samedi 14 février 2026
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Music & Cinema : une ouverture, coup de poing

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C’est dans la salle-amiral de l’Artplexe, comble pour l’occasion, que s’est ouvert ce lundi de Pâques le festival Music et Cinéma (MCM), marseillais depuis trois ans déjà. 25 ans d’existence : des noces d’argent, symbole d’une relation durable au socle solide. Un anniversaire commenté avec l’accent canadien par la pétillante et irrésistible maîtresse de cérémonie, venue de Montréal, Geneviève Venne. Puis, en duo, par la déléguée générale de MCM, Gaëlle Rodeville et le président d’Alcimé, Jacques Sapiega. Intervention de Jean-Marc Coppola, adjoint à la Culture. Présentation du foisonnant programme, des jurys, rappel des rendez-vous, remerciements et expression d’une légitime fierté rétrospective pour avoir rendu possibles tant de confluences « cinémato-musicales » depuis tant de temps.

Si le film de la soirée, Dissidente de Pier-Philippe Chevigny projeté en sa présence, ne donnait pas beaucoup de place à la musique, il s’inscrivait dans la veine humaniste, sociale et politique, chère au festival. Premier long métrage du réalisateur québécois, un vrai coup de poing qui nous a laissés KO !

Dissidente : qui rompt avec une autorité établie. Synonyme : insoumis, révolté, rebelle. La dissidente, c’est Ariane (Ariane Castellanos) qui revient dans son milieu d’enfance où elle commence un emploi de traductrice espagnole pour une entreprise québécoise employant des ouvriers guatémaltèques. Comme la jeune femme, suivie au plus près par la caméra, nous voilà plongés, dans un univers impitoyable que nous découvrons à ses côtés. Immersion dans la violence de l’exploitation au travail. Gestes répétitifs et harassants de l’ensilage, heures supplémentaires imposées, droits élémentaires déniés. Ces hommes, venus là dans le cadre d’un programme d’immigration saisonnière, ne savent pas ce qu’ils ont signé, ne maitrisant pas la lecture. Ils sont surveillés, menacés par les chefs et même exploités par leurs propres collègues. Ariane doit payer ses dettes pour sauver sa maison, et comme ces travailleurs, elle est prise dans un étau, soumise au chantage du licenciement. Au départ, elle obéit  à son chef à l’oreillette greffée sur l’oreille, un de ses anciens collègues d’apprentissage, « une des brutes de l’école, devenue directeur d’usine !», lui  même astreint à la logique du rendement, des actionnaires et du système capitaliste.

La conscience d’Ariane

Peu à peu, Ariane prend conscience, essaie de faire changer les choses, de soulager les corps meurtris en modifiant l’organisation du travail. Elle se rapproche de ces hommes, invitée à leurs fêtes, initiée à la musique de son père, guatémaltèque comme eux, qu’elle n’a pas connu. Et un jour, tout comme dans La Promesse des Frères Dardenne, un accident fait craqueler  le système : un ouvrier sommé de se remettre au travail, alors que son corps est meurtri, absorbe des cachets anti douleur pour tenir le coup. Trou dans l’estomac, vomissements de sang, des soins très douloureux et un lien qui le raccroche à la vie : les mains d’Ariane tentant de l’apaiser. Une scène très dure qui fait vivre au spectateur la souffrance de ces nouveaux esclaves.

Ariane Castellanos,tout en retenue,  incarne à la perfection cette femme « dissidente ». On pense à Zita Hanrot dans Rouge de Farid Bentoumi ou à Isabelle Huppert dans La Syndicalistede Jean- Paul Salomé (https://journalzebuline.fr/scandale-nucleaire/)

Ce film sous tension, nourri d’une réalité documentaire, qui s’inscrit dans la lignée de Ken Loach ou des Frères Dardenne ne laissera personne indifférent.

ANNIE GAVA ET ÉLISE PADOVANI

« Un lieu tourné sur le monde et ses multiples facettes »

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Anne-Sophie Crespin au 3 rue Vincent Scotto, devant les plans de la librairie © R.G.

