vendredi 10 avril 2026
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Une photographie en quête de sens

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Agnès VARDA. Jouteurs à Sète, tirage argentique d’époque, vers 1952. Avec l’aimable autorisation de la Succession Agnès Varda - Collection Rosalie Varda.

45 expositions, 25 lieux, 100 artistes, 40 commissaires… Difficile d’imaginer le nombre de clichés à découvrir lors de l’édition 2023 des Rencontres photographiques dArles, sûrement de quoi donner le tournis pour de bon. Tout comme le nombre de visiteurs lors de la semaine d’ouverture : 19 500, une fréquentation record. À Arles, la déambulation commence comme un voyage en terres photographiques, entre artistes reconnus et jeunes talents à découvrir. Le thème de cette édition, « Un état de conscience », est bien trop vaste pour se faire critère de décision. Rapidement, on se rend compte que le grand sujet des Rencontres d’Arles est la photographie elle-même, laquelle ne se contente pas de « peindre la lumière ». Il est frappant de noter la présence de nombreux projets conçus à partir de clichés préexistants. Notons les multiples photos issues des archives du studio Rex de Marseille comme autant de témoignages des vagues migratoires, des photos trouvées aux puces racontant l’histoire oubliée d’un cercle d’homme se travestissant en secret, celles récupérées sur Internet afin de nourrir un projet amusant sur les statues de Lénine dans le monde. La photographie n’est pas juste une surface ni un cadre, elle s’affirme objet, récit, témoignage. Tout comme notre mémoire, elle peut se faire miroir déformant ou au contraire révélateur. Un rôle mémoriel que l’on retrouve dans l’extraordinaire exposition rétrospective dédiée à Diane Arbus à la fondation Luma, nous submergeant dans un monde argentique afin d’offrir à notre regard une myriade d’instants de vie vécus. 

Aux lisières du réel

Incontournables, les expositions dédiées au cinéma mettent en lumière la complémentarité créative de ces arts cousins aux lisières du réel, qu’il s’agisse des Polaroïds de Wim Wenders sur le tournage de L’Ami américain, des scrapbooks de cinéastes parmi lesquels Pedro Costa ou Stanley Kubrick, ou encore des clichés pris à Sète par Agnès Varda en préparation de son film mythique La Pointe courte. La photographie affirme son propre imaginaire, comme le démontrent les œuvres  de Gregory Crewdson, dont l’univers visuel narratif d’une minutie obsessionnelle donne à une Amérique en crise des airs de polar figé dans l’image. Intensément plastiques, les clichés de Saul Leiter, également peintre, s’apprécient comme une poésie de l’image aussi belle que fragmentée. Pas question de choisir entre le fond et la forme, l’éclectisme des propositions est stimulant, explorant le rôle documentaire, voire même anthropologique du medium photographique, tout en valorisant sa subjectivité dans des mises en scène parfois très auto-centrées. Inutile de tout raconter, car chaque visite ne peut que confirmer l’idée que la photographie est aussi une émotion née d’un regard, une expérience unique et multiple à la fois. Un art à part entière. 

ALICE ROLLAND

Rencontres d’Arles
Jusqu’au 24 septembre
rencontres-arles.com

Aubes romantiques et contemporaines

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CBarré © Pierre Gondard

Entièrement dédié depuis sa création en 1976 aux quatuors à cordes, le festival investit les cadres patrimoniaux du territoire, abbaye de Silvacane, églises de Cabrières d’Avignon, Goult, Roussillon ou encore dans cette même ville l’Écomusée de l’ocre (OKHRA). Les Quatuors à cordes invités sont déjà reconnus à l’international ou sont les jeunes lauréats des derniers concours internationaux. Cette année, la thématique,« À l’aube du romantisme, la fabuleuse décennie 1820 », détermine certes la teneur générale des programmes mais n’exclut pas des extrapolations contemporaines ni les formations plus amples que celles du quatuor, réunissant parfois deux ensembles pour un octuor. 

