lundi 6 juillet 2026
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RENCONTRES D’AVERROÈS : Déterrer l’Empire 

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© X-DR

Les guides du routard ne sont pas dépourvus de sites archéologiques antiques et médiévaux sur la scène méditerranéenne. L’occasion de contempler la marque encore décelable des grands empires, en Afrique, en Europe ou en Asie. Les vestiges du phare antique d’Alexandrie en Egypte, le Colisée à Rome ou encore la découverte d’un chaland de trente mètres de longueur dans le port d’Arles, surnommé « petite Rome des Gaule », témoignent à leur manière d’un passé impérial.

Istanbul, capitale d’Empires

Comment évoquer les influences architecturales impériales toujours présentes sans parler de la métropole culturelle turque ? Istanbul, anciennement Byzance puis Constantinople, cœur à la fois des empires byzantin et ottoman. Quels mystères demeurent enfouis dans cette ville majestueuse et emblématique de la Turquie ? Que révèlent ses monuments sur les multiples récits qui ont traversé les siècles de l’histoire de la ville ?

Istanbul, joyau de l’empire Byzantin, sert de modèle à toutes les capitales du Proche-Orient médiéval. Aujourd’hui resplendit toujours le plus illustre de ses monuments, la cathédrale Sainte-Sophie. Ses coupoles et mosaïques en font une merveille architecturale, qu’elle soit une basilique chrétienne, mosquée ou musée. Elle incarne le symbole du mélange des cultures entre Orient et Occident, et des transformations de la ville au travers du temps.

Après la prise de Constantinople par les Turcs en 1453, la ville prend le nom d’Istanbul, affirmation du triomphe islamique. Elle conserve sa richesse cosmopolite tout en subissant des transformations notables, marquées par la construction de nombreuses mosquées, bibliothèques, mausolées, bains, fontaines, châteaux forts, et palais. La Mosquée Bleue et le palais Topkapi, contribuent par exemple à faire d’Istanbul une des plus riches cités du monde musulman. 

L’histoire des empires se révèle à travers les vestiges archéologiques, qui agissent comme source primaire de l’historien, une mémoire, témoignant des grands moments de notre passé.

APOLLINE RICHARD

RENCONTRES D’AVERROÈS : « Périsse la réalité, pourvu que les principes survivent »

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Gabriel Martinez-Gros © DR

Zébuline. Étant donné le thème de cette 30e édition des Rencontres d’Averroès, et de la thèse développée dans votre dernier livre, peut-on dire que « tout empire périra, mais continuera sous forme de religion » ?

Gabriel Martinez-Gros. Voilà c’est bien ça ! L’empire de dieu est la conséquence de l’empire des hommes et c’est là que les choses deviennent complexes. Dans le sens où les valeurs sont les mêmes. Les deux grandes valeurs de l’empire sont la paix – à laquelle nous avons donné depuis 2000 ans une connotation religieuse, mais qui a une origine impériale avec la pax romana – et l’universalisme. Avant que les religions ne s’adressent à tous sans distinction, les empires font de même. 

Comment est-ce que vous interprétez le lien entre la Méditerranée et les empires?

La Méditerranée est très intéressante. Car il y a dans l’histoire, depuis 2000 ans, fondamentalement deux empires. Il y a l’empire de l’est qui est la Chine, de façon constante. Puis il y a l’empire de l’ouest qui est en revanche beaucoup plus incertain dans ses limites géographiques. La grande nouveauté qu’introduit l’empire romain c’est de déplacer le centre de l’empire achéménide, en lui ajoutant la Méditerranée occidentale. C’est l’Empire romain qui fait la Méditerranée. 

Vous parlez dans votre dernier livre d’une « nouvelle émergence religieuse », à quoi s’apparente-t-elle ? Pourriez-vous donner un autre exemple que celui de l’antiracisme ?

C’est ce qu’on appelle le wokisme, c’est-à-dire l’entrée dans le royaume de l’anathème en contrepartie de l’impuissance réelle. Le système de valeurs se sépare alors de la réalité de l’action. Les actes ne comptent plus, seuls les mots ont de l’importance. La religion pendant 2000 ans n’a presque jamais évité la moindre guerre, et ce n’était pas l’important. Les guerres peuvent avoir lieu mais l’essentiel c’est que les ONG aient le droit de les condamner et d’appeler à la paix. Que cette paix soit impossible, ça n’a aucune importance ! Périsse la réalité pourvu que les principes survivent. Si je parle de l’antiracisme c’est parce que c’en est un exemple central. Devant l’échec politique de l’antiracisme, celui-ci a changé de nature. On est passé d’un programme politique pour combattre le racisme à un problème éternel. Cela devient donc par définition un problème religieux, que le gouvernement des hommes ne peut pas résoudre, pas plus que le christianisme ne peut résoudre le mal. Dès lors que vous avez accepté cela, vous êtes beaucoup mieux car vous avez accepté qu’on ne peut rien faire ! C’est la solution que l’Occident a adopté pendant quinze siècles. Il a adopté le christianisme en se disant que les choses essentielles n’étaient pas dans l’ordre du monde tel que l’imposait l’empire, mais dans le salut individuel. Il est évident que nous allons vers les mêmes échelles de valeurs, le salut de l’individu sera le plus important. La cité sera très largement abandonnée aux violents. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR RENAUD GUISSANI


AU PROGRAMME
À l’occasion de la première table ronde animée par Jean Christophe Ploquin, intitulée « Empires de Dieu contre empires des hommes », Claire Sotinel, Arietta Papaconstantinou, Annliese Nef et Gabriel Martinez-Gros, débattront de la Méditerranée au prisme de son histoire longue. 

