lundi 6 juillet 2026
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RENCONTRES D’AVERROÈS : Marseille 1973 : symptôme d’un racisme anti-algérien systémique

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À l'image de La Marseillaise, certains médias s'inquiètent des conséquences de ce drame © Fonds d'archives d'Ancrages

À l’image d’un orage prêt à gronder, le meurtre du chauffeur de bus Émile Guerlache le 25 aout 1973 par Salah Bougrine, un passager algérien atteint de troubles mentaux, fait éclater les haines raciales à Marseille. En l’espace de dix jours, 17 assassinats sanglants sont perpétrés dans les ruelles marseillaises, dont celui de Ladji Lounes, jeune algérien de 16 ans, abattu froidement par un brigadier. 

Une intensité des violences qui trouve son point culminant lors de l’attentat au consulat d’Algérie le 14 décembre 1973, faisant quatre morts. Ce dernier est revendiqué par le groupe Charles-Martel, des anciens de l’OAS, nostalgiques de l’Algérie française. Si l’on parle d’une « flambée raciste », il s’agit en réalité d’un problème déjà latent au sein de la société.

En 1972, la crise économique marque la fin des « Trente Glorieuses » et encourage la montée de la xénophobie. Les idées simplistes telles que la « menace arabe » ressurgissent : face au chômage, l’Algérien est le bouc émissaire idéal. La circulaire Fontanet en 1973 accentue à son tour la controverse sur l’immigration, en réglementant les entrées dans l’Hexagone. En parallèle, il ne faut pas oublier l’autre visage des tueries de 73 : l’expression d’une rancœur liée à la guerre d’Algérie, présente dans une partie de l’opinion.

« Assez, assez, assez ! »

Archive de la Une de Minute, hebdomadaire d’extrême droite, datant du 5 au 11 septembre 1973. © Fonds d’archives d’Ancrages

Une surenchère de violences xénophobes étroitement liée au traitement médiatique, de tous bords politiques. À droite, Gabriel Domenech, rédacteur en chef du Méridional, ancien de l’OAS et futur membre du Front national, fait un appel au meurtre dans son éditorial : « Assez de violeurs algériens, assez de proxénètes algériens, assez de fous algériens, assez des tueurs algériens. »À gauche, le Nouvel Observateur publie un sondage avec comme question : « Peut-on vivre avec les Arabes ? ».« On vient ethniciser les questions sociales », souligne Samia Chabani, présidente de l’association Ancrages, qui valorise la mémoire des migrations à Marseille.

Un malaise face aux ratonnades qui s’installe aussi du côté des pouvoirs publics. Le président de la République, Georges Pompidou, adopte une réponse timide. S’il met en garde les Français de ne pas tomber dans « l’engrenage du racisme » dans son allocution du 30 août, un mois plus tard il déclare « qu’il y a finalement bien peu d’actes qui puissent être suspectés, même indirectement, de réaction raciste. » Conclusion de cette passivité, les enquêtes sont bâclées et se terminent pour la plupart par des non-lieux ou de la prison avec sursis. Pour Rachida Brahim, auteure de La race tue deux fois, 73 « n’a pas du tout été traité comme un massacre ». 

Une réplique des pratiques coloniales 

L’indifférence des autorités françaises à l’égard des assassinats de 1973 les relègue au rang d’incidents anodins. Il y a une « déracialisation de ces crimes » explique Samia Chabani. La mort d’Émile Guerlache est médiatisée sous le prisme de l’origine raciale du coupable, laissant de côté ses problèmes psychiatriques. Tandis que les crimes contre les Algériens les jours suivants sont traités comme de vulgaires faits divers.

Pourtant, ces ratonnades sont le reflet de l’histoire coloniale française en Algérie. Elles perpétuent des schémas de « répliques coloniales » visant à maintenir la marginalisation et la ségrégation des Algériens, tout en portant des connotations raciales héritées de la période de la guerre et de la colonisation.

De manière frappante, les ratonnades de 1956 à Alger, étudiées par Sylvie Thénault, historienne et spécialiste de la guerre d’indépendance algérienne, suivent le même schéma que celles de Marseille 73. La mort d’Amédée Froger, leader de l’Algérie française, avait conduit à un déchaînement meurtrier sur les musulmans.

