzinothèque de Poitiers puis aux Presses séparées de Marseille. L’une est artiste, l’autre paysagiste : elles ont répondu à un appel à projets pour réaliser des ateliers sur les femmes « exceptionnelles » du plateau de Millevaches. Il leur a semblé plus intéressant de les centrer sur des inconnues, rappelées à la mémoire de leurs descendants par un dispositif tout simple. Quelle est l’aïeule dont vous voulez parler ? Que vous a-t-elle transmis ? Quelles sont les émotions que, selon vous, elle a pu ressentir dans sa vie ? Une grille de quelques questions, un enregistrement sonore destiné, peut-être, à un podcast, pour finir par se transposer à l’écrit, des participants nombreux prêts à jouer le jeu, et voilà le résultat : Matrimoine sur un plateau.
Esprit de résistance
Les personnes venues livrer leurs souvenirs sont assez jeunes pour la plupart, en majorité des femmes, quelques hommes. Elles ont évoqué leur grand-mère ou autre figure ancestrale. « La texture de leur mémoire est très différente, certaines sont très précises, d’autres lacunaires. » 18 entretiens, c’est à la fois peu, et assez pour que se dessinent des leitmotivs. Le constat d’un passé souvent éprouvant : carcan du mariage dans les décennies conservatrices du XXe siècle, précarité économique, ravages de l’alcool… Mais aussi de l’admiration, pour une résistance chevillée au corps, des caractères forts. Sonia, ainsi, a hérité de son ascendante portugaise « une grande rudesse, et une espèce d’ironie ». L’idée d’en passer par un proche pour évoquer ces femmes est excellente ; se focaliser sur leurs émotions renforce la pertinence de la restitution. Une expérience qui sera, peut-être, amenée à se décliner ailleurs. « Pourquoi pas à Marseille ? »
GAËLLE CLOAREC
La rencontre avec Lou Nicollet pour présenter Matrimoine sur un plateau s'est tenue le 3 mai à la librairie L'Hydre à mille têtes, Marseille
Il est le cofondateur de la maison d’édition L’Ecailler et un des pionniers du polar marseillais ; son Marseille Confidential (2018), inspiré et parrainé par James Ellroy, a ancré le roman noir sous fond de décor mafieux phocéen. La Reine des Sirènes s’ancre dans la même époque, le Front Populaire, pour en mesurer les effets dans une mini-dystopie, l’essentiel du roman se déroulant en 2028.
Le roman s’articule en courts chapitres qui dessinent une mosaïque composite : prélude en 1938 en Catalogne ; le récit 90 ans après, toujours à Cadaquès, de la rencontre d’un poète avec une femme mystérieuse, et sa quête sur une lignée de sirènes, interrompue par des poèmes rimés, des digressions sur la mer et des notices biographiques ; des extraits d’un journal de bord d’un autre narrateur, dont le lien avec le premier n’apparaît qu’au fil de l’histoire, et qui relate la résistance d’une « ville sans nom » qui a fait sécession (Marseille?) pour s’opposer à un état fasciste.
Évidemment ces intrigues se tissent et se recoupent, entretenant ce qu’il faut d’interrogations et de suspense. Les mêmes histoires de trahison, de filiation, de fascination amoureuse et de violence, d’exécution, traversent les époques et les lieux. La résistance dans la « Ville sans nom » s’apprête à perdre la bataille, comme 90 ans auparavant le Front Populaire en Espagne. Que faire, dans ce contexte ? Exécuter les fascistes, sacrifier un compagnon, disparaître ? En finir avec la violence et se retirer face à la mer, plonger dans l’amour et la vie naissante ?
Si La reine des Sirènes se nourrit de Picasso et Garcia Lorca, Dali n’est jamais loin non plus : son surréalisme onirique survit, sirènes et dauphins mêlés, à la violence des Noces de Sang et de Guernica. Le sable des plages, contrairement à celui des déserts misanthropes, a un goût d’avenir, nourri du désir des mers.
AGNÈS FRESCHEL
La Reine des Sirènes de François Thomazeau L’écailler - 15 €
C’est par un procès que s’ouvre et se ferme, le premier long métrage de Jean-ClaudeMonod, Un jour fille. Le premier intenté à Anne Grandjean, née fille et garçon – intersexe comme on dit aujourd’hui, hermaphrodite, comme on disait alors, et qui aboutit à une condamnation. Le second, en appel, dont on ne dévoilera pas l’issue. Entre les deux, un long flash back reconstitue l’histoire d’Anne.