Les Rencontres d’Averroès, 30 ans pour p(a)nser la Méditerranée

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11 novembre. C’est une journée automnale où la pluie tombe dans les ruelles de Marseille. Une effervescence inhabituelle s’échappe du théâtre des Bernardines. Les Marseillaises et les Marseillais s’entassent devant l’entrée pour tenter de s’y engouffrer et écouter les débats passionnés qui jaillissent de la salle. Une imposante affiche se distingue fièrement avec pour inscription :  « Les Rencontres d’Averroès – 1994 ».

Une première dans la Cité Phocéenne et un pari fou que Thierry Fabre s’était lancé : organiser un événement, un lieu de rencontres pour penser la Méditerranée des deux rives. Ainsi naissent les Rencontres d’Averroès. « A ma grande surprise, c’était plein à craquer. C’était une véritable université populaire ! », se remémore avec nostalgie le fondateur. Par manque de place, l’évènement se délocalise vers le théâtre de la Criée l’année suivante, preuve de sa réussite.

Trente ans plus tard, il est l’heure pour lui de laisser sa place. A 63 ans, Thierry Fabre, a décidé de quitter la présidence des Rencontres pour se diriger vers d’autres « salves d’avenir » loin de l’effervescence marseillaise. Le trentième anniversaire des Rencontres, placées sous le signe des empires, est l’occasion de dire au revoir à ce « sacré pionnier » à en croire Fabienne Pavia, co-directrice de Des Livres comme des Idées, association qui reprend l’organisation de l’événement. 

L’emblème Averroès, héritage des Rencontres

Encore aujourd’hui, le succès ne faiblit pas. Au total, plus de 350 intervenantes et intervenants ont participé à ces rencontres qui ont débattu devant plus de 800 personnes réunies à chaque débat. Les Rencontres d’Averroès, ce sont quatre tables rondes réunissant chercheuses et chercheurs, penseuses et penseurs, historiennes et historiens autour d’une grande thématique. Avec une seule consigne : ne pas lire ses notes. Véritable « agora contemporaine » selon les mots de Thierry Fabre, le débat est alors ouvert autant entre spécialistes qu’avec le public, jamais à court de questions. Même les plus polémiques.

Si cet évènement a eu autant de retentissement, c’est parce qu’il traitait d’un héritage impensé, celui des sources arabes de la culture européenne. Il y a trente ans, seules les origines romaines, grecques et judéo-chrétiennes étaient valorisées, comme fondatrices des valeurs de l’Europe.  « L’héritage andalou », premier thème des Rencontres, vient poser la question de cette Andalousie au pluriel, une région espagnole au carrefour des civilisations latines, arabes et juive. La tâche est grande : réévaluer le poids des héritages culturels et démystifier le terme « arabe », chargé de pathos.

Une Andalousie également symbolisée par la figure emblématique des Rencontres : Averroès, ou Ibn Rochd. Philosophe et juriste andalou éminent, il a joué un rôle significatif dans l’évolution de la pensée critique au sein de l’islam bien que sa contribution ait été négligée dans la philosophie européenne. C’est lors d’un entretien avec Alain de Libera, et son ouvrage Penser au Moyen-Âge (1991) que Thierry Fabre choisit Averroès comme emblème. Un choix qui prend tout son sens. 

Depuis cette première édition, les Rencontres ont parcouru du chemin. Son acmé reste 2013, année où Marseille devient capitale de la culture. Après ce paroxysme, Thierry Fabre est envahi d’un doute. A-t-il fait le tour ? S’il a pensé ne plus pouvoir se renouveler, le président a compris, lors des attentats de 2015, que l’événement est d’autant plus utile dans une période d’incertitude, où l’hérésie triompherait de la raison. Face à tant de doutes de la part du public marseillais, il est primordial de garder les Rencontres pour continuer à donner des clés de compréhension d’un monde méditerranéen en perpétuel mouvement.

A chaque obstacle, sa solution. Suite aux attentats, Thierry Fabre agit et s’associe avec l’association Des livres comme des idées en 2016 pour donner un nouveau souffle aux Rencontres. Rebelote face à la crise du Covid. L’idée d’un podcast émerge pour faire vivre en ligne ce qui n’a pas pu être tenu en présentiel. Après autant d’années, le lieu reste pourtant le même : la cité phocéenne.