Zébuline. Pourquoi avoir décidé d’ouvrir cette librairie internationale dans le quartier populaire de Belsunce ?  

Anne-Sophie Crespin. Le désir de librairie internationale est né fin 2021, puisqu’il y avait alors un appel à projets sur ce local qui était préempté. J’avais l’idée de créer une librairie dans mon quartier, mais ce n’était pas assez abouti. Cela a mûri quand j’ai vu le local qui est très grand et permettait de faire toutes les activités que je voulais faire. Je ne vais travailler qu’en langue étrangère – en anglais, italien, espagnol et arabe – pour commencer. Après, j’étendrai à l’allemand, le portugais et le chinois. Le tout sur un fond féministe et LGBTQIA+, qui transparaîtra dans tous les rayons, même s’il y aura des parties spécifiques sur ces sujets-là. Je veux que la librairie soit un lieu convivial et safe, où les queers et les personnes qui parlent des langues étrangères puissent se sentir en sécurité. La photographie m’intéresse beaucoup, il y aura donc aussi un côté galerie. Les 5 et 6 avril j’organise avec Yohan Brandt un projet de studio photo dédié aux habitants de Belsunce, qui donnera lieu à l’expo in situ Nous sommes Belsunce représentant celleux qui y vivent, y travaillent et y étudient. Dès le premier article qui est paru sur la librairie internationale, il y a eu des déchaînements de haine raciale et anti-pauvreté qui étaient absolument affreux, ce qui m’a encore plus renforcée dans le fait qu’il fallait rester là et qui m’a aussi donné l’idée de l’expo parce qu’il y en a marre de se faire stigmatiser. Le but, c’est de faire de cette librairie un lieu tourné sur le monde et ses multiples facettes, et qui soit accueillant pour les personnes du quartier.

Comment cette ouverture sur le monde va se refléter dans la librairie ?

J’espère arriver rapidement à un stock de 16 000 références, avec 4 000 dans chaque langue. J’ai en tête des spécialités pour les langues aussi. Par exemple pour la littérature anglaise, c’est la littérature anglophone d’Afrique ou afro-descendante qui sera l’un des sujets principaux. Pour l’espagnol, il va plutôt être question des nouvelles publications d’Amérique latine. Quant à l’italien, le focus va se faire sur les publications de jeunes auteurs qui abordent les sujets de migration, parce que ce sont des sujets qui sont émergents en Italie, qui n’était pas du tout un pays lié à ces questions-là. Et pour l’arabe il va essentiellement s’agir de féminisme et de mouvements LGBT, qui sont des thèmes très difficiles à trouver. La question palestinienne sera bien entendu présente.

L’ouverture a été retardée, il y a eu plus de deux ans d’attente et les travaux sont encore en cours. Mais cette fois-ci c’est la bonne ?

Je suis toute seule, je ne peux pas tout faire… De plus, je ne suis pas subventionnée par la mairie. J’ai juste eu un financement de l’Agence Régionale du Livre avec la Drac [Direction régionale des affaires culturelle, ndlr] et la Région, une subvention à laquelle toutes les librairies ont droit. C’est difficile, oui, mais j’ouvrirai bien le 1er avril même si tout n’est pas fini. Je peux aussi compter sur mes confrères et consœurs libraires qui sont mes premiers soutiens. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR RENAUD GUISSANI 

La grande librairie internationale, Marseille
Ouverture le 1er avril 

Cellules nerveuses

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La table de Otomo Yoshihide après sa performance © N.S.

La « noise » se limiterait-elle au bruit ? Et le bruit lui-même n’aurait-il pas le droit d’acquérir ses lettres de noblesse musicale ? Depuis cinquante ans, beaucoup de musiciens répondent à ces questions par l’affirmative. Otomo Yoshihide, Tom Malmendier et Émilie Skrijelj ont poursuivi la réflexion sur le Grand plateau de la Friche la Belle de Mai ce 25 mars à l’invitation du GMEM, Centre national de création musicale. 