Le saviez vous ? 
Le magnifique bâtiment accueillant la marque japonaise Uniqlo rue Saint-Ferréol abrite en réalité un passé méconnu par les Marseillais. Il fut le siège de la Compagnie algérienne, une banque de dépôt franco-algérienne, témoignage « de l’entreprise capitaliste qu’est la colonisation », explique Samia Chabani, directrice de l’association Ancrages.

La haine anti-algérien tue

Ces assassinats continuent de se reproduire inlassablement. En 1983, Habib Grimzi, touriste algérien, est jeté de l’express 343 Bordeaux-Vintimille par trois futurs légionnaires. Simplement parce qu’il est arabe. En 1986, Malik Oussekine et Abdel Benyahia sont tués le même soir dans les rues de Paris à cause de leur origine.

Cette posture d’anciens bourreaux-colonisateurs va de pair avec la montée institutionnelle du sentiment anti-algérien incarnée par le Front national, foncièrement xénophobe. En 1995, Ibrahim Ali, un jeune comorien, est tué par des colleurs de ce parti à Marseille. Bruno Mégret, conseiller régional et membre du FN, a attribué ce meurtre à « l’immigration massive et incontrôlée ».

L’imaginaire de la colonisation est plus présent que jamais aujourd’hui en France, accentué par l’insuffisance de poursuites judiciaires pour les crimes raciaux. Bien que les vidéos permettent de montrer aux Français les bavures policières, peu de coupables sont punis par la loi. Pour Amnesty International, « cette impunité de fait et le déni des autorités permettent la répétition des violences ». La mort de Zineb Redouane en 2018 et de Nahel Merzouk en juin dernier lors d’un contrôle routier nous poussent à nous demander : quand l’intolérance prendra-t-elle fin ?

APOLLINE RICHARD ET LIZA COSSARD 

AU PROGRAMME
Le samedi 18 novembre à 10 heures, le journaliste de Médiapart, Joseph Confavreux, animera la deuxième table ronde des Rencontres d’Averroès « Jeux d’empires ? ». La question des différences d’administration coloniale et de domination au Maghreb sera discuté par les intervenants présents : Edhem Eldem, professeur d’histoire à Istanbul, Robert Gildea, professeur d’histoire contemporaine, M’Hamed Oualdi, professeur à Sciences-Po Paris et spécialiste de l’histoire du Maghreb moderne et contemporain ainsi que Sylvie Thénault, experte de la colonisation et de la guerre d’indépendance algérienne.  

RENCONTRES D’AVERROÈS : Sous les traits de Kamel Khélif 

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© Kamel Khélif

Un univers unique, caractérisé par la vie solitaire de l’artiste qu’est Kamel Khélif, comme par l’expression technique des jeux d’ombres et lumières qui définit son art. C’est à travers des planches au fusain, crayon gras et encre de chine qu’il parvient à transporter ses lecteurs, d’Alger à Marseille, ses villes de cœurs et « villes d’exil ».

Qui se cache derrière l’artiste ?  

Auteur, peintre et dessinateur, Kamel Khélif arrive à Marseille depuis son Algérie natale en 1964, alors âgé de 5 ans, pour y rejoindre son père dans le bidonville de Sainte-Marthe. 

Il s’installe plus tard dans le quartier de Noailles qu’il n’a jamais quitté à ce jour. C’est un lieu qui lui tient à cœur, une source d’inspiration que l’on perçoit dans ses œuvres, tant il traduit de la diversité des populations qui fait la ville de Marseille. Ce n’est donc pas un hasard si Kamel Khélif aborde d’une manière essentielle dans ses illustrations des sujets comme l’exil et le déplacement, tant les migrations sont intrinsèques à l’histoire de la cité phocéenne. 

Au fil de ces trente années consacrées à ses dessins, l’artiste peintre marseillais, souvent mieux connu à l’étranger qu’en France, a également su s’exprimer au travers d’ouvrages, toujours à l’aide d’illustrations singulières. On les retrouve par exemple dans Les exilés, La jeune fille et la mort, Premier hiver, ou dans sa dernière BD Même si c’est la nuit [lire encadré ci-dessous] parut aux éditions Otium en 2019.