« La Méditerranée ne se conjugue pas au passé »

Et quand on demande à Thierry pourquoi Marseille ? Il n’en démord pas : c’était comme une évidence. « Si on doit le faire quelque part, ce sera à Marseille », se souvient-il. Il était important pour lui, natif du sud de la France, de créer un « lieu de retrouvailles, de trait d’union » dans cette ville oh combien importante dans l’espace méditerranéen.

C’est dans un contexte d’« horizon de paix » que Thierry Fabre lance les Rencontres d’Averroès en 1994. Un an plus tôt, les accords d’Oslo entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin viennent d’être signés. Un espoir grandit dans le Moyen-Orient pour une paix durable entre Israël et Palestine. Trente ans plus tard, la tragédie humaine qui se joue dans la bande de Gaza plonge à nouveau cette région du monde, et le monde, dans l’incertitude. Thierry Fabre déplore désormais la prééminence d’un « horizon de guerre ».

En résistance à  l’actualité anxiogène, la paix s’affirme comme une valeur centrale des Rencontres. Mais ce n’est pas la seule. Le gai-savoir et le vivre ensemble en font également partie. Sans oublier le sous-titre de cet évènement : « Penser la Méditerranée des deux rives ». Il ne faut plus considérer la Méditerranée seulement comme un tombeau des anciens empires. Car pour lui, la grande bleue « ne se conjugue pas au passé ». Au contraire, tout l’enjeu est de penser l’avenir. 

Les Rencontres au futur

Quant aux Rencontres, son futur s’écrit désormais avec l’association Des Livres comme des idées qui co-porte déjà le projet depuis 2016. « Thierry s’en va mais ça continue ! » annonce joyeusement Fabienne Pavia, sa co-directrice aux côtés de Nadia Champesme. De la continuité, certes, mais de la nouveauté également !

Le changement vient d’abord du fonctionnement interne. Exit la présidence solitaire, place à une direction collective de 3 à 4 personnes aux profils variés. La parité est aussi un objectif tout à fait réalisable dans la mesure où « de plus en plus de femmes accèdent à des postes à responsabilité dans les universités ». Les personnes qui feront partie de cette direction ne sont pas encore connues mais Fabienne Pavia et Nadia Champesme admettentqu’elles resteront proches du noyau décisionnel de ces Nouvelles Rencontres d’Averroès.

Parmi les nouveautés, Fabienne Pavia évoque la volonté de relancer le Collège de Méditerranée. Abandonné lors de la pandémie de Covid-19, il s’agissait d’une université populaire avec des conférences et des projections cinématographiques toute l’année et dans toute la région. De Nice à Avignon ou de Toulon à Gap, les Rencontres d’Averroès vont à nouveau sortir de leur périmètre marseillais.

Des masterclasses sont également à l’étude dans le but d’atteindre un public plus jeune, véritable axe de développement des Nouvelles Rencontres. Averroès Junior, partie de l’événement construit avec des classes de collège et de lycée, s’inscrit déjà dans ce dessein. Il est même prévu de créer des formes live de concerts et des émissions de radio pour attirer ce public si volatile. « Le jour où il y a un de ces jeunes qui dit à ses parents : « venez, on va dimanche à la conférence », c’est gagné », confie Nadia Champesme. 

Les fondamentaux des Rencontres sont, évidemment, conservés : des conférences à la programmation culturelle le soir en passant par Averroès Junior. L’esprit aussi reste. Et à Thierry Fabre de le résumer ainsi : « On se grandit à partir de belles rencontres. »

Liza Cossard & Garis Gentet

RENCONTRES D’AVERROÈS : « Le poète est l’infini conservateur du visage des vivants »

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René Char © CC

Zébuline. « Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience », disait René Char. Est-ce que cette phrase pourrait résumer sa pensée poétique et politique ?

Olivier Belin. C’est vrai que c’est une phrase très significative. Je dirais que l’œuvre de Char  est située au cœur des grands enjeux du XXe siècle parce qu’il a connu les mouvements d’avant-gardes comme le surréalisme, évidemment la Seconde Guerre mondiale dans laquelle il a combattu en tant que résistant. Il s’est affronté à la question du totalitarisme. Il est aussi précurseur dans les combats écologiques car il a pris très tôt conscience de la fragilité des milieux dans lesquels nous vivons. Sa poésie est une volonté de résister à toutes les formes d’obscurantisme et de toujours affirmer la vie. Il a cette phrase qui le résume bien : « le poète est l’infini conservateur du visage des vivants ».

« Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la Beauté. Toute la place est pour la  Beauté»

René Char

Vous avez écrit « l’actualité tragique de l’histoire rend insupportable toutemanifestation littéraire et impose le silence au poète » ; Pourtant Char n’a jamais cessé d’écrire,n’est-ce pas un peu contradictoire?