Ça joue Technics

Sur la scène, trois postes se dressent. Une batterie typée jazz au milieu, et de chaque côté une paire de platines et sa table de mixage. C’est Tom Malmendier qui lance les hostilités, et dès les premiers coups de baguette, on comprend qu’on entre dans un terrain mouvant, loin des repères de la musique « conventionnelle », et c’est tant mieux. Les deux platines arrivent à leur tour dans les secondes qui suivent. Otomo Yoshihide triture un disque avec une carte (bancaire ?) – qu’on imagine équipée d’un micro – et dessine un son d’alarme, strident, et perturbant. De l’autre côté Émilie Skrijelj joue de la platine avec scratch, donnant du corps et du rythme à l’ensemble. Pendant une quinzaine de minutes, ce sera un déchainement de douce-violence musicale, une accroche qui interpelle d’abord, puis qui emporte. Otomo Yoshihide s’essaie aussi à la balle rebondissante sur la MK2, puis balance sa cellule sur une cymbale qui fait office de disque – on aura souvent mal pour le diamant – mais les effets fonctionnent et fascinent. 

Le reste de la performance saura jouer de l’intensité, notamment grâce à Tom Malmendier qui donnera le tempo avec brillance, s’illustrant lui aussi par son inventivité : chaîne en métal sur la caisse claire (oui on l’a déjà vu mais ça marche), et brosse à laver sur le tom medium. Avant une fin en apothéose sonore, où Otomo Yoshihide frappe d’autant plus franchement sur ses platines, jusqu’à les taper violemment contre sa table. 

On pourrait s’essayer à deviner ce qu’ont voulu raconter les trois artistes sur scène. Mais il serait trop facile d’entendre ici les bruits de la guerre, là de la ville, ou de l’industrie… ils arrivent simplement à produire une musique puissante, un feu d’artifice sonore aussi vif qu’un coup de fusil, et aussi pur que du platine. 

NICOLAS SANTUCCI 

Concert donné le 26 mars au Grand Plateau de la Friche la Belle de Mai, Marseille.

Visibilité trans

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Lio Mehiel dans Mutt de Vuk Lungulov-Klotz © Quiltro LLC

Zébuline. Comment est née cette idée d’une semaine de la visibilité trans ? 
Heidi. Le projet est né au Vidéodrome 2, on y avait organisé le TdOr [Trans Day of Remembrance, ndlr] l’année dernière et en réfléchissant à la programmation pour cette année, on a choisi de transformer la journée internationale de visibilité transgenre, le 31 mars, en une semaine de programmation.
edna. La visibilité de ce que proposent les personnes trans, c’est nouveau à Marseille. D’où la création de ce festival où les disciplines se mélangent, la création artistique et cinématographique, la recherche, la question des archives trans… 

Pourquoi ce titre, Transgaze ? 
Heidi. Les termes « male gaze » et « cis gaze » dénoncent les représentations sexistes et transphobes au cinéma. En cherchant le titre, on s’est demandées ce qui faisait lien entre les manières de travailler des personnes invitées, les réflexions et esthétiques différentes des productions. Transgaze veut souligner ce qu’il y a de commun dans ces productions diverses : pour cette édition, on a fait le choix d’inviter uniquement des réalisateur·ices trans.
edna. Mais produire un film qui parle de transidentité ou bien programmer, en tant que personne trans, certains films de personnes cis, c’est aussi reprendre le gaze. Le choix de ces représentations relève d’un regard qui nous est propre, notre gaze. C’est aussi pour cette raison que la programmation est assez éclectique. La transition ça nécessite une flexibilité d’esprit qui est aussi hyper importante pour les artistes. S’autoriser à transitionner c’est s’autoriser à défricher de nouveaux territoires.

Quelle est la programmation de ce premier Transgaze ? 
edna. Pour ouvrir le festival, Pawel Thomas Larue et Sasha Martelli présenteront les Garçons dans l’eau, une romance trans-pédé bretonne, auto produite en non mixité queer. 
Jeudi, Claudix Vanesix artiste trans non-binaire péruvien, présentera Non Fuckable Tokens. Une performance avec des éléments de réalité virtuelle et augmentée qui questionne les nouvelles technologies d’un point de vue féministe décolonial et la manière dont les rituels et les identités autochtones peuvent nourrir des récits futuristes.