Le diable à quatre

Le Quatuor Agate sera ainsi rejoint par le Quatuor Elmire pour l’Octuor opus 20 de Mendelssohn et le Quatuor Asasello invitera le violoncelliste Aurélien Sabouret pour le Quintette à deux violoncelles D 956 de Schubert. Aux côtés d’œuvres puisées dans les répertoires de Fauré, Schubert, Mendelssohn, Beethoven, Haydn, Schumann, Webern, Dvorak, Chostakovitch, Ravel, Mozart, Bach, apparaîtront des pièces contemporaines. On pourra écouter par le Quatuor Agate The Disappearance of Lisa Gherardini (une pièce d’une vivacité dense et espiègle) de Dinuk Wijeratne, par le Quatuor Kuss, au cours de son concert intitulé Muss es sein ?, les Sept pièces pour quatuor à cordes (envoûtantes dans leurs itérations amples et leurs variations rythmiques) de Mark André ou, par le Quatuor Casals, Reflections on the Theme B-A-C-H de la compositrice russe Sofia Asgatovna Goubaïdoulina. Une place particulière sera accordée à la compositrice allemande Brike Jasmin Bertelsmeier (lauréate en 2015 du Prox de composition Ernst von Siemens) dont plusieurs œuvres seront interprétées par diverses formations, et qui offrira une création mondiale confiée à l’ensemble C Barré : Ratzfatz et pièce. N’oublions pas de citer les quatuors Hernani, Simply, Confluence… Un condensé des plus belles musiques pour quatuor nous attend !

MARYVONNE COLOMBANI

Festival de quatuors du Luberon
Du 20 août au 3 septembre
Divers lieux, Luberon
07 77 34 42 25
quatuors-luberon.org

Justine Triet regarde les hommes tomber

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Anatomie d'une chute © Le Pacte

Auréolée d’une palme tout à fait méritée, mais aussi d’un discours en forme de pique acérée à l’égard de nos politique culturelles, Anatomie d’une chute sort triomphalement en salles. On peut évidemment se réjouir que ce film pensé, réalisé, écrit par une femme – et son compagnon – fort de 6 millions d’euros de budget se soit vu accorder une telle récompense, et surtout une telle visibilité. Ou se contenter, et c’est déjà beaucoup, d’y voir là l’accomplissement du cinéma de Justine Triet : elle qui chérissait la possibilité « de se tromper, et de recommencer » et consacre avec cet opus protéiforme toutes les thématiques et obsessions qui hantent depuis toujours son cinéma. 

Mystère

On se ravira notamment, tout au long de ce récit dont les deux heures trente s’écoulent dans un seul souffle, de voir que la réalisatrice s’est débarrassée de quelques tics et autres surlignements qui plombaient le pourtant intéressant Sibyl, sorti en 2019. Retrouver, dans les tirades vachardes d’Antoine Reinartz propulsé procureur un peu de l’humour qui faisait entrer la réalisatrice dans la cour des grand·e·s avec Victoria – et révélait, au passage, les facettes de jeu mésestimées d’une certaine Virginie Efira. Les scènes de tribunal de Victoria tiraient déjà la comédie sur le terrain de l’absurde et de l’effroi : elles constituent dans Anatomie d’une chute le centre névralgique de l’intrigue. Sandra – magnétique Sandra Hüller – s’y voit accusée du meurtre de son compagnon, incarné par bribes de flash-backs par le tout aussi excellent Samuel Theis. Ce couple d’écrivains s’occupant bon an mal an d’un fils atteint de cécité dans un chalet reculé a-t-il connu une crise insurmontable ? Qui a commis l’irréparable : lui, en se suicidant ou elle, en l’assassinant ? Les pistes demeurent longtemps ouvertes, si bien que le spectateur se retrouvera souvent perdu, à l’instar de l’avocat campé par Swann Arlaud, tout en silences éloquents et regards égarés. Le conflit conjugal, nœud du premier long-métrage de fiction de la réalisatrice – La Bataille de Solférino – demeure un lieu de mystère mais aussi de fantasme pour qui choisira de projeter la culpabilité sur l’un ou sur l’autre. La symbolique est ici aussi forte, voire un peu poussée : Daniel, fils aveugle de ce couple meurtrier incarné à contre-temps par le tout jeune Milo Machado Graner, semble le seul propice à détenir la clef d’une énigme auquel le public ne pourra qu’adosser de nouveaux rebondissements. Celle qui repose non pas sur l’image, mais sur sa recréation, lieu par excellence du cinéma. 