Effectivement, lorsqu’il s’engage dans le maquis, il ne cessera pas d’écrire. En réalité, il écrira   des poèmes, en particulier le recueil Seul demeure paru en 1945. C’est un recueil qui, par certains aspects, est un peu testamentaire. Il veut élever un monument à la poésie au cas  où il viendrait à mourir. Au début des années 1940, il hésite encore à publier mais va peu à peu   renoncer parce qu’il faut, premièrement, passer la censure de Vichy et il ne veut surtout pas faire ça. Il ne veut pas non plus écrire dans les revues de la Résistance parce qu’il ne se reconnaît pas dans la poésie qui s’y publie. C’est là qu’intervient son silence. Finalement, la période est tellement ignoble qu’il se dit que seul le combat compte et que s’il doit publier, ce  sera une fois libéré. Une fois que la parole sera véritablement libre.

« Obéissez à vos porcs qui existent, je me soumets à mes dieux qui n’existent pas ».

René Char

Est-ce une forme de résistance, pour lui, que d’avoir voulu s’affranchir de l’image de  « poète résistant » et de la légitimité qu’elle confère?

Quand il publie ses recueils, Seul demeure en 1945 et Feuillets d’Hypnos en 1946, il ne veut  pas apparaître comme un poète de la Résistance de la même manière que Louis Aragon ou Paul Éluard.  De fait, c’est un poète résistant, il appartient à la Résistance. Cela lui donne une légitimité et un écho qui va le faire connaître. Mais il dira qu’avec Feuilletsd’Hypnosil n’a pas voulu faire un  papier du type cocardier, patriotique ou même résistant. Il ne veut pas non plus d’une poésie  qui soit trop versifiée comme Aragon. Il a donc une forme de résistance à être assimilé à la Résistance. Pour lui, la poésie est résistance dans tous les  temps, dans tous les lieux, dans toutes les périodes historiques.

LAURY CAPLAT ET RENAUD GUISSANI

AU PROGRAMME
Le 17 novembre à 20h30 au théâtre de La Criée, l’actrice Anne Alvaro fera vivre l’expérience de sa lecture singulière du poète. En hommage à René Char, elle portera la voix et la volonté d’une liberté. Celle pour laquelle René Char, par les armes comme par les mots, s’est battu tout au long de sa vie. De sa résistance « en vers » et contre tout, la poésie de Char dit la division et l’indicible, à travers des lignes où la guerre et l’horreur sont choses fragiles. Quelle place pour la poésie en temps de résistance ? Retour sur l’histoire du  poète.

RENCONTRES D’AVERROÈS: Mademoiselle, le raï-on de soleil

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Mademoiselle © Christophe Urbain

« Le fantôme de Rachid Taha nous hante » est-il écrit sur la pochette du disque. Le spectre de cette figure populaire qui mélangeait raï algérien et rock français, décédée en 2018, plane tout au long des neuf morceaux que compte le disque. Sur la scène de l’Espace Julien (Marseille), les artistes Rodolphe Burger, Mehdi Haddab et Sofiane Saidi entendent rendre hommage à celui qui les a réunis.

Ils viennent de France ou d’Algérie. Ou plus précisément de Malakoff ou du Sahara comme le proclame haut et fort le titre éponyme de l’album. Plutôt que de mentionner Paris ou Oran, ils se concentrent sur ces périphéries oubliées voire méprisées de leurs pays respectifs. Cette ville tranquille de la banlieue sud de Paris entre en résonance avec le Sahara, désert humain où s’évaporent nos différences.

Célébrer ce qui lie et non ce qui sépare

Plus rap et politique, le morceau La Terre Feu (Que sera votre vie ?) fait peser une ambiance de western sur fond de guitare et oud électriques. La désillusion vis-à-vis de la gauche au pouvoir se fait également ressentir. Elle « essaiera de temps en temps » chante de sa voix monocorde un Rodolphe Burger désabusé. Quant à « la droite » ? Il ne prend pas la peine de terminer sa phrase comme pour signifier qu’il n’attend plus rien d’elle. 

Car le raï est avant tout politique. Symbole de l’oppression subie par les paysans fellahs de l’Ouest Algérien sous l’empire colonial français, le mot signifie « opinion » ou « jugement » selon les traductions de l’arabe vers le français. Mais il n’est pas question de traduire pour les trois compères. Les deux langues se mêlent dans une transe sensuelle alliant le rock indé d’un Rodolphe Burger au raï envoûtant d’un Sofiane Saidi sur fond d’oud électrique et électrisant d’un Mehdi Haddab.

Cet « hydre à trois têtes », comme ils aiment à s’appeler, célèbre ce qui les lie plutôt que ce qui les sépare. Leurs inspirations sont nombreuses dans ce domaine : des grands maîtres du raï comme Khaled et Cheb Mami aux figures plus contemporaines comme Acid Arab, dont la présence fut remarquée l’an passé aux Rencontres d’Averroès. À noter l’absence de voix féminines dans les influences comme sur l’album… dommage pour un groupe qui s’appelle Mademoiselle. 

GARIS GENTET

Mademoiselle
18 novembre à 20 heures
Espace Julien, Marseille

RENCONTRES D’AVERROÈS : En quête de transe, en danse ? 