Cette soirée sera donc l’occasion de rencontrer cet artiste complexe, de s’imprégner de son histoire et de ses réalités méditerranéennes comme un indice pour comprendre ses récits emprunts d’ombres, de nuances et de rêves. 

APOLLINE RICHARD

Le voyage imaginaire de Kamel Khélif
16 novembre, 19 heures
La Criée, Théâtre national de Marseille
« Essayer de toujours rester ailleurs » 
Dans la BD de 98 planches intitulée Même si c’est la nuit, Kamel Khélif nous amène dans une déambulation nocturne et mélancolique d’une ville que l’on reconnait vite : Marseille, bien que l’auteur ne l’a nomme jamais. Dans le froid, la nuit, il quitte son appartement délabré et fini par se retrouver dans le quartier Belsunce. Au long de cette marche, il est poursuivi par des souvenirs, sur le fil du rasoir entre rêve et réalité. 
Dans cette œuvre que l’on pourrait qualifier d’introspective, tant elle s’inspire de la vie de son auteur : un artiste solitaire, ne pouvant plus dessiner, anonyme, mais qui tout comme lui vient d’Algérie, qu’il a quittée très jeune. Ainsi, le personnage principal est à l’image de l’artiste qui ne sait plus trouver l’équilibre avec le réel et les autres, isolé par ses dessins. Pour Kamel Khélif, c’est cette distance qui définit l’artiste, inévitablement mélancolique car étranger au monde par son métier. 
La question de l’identité est centrale dans ses œuvres, car lui-même ne se définit pas comme français, marseillais ou algérien mais bien comme artiste. Émane de cette décision une certaine liberté, celle de ne jamais rester dans un enfermement artistique, social, idéologique, ou ethnique, et finalement, comme il le dit, « essayer de toujours rester ailleurs ». A.R

RENCONTRES D’AVERROÈS : Marseille autrement, sur les traces de l’empire colonial

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© Samia Chabani de l’association Ancrages

Sur l’esplanade de la gare Saint-Charles se croisent plusieurs histoires. Celles des passants qui, valises à la main, s’essoufflent à courir vers le quai. Celles de ceux qui les observent alors que les touristes, à peine arrivés, s’attardent déjà devant la vue. Puis il y a l’histoire de Marseille, dont les monuments et les statues apparaissent comme les symboles et les vestiges d’un héritage colonial, souvent méconnu. 

Le point de départ de ce parcours : L’escalier de la gare Saint-Charles. Inauguré à l’occasion de la seconde exposition coloniale de 1927, ce n’est pas un hasard si les statues qui le bordent sont des représentations criantes du fantasme colonial. En bas des marches, deux blocs statuaires signés Louis Botinelly, s’érigent en souvenir à la magnificence de l’empire et du rôle éminent de Marseille dans l’esprit de conquête français. Ces deux silhouettes sculptées ne sont autres que la représentation des colonies d’Afrique et d’Asie. De chaque coté, une femme dénudée est allongée, oisive, dans un fouillis d’objets, l’une présentée au milieu de vases khmers et de dragons, l’autre au côté de singes et de défenses d’éléphants. Pour Nathalie Cazals, anthropologue et intervenante aux rencontres d’Averroès Junior, ces statues sont aussi « le symbole d’une sexualisation des femmes du sud », profondément inspirée par le mythe du bon sauvage. Une violente illustration de la pensée coloniale du XXe siècle. En témoigne le graffiti inscrit sur l’une d’entre-elle : « C’est quand qu’on démolit cette merde colionaliste ? ». À cette question, l’anthropologue répond : «On peut faire plein de choses, ne serait-ce que temporairement, par exemple les recouvrir plusieurs mois par an pour qu’on en parle. Je suis pour des actions très ostentatoires en tout cas. Je pense qu’un panneau historique ne suffit pas. Il faut laisser la parole à la jeunesse anticolonialiste. »  

