dimanche 15 février 2026
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« Xalé, les blessures de l’enfance », une résistance sénégalaise

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Après Tableau Ferraille en 1997 et Madame Brouette (Ours d’Argent à la Berlinale en 2002), le cinéaste sénégalais Moussa Sène Absa poursuit son exploration de la société de son pays, exposant ses maux, ses tabous dans son dernier film, Xalé, les blessures de l’enfance. « Pour tous mes films, je m’inspire de ce qui se passe autour de moi : je n’invente rien, tout est là ! »

Inspiré par un fait qui s’est passé dans sa famille, il nous raconte l’histoire d’Awa (Nguissaly Barry), une jeune fille de 15 ans, qui partage son temps entre un petit travail dans un salon de coiffure et l’école où elle excelle. Contrairement à son frère jumeau, Adama (Mabeye Diol) petit vendeur dans les rues de Dakar et qui n’aspire qu’à une chose : s’embarquer sur une pirogue pour fuir ce pays qui ne donne aucun avenir à ses enfants. À la mort de la grand-mère, la vie d’Awa est bouleversée. En effet, selon les derniers vœux de l’aïeule, sa tante Fatou (Rokhaya Niang) est mariée de force à Atoumane (Ibrahim Mbaye), son cousin qu’elle n’aime pas. Fatou résiste : le mariage n’est pas consommé. Atoumane blessé dans son amour propre, méprisé par son patron, castré par la société, en arrive à commettre un acte infâme : violer sa nièce. Suite au verdict du tribunal coutumier, il est exclu du village pour dix ans. Awa est détruite mais, se retrouvant enceinte, elle relève la tête et prend seule la décision de garder le bébé… Elle a pu ouvrir son salon de coiffure, elle élève sa fille Bintou, a retrouvé son amour  d’adolescence, semblant s’être reconstruite jusqu’au jour où Atoumane revient…

« Les maux qui gangrènent »

À travers l’histoire d’Awa remarquablement interprétée par Nguissaly Barry, Moussa Sène Absa veut faire réagir face à un problème majeur de la société : « Quand on lit les journaux sénégalais, on se rend compte que pas une journée ne se passe sans qu’on y évoque un viol par un père, un cousin, etc. Le plus souvent, cela se passe dans le cercle familial, ou professionnel, avec des enseignants qui abusent de leurs élèves. Il y a beaucoup de non-dits dans la société sénégalaise et c’est justement ceux-ci qui m’intéressent. Il faut s’appesantir sur les maux qui gangrènent notre société. »

Tourné en langue wolove, majoritairement parlée au Sénégal, Xalé, les blessures de l’enfance est un film rempli de couleurs et de musique. Robes des griots et des griottes, tantôt rouges, tantôt bleues, tantôt blanches selon qu’ils condamnent, commentent, encouragent ou chantent l’amour. Comme un chœur antique. « Ce n’est pas imaginable pour moi qu’un de mes films n’ait pas de musique » précise Moussa Sène Absa qui vient d’une famille de griots.

Xale, les blessures de l’enfance est dédié à Rock Demers, producteur de son film Madame Brouette, disparu et 2021 et à sa mère : « Mes films sont des hommages continus aux femmes, à leur force au quotidien. Je suis certain des apports considérables des femmes à la société, leur place permet d’assurer équilibre. » Comment ne pas être d’accord avec lui !?

ANNIE GAVA

Xale, les blessures de l’enfance de Moussa Sène Absa
En salles le 3 avril

Sidéral

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© Sébastien Ly

Mélange de cirque et de chorégraphie, Sidéral, dernière création de Sébastien Ly, propose une échappée dans l’espace et le temps, de la terre au ciel, ou l’inverse… Deux circassiennes, excellentes Mélusine Lavinet et Kamma Rosenbeck évoluent avec grâce et lenteur, d’une corde à l’autre au-dessus du sol, défiant les lois de l’équilibre et de la gravité. Sont-elles oiseaux ou insectes ? Mutantes, peut-être ? En tous cas, nous sommes dans un autre monde, celui qu’elles veulent conquérir. Un univers interstellaire servi par l’univers sonore proposé par le groupe Noorg, avec Loïc Guénin et Éric Brochard qui accompagnent les déplacements des deux femmes. Un immense gong participe au dépaysement. L’expérience est à tenter.  C.B.