Déclarée fille par les médecins à sa naissance, en 1732, élevée comme telle, Anne Grandjean revêt l’habit d’homme à l’adolescence sur ordre de son confesseur (AndréMarcon) à qui elle avoue son attirance pour les femmes. Elle devient alors Jean-Baptiste. Mais sa vie se complique au village : sa mère (Isild Le Besco) croit sa fille possédée par le Diable et son père (Yannick Renier) bien qu’aimant, demeure incapable de protéger son nouveau garçon des moqueries des autres. Jean-Baptiste fuit.
C’est en homme qu’il s’installe à Lyon comme apprenti tailleur. Cachant sa « particularité », il épouse l’innocente Mathilde (Iris Bry), fille de son employeur avec laquelle il forme un couple amoureux et heureux. C’est pour cet acte-là qu’Anne/Jean-Baptiste Grandjean, dénoncé·e, est traîné·e devant le tribunal. Dans ce XVIIIe siècle où les Lumières peinent à percer l’obscurantisme religieux, un hermaphrodite doit avoir une « dominante » certifiée par la Faculté. Incapables de penser autrement que binaire, les juges et les religieux raisonnent simplement : si physiologiquement Grandjean est plus femme qu’homme, alors « elle » ne peut épouser une femme car ce serait légaliser le lesbianisme.
Bien sûr, cette incroyable affaire que Jean-Claude Monod a trouvée dans un des cours de Michel Foucault résonne très fort avec les débats récents sur le mariage pour tous, le droit à la parentalité pour les couples de même sexe et avec notre réflexion contemporaine sur le genre. Le XVIIIe siècle qui bouscule toutes les notions données comme immuables, habille les hommes de dentelles et de satin, cultive le libertinage, entérine avec Rousseau le droit aux larmes pour tous, questionne avec d’Alembert et Diderot la perméabilité entre masculin et féminin, a un côté « gender fluid » face à un puissant ordre moral encore très rigide qui s’exprime encore hélas aujourd’hui.
Héro-ïne
Le réalisateur reconstitue par la lumière un décor à la Watteau, travaillant son héro-ïne comme un personnage de son temps et de son milieu, pieux, respectueux des institutions, sans revendications autre que celle de vivre caché et heureux. Dans le rôle principal, Marie Toscan rayonne d’innocence, nous offrant son visage de chérubin, sa douceur solaire et ses yeux presque transparents. Anachronique par nature, le film d’époque pense et parle au présent. Vermeil, l’avocat d’Anne (Thibault de Montalembert) dans son procès en appel, finira sa plaidoirie en citant – à notre grande surprise –, Paul Eluard et la terrible image de la « victime raisonnable au regard d’enfant perdu. ». Se rappellent alors à notre souvenir, toute la haine et la violence, passées et présentes, qui ne cessent de se déployer partout et toujours contre l’amour.
ELISE PADOVANI
Un jour fille, de Jean-ClaudeMonod En salles depuis le 8 mai
L’action se déroule dans la région de Toulon dont l’auteur est originaire. Il rassemble ses découvertes d’enfant, ses émois adolescents, dans une crique où vit un microcosme dans des cabanons aménagés. Un couple de femmes appelé La Douane joue le rôle de gardien du temple, donnant des consignes sur la façon de fréquenter le lieu et de le respecter. Une buvette est tenue par Cascade, arrivé là par hasard, mais jamais reparti. Il est ami avec Coco, le fils d’un pêcheur mort en mer qui a pris la suite de son père sur son pointu et vend les produits de sa pêche. Et puis il y a Nine, sauvage, véritable fille du soleil, mais qui rêve néanmoins d’horizons plus larges. Elle compte bien profiter de ses 18 ans tout neufs pour partir sans demander la permission. Ce n’est pas le baiser qu’elle échange avec Coco qui l’en empêchera !
Lumière et solidarité
Le danger des étés de plus en plus chauds et secs survient alors. Le feu ! La panique, l’organisation des secours, les Canadair. Le style de Rémi Baille se fait court et haletant, nous accroche, tout comme ses préoccupations pour la sauvegarde des espaces naturels de plus en plus menacés. Finalement le vent tourne, la crique est sauvée. Mais le feu dure encore dans les têtes et les cœurs. Retour en arrière : Nine s’éloigne, rencontre des ados de son âge, va en boîte. Puis la nostalgie la prend. Elle rebrousse chemin. Et découvre le désastre : un cimetière de troncs calcinés. Ses parents, les voisins l’accusent d’avoir mis le feu. La tragédie est évitée grâce à La Douane qui sait trouver les mots de l’apaisement. La brebis égarée ne sera pas un bouc émissaire. La reconstruction est en cours, la solidarité fera son office. Les amoureux de nos calanques se retrouveront dans ce récit placé sous le signe de la lumière qui évoque parfois Pagnol.