Heidi. Vendredi, Selva Gonzalez. productrice et réalisatrice, présentera à 19 h une projection de Mutt de Vuk Lungulov-Klotz, puis à 22h30, elle proposera une sélection variée de courts-métrages post-porn, mettant en avant des personnes trans-féminines.
Samedi à 18h, carte blanche à la Ballroom Marseille, qui présentera So You Wanna Vogue Huh ?! Un film sur le voguing réalisé par la communauté Ballroom de Bruxelles, du point de vue de femmes trans noires.
À 21h, carte blanche à Ix Dartayre, artiste Marseillais qui présente The Stroll, un film réalisé par des femmes trans new-yorkaises travailleuses du sexe.

edna. Dimanche à 18h Clovis Maillet, historien médiéviste, tiendra une conférence sur les saints trans au Moyen Âge, elle sera rediffusée dans le bar du Videodrome.
À 21h, carte blanche à Genre de Luttes, qui proposera une projection commentée des archives trans de l’association depuis les années 1980.

Heidi. Toutes les cartes blanches seront suivies de discussions avec les réalisateur·ices, et les séances sont à prix libre, moyennant adhésion annuelle de 6 euros.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NEMO TURBANT

Transgaze
Du 27 au 31 mars
Vidéodrome, Marseille

DIASPORIK : Valoriser la culture mandingue

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Ballake Sissoko © Benoit Peverelli, 2020

Les répertoires africains constituent un héritage précieux pour Marseille mais comment révèlent-ils les opportunités artistiques de demain ? Le festival La nuit des griots explore les apports de l’empire du Mali. « Eu égard à la place qu’occupaient les jeli (griots) à la cour malienne, et étant donné que cette fonction sociale existe toujours, les traditions orales occupent une grande place dans les études du Mali ancien »précise Issiaka Kouyaté. «  Après la période coloniale, la caste des griots est peu à peu devenue une caste de musiciens professionnels utilisant des instruments tels que la kora, le balafon, le tama et le djembé pour accompagner leurs histoires. »

Né à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso dans une grande famille de Griots, Issiaka  a été initié aux arts griotiques et  formé à la percussion (doum-doum et djembé). Il intègre le mythique groupe du Centre Djeliya ‘’Djeliya Junior’’ avec lequel il fait plusieurs années de tournée en Afrique puis en Europe.

Installé à Marseille, il fait parvenir jusqu’à nous la voix des griots, pour diffuser la culture séculaire Mandingue et le festival, qu’il a créé en 2016 avec son ami Victor Da, permet de diffuser son aura auprès du grand public. « Les récits et poèmes chantés célèbrent la sagesse et les exploits des « Hommes bien guidés ». En Afrique, musique, chant et danse participent de l’éducation à la sagesse et la droiture ».

L’édition 2024 

Marseille offre un écrin qui favorise la programmation artistique et, au-delà, l’enseignement et les résidences des artistes représentant ces esthétiques. C’est d’ailleurs à la Cité de la musique, au sein du Pôle des Musiques du Monde dirigé par Manu Théron, que l’on peut découvrir la sélection d’artistes du festival La Nuit des Griots, dont on pourra découvrir les créations : Ballaké Sissoko, Teriba, Zar Electik, Salif Diarra, Jo Keita & Aurélia Perez, Ardjouma Diabate & Yiriban ! L’affiche est belle, et s’inscrit entre les contes de François Moïse Bamba à l’Eolienne et projection-débat du film Le sermon des prophètes, long-métrage de Seydou Boundaone. C’est un véritable festival pluridisciplinaire qui nous attend. 

En France, en Europe, les diasporas africaines sont à l’origine d’un renouveau afropéen, tel que l’a pu être Harlem renaissance, dans l’Entre-deux-guerres… Le biais hégémonique et libéral n’a pas eu la peau   de cultures qui ont su se renouveler et s’adapter aux environnements les plus hostiles. 

L’oralité et ses modes de transmission perpétuent l’esprit et portent le souffle des paroles griotes jusqu’à nous. Profitons-en ! 