Le 28 février
Alpilium, Saint-Rémy-de-Provence

Derrière chaque cicatrice, la vie…

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Germaine, Les Navettes © Édith Laplane

Le photographe Michaël Serfati, jouant avec le titre de l’exposition, le commente : « à la déclinaison du multiple féminin s’impose une vision de l’altérité. Je sens résonner en moi tout ce qu’il y a de commun entre les femmes et moi, mais je reste encore un autre. ». Ses photographies, parfois glissées dans l’écrin de volumes emplis d’une écriture serrée, sont le plus souvent exposées le long des murs, clichés qui s’attachent aux visages, parfois floutés ou voilés de filets d’ombres… 

Une série s’attache aux cicatrices, césariennes, mastectomies, fractures… La cicatrice dit le vivant, mémoire d’une étape de l’existence. Édith Laplane, s’élevant contre les idées reçues, évoque sa profession de médecin gynécologue : « On peut être médecin, scientifique, et artiste ». Utilisant des matériaux récupérés, tissus, dentelles, papiers, elle brode, tisse, recompose, coud, élabore des formes de cire ou de papier mâché, jongle avec la fragilité des choses, la rend symbolique de celle des corps qu’elle évoque, sexes de femmes, lèvres, cols, sur lesquels s’ourle en fine broderie la marque d’un cancer, d’une violence, d’une paix. 

Puis elle déploie le fil des chromosomes, détourne les drames humains lisibles dans les chairs par une poésie dense. Ici, les « sexvotos » aux délicates dentelles, là, les « Mizuko », ces « enfants de l’eau » qui ne sont jamais nés, à côtés d’aiguilles à tricoter, baguettes des « faiseuses d’anges ». 

Un livre ouvert de Nancy Huston (Bad girl) permet de lire une citation d’Annie Ernaux : « Je ne crois pas qu’il existe un Atelier de la faiseuse d’anges dans aucun musée au monde ». La sacralisation du féminin et son pendant diabolique hantent toujours les arts !

MARYVONNE COLOMBANI

jusqu’au 28 avril
Pavillon de Vendôme, Aix en Provence

OCCITANIE : Détruire dit-iel

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ART.13 ©️Clarisse Delile

« Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. » C’est de l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme que vient le titre de la nouvelle création de Phia Ménard et de sa Cie Non Nova. Et c’est par le gouffre qui existe aujourd’hui entre ces grands principes universels gravés dans le marbre des nations et le récit de jeunes migrantes et migrants rencontrés par l’artiste, confrontés au réel de leur refoulements aux frontières par ces mêmes nations, que le questionnement sur la frontière s’est imposé comme l’enjeu de cette nouvelle proposition. Frontière géographique, mais aussi celles des enfermements divers et variés (idées, catégories, sexualités, identités …) qui dessinent le monde d’aujourd’hui, et le rabougrissent. 

Retour du refoulé

Au début du spectacle, on est face à un jardin, en pleine lumière, à la pelouse impeccablement tondue, ornée de quelques formes décoratives en gravier aux contours nets, entourée d’une haie taillée courte. Au centre trône sur son piédestal la statue d’un Grand Homme, tenant une hâche à la main, posée devant lui. À la fin du spectacle, plus de statue ni de jardin, plus de centre, on sera face à un paysage de décombres, une sorte de chaos crépusculaire, aux accents féeriques. Entre les deux va se dérouler un conte sauvage dans lequel une créature masquée, rampante puis dansante (Marion Blondeau) s’extirpant de dessous la pelouse dans un vacarme de bruit de tondeuses et de tronçonneuses infernal, sorte de faune terrestre puis céleste, va par sa puissance de jeu et de vie, sa grâce spontanée, malicieuse et brutale, détruire le bel ordonnancement et les symboles bien morts du jardin statufié, créer de nouveaux espaces, et rouvrir des possibles au milieu des ruines. Un retour du (des) refoulé(s) sans paroles, légèrement circassien, totalement visuel, musical et chorégraphique. 

MARC VOIRY

Art. 13
28 février
Opéra Comédie, Montpellier, dans le cadre de la saison Montpellier Danse

« Le Molière imaginaire » la chatoyante comédie d’une agonie

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Le Molière imaginaire © Memento distribution

Après Ariane Mnouchkine (1978) et Laurent Tirard (2007), c’est au tour d’Olivier Py de consacrer un film au dramaturge. Ressuscité par un charismatique Laurent Lafitte, on s’intéresse ici à ses derniers instants, le 17 février 1673, soir de la quatrième représentation du Malade imaginaire. Si Olivier Py entreprend de détruire certains mythes, comme celui qui voudrait que le dramaturge soit mort sur scène, c’est une représentation largement imaginée qu’il propose avec ce huis-clos dans le théâtre du Palais-Royal, tourné à la Fabrica d’Avignon.