CHRIS BOURGUE
Les enfants de la crique de Rémi Baille Le bruit du monde – 19 €
Marseille, Archives municipales. Fonds des excursionnistes
marseillais. 33 Fi 3030. Marseille (Bouches-du-Rhône) : une
course cycliste sur la piste de l’hippodrome de Borély ; les
spectateurs et les juges regardent passer le peloton. [vers 1900].
Photographie positive. 8,5 x 10 cm.
Il n’est que d’entendre, les soirs de match, la rumeur du stade qui enfle, pour mesurer la ferveur sportive des marseillais. On ne saurait pourtant réduire la ville au football : si le ballon est partout, vissé au pied des minots en bas d’immeuble, si les couleurs blanches et bleues de l’OM sont omniprésentes, partout aussi les corps s’ébattent, qui courant, qui fendant les flots, qui boxant, qui soulevant de la fonte, qui en trail dans les Calanques. Le sport est populaire ici, hormis dans certains Cercles comme celui des Nageurs, ou dans les pratiques nécessitant un équipement onéreux.
Héritage antique
Un engouement qui ne s’inscrit pas seulement dans le culte contemporain de l’apparence « Instagramable », mais a des racines profondes. Les Archives municipales, à l’occasion des Jeux olympiques 2024, ont choisi de « poser des jalons pour comprendre comment l’héritage de l’Antiquité gréco-romaine a compté dans la conception moderne du sport », peut-on lire sur les cartels dès l’entrée de l’exposition Champion !. Le Gymnase, comme le Théâtre ou l’Agora, était l’un des lieux de sociabilité les plus importants des cités méditerranéennes, traversé d’enjeux aussi politiques que militaires ou sanitaires, sans, bien-sûr, « exclure le divertissement ». La première Olympiade a eu lieu en – 776. Les Jeux ont, apprend-on, été interdits par l’empereur Théodose 1er en 393, lorsque ces cérémonies païennes sont devenues dérangeantes dans un monde christianisé.
Marseille, Archives municipales. 2 Fi 199. Marseille (Bouches-du-Rhône) : un match de football sur la pelouse du stade vélodrome ; des spectateurs dans les tribunes. [années 1950]. Tirage noir et blanc. 11,5 x 17 cm.Marseille, Archives municipales. Fonds des excursionnistes marseillais. 33 Fi 3106. Marseille (Bouches-du-Rhône) : un plongeur réalise une fi gure en plein vol au-dessus de l’eau ; les pontons et les installations des bains de mer. [vers 1900]. Photographie positive. 8,5 x 10 cm.
Champions et exploits homériques
Près de douze siècles durant, les compétitions avaient servi à impressionner le voisin, exactement comme aujourd’hui. Un exemplaire de L’Odyssée, issu du fonds ancien de la Bibliothèque de l’Alcazar, ouvert à la bonne page, souligne explicitement cette dimension du sport : « Étonnons l’étranger, écrit Homère ; qu’il puisse, en son pays, raconter notre gloire, et dire à ses amis que nuls mortels sur nous n’auraient la préférence, pour la lutte, ou la course, ou le disque ou la danse ». L’exposition fait entrer en résonance les stades antiques, tels qu’ils ont été représentés sur des mosaïques, et le Vélodrome d’aujourd’hui. Avec ses strates intermédiaires : sur les images d’archives prises par le photographe Marcel de Renzis dans les années 1930, il était encore très dépouillé et à taille humaine ; la version de 1998, lorsqu’il fut agrandi de 45 000 à 60 000 places, en maquette. Aujourd’hui, il en fait 67 000, ce qui en dit long sur le besoin d’épater la galerie… Et n’est probablement pas très bon signe sur le moral des citoyens : quand on est bien, pas la peine d’en rajouter.