SAMIA CHABANI

La nuit des Griots
Du 8 au 13 avril 
Divers lieux, Marseille

Musical comme une image

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Danser sur un volcan © Abbout Productions / Reynard Films

Des films, des concerts, des rencontres, des invité·es d’honneur pour tous les publics et tous les goûts. Ainsi s’annonce cette nouvelle édition de Music&Cinema Marseille, qui projette dans la ville du 1er au 6 avril quelque 300 films, pour autant de rencontres fertiles entre le millier de professionnels attendus et les spectateurs. Pour ouvrir le rendez-vous, l’organisation invite le canadien Pier-Philipe Chevigny qui présente Dissidente, un film inspiré par la réalité économique et sociale de son pays. 

Une compétition de longs métrages 

Dix longs métrages en compétition dont deux documentaires d’Allemagne, de Belgique, du Canada, d’Islande, du Liban de Lituanie de Norvège, du Kosovo, de Roumanie et un de France, Etat limite de Nicolas Peduzzi qui suit le Dr. Abdel-Kader, psychiatre de liaison, dans un hôpital de la région parisienne. Le deuxième documentaire vient du Liban : Danser sur un volcan de Cyril Aris nous plonge dans un Beyrouth meurtri, juste après l’explosion sur le port et nous fait partager l’énergie de l’équipe du film Costa Brava, Lebanon de Mounia Akl. Une merveille. Elbow de la Turco-Allemande Asli Özarslan raconte l’histoire d’une jeune berlinoise Hazal contrainte de fuir seule à Istanbul. Dans Jour de merde du Canadien Kévin T. Landry, une jeune mère monoparentale au bord de la dépression est envoyée au milieu de nulle part pour interroger un ermite. Quant à Gunnar, un vieil agriculteur, exproprié de sa ferme, il part s’installer en ville où une rencontre avec un jeune livreur de journaux va bouleverser sa vie dans Le vieil homme et l’enfant de l’Islandaise Ninna Pálmadóttir

Venue du nord aussi, la Finno-Suédoise Johanna Pyykkö nous présenteMon parfait inconnu, un film entre fantasmes et réalité, émotion et action. Dans Slow de la Lituanienne Marija Kavtaradze,Elena, danseuse et Dovydas, interprète en langue des signes, se rencontrent et tissent un lien profond. Alors qu’ils se lancent dans une nouvelle relation, ils doivent apprendre à construire leur propre type d’intimité. 

Dans une petite ville hongroise, le film Rimbaud Verlaine d’Agnieszka Holland conseillé à ses élèves attire de sérieux ennuis au professeur de littérature : un processus implacable, inspiré par un fait réel que décrit Moldovai Katalin dans Without air. Fisnik Maxville traite de secrets de famille qui remontent à la surface après la guerre du Kosovo dans les années 1990 dans The Land Within. Et dans Katika blue deStéphane Vuillet, Bravo, 16 ans,  ex-enfant soldat de République Démocratique du Congo part à la recherche de sa famille. 

Une compétition de courts métrages

65 courts métrages ont eu la chance d’être sélectionnés sur les 1368 reçus,  dont  6 documentaires et 12 films d’animation. Tous des 1er, 2e ou 3e œuvre. 60% de réalisatrices et  27% de compositrices

Invité.e.s d’honneur et Cartes Blanches

Zahia Ziouani, cheffe d’orchestre, créatrice de l’orchestre Divertimento dont le film éponyme de Marie-Castille Mention –Schaar relate le parcours.

Lolita Ritmanis, la compositrice américaine une des productrices de l’album Women Warriors : The Voices of Change. On pourra voir le documentaire d’ Amy Andersson, Women Warriors: The Voices of Change

Olivier Nakache et  Eric Toledano avec  leur comédie chorale, Le Sens de la fête

Felix Van Groeningen, le cinéaste belge dont on verra Belgica (2016), Alabama  Monroe (2012) et Les huit montagnes (Prix du Jury, Cannes 2022)

Et comme chaque année, les sections Ils repasseront par là et Accords en duo, les Coups de chœur, les Cartes blanches à des écoles dont la Satis, à des festivals européens dont celui de Thessalonique et à des productions. Sans oublier, des séances jeune public, 8 conférences et tables rondes et 6 ciné- concerts.