Trouple de théâtre

En parallèle de la représentation de la dernière comédie de Molière, qui structure la chronologie du film, d’autres scènes sont jouées, en coulisses, dans ce théâtre labyrinthique à plusieurs étages dont l’éclairage à la bougie tamise les couleurs. Des personnages bien connus de l’entourage de Molière – sa femme Armande (Stacy Martin), œuvrant inquiète au salut de son mari à l’agonie, ou encore La Grange (Émilien Diard-Detoeuf), auteur du célèbre registre renfermant de précieuses informations sur la troupe – en côtoient d’autres, occultés par l’histoire officielle. C’est ainsi que les spectateurs assistent, surpris, à des échanges poétiques et érotiques que le dramaturge partage avec Michel Baron, jeune comédien de la troupe avec lequel Molière aurait entretenu une relation amoureuse, comme le confirment plusieurs biographes. À cela s’ajoutent certains mythes – sa traduction de Lucrèce détruite par une servante qui aurait utilisé le papier pour faire des papillotes – ou rumeurs, comme le lien de filiation que ses ennemis lui prêtaient avec Armande, de vingt ans sa cadette. Le public n’est pas oublié, peuplé de ridicules qui évoquent ceux que Molière moque dans ses pièces, comme les trois précieuses édentées faisant figure de Parques annonçant la mort de l’auteur. Le choix de nombreux plans-séquences permet de circuler de manière fluide entre ces différentes scènes réelles et imaginaires.

Les amateurs de vérité historique n’aimeront pas ce film dont l’ambition affichée et assumée est de proposer une version imaginée de l’auteur, recréée, dans laquelle la fiction est délibérément mise au service de la vérité du dramaturge. Ou plutôt de la vérité qu’Olivier Py s’en fait. Libre variation autour de l’agonie de l’auteur, ce film testament est un bel hommage proposé par le réalisateur sur le maître de la comédie classique, avec lequel il lui est ainsi donné de dialoguer, à quatre siècles d’intervalle.

MATHILDE MOUGIN

Le Molière imaginaire, de Olivier Py
Sorti le 14 février 2024

CRAC OCCITANIE : Gianni Pettena, l’anarchitecte

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Exposition Anarchitecture, Gianni Pettena © Crac 2024

Anarchitecture : le titre de l’exposition dédiée à Gianni Pettena au CRAC Occitanie de Sète ne doit rien au hasard. Au contraire, il s’agit d’un indice d’importance pour mieux comprendre la démarche formelle de l’artiste italien de 84 ans. Un mot qui en dit long sur celui qui a étudié l’architecture à Florence dans les années 60 et n’a pourtant jamais exercé le métier d’architecte, préférant laisser libre court à sa créativité dans le vaste champ de l’art contemporain. Pas question pour Gianni Pettena de mettre des frontières entre les disciplines. Dans un manifeste publié en 1973 et intitulé L’Anarchitetto : Portrait of the Artist as a Young Architect, il se définit lui-même comme un « anarchitecte ». Ce terme à la fois poétique et décalé résume son parcours d’aspirant architecte devenu artiste, écrivain, penseur, passeur, provocateur peut-être aussi. Du moins d’émotions. C’est avec une facilité déconcertante qu’il a réinventé les espaces du CRAC, entre minimalisme et onirisme grâce à des installations anciennes comme d’autres plus récentes. On y découvre toute la liberté conceptuelle d’un homme qui fut l’un des piliers de l’architecture radicale italienne, portant un regard très personnel sur l’architecture et le design. Au fil des salles, l’art de Gianni Pettena nous immerge, nous amène à changer de perspective et remettre en cause notre rapport à l’espace, à l’utile, à l’évident. Tout en replaçant le corps humain au centre de tout comme pour mieux le reconnecter à son environnement naturel. 