GAËLLE CLOAREC
Champion ! Une histoire populaire du sport Jusqu'au 27 septembre Archives municipales de Marseille
Porté par le chorégraphe David Djilali Wampach et son association Achles, le projet rime avec pluridisciplinarité et inventivité. Le lancement de la semaine se fera avec l’inauguration du « salon algérien », mis en place par l’association musicale Melting Pop et destiné à l’accueil convivial des visiteurs du Cratère. Les deux premiers jours du temps fort seront exclusivement dédiés à la danse, en solo d’abord dans Juste au-dessus du silence, où l’interprète Yasmine Youcef délivrera une chorégraphie intimiste. Puis en duo dans Algeria Alegria, où David Wampach et sa comparse Dalia Khatir danseront la joie algérienne, teintée de la mystériosité propre aux rituels dansés du pays. Les concerts ont aussi leur place dans la programmation, qu’il s’agisse d’un orchestre traditionnel à cheval entre musiques d’Andalousie et d’Algérie (le 15 mai), ou d’un groupe de rock aux influences jazz-funk et blues du désert (le 18). Et pour celleux qui voudraient goûter à tous les genres, deux soirées cabaret déjantées sont prévues, tant traditionnelles que modernes, avec danse, chant et performances (les 16 et 17). Les deux repas de couscous qui se tiendront au Cratère et à la Berline (les 16 et 17) témoignent aussi de l’importance de la cuisine dans la représentation de la culture algérienne.
Focale sur le film documentaire
La journée du 18 marque la fin du temps fort qui se conclut par la projection de deux films au Cinéplanet d’Alès. Le premier, Nnuba, est un moyen-métrage de la réalisatrice et photographe Sonia At Qasi-Kessi qui vit et travaille en Haute-Kabylie. Ce film est né d’un atelier de création du film documentaire organisé par le Collectif Cinéma et Mémoire et Kaïna Cinéma, sous la direction de la militante algérienne pour les droits des femmes Habiba Djahinne. Nnuba transmet donc la mémoire d’une ancienne organisation sociale d’entraide féminine dont le rôle est de s’occuper du bétail du village. Quant au deuxième film, il s’agit d’un documentaire long-métrage du réalisateur algérien Hassen Ferhani. 143 rue du désert (la tôlière du désert) raconte l’histoire d’une femme qui accueille en plein désert, en échange d’un simple café, différentes personnes dans le besoin. Une ode à l’entraide et à la fraternité, comme l’ensemble de ce temps fort Algérie.
RENAUD GUISSANI
Temps fort Algérie, du 13 au 18 mai Le Cratère, Alès
L’archipel de Thau et la ville de Sète offrent une variété de paysages et d’environnements propres à susciter l’intérêt des artistes. La liste des artistes du territoire est longue et prestigieuse -Combas, Othoniel, Di Rosa, Pétrovitch, Fantozzi…- et c’est assez naturellement que Robert Commeinhes, maire de Sète et président de l’agglopôle, a élaboré cette « opération artistique et urbanistique » qui vise à « faire naître des regards nouveaux sur les paysages si diversifiés de notre agglomération entre mer et étang, garrigues et vignobles, villes et villages. »
Mais attention, le but n’est pas de « produire davantage de tourisme ». « Nous ne voulons pas créer des dégradations environnementales, mais mettre en valeur les projets d’aménagement ou de réhabilitation de chaque commune », précise Christophe Durand, vice-président délégué à la culture. Si ces BAM étaient initialement conçues pour s’insérer dans le projet de capitale culturelle européenne, elles ont une ambition autonome, et un budget propre de 2 millions d’euros répartis sur quatre exercices, pour 20 commandes publiques qui verront le jour d’ici 3 ans.
Tout Thau
Les premières seront installées durant les prochaines semaines : la grande sculpture de bronze Dans mes mains de Françoise Pétrovitch, destinée au pont de la gare de Sète, ou les cinq pièces d’André Cervera qui racontent, comme dans une BD colorée retrouvant une ligne claire d’acier, l’histoire de Poussan où le peintre sétois vit et travaille désormais.
Les œuvres d’Hervé di Rosa, Victoria Klotz, Richard di Rosa leur succèderont d’ici la fin 2024, puis celles d’Elisa Fantozzi, Robert Combas, Agnès Rossé, Céleste Boursier-Mougenot… au rythme de six par an, afin de prévoir au terme du projet quatre parcours aux vocations différentes : un autour des étangs, avec une prédominance des abris et un rapport affirmé à la vie animale, un sur les versants de Thau et son patrimoine historique, un autre sur les rivages de Thau, ses huîtres, ses garrigues et ses parcs populaires, et un à Sète, plus urbain.