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© Cyril Zannettacci

Les Rencontres d’Averroès ont préparé une célébration grandiose pour célébrer leur 30e anniversaire, clôturant ainsi ce week-end culturel en apothéose. Car en invitant les derviches tourneurs avec Noureddine Khourchid, célèbre voix de la mosquée des Omeyyades de Damas, c’est tout un pan de la culture soufie qui prend place sur la scène du Silo ce 19 novembre à Marseille. 

Ce spectacle trouve ses racines dans la tradition soufie Mevlevi (ou Mawlawiyya) en Turquie. Dans cette religion, les croyants se réunissent pendant le Sama, une cérémonie où la musique et la danse ont une place centrale. Ici, les chants religieux sont dédiés à l’amour du prophète et destinées à offrir à ceux qui les écoutent une aspiration spirituelle. Cette tradition a perduré tout au long des siècles par la transmission de père en fils, et ses chants résonnent encore aujourd’hui en harmonie avec la danse tourbillonnante des derviches tourneurs. Une coutume qui reste, toutefois, réservée aux hommes. 

Une expérience visuelle unique

De Paris à New York, la danse enivrante des derviches tourneurs rayonne désormais à l’international, devenant même une attraction touristique prisée dans certaines régions. Un succès qui s’explique d’abord par cette danse tournoyante, offrant une expérience visuelle unique pour les spectateurs. Et leurs costumes identifiables, parés de blanc et composés de robes et de chapeaux coniques.

Parmi les rares groupes à perpétuer cette tradition millénaire, les derviches tourneurs de Damas demeurent l’un des seuls à maintenir vivace cet héritage ancestral. Le 19 novembre prochain, les danseurs, Yazan Al-Jamal, Ahmad Altair et Hatem Al-Jamal, enchanteront le public avec leur performance. Les chants harmonieux des cinq munshid retentiront dans l’enceinte du Silo. Au son des mélodies hypnotisantes du oud de Mohamed Kodmani, et du daff des musiciens Mohamed Kahil et Hamdi Malas, les spectateurs seront transportés sur l’autre rive de la Méditerranée le temps d’une soirée. 

LIZA COSSARD

Noureddine Khourchid et les derviches tourneurs de Damas
19 novembre
Silo, Marseille

Les chants des enfants morts

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En ce 14 novembre 2023 le Festival Musiques Interdites dédie les Kindertotenlieder, les Chants de enfants morts de Gustav Mahler « à tous les enfants victimes », refusant de dire un mot de plus, de nommer même des différences. 

Ils ne font pas exception. La veille au Camp des Milles il était question de l’antisémitisme génocidaire ; Films Femmes Méditerranée le 22 novembre invite Hiam Abbas à retourner à Tibériade, le Théâtre Joliette programme un temps fort palestinien, et Milk, bouleversante tragédie des mères palestiniennes qui pleurent leurs enfants morts et leurs corps vidés, leur seins inutiles…

La tragédie de cet Orient si proche est sur toutes nos scènes, programmées bien avant le 7 octobre, comme si une fois de plus les artistes avaient pressenti et anticipé les gouffres du réel. La réponse politique à cette clairvoyance, à cette empathie sensible, reste pourtant aveugle, opposant les deux camps sans mesurer la douleur inexprimable des enfants morts. Tués par l’un ou l’autre, de l’un ou l’autre côté. 

Antisémites

Refuser le racisme et l’antisémitisme relevait il y a 40 ans, en France, du même combat. Aujourd’hui on les distingue, on les oppose, on attise les haines en perpétuant les préjugés. Ceux des antisémites ont la peau dure : intellectuel, riche, privilégié, insidieux et fuyant, le juif fantasmé est envié et le juif réel assassiné au nom de cette envie. 

Les violences antisémites ont connu des accalmies au fil de l’histoire mais le préjugé envers les juifs reste tenace et menaçant. Idiot et révélateur quand Mélenchon parle de Yaël Braun-Pivet qui « campe » à Tel Aviv. Mais tout aussi inacceptable quand elle même affirme que « rien ne doit empêcher Israël de se défendre ». Aucun peuple ne peut recevoir de blanc-seing sur ses actes à venir, et le pays hébreu en voulant échapper à la loi internationale participe à la distinction mortifère du peuple juif. 

Au-delà de l’empathie sensible des artistes, qui exprime et relaie les douleurs ineffables, il faudra pourtant construire une réponse politique à la recrudescence des actes antisémites en France, aux horreurs du terrorisme islamiste, aux crimes de l’armée israélienne. La présence du Rassemblement national et Stéphane Ravier, qui n’a jamais caché son racisme provocateur, au défilé du 12 novembre, ne contribue pas à lever les ambiguïtés et les confusions. 

À ceux-là qui ne veulent que mort et vengeance, la réponse à donner est peut-être ce poème de Frédéric Rückert mis en musique par Malher. Pour que tous les parents, tous les humains comprennent l’impérieuse nécessité de paix.