Fantôme du passé

Étonnant Tunnel sonore, dessiné en 1966 mais réalisé pour la première fois lors de cette exposition. Soit une succession de cadres de métal qui se transforme en instrument géant quand un personnage revêtu d’un costume d’écailles le parcourt. Le corps est souvent invisibilisé, comme dans l’installation Presenza/Assenza datée de 2020, où l’artiste laisse en creux les traces de sa présence, fantôme du passé comme de la création achevée. Dans une autre salle, une architecture de raphia sature nos sens d’un paysage inattendu aux senteurs exotiques. Un peu plus loin, des manteaux se transforment en chaises et des chaises se portent sur le dos pour se faire nomades et affirmer leur présence dans l’espace public avec une certaine radicalité. La dernière salle est celle qui nous emmène le plus loin. Paper est uneinstallation créée pour la première fois en 1971 à Minneapolis : un monde de bandelettes blanches de papier qu’il faut défricher pour avancer, faire naître l’architecture qui construit l’espace tout en la détruisant, permettre au visiteur d’agir sur son environnement de manière consciente. Une invitation à inventer un autre langage où le corps a toute sa place. 

ALICE ROLLAND

Anarchitecture
Jusqu’au 1er septembre
CRAC Occitanie, Sète 

Turquoise et gestations

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Lorsque l'enfant paraît © Marcel Hartmann

Le décor délicieusement kitsch, murs turquoise, canapé de velours rouge assorti à la robe d’Olympe, épouse de Charles Jacquet, sénateur, sous-secrétaire d’État à la famille, correspond à l’esthétique convenue de l’intérieur « bourgeois ». Au fil des actes, les murs se referment, rétrécissant l’espace, signifiant l’impasse dans laquelle les personnages se trouvent. Le sénateur, formidable Michel Fau, vient d’obtenir la fermeture des maisons closes et l’augmentation des peines sur les délits d’avortement, alors que vingt-cinq ans auparavant il n’avait pas hésité à le demander à sa maîtresse. 

Le voici qui apprend coup sur coup que sa femme, sa secrétaire, sa fille, sa bonne, sont enceintes. Craignant ridicule et médisances qui pourraient mettre un frein à sa carrière, il se met à envisager l’avortement, principalement pour son épouse, Catherine Frot, éblouissante de verve dans son rôle de femme potiche, drôle, fine jusque dans les lourdeurs de sa « partition ». Elle porte la pièce, donnant de sa poésie aux autres comédiens, émouvante dans la perte de repères de son univers, et les a-priori de classe qui la constituent et pourraient la rendre tout simplement atroce : méprisée par son mari, elle méprise la bonne avec une sorte d’innocence !

On navigue dans un monde qui se déglingue avec efficacité, usant du burlesque et de la férocité joyeuse pour faire tomber les masques de cette comédie humaine peuplée d’hypocrites. Le mensonge est souverain dans ce bal des illusions : la jeune fiancée n’est pas si rangée, le fils « bohème » est sans intérêt… L’égoïsme de tous souligne avec acidité l’obsolescence d’une morale bourgeoise qui se défait dans les soubresauts de l’après-guerre. On rit en établissant des parallèles avec notre temps, et c’est amer.

MARYVONNE COLOMBANI

Lorsque l’enfant paraît 
jusqu’au 22 février
Jeu de Paume, Aix-en-Provence

Hoorsees, Seppuku et Camille Potte 

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Hoorsees © X-DR

L’EJ c’est le S, le projet de l’Espace Julien qui confie un mercredi par mois les clés du Café Julien à un collectif musical émergent, s’associe avec Le Scan Club. Cette émission de Radio Grenouille, qui discute une fois par mois des musiques actuelles, est en charge de la programmation. Deux groupes et une expo sont ainsi à découvrir. Le quatuor parisien Hoorsees dont le dernier album « Big » cherche à « réconcilier l’indie pop des disquaires les plus érudits avec le top 50 ». Puis le loufoque collectif marseillais Seppuku, obsédé par les albums concepts et la peur de se prendre au sérieux. Une « Expotte » de l’illustratrice Camille Potte, bien connue du milieu musical, sera à découvrir sur les murs de l’Espace Julien. Une soirée à l’entrée libre à ne manquer sous aucun prétexte, ne serait-ce que pour le blind-test – avec cadeaux à la clé – qu’organise Le Scan Club ! 

R.G. 