300 films, 130 séances à découvrir à l’Artplexe, aux Variétés, et dans divers lieux à Marseille. On n’a que l’embarras du choix !

Le programme de ce festival, un des seuls qui associe Cinéma et Musique est à découvrir ici : https://www.music-cinema.com/fr/

ANNIE GAVA

Music&Cinema Marseille
1er au 6 avril
Divers lieux, Marseille

Babel Music XP : de la musique dans les idées

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Vox Sambou © MKMI

Des rencontres le jour et des rencontres la nuit aussi. Voilà comment on pourrait résumer Babel Music XP, ce rendez-vous singulier du paysage musical local, national et international. Car l’événement marseillais s’appuie sur deux jambes bien coordonnées : il y a la partie salon, avec de nombreuses rencontres thématiques à la Friche la Belle de Mai, et le soir venu des concerts au Dock des Suds, avec quelque 35 artistes du monde entier sélectionné par son jury. Après sa renaissance en 2023 – le rendez-vous qui s’appelait alors Babel Med Music s’était arrêté en 2017 après un arrêt des subventions de la région Sud– Babel Music Xp entend à nouveau réunir la filière des musiques actuelles du monde. Il y avait 1 500 professionnels venus de 48 pays l’année dernière, « ils seront beaucoup plus nombreux cette année » assurait son directeur Olivier Rey à la conférence de presse de présentation le 11 mars dernier. 

Jour

« Le besoin de se rassembler est vital pour l’ensemble de la filière, largement endommagée par la crise Covid, l’inflation, crise énergétique, transformation des pratiques du public ». C’est ainsi que le même Olivier Rey, membre historique de l’association Latinissimo – qui organise la Fiesta des Suds – présente les enjeux de ces rencontres. Pour cela, la Friche la Belle de Mai accueille par exemple une table-ronde sur la transition écologique dans le spectacle vivant (29 mars) ; une autre sur « la filière musicale face aux défis de l’intelligence artificielle » ; ou encore sur la « question des droits d’auteurs dans un monde en pleine mutation ». Autant de rendez-vous animés par des structures fortes de la filière, comme Zone Franche, réseau des acteurs des musiques du monde, le SMA (syndicat des musiques actuelles) ou le Pam (Pôle de coopération des acteurs de la filière musicale). 

Nuit

Pour la musique, c’est au Dock des Suds qu’il faudra se rendre chaque soir. La programmation a été concoctée par un jury, composé notamment de Frédéric André (programmateur de la Fiesta des Suds), Stéphane Krasnewski (directeur des Suds, à Arles), ou d’Élodie le Breut (directrice de l’AMI), parmi les 2 300 candidatures reçues. Se sont démarqué·e·s l’électro-folk d’Ana Lua Caiano (Portugal), la musique créole de Oriane Lacaille, ou le jazz-rock Poil Ueda. Tout ça le jeudi soir, entre autres artistes venus de Bretagne, d’Italie, du Liban, ou de Colombie. Le tour du monde se poursuit le lendemain, avec le chant diphonique du mongol Batsükh Dorj, le rock occitan de Feràmia, et le hip-hop de Vox Sambou, venu d’Haïti. On finit le samedi sur de nouvelles excursions mélodiques. Passent par-là le bandéon de Louise Jallu, l’éthio-jazz de Kunta, ou l’african-électro made in Marseille de Zar Electrik. Des sons venus du monde entier, qui font de Babel Music XP un événement aussi unique qu’essentiel : à la fois caisse de résonance pour la musique mondiale, et centre de réflexion pour son avenir. 

NICOLAS SANTUCCI

Babel Music Xp
28 au 30 mars
Friche La Belle de Mai, Dock des Suds
Marseille

La ronde des hommes qui meurent

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En 1906 Henri Matisse expose La Joie de vivre. Des hommes et des femmes nus jouent de la musique, s’enlacent, s’embrassent, dansent une ronde. En 1910, pour un commanditaire russe, il reprend le sujet central de son tableau et peint son chef-d’œuvre fauve, La Danse, hymne à la vie circulaire d’un doux paganisme,  exposé à ce jour encore au Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg.