Quand ta mère apparaît à la porte,
Et que je tourne la tête pour la voir,
Ce n’est pas sur son visage que tombe mon regard,
Mais à l’endroit, plus près du seuil,
Où serait ton visage,
Si, rayonnante de joie,
Tu entrais avec elle, comme autrefois, mon enfant

AGNÈS FRESCHEL

Sarah McCoy la nouvelle Norma

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Sarah McCoy © Olivier Gestin

En première partie, la chanteuse-compositrice Liquid Jane (Jeanne Carrion) séduisait le public par la vivacité de sa voix, de ses textes, son empathie, son humour. Accompagnée de « Simon au synthé et Ben à la batterie » (ainsi les présenta-t-elle), elle proposait des chansons de son répertoire et quelques nouveautés en avant-première. Les textes renvoient au vécu, s’attachent à des détails drôles, épinglent ceux qui ont trahi leur parole, les êtres aimés puis détestés, dessinant un univers prenant servi par une voix juste et pure aux envols affirmés. Sa pop-rock-néo-soul aborde les ombres pour les transmuter en lumière. « Je suis fière de partager la scène avec Sarah McCoy, une femme aussi forte » déclarait-elle avant un dernier bis.

Diva-lionne

Il est vrai que la diva Sarah McCoy impose d’emblée une âme, un style, une approche, vivante, pugnace, mutine, blessée parfois, rebelle toujours. Seule sur scène, à genoux, elle lance son premier morceau a cappella, bouleversante de fragilité et de force. Sur le tapis électro-pop-jazzy décliné avec un talent fou par ses deux complices, Jeff Halam (basse) et Antoine Kerninon (batterie, machines), (on les avait déjà entendus en trio au Théâtre Durance en novembre 2022), sa voix puissante et nuancée déploie mots et mélodies, ostinato envoûtant d’Oracle, blues crépusculaire de Weaponize me… La vie de la chanteuse continue de nourrir ses créations soulignées par un piano qui flirte avec les ombres dans un nouveau répertoire qu’elle qualifie de « thermonucléaire », tant le bouillonnement des instruments sous-tend les incantations vocales. Le spectacle reprend les compositions de High Priestess, album qui expose « la dissection et l’interrogation de soi et de la santé mentale avec un couteau musical douloureux mais gentil » (ibid). Le refrain de Weaponize me, « each lie was just a bullet in your gun, but all it took was one, to weaponize me » (« chaque mensonge n’était qu’une balle dans ton fusil, mais il n’en fallait qu’un seul pour m’armer ») montre la jeune femme debout face aux violences reçues. Le rire homérique de la diva-lionne emporte tout, triomphe des petitesses de la vie. Si le cœur reste vulnérable, jamais l’artiste ne se pose en victime. Se moquant de ceux qui se « mettent à la place des êtres dans la peine », et serinent « I’m sorry », elle répond « I’m sorry, take it all » et se désaltère d’un verre de vin rouge disposé à côté d’elle avant de convoquer les fantômes des pianistes comme Rachmaninov au cœur d’une rêverie aux accents telluriques sur le piano. Sa première chanson en français, La fenêtre, invite les « souvenirs noirs et blancs » alors que la pluie tombe sur Paris égrenant des souvenirs douloureux. L’amour ne met pas cependant la chanteuse en état de faiblesse : elle rugit avec sa voix de blues, refait des détours par la soul, s’enracine dans la pop, orchestre les contours d’un univers personnel qui fascine l’auditeur. La musique plane, groove, s’enivre de beats obstinés, émeut, subjugue, clame une liberté qui se conquiert et c’est très beau.

MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné le 2 novembre 2023 au 6mic, Aix-en-Provence.

RENCONTRES D’AVERROÈS : L’Arménie au cœur des jeux impériaux 

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© TnK1PrD - Image généré à l'aide d'Adobe Firefly

Zébuline. Dans votre travail, vous revenez souvent sur le thème de « nostalgie d’empires ». Au sein du conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, les rôles de la Russie et de la Turquie en sont-ils des manifestations ?

Hamit Bozarslan. Concernant la Russie, il faut lire le texte de Poutine du 21 février 2022, pour déceler cette nostalgie qui est extrêmement brutale et guerrière. C’est un discours préparatif à la guerre, dans lequel il désigne deux ennemis. Tout d’abord Lénine car il aurait trahi et démantelé l’empire russe, notamment dans le cas ukrainien. Et puis il y a Gorbatchev qui aurait réitéré cette trahison. Le fait que la Caucase et l’Arménie échappent à la Russie pose aussi problème à Poutine. Pour la Turquie, les choses sont un peu plus complexes. Erdogan exprime une violente nostalgie d’empire à de multiples reprises. Il se réfère souvent à l’Empire ottoman et à la « mère patrie ». Si l’Azerbaïdjan ne faisait pas partie de l’Empire ottoman, le projet azerbaïdjanais d’Erdogan peut tout de même traduire une nostalgie d’empire qui obéit à une idée de continuité de la turcité. Pour lui, le peuple turc doit être unifié, quel qu’en soit le prix pour les autres.