28 février
Café Julien, Marseille

Sexualité de classe

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La Puce a l'oreille de Georges Feydeau - Mise en scene Lilo Baur - Comedie-Francaise © Brigitte Enguerand

Les applaudissements du public conquis retentissent alors que les comédiens-français reviennent pour saluer sur la scène de l’Opéra Comédie de Montpellier. Viennent de se dérouler deux heures de quiproquo hilarants à la résolution interminable, deux heures de situations rocambolesques et de critique bourgeoise de la bourgeoisie, deux heures de Feydeau. 
Pour cette version de La Puce à l’oreille, créée en 2019 à la Comédie-Française, la metteuse en scène Lilo Baur a décidé de substituer aux intérieurs parisiens du début du siècle dernier, un chalet de montagne dans les années 1960. On ne peut que saluer l’extrême cohérence de la mise en scène et des ajustements dans le texte, qui permettent de créer un univers complètement consistant et ajoutent une réelle plus-value au comique de ce classique du théâtre de boulevard. Le jeu des acteurs, inspiré à la fois des grands du burlesque et de feuilletons des sixties, est particulièrement impressionnant et confine parfois à l’acrobatie, notamment au cours du deuxième acte, lorsque le rythme s’emporte et que chacun tente de sauver sa peau. 

Méta-bourgeois


Seulement, le même problème se pose toujours lorsque l’on cherche à revisiter des pièces comme celles de Feydeau sans trop en altérer le texte : aucune modernisation de la mise en scène, si brillante soit elle, ne saurait gommer les traces de l’époque et de la classe sociale de l’auteur dans le texte. Feydeau est bien loin d’être le plus misogyne de ses confrères, et on pourrait même qualifier certains personnages de la pièce – Lucienne et Raymonde – de femmes fortes. Elles cherchent tant bien que mal à faire respecter leur volonté dans leur vie amoureuse et sexuelle et, bien que pleines de contradictions, ne sont pas potiches. Mais nous sommes bien obligés de constater que ce traitement n’est accordé qu’aux personnages de bourgeoises. Les femmes qui travaillent, les domestiques et la tenancière de l’hôtel du Minet Galant, sont bien plus creuses. Leur vie sexuelle, débridée et dénuée de toute réflexion, les rend risiblement esclave de leur désir et de celui des hommes. Et ce n’est pas un détail, considérant que la majeure partie de l’intrigue est relative aux activités sexuelles des uns et des autres. Évidemment, il n’est pas possible, en étant de bonne foi, de reprocher à Feydeau sa notion très floue du consentement, mais nous pouvons tout de même nous interroger : est-ce pertinent de rire des bourgeois en adoptant leur point de vue ?

CHLOÉ MACAIRE

La Puce à l’oreille par la Troupe de la Comédie Française a été présenté du 15 au 17 février à L’Opéra Comédie, une programmation du Domaine d’O, Montpellier

Ouvrir la cage

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Open Cage © Caillou

L’entre2 BIAC a débuté le 26 janvier  avec Friendly de la cie Les Attentifs, duo cirque-théâtre sur l’amitié inter-sexe. Dans Open Cage, il s’agit également d’un duo : celui d’un homme (Damien Droin) enfermé dans sa chambre d’hôpital, la « cage » du titre, cage à la fois physique et mentale, avec son infirmière (Sarah Devaux). Chambre scénographiée sur un plateau surélevé et en pente, qui se retrouvera assez vite à la verticale, avec un lit à armature métallique, qui, par effet de gravité, tout comme les personnages, glisse dangereusement vers le vide noir. 

Sur le côté un escalier métallique, où apparaît l’infirmière, en version « réelle », combinaison blanche, et en version « rêvée », habillée de rouge. C’est la version rêvée qui accomplit des séquences de danse-acrobatique avec l’homme tout autour du lit, dessus, dessous, puis en danse-voltige, à travers chutes et envols. Ou en enroulements acrobatiques sur des cordes lisses, qui tombent des cintres, et semblent parfois animées d’une vie propre. Le tout accompagné d’une musique aux accents sombres, méditatifs, tendus. Aucune parole est prononcée, ce sont les corps qui parlent, à travers leurs équilibres, déséquilibres, chutes et envols. Des séquences en théâtre d’ombres introduisent le spectacle, projecteurs placés sous le trampoline, rideau plissé accueillant les ombres, qui sera plus tard le support d’une séquence de danse acrobatique très « plastique » de Sarah Devaux. Enfin, une dernière chute, un dernier envol, et c’est avec l’infirmière « réelle » que la « cage » s’ouvrira. 

MARC VOIRY

Open Cage a été présenté le 15 février chez Archaos dans le cadre de L’Entre2 BIAC
À venir 
Damien Droin
sera présent avec sa compagnie Hors-surface pour Au bout la mer, clôture de l’Entre 2 BIAC organisée par la Mairie du 1/7 sur le Vieux-Port, avec la restitution de l’atelier collectif À ciel ouvert, et le spectacle Envol, dans le cadre des Olympiades culturelles