A cette ronde de vie succédera Le Sacre du printemps en 1913, associant encore la France et la Russie, mais pour un ballet sacrificiel. Comme si la danse contenait des ferments de mort, comme si cet hymne à la vie générait, chez celui qui ne sait y entrer, le besoin de tout détruire.  

Les morts du Crocus City Hall de Moscou, du désert de Néguev en Israël, du Bataclan à Paris, du Pulse à Orlando, aimaient la danse, la vie, la joie. Ils sont morts, tués par des fous de Dieu qui interdisent la musique. C’est en chantant l’hymne de vie  que nous devrions les combattre.

Car c’est à leur façon de combattre le terrorisme que l’on reconnaît les démocraties. Matisse, dans sa danse de vie, n’opposait pas les corps, leur genre, leur couleur uniformément rouge. Il peignait une ronde, des hommes reliés, tournant ensemble. Reprenant une danse circulaire Nijinski et Stravinski, à un an de la Première guerre mondiale et quelques encablures de la Révolution russe, traçaient entre les corps, les hommes et les femmes, des antagonismes qui ne se résolvaient qu’en désignant une victime, en ouvrant le champ au massacre.

Contagion du chant de mort

La désignation d’un ennemi commun brise la ronde, plus sûrement encore que les fous de Dieu. Elle trace des tranchées entre les camps et efface les traits humains des victimes. Les enfants de Gaza n’ont pas tué les hommes qui dansent, pas plus que les Ukrainiens voués aux gémonies par Poutine n’ont aidé aux attentats du Crocus Hall. Réagir aux attentats par l’attaque d’une population civile, le blocus alimentaire et médical, le bombardement des villes, la torture à Abu Ghraib, l’assassinat politique, le silence sur les crimes de guerre, construit une autre ronde, un tournoiement incessant de corps qui s’effondrent, sans visage, sans nom, et deviennent des chiffres, des douleurs durables, des ressentiments, des ferments de guerre globalisée et d’attentats futurs. 

L’appel au Cessez-le-feu immédiat du Conseil de sécurité de l’ONU est susceptible d’y mettre un frein, pour peu qu’Israël ne soit plus approvisionné en munitions, et soit sommé de laisser passer l’aide alimentaire indispensable aux 500000 humains qui meurent de faim au centre de Gaza. Il nous est possible, à cet endroit du monde, de briser le cercle vicieux de la vengeance, de mettre les monstres au placard et de tenter de retrouver La Joie de vivre.

AGNES FRESCHEL

Du théâtre de l’arbre

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L’Expérience de l’Arbre © Freddy Rapin

L’acteur et dramaturge Simon Gauchet, parti, il y a dix ans, sur les traces du « théâtre de la cruauté » cher à Antonin Artaud, fasciné par le théâtre asiatique, rencontre au Japon Tatsushige Udaka, acteur de théâtre Nô auprès duquel il se forme. Lorsqu’il veut payer ses cours, l’artiste lui répond « je préfère que tu reviennes un jour et que tu m’apprennes ton théâtre ». C’est à cette rencontre que nous assistons. 

Hêtre ou ne pas hêtre 

Sur un plateau nu, entouré de branches, s’avance d’abord le musicien multiinstrumentiste Joaquim Pavy dont les notes à la guitare et les sonorités électro viendront ourler les gestes et les mots des protagonistes, Simon Gauchet, vêtu à l’occidentale et Tatsushige Udaka en costume de théâtre Nô. En une géniale mise en abyme, le théâtre devient objet de lui-même. La présence de l’arbre tient aux origines du Nô : ses acteurs jouaient alors, il y a quelques 700ans, pour les arbres dont la représentation, celle d’un pin, orne encore le rideau de fond de scène. Les fantômes des arbres hantent la pièce, celui d’Hiroshima, du chêne de la fable de La Fontaine. Les dialogues entre les acteurs confrontent leur jeu, en « deux dimensions » pour le Nô, « en trois » pour l’occidental, le placement des voix, des phrasés, des gestes. Chacun est curieux de l’autre, le taquine et l’écoute, le mime, s’essaie à la voix qui lui est étrangère, croise Tête d’or de Claudel et un Nô traditionnel. La beauté plastique de l’arbre reconstitué dessine de nouvelles passerelles. Le corps de l’arbre, mimétique de la présence invisible d’une civilisation qui se transmet, convie dans un lent vertige nimbé de clair-obscur, à un temps en apesanteur. C’est d’une beauté et d’une profondeur fascinantes tandis que la servante, cette loupiote allumée, sentinelle des théâtres veille… 