SUZANNE CANESSA

Anatomie d’une chute, de Justine Triet
En salles depuis le 23 août

Du jazz dans la capitale des santons

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© Axuel Guedj

Nouveau concert pour le Aubagne Jazz Band ce 1er septembre, sur l’esplanade de Gaulle à Aubagne de 21h à 23h. Le groupe est composé d’une vingtaine de musiciens ainsi que de trois chanteurs, Laurent Bœuf, Gilbert Cassand et Nans Sciaky. L’orchestre est un habitué des lieux, chaque année c’est au moins un spectacle qui est proposé au sein de la ville et celles alentours, à Gémenos par exemple, au Théâtre de Verdure ou l’année dernière, au Théâtre de Nature à Allauch lors d’un concert estival.

Au menu

Le programme quant à lui met en lumière tantôt des classiques de la variété française en rendant hommage à des artistes comme Charles Aznavour, Jacques Dutronc ou Eddy Mitchell. Mais aussi des incontournables du répertoire jazz international avec des titres comme Cheek to Cheek, Birth Of The Blues ou All of Me. Et alors qu’un programme était dédié aux « Grandes Voix » (Frank Sinatra, Michael Bublé, Michel Jonasz…) l’année dernière, pour ce nouveau cru, ce sont les Vieilles Canailles qui sont mises à l’honneur avec toujours, une partie cuivre comme pilier pour l’interprétation, et de l’improvisation au cours du concert.

Ainsi, Daniel Scaturro, leader du big band et musicien émérite, promet un événement convivial et familial : « Nous jouons avant tout pour le plaisir, celui de la salle… et le nôtre ! ».

BAPTISTE LEDON

Aubagne Jazz Band
1er septembre
Esplanade de Gaulle, Aubagne
aubagne.fr

Dans le Vaucluse, des villages de toiles 

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© A.G.

Juillet, août, les nuits sont courtes mais bien remplies. Dans les villes, festivals, projections en plein air offrent au public films longs et courts, récents ou plus anciens, fictions ou documentaires. Dans les villages aussi, le cinéma s’installe pour une soirée ou plus. Un grand écran sous les arbres, des chaises dans un champ ou un place et quand la nuit tombe, la projection peut commencer. Des soirées conviviales à l’initiative de bénévoles, cinéphiles,  passionnés ne comptant ni leur temps, ni leur énergie comme dans ces trois villages du Vaucluse.

Buoux 

Les Rendez vous d’Agnès, jeune association créée en 2022, a pour but d’organiser chaque été un petit festival en hommage à Agnès Varda, avec le soutien de sa fille, Rosalie Varda. Ainsi ont été proposés du 19 au 23 juillet plusieurs films dont  Les Glaneurs et la Glaneuse et Varda par Agnès qui ont permis à plus d’une centaine de spectateurs de (re)visiter l’œuvre de cette cinéaste, photographe et artiste visuelle. L’ambiance est conviviale sous les arbres, à coté de l’imposant château de Buoux, où ont été installées tables et chaises. On boit un coup, on déguste les plats concoctés par les bénévoles, on parle de cinéma ou de la vie.

Rustrel 

C’est une association qui va fêter ses vingt ans, Pays d’Apt en vidéo, qui, en plus des ses nombreuse activités tout au long de l’année, organise chaque été une projection de courts métrages sur la place du village. Toujours la même démarche : permettre des échanges entre les  habitants du Pays d’Apt. En ce 14 aout, au programme, sept courts métrages, trois fictions dont l’hilarant Walking on the wild side d’Abel et Gordonet le touchantPinces à lingesde JoëlBrisse ainsi quequatre documentaires dont Le semeur de notes de C. Lefebvre et M. Snurawa. Plus de 160 personnes ont assisté avec bonheur à cette soirée et se sont donné rendez vous le lendemain… à Viens

Viens 

Ce n’était pas sous les étoiles mais dans l’église romane que s’est déroulée une superbe soirée à l’initiative de quatre associations dont Pays d’Apt en vidéo et Rencontres Viens. Un événement sous le signe de la musique avec Bach pour tous, le documentaire passionnant de Jacques Mitsch, un voyage musical dans les pas du chef d’orchestre toulousain Michel Brun qui consacre sa vie à Jean-Sébastien Bach et à la transmission de son œuvre le plus largement possible. On y suit en particulier la création du concert Bach to Africa. Et cerise sur le gâteau : deux protagonistes de son film, la chanteuse malienne Fanta Soyon Sissoko et le musicien Adama Keita étaient présents et ont enchanté les quelque 180 personnes les faisant danser tard dans la nuit. 

ANNIE GAVA

À Art-o-rama, l’art contemporain tient salon

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In situ Fabienne Leclerc, Romainville - Grand Paris, Art-o-rama 2022

La dix-septième édition d’Art-o-rama prend ses quartiers sur près de 4000 m2 de lieux d’exposition dédiés : le temps fort produit par l’association résidente Fræme devient peu à peu une étape incontournable sur le parcours des galeristes et des acheteurs d’art, mais aussi des amateurs d’art contemporain. Un salon qui demeure original, dans sa façon d’allier l’intérêt privé – le marché de l’art demeure un haut lieu de spéculation – et un esprit associatif, de service public, en accord avec son financement par les collectivités.

Les quatre journées sur lesquelles se déploie son programme s’annoncent titanesques : 60 exposants, dont 41 galeries, 17 éditeurs d’art et de design et deux project-spaces venus de tous les coins du globe. L’accès demeure libre et gratuit pour cet événement qui se pense non pas comme une brochette de stands foire, mais comme un véritable temps et lieu d’exposition. Temps qui favorise non pas les institutions les plus installées, mais les acteurs et actrices les plus prometteurs du secteur : les galeries londoniennes Nicoletti et Public Gallery ou encore les barcelonaises Bombon et ADN Galeria.

Une boussole pour la région

Les exposants affluent en effet de tous bords, et tout particulièrement du continent américain : on compte parmi les galeries invitées les Bibeau Krueger et Someday de New York, la Good Weather de Chicago, la Galería Mascota de Mexico, la Grant Wahlquist de Portland, la Parc Offiste, Eli Kerr de Montréal. D’autres nous arriveront de contrées européennes plus éloignées : l’Import Eexport de Varsovie, l’Artbeat de Tblisi ou encore l’Eins de Limassol…

Mais ce qui distingue encore aujourd’hui Art-o-rama de la plupart des salons d’art contemporain internationaux demeure sa volonté de donner la parole à de jeunes artistes plus que prometteurs, et comptant tout particulièrement dans la vie locale. L’édition de cette année mettra ainsi en avant l’artiste HaYoung, lauréat·e du prestigieux Prix Région Sud 2022, qui sera présente du jeudi 31 août au dimanche 3 septembre pour dédicacer son ouvrage au stand spécialement dédié dans la Cartonnerie. L’artiste coréen·ne née en 1993 en Corée du Sud y présentera son travail axé sur les manifestations numériques et l’effrangement des frontières discursives et figuratives.

Un programme à la croisée des angles

Le salon démarre ainsi le 31 août avec une présentation spéciale du travail réalisé au Cirva par Mathilde Rosier, installé sur la façade du Centre de Conservation et de Ressources du Mucem, de 14h30 à 16 h. 

Il se poursuit avec une discussion menée par les collectionneurs collectionneuse Iordanis Kerenidis, Piergiorgio Pepe et Josée Gensollen autour de l’Ethique du collectionneur de 16h30 à 18 h. À 19 h, l’artiste marseillaise Anne-Lise Coste proposera une performance. Avant que sept portraits filmés d’artistes ne soient projetés à 20 h, en partenariat avec le Réseau documents d’artistes : on y retrouvera le collectif Les Ateliers, Radmila Dapic Jovandic, Clovis Deschamps-Prince, Olivier Millagou, Jurgen Nefzger, Emmanuelle Rosse et Emmanuel Simon.

Le 1er septembre accueillera dès 14 h  YourArt autour du thème « L’IA, source de création et d’inspiration ? » en compagnie de Stéphane Lévy, Hugo du Plessix et David Fathi. À 16 h, une sélection de film Fluxus sera projetée. Elle sera suivie à 17h30 d’une discussion autour des « différentes économies de création, de production, de diffusion et de conservation du cinéma expérimental face à celles des films d’artistes », rencontre modérée par Pip Chodorov et accueillant pour intervenant·e·s Josée Gensollen, Pascale Cassagnau et Ben Russel

Les rencontres du 2 septembre se concentreront autour du travail de Jean-Baptiste Perret à 14h30, puis de rencontres proposée par la revue Figure Figure autour d’artistes français et britanniques. Et celles du 3 septembre autour du collectif marseillais Labo L’Argent à 14h30, avant que Lou Villapadierna et André Fortino ne concluent la journée sur leur performance intitulée Les enfants ont les dents diagonales

La poétesse Cécile Mainardi et l’artiste franco-vietnamien Truc-Anh signeront également leurs ouvrages respectivement à 15 h et 16 h. 

SUZANNE CANESSA

Art-o-rama
Du 31 août au 3 septembre
Friche la Belle de Mai, Marseille
art-o-rama.fr

L’illusion du dessin 

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© Reeve Schumacher Postcard serie Celestial dome 2023 - Galerie LHOSTE

Parmi les nombreux effets visuels qui influent sur notre vision, la paréidolie est un phénomène très intéressant. Avec son étymologie grecque, signifiant littéralement « au lieu de l’image », ce mot renvoie à une déformation que notre cerveau impose à notre œil, nous conduisant à « voir » dans un paysage, un nuage, le marc de café, une tache d’encre, des objets ou des êtres qui n’y sont pas : un cheval au galop dans le ciel, une momie de pharaon posée sur la crète de la Sainte-Victoire, un papillon sur un papier maculé d’encre de Chine. Le dessin, en lui-même, n’est-il pas la trace de nos paréidolies ?

C’est ce terme qui a été choisi, il y a déjà dix ans, pour désigner ce salon dédié au dessin sous toutes ses formes. Une manifestation qui ouvre, avec Art-o-rama [lire p.IV], la rentrée de l’art contemporain à Marseille. Dans un esprit de complémentarité, mais aussi dans l’affirmation de l’importance d’une certaine figuration, de l’importance du travail et de la technique, d’un artisanat des artistes, qui sont souvent des femmes. 

La dynamique des femmes

Piloté par une équipe féminine de choc – Martine Robin, directrice du Château de Servières, Françoise Aubert, art consultant, Michèle Sylvander, artiste, Cassandre Gil coordinatrice, Paréidolie réunit au Château de Servières, sous la présidence de Jean de Loisy, historien d’art – Pareidolie invite quinze galeries françaises et internationales. Et propose une programmation associée avec cartes blanches, artiste invitée, dessin vidéographique, rencontres : la dynamique créée est telle que le concept s’étend sur toute la côte méditerranéenne de Nice à Perpignan, grâce à « la saison du dessin » qui programme des expositions de dessins de septembre à décembre 2023 dans une trentaine de lieux partenaires.  Une grande exposition est prévue au Musée d’art contemporain de Marseille (Mac), Le sentiment du dessin, concoctée par Chiara Parisi (Les Musées de Marseille), Jean de Loisy et Gérard Traquandi. Les échos inachevés  présenteront des formes du dessin vidéographique au Mac et sur le Salon sous le commissariat de Jan-Philipp Fruehsorge. 

Quant à l’artiste invitée, Diane Guyot de Saint Michel, qui vit et travaille à Marseille, elle base sa démarche artistique sur la parole, élaborant son œuvre sur « le partage du savoir et la co-construction ». Cherchant un « territoire d’entente » construit avec les personnes qu’elle invite, pour produire du sens. 

Cartes blanches

Pour sa dixième édition, Paréidolie offre une carte blanche au Frac Sud qui est un partenaire historique. Avec « Phantasmagora », Muriel Enjalran, sa directrice, renouvelle le rendez-vous annuel du Fonds régional d’art contemporain qui célèbre son quarantième anniversaire et les dix ans de son bâtiment à la Joliette. 

Parmi les quelques cinq-cents œuvres dans le champ du dessin rassemblés par le Frac, les œuvres de quatre artistes femmes seront exposées : cartes marseillaises de Cathryn Boch, traces urbaines presque effacées d’Ilana Salama Ortar, dessins quotidiens de Michèle Sylvander et surréalistes de Karine Rougier. Ces quatre visions puissantes issues d’artistes de générations différentes s’orchestreront dans le « processus paréidolien » qui privilégie une proximité avec les œuvres et les artistes et s’attache à travailler sur les enjeux d’un art en expansion, « nous projetant dans un futur artistique des plus stimulants » (Muriel Enjalran). Une autre carte blanche sera donnée au Centre d’art contemporain de Châteauvert (Come di Meglio & Eve Pietruschi) grâce au commissariat de Lydie Marchi.

Ajoutez la librairie éphémère (grâce à Histoire de l’œil), le « Photomaton » (portraits en direct par Susanne Strassmann), la présentation de jeunes artistes, déjà diplômés ou étudiants de l’École(s) du Sud, les prix, les résidences croisées, les acquisitions de Paréidolie à La Cartine… Le monde se poétise en « incroyables Florides » affirme à la suite de Rimbaud Jean de Loisy ! 

MARYVONNE COLOMBANI

Paréidolie
Du 1er au 3 septembre 
Château de Servières, Marseille
04 91 85 42 78 
pareidolie.net

Sur la plage, la Guinguette débarque

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Guinguette Sonore © Laurent Bruguerolle

« Cabaret populaire » où l’on pouvait aussi se restaurer, le terme « guinguette » existerait depuis le XVIIe siècle. Peu à peu, ces petits établissements accueillirent les bals musette, et essaimèrent de la banlieue parisienne à la France entière. À Istres, en 2017, le concept fut repris par des amoureux du rock qui investirent la plage de la Romaniquette pour une Guinguette Sonore qui s’est transformée grâce à ses capacités à réunir des groupes locaux, nationaux et même internationaux et à multiplier les découvertes, jusqu’à devenir LE festival rock les pieds dans l’eau, soutenu de manière indéfectible par une équipe de bénévoles passionnés, des techniciens hors pair et des artistes que la formule séduit. 

On monte le son

La sixième édition du festival « monte le son » et s’implante plus fortement encore dans le paysage des musiques actuelles. Nouveauté de l’année, une exposition basée sur le principe de la photo interactive (réalité augmentée en un mixage d’interviews, de données chiffrées et de documents photographiques) intitulée Eclipse de l’une s’attachera à présenter les femmes qui œuvrent dans le domaine des musiques actuelles teintées de rock. 

Quelques noms pour vous donner envie ! La pop mutante de Social Dance, groupe de Marseille composé de trois amis, Faustine, Thomas et Ange, jouent avec l’absurde, captivent par leurs rythmiques et convoquent un humour décapant. Venu de Rouen, We hate you please die, manie un punk explosif et libérateur s’attaquant aux sujets sociétaux et au patriarcat, tandis que Madam de Toulouse déploie un rock aux guitares rugissantes et déverse une énergie bouillonnante sur des mélodies d’une efficacité redoutable. Il y aura aussi Fauzenz, Sovox, Hide, Les Blindtests de Nina et Simone, Neurotic Strangers, Send me love letters, This will Destroy Your Ears et Pinpilinpussies. Le tout conserve le même mot d’ordre festif : « Bière, poulpe and rock&roll ! »

MARYVONNE COLOMBANI

La Guinguette Sonore
Les 1er et 2 septembre
Plage de la Romaniquette, Istres
laguinguettesonore.fr

Danse, rap et graff à Marseille

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© Hip Hop Non Stop

L’événement majeur mêlant hip-hop, rap et graff revient pour une troisième édition du 30 août au 2 septembre. Hip-Hop Non-Stop continue de se développer et propose quatre jours de festivités gratuites afin de mettre en lumière les cultures urbaines de Marseille. Le festival se déroule au Théâtre Silvain (7e) avec la seule soirée payante autour de Rim’K mais aussi, gratuitement, l’esplanade de la Major (2e) pour une séance ciné, sur la Plaine avec les lauréats d’un appel à candidature, ou pour la première fois, lors de sa soirée de clôture, au sein de la Cité des arts de la rue (15e). Cédric Claquin, directeur opérationnel d’Urban Prod, compagnie à l’origine de cet événement, revient sur la programmation de cette nouvelle édition.

« On essaie de proposer des choses qui nous font plaisir » explique-t-il. « L’année dernière on était un peu déçu de ne pas avoir pu développer plus de graff, l’équilibre entre les trois principales disciplines doit être respecté et c’est selon moi chose réussie pour cette édition. »

Des critères divers

« On souhaite jouer avec la curiosité des festivaliers et de ne pas être dans la surenchère des têtes d’affiches. On propose de nouvelles découvertes artistiques à ceux qui ont cette curiosité de venir voir ce qu’il se passe ». Et d’ajouter : « on essaye aussi de mettre en avant des personnes de quartiers populaires ou exilés de leur pays, sans avoir à transiger avec la qualité artistique. »

Autre ambition, et pas des moindres quand on parle d’un milieu du hip-hop très masculin, la recherche de la parité femme-homme. « À ce sujet, je suis satisfait de là où on en est. Sur les 42 artistes programmés, 21 sont des femmes donc on peut dire que l’objectif est accompli. Quand je vois que de gros festivals ne font que 15% je suis satisfait de notre travail. »

Des attentes 

Avec cette nouvelle édition, Cédric Claquin entend donner une place plus importante à la danse, car pour lui « il faut réconcilier le rap et la danse ». Une volonté qui se traduit avec l’invitation de la compagnie Hylel et son spectacle Bach Nord, « une réponse directe à l’image renvoyée par le film de Cédric Jimenez Bac Nord ».

C’est d’ailleurs dans le 15e arrondissement, au sein de la Cité des arts de la rue, que la soirée de clôture se tient. « Ce n’est évidemment pas un choix anodin. On a cette volonté de se rapprocher des quartiers Nord pour donner envie aux jeunes de venir voir ce que nous proposons. » Avec l’espoir que « le public habitué au centre-ville soit lui aussi au rendez-vous. »

BAPTISTE LEDON

Hip-Hop Non-Stop
Du 30 août au 2 septembre
Divers lieux, Marseille
hiphop-nonstop.fr

Tu mets un short ?

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Au Mucem, l’exposition Fashion folklore explore les liens de la haute couture et du costume populaire. Visiblement les (très très) riches l’ont compris : les usages vestimentaires du peuple sont source d’inspiration de leurs collections hors de prix, et l’alliance de la paille et de la soie est très hype. Plus pragmatiquement, les classes populaires de toutes les nations savent alléger les contraintes des vêtements de travail, alors que les vêtements « de soirée » visent avant tout à l’asservissement des corps. Ceux des femmes, mais pas que. 

Car voici qu’en ces temps rentrée, caniculaire comme jamais, on voit ressurgir dans nos villes ces travailleurs en chemise blanche qui suent à grosses gouttes, et mettent la clim à fond. Ils n’en sont pas encore à la cravate et à la veste, qu’ils ne remettront que plus tard, comme les symboles acceptés des travailleurs en laisse et en armure. Mais ils s’imposent, en croyant sincèrement qu’il s’agit d’une marque de respect des autres, de porter des pantalons lourds, des manches serrées au poignet, des chaussettes dans des chaussures fermées… par 40 degrés à l’ombre.

Messieurs, votre clim enrhume vos collègues, les femmes qui profitent de l’été pour laisser leur chair respirer n’en peuvent plus de vos bises collantes et, hélas, de vos odeurs. Vos mollets, vos avant-bras touffus, vos orteils, les indiffèrent au mieux, les attirent au pire (ou est-ce l’inverse pour vous ?). Bref, le temps des culottes courtes n’est pas seulement celui de l’enfance, et personne ne remettra en cause votre statut d’adulte si vous mettez un short. 

Travailleur·se·s de tous les pays, unissez-vous !

Vous ne risquez rien à vous découvrir et les femmes vous comprendront : certaines ont lutté et luttent encore pour s’affranchir des talons, des soutiens-gorge à baleines et des jupes qui empêchent de croiser les jambes. Celles qui en portent encore, voire se couvrent davantage, savent qu’elles ne peuvent courir à vos côtés après les bus malodorants qui les emmènent au boulot. Quand vous ne préférez pas la voiture, avec la clim à fond. Ou la SNCF, qui doit avoir passé un accord occulte avec les labos pharmaceutiques tant la clim y est soit en panne, soit trop forte. 

Sandales plates, short et t-shirt pour tous et toutes ! Travailleurs et travailleuses, nous vous appelons à rejoindre notre cause sur toncollegueenshort.com. Il est temps de changer de paradigme, d’arrêter les clims, de soutenir les politiciens de gauche qui étouffent sous les uniformes qu’on leur impose dans les assemblées. De sauver la planète et le système de santé français, obéré pas les paradoxaux rhumes d’été. 

AGNÈS FRESCHEL