Lever les yeux 

Lescalier, passerelle entre la gare et le boulevard d’Athènes, amène avec lui les traces de cet héritage colonial jusqu’au quartier Belsunce. Il s’articule autour des chibanis qui y vivent, des restaurants aux influences nord africaines et orientales et des grossistes qui font de ce quartier, un haut lieu du commerce international. Gilles Aspinas, élu de Belsunce, y perçoit le lien direct entre la mémoire de la colonisation et la construction de ce quartier. Quant à l’avenir de Belsunce, une crainte le taraude:« J’espère que cette population [les chibanis] pourra continuer à vivre à Belsunce et qu’il n’y aura pas de gentrification. Nous avons à Marseille, à ma connaissance, le dernier centre-ville en France qui est populaire. Et ce qui me fait très peur, c’est qu’il se gentrifie, que le prix de l’immobilier augmente et que cette population là ne puisse plus y vivre alors que c’est leur quartier. »

Un peu plus bas, la Canebière est également un point indiscutable de la balade patrimoniale. Entre vélos, passants, et boutiques de souvenirs, c’est un lieu cosmopolite, vivant de ses passages et de ses rencontres intergénérationnelles. En marchant, il suffit de lever les yeux pour entrevoir le témoignage du passé et d’une puissance coloniale fructueuse. Le magasin C&A en est d’ailleurs une illustration. Entre les allées et venues, les piétons peu attentifs ne semblent pas percevoir au-dessus de leur tête les quatres statues de femmes qui s’érigent à l’image de quatres continents. L’Amérique et l’Europe aux extrémités, tels les deux piliers tenant l’édifice, couvertes de toges et de lauriers. L’Asie et l’Afrique au milieu, dont les statues sont moins ornées et dont les corps sont dévoilés jusqu’aux hanches. Stigmate de la sexualisation et d’un attrait pour le sauvage, que symbolisent l’éléphant et le chameau dans leurs mains, et d’un fantasme colonial omniprésent, jusqu’aux coins des rues. 

Fantasme et économie

Plus loin, en descendant vers le Vieux Port, la Chambre de commerce se distingue par l’allure grandiose de son édifice construit en 1860, habillé de statues antiques aux références à l’empire grec. Dans le contexte colonial, son objectif dès le XIXe est de convaincre les Marseillais d’investir et de participer à l’économie dans les territoires colonisés. Incarnation de l’impérialisme économique, elle brandit la croix de la cité phocéenne en direction du Vieux Port : Carrefour de la Méditerranée connu pour son transit de main-d’œuvre, de travailleurs exilés et des marchandises rapportées des colonies. «Marseille s’est enrichie grâce à ce commerce colonial avec des denrées qui venaient du sud, que ce soit le café, le sucre ou les esclaves. Après elle exportait les produits finis comme les draps ou le savon », explique Nathalie Cazals. Là-bas où les étales de poissons s’alignent face à la mer, on distingue une plaque qui a perdu de sa brillance au fil du temps. Elle inscrit : « ils fondèrent Marseille d’ou rayonna en occident la civilisation ». Autre cliché colonial qui implique l’existence de peuples civilisés face aux autres, les non-civilisés. « Comment construire une nouvelle narration de Marseille où la géostratégie ne se fait pas apologétique de la colonisation ? » se questionne Samia Chabani, directrice de l’association Ancrages. À travers cette balade urbaine qui rythme les Rencontres d’Averroès Junior, elle nous laisse entrevoir une réponse possible. 

LAURY CAPLAT ET APOLLINE RICHARD

Balade organisée par l’association Ancrages avec les élèves du lycée Marie Curie dans le cadre des Rencontres d’Averroès Junior. 

Le jeudi 16 novembre est dédié aux Rencontres d’Averroès Junior. Trois parcours sont proposés aux neuf classes de collégiens et lycéens durant la matinée :
- « L’antiq’uizz », un atelier ludique pour découvrir l’ère antique.
- « L’empire contre-attaque », une conférence sur le rapport entre empire et septième art.
- La balade patrimoniale qui retrace les 2600 ans de Marseille en quelques rues.
L’après-midi, les 180 élèves se rejoignent autour de l’atelier « Pratiques Médiatiques », une émission radio présentée par les élèves ambassadeurs de chaque classe afin de réaliser un podcast autour de la notion d’empire. 

« Andy’s gone » débute ce soir au Théâtre Joliette

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Andys gone © Marc Ginot

Ces 14 et 15 novembre au Théâtre Joliette avec Andy’s gone, conte immersif et premier volet du projet théâtral Entre nous les murs qui en comprend trois (les deux autres sont programmés à la Joliette en février et mai prochains) du metteur en scène