MARYVONNE COLOMBANI

Donné le 20 mars au Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence.

Retrouvez nos articles Scènes ici

Un dernier été

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Sur une route de campagne ensoleillée, avancent vers nous, lourdement chargées, deux personnes. Puis un orage violent et des gouttes d’eau tombent sur des lits où sont couchés deux adolescents. « Je vais avoir 18 ans et je dors avec mon frère ! » Elle, c’estPurdey, et son frère Makenzy a tout juste quinze ans. Leur père est aux abonnés absents et leur mère, alcoolique, disparait souvent pendant des jours, les laissant tout gérer, dans cette maison trouée, que leur a léguée leur grand-mère. Et que Purdey aimerait bien quitter. C’est ainsi que commence Il pleut dans la maison, deuxième long métrage de Paloma Sermon-Daï : la chronique d’un été où l’on va suivre les efforts de la fratrie pour sortir de cette situation précaire et pouvoir vivre leur vie. 

Mais comme le demande Donovan, l’inséparable ami de Makenzy, maltraité par son beau-père  « est-ce qu’il y a une hauteur maximale du ciel où on est bloqué ? » Pour ces jeunes, le plafond de verre est bien là… Purdey abandonne ses études et travaille comme femme de ménage ce qui déplait à son petit copain : « C’est pas comme ça que j’imagine ma copine alors que je vais faire des études ! » lui lance-t-il. Makenzy devient voleur de bicyclettes accompagné dans ses larcins par son ami Donovan. Ils mangent des pâtes ou du riz, essaient de colmater les trous de cette maison qui pleure et de leur propre vie. 

Vie de galère

On pense bien sûr aux films des frères Dardenne. Mais si Paloma Sermon-Daï  montre la précarité sociale, elle a choisi de mettre aussi en lumière la complicité joyeuse de ses personnages. Ils se chamaillent, jouent, se baignent dans le lac même s’ils ne savent pas nager, y croisent de jeunes touristes bruxellois « fils à papa » avec qui cela ne se passe pas très bien. « Le tourisme les renvoie à un monde auquel ils n’appartiennent pas et auquel ils n’essaient même pas d’appartenir », précise la réalisatrice, inspirée par sa propre adolescence et celle de ses deux acteurs, frère et sœur dans la vie et membres de sa famille : Makenzy Lombet et Purdey Lombet, qui tiennent ici un premier rôle dans un long métrage. Et l’on peut penser que ce ne sera pas le dernier tant ils parviennent à nous faire partager la vie de galère mais aussi la gaieté des personnages. La caméra du directeur de la photo Frédéric Noirhomme les suit le long des routes, sur la plage, en de longs travellings ou s’attarde sur eux, couchés dans la maison où il pleut, travaillant la lumière comme les peintres wallons et flamands. 

« J’ai dû briser un plafond social, ma mère était auxiliaire de soin, mon père était dans la marine marchande, personne ne s’attendait à ce que je parte à Bruxelles, à ce que je fasse du cinéma », précise la réalisatrice. Il pleut dans la maison est sa première fiction aprèsun documentaire très personnel, Petit Samedi. «Je voulais que le film soit une claque, ne pas édulcorer, et vraiment, faire vivre ce sentiment de dernier été ». C’est chose faite ! 

ANNIE GAVA

Il pleut dans la maison de Paloma Sermon-Daï 
En salles le 3 avril