L’offensive de l’Azerbaïdjan, soutenue par la Turquie, s’inscrit-elle dans une volonté de reconstituer le grand empire de la mer Noire à la mer Caspienne ? 

Il y a effectivement une dimension turque, mais aussi russe et azerbaïdjanaise dans ce conflit. On a l’impression qu’il y a une sorte de convergence entre ces trois dimensions. Dès le début du XXe siècle, on voit émerger un nationalisme assez concurrentiel. Il y a d’un côté un ultra-nationalisme azéri et de l’autre, un réveil arménien, qui se veut inter-impérial, c’est à dire agissant à la fois dans le cadre de l’empire russe, de l’empire ottoman et de l’empire persan. L’empire ottoman est finissant, en ce sens-là on ne peut pas parler de contexte impérial en tant que tel. Or, ce dernier organise le génocide arménien pour de multiples raisons. La première étant le darwinisme social, la deuxième, la peur que l’Arménie n’échappe au contrôle de l’empire ottoman. L’idée est d’éliminer les arméniens pour pouvoir homogénéiser la société. Le but de l’effacement de cette population est la réalisation du grand empire touranien, censé s’étendre des Balkans jusqu’à la Chine pour regrouper la totalité des populations dites turciques. Aujourd’hui, on a l’impression que cette idée de grand empire touranien n’est pas abandonnée, bien que celui-ci ne puisse pas être entièrement réalisé. Ainsi, l’Arménie pose problème pour l’unification continue, dans cette volonté de constituer un petit Touran, entre la Turquie et l’Azerbaïdjan. Il y a très clairement une continuité entre la logique du génocide de 1915 et ce qui se passe aujourd’hui. La troisième dimension du conflit, c’est la volonté de punition de l’Arménie par la Russie. La Russie n’a pas pu la contrôler totalement, et même si elle fait partie de son giron, ce pays a fait sa révolution et l’a confirmé par un vote démocratique au lendemain de la guerre de 2020. L’Arménie s’est ouverte vers l’Occident, notamment vers les États-Unis et s’est désolidarisée de la Russie par rapport à la guerre en Ukraine. 

« Il y a très clairement une continuité entre la logique du génocide de 1915 et ce qui se passe aujourd’hui »

À la lumière de cette actualité comme de l’histoire, comment définiriez-vous un empire 

Hamit Bozarslan.La définition d’un empire est difficile à fixer. Son principe est double. Le premier c’est qu’il y a une distinction très nette entre les gouvernés et les gouverneurs. D’un côté, il y a la catégorie de ceux qui sont autorisés à gouverner, c’est à dire une toute petite élite […] et de l’autre, une très vaste majorité de gouvernés qui n’ont ni le droit à la citoyenneté ni le droit de s’exprimer sur la trajectoire du devenir de l’empire. Le deuxième principe, c’est qu’un empire est à la fois pacifique et sur-coercitif. Pacifique parce que l’objectif de l’empire est de maintenir un équilibre économique, par exemple en prélevant des impôts pour les convertir en biens culturels ou en projets grandioses. Mais il est aussi sur-coercitif au sens où l’empire, au moment d’une crise, peut devenir extrêmement brutal. On le voit souvent, que ce soit en Chine, en Russie ou en Turquie, il y a une très violente nostalgie d’empire dans ces pays-là. Il n’y a pas d’empires en tant que tels mais les conditions impériales y sont présentes.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LAURY CAPLAT ET RENAUD GUISSANI

AU PROGRAMME
Le samedi 18 novembre à 15 heures, la journaliste à RFI Juliette Rengeval anime la troisième table ronde des Rencontres d’Averroès « Retour d’empires ? ». Au côté des quatre intervenants, Karen Barkey, professeure de sociologie (à New York), Sylvie Kauffmann, journaliste spécialiste de la géopolitique européenne, de Salam Kawakibi, directeur du Centre Arabe de recherches et d’études politiques, et de Hamit Bozarslan, il est question de la résurgence des empires et de leurs mémoires. Se dessine-t-il un « empire du chaos » sous nos yeux ? Ou existe-t-il un possible horizon commun ? L.C. et R.G.

RENCONTRES D’AVERROÈS : Liban : de pire em-pire

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Une du blog en ligne Rihla le lendemain des deux explosions dans le port de Beyrouth le 4 août 2022

S’entretenir avec Nahla Chahal n’est pas une mince affaire. Rendez-vous est pris par visioconférence « sauf si la guerre s’étend et qu’on nous coupe les connexions ». Une phrase qui fait froid dans le dos tant l’actualité au Proche-Orient se télescope avec fracas au thème choisi pour la 30e édition des Rencontres d’Averroès : « Tout empire périra ? ».