« L’œuvre est adaptée à chaque site patrimonial ou naturel et trace le lien sensible du vivant. Je n’ai pas conçu mon travail comme pour une exposition, explique Salvador Garcia, commissaire du BAM, mais comme l’association d’un artiste avec un aménagement naturel ou urbain. Souvent avec des artistes, hommes et femmes, qui y vivent, et des maires qui prennent à cœur le projet, qui défendent l’idée d’investir dans des œuvres qui ne font pas l’unanimité, puisqu’une œuvre d’art contemporain n’y parvient jamais. »
La capitale de l’agglo, outre le bronze de Françoise Pétrovitch, accueillera les totems d’acier de la marseillaise Chourouk Hriech, pour une promenade entre terre et mer, vide et plein ; une sculpture imposante d’oiseau de mer face aux embruns du site Saint Pierre de Johan Creten, une fontaine à Bears vert et rouge de Fabrice Hyber, sur la place Aristide Briand et son projet controversé de parking souterrain. La salle polyvalente Brassens, fermée pour vétusté depuis 2019, y sera entièrement reconstruite, pour offrir ses 1100m² aux associations de la ville, et offrir à tous une fresque de Robert Combas, qu’il veut « très colorée, qui tienne avec le temps, soit entièrement visible de l’extérieur et parle de Brassens »
Plusieurs œuvres des artistes de ces BAM ont pris d’ores et déjà pris leur place dans l’espace public sétois : le pont des Arts de Jean Denant, au trajet courbe, voiles d’inox et empreintes de filets de pêche, ouvre désormais un des accès à la ville et les plaques en émail de Francois Lugori déclinent sur les murs du parking Victor Hugo leur vision colorée de la création du monde.
Sur la place au-dessus la Fontaine des fleurs mouvantes sublime le rouge et bleu de Sète, comme des coquelicots flottant sur la mer, offrant aux enfants la possibilité de la fraîcheur et, le soir, la majesté des jets d’eaux illuminés : Jean Michel Othoniel, d’ici fin 2025, restaurera également le Pavillon des bains de la place, en l’ornant de fresques au sol, aux murs sans doute. Un projet qui bénéficie d’une commande d’État.
Face à la faillite du projet urbain « Quartiers Libres », piloté par la Métropole d’Aix-Marseille Provence, depuis 2010, les associations ont repris le flambeau et se sont réunies pour une présentation le 11 avril 2024 à CinéFabrique. Les partenaires, qui ont travaillé ensemble à l’écriture du projet, comptent la Fondation Abbé Pierre, Yes We Camp, JUST, Artagon, Parallèle, AN02/CH03 et CinéFabrique. Ces acteurs, qui interviennent dans des champs complémentaires, sociaux et culturels, apportent une haute valeur ajoutée, technique et participative, au 3e arrondissement de Marseille.
Un arrondissement qui constitue le quartier le plus pauvre en France (Hors Dom-Tom). et qui continue de s’appauvrir considérablement. Une réalité socio-économique qui repose sur une histoire de peuplement.
Désindustrialisation
La Belle de Mai porte l’histoire de vagues migratoires et ouvrières structurelles du peuplement de Marseille, reposant sur la notoriété emblématique de grandes entreprises comme la Manufacture des Tabacs, les usines de raffinement de sucre (Sucres Saint-Charles 1830) et de fabrication d’allumettes : le déclin industriel a laissé d’immenses friches industrielles, doublées de friches militaires.
Si certaines ont su se convertir en friche culturelle telle que la Friche de la Belle de Mai, d’autres bâtiments restent en partie inoccupés, alors même que les besoins d’espaces de vie sociale, de développement économique et de mise à l’abri manquent cruellement à Marseille. C’est dans une dynamique d’urbanisme d’amorçage que Nicolas Détrie, directeur de Yes we camp imagine le développement d’un nouveau tiers lieu au service des habitants et des institutions.
LEAD Technologies Inc. V1.01
Renouveau de l’action collective !
Éric Semerdjian, conseiller municipal en charge de l’innovation sociale et la coproduction de l’action publique, s’appuie sur le bilan de Coco Velten pour soutenir l’initiative. L’expérience de la Porte d’Aix a fait ses preuves depuis 2019, et a laissé la place au projet de pérennisation portée par la ville, alliant mixité sociale et mixité d’usages sur 4000 m2 de logement social, d’hébergement d’urgence, et d’actions sociales et culturelles. Eric Semerdjian attend désormais que les autres collectivités, l’État et les entreprises suivent.
Pour Francis Vernède de la Fondation Abbé Pierre, il s’agit de valoriser l’implication de la société civile en répondant aux besoins d’hébergement d’urgence. Plus de justice sociale, d’insertion professionnelle, soutien aux pratiques artistiques émergentes et de contribution des habitants, tous.tes s’engagent à veiller à la défense et la promotion des actions en faveur des habitants du 3e et du développement de leur territoire.
La question de la dimension éphémère du projet est évoquée pour indiquer l’urgence et la nécessité de projets durables dans un contexte économique où tous les indicateurs sont au rouge. Il y a urgence à élaborer au plus vite, dans la perspective de pérenniser.