Le dimanche 19 novembre 2023 se tient la quatrième et dernière table ronde de ces Rencontres. L’occasion de s’extraire de la notion d’empire pour aller « au-delà » et tenter de trouver des « salves d’avenir » selon les mots de Thierry Fabre empruntés à René Char. D’avenir, il est peu question au Liban dans un pays où « l’on vit au jour le jour » selon Nahla Chahal, rédactrice en chef du journal libanais Assafir Al-Arabi, invitée de cette table ronde.

Pauvreté, faim et corruption

Dans un contexte de crise politique et économique, la guerre Israël-Hamas vient jeter de l’huile sur le feu social qui embrase déjà le Pays du cèdre. 80% de la population libanaise vit sous le seuil de pauvreté en 2022, selon les estimations de l’Onu. La faim tenaille près de deux millions d’entre eux sur fond de dévaluation de la livre libanaise et d’inflation. Mais derrière tous ces chiffres, il y a des vies humaines. « C’est un contexte de misère ! » alerte Nahla Chahal.

Dans un pays considéré autrefois comme la « Suisse du Moyen-Orient », l’électricité n’est disponible que deux heures dans la journée. « L’eau que l’on boit est gravement polluée » tandis que le système éducatif est « en train de s’effondrer complètement » témoigne-t-elle. Elle affirme que pour 100 dollars d’aide internationale pour les écoles publiques, 1% de cette somme se retrouve réellement dans les infrastructures. Preuve s’il en fallait du niveau élevé de corruption dans le pays… sous l’œil complice des Occidentaux, selon la militante franco-libanaise.

L’ombre portée des empires

Les puissances étrangères, dont la France, achètent un « semblant de paix sociale » par les aides financières accordées au pays. Semblant car l’argent n’arrive jamais dans la main des Libanaises et des Libanais du fait d’un « inimaginable » réseau de corruption.

Puis, l’ombre de l’ancien empire colonial français n’est jamais bien loin. L’ancien ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a été envoyé au Liban par Emmanuel Macron le 7 juin 2023 afin de trouver une issue à l’impasse politique. Mais pour Nahla Chahal, « il ne suffit pas de débarquer avec des grands principes ». Elle juge l’attitude de la France « hautaine » si ce n’est « franchement inutile » tant les émissaires tricolores ne connaissent pas la culture du compromis qui prévaut historiquement au Liban.

L’après-empire selon Nahla Chahal
Pour la militante franco-libanaise, l’empire est une grille de lecture du passé. Dans un monde où le « pouvoir est fluide », les définitions antiques de l’empire ne tiennent plus. L’après-empire, c’est se soucier de l’avenir. Autrement, c’est ce même « futur sans avenir » libanais qui guette le monde entier.

Au-delà de l’attitude française qui frise le néocolonialisme, c’est la vision des Occidentaux vis-à-vis de ce pays qui est à blâmer. « C’est compliqué » est peut-être la phrase la plus prononcée par Nahla Chahal lors de l’entretien. Diversités ethnique, linguistique ou confessionnelle se concentrent ici. « Vers l’Orient compliqué, je voguais avec des idées simples » disait en son temps le général Charles de Gaulle. Une phrase plus actuelle que jamais…

« Un futur sans avenir »

Le portrait dépeint du Liban est sombre. Mais quid de l’avenir ? Pas radieux non plus, selon la chercheuse franco-libanaise. Les bombardements israeliens se multiplient dans le Sud du pays, région dominée par le Hezbollah, groupe armé chiite et allié du Hamas palestinien. La crainte d’un débordement du conflit au Liban est dans toutes les têtes. « Tous les matins, on se réveille en se disant : “Ouf, il n’y a pas eu d’escalade cette nuit”. »

Pour Nahla Chahal, « un futur sans avenir » attend le Liban reprenant ainsi une formule de l’écrivain Daniel Pennac. Et cette incertitude plane également sur la venue de la journaliste à Marseille le 19 novembre prochain : « Je ne peux pas tourner le dos à mon pays, venir à une conférence, qui m’intéresse beaucoup par ailleurs, et risquer de ne pas pouvoir rentrer chez moi si Israël lance son offensive. »

LIZA COSSARD ET GARIS GENTET 

Les fossiles des empires européens
Pour le géographe français, Michel Foucher, le vieux continent est entré dans un système post-impérial : « les empires n’existent plus en Europe, sauf en Russie ». Toutefois, même si les anciennes frontières des empires n’existent pas matériellement sur les cartes, elles sont présentes dans les mentalités. Michel Foucher parle de frontières-fossiles. Et ces limites fantômes continuent de peser sur les comportements socio-politiques. 
Dernier exemple de cette empreinte impériale : les élections générales en Pologne le 15 octobre dernier. L’ancien territoire tsariste et austro-hongrois de la Pologne a majoritairement voté pour les conservateurs. Tandis que la région historiquement dominée par l’empire allemand et la Prusse, davantage modernisée, a voté pour Donald Tusk, le candidat pro-européen. Pour Michel Foucher, « le rideau de fer n’existe plus, mais dans les têtes, il a encore un effet ». L.C. ET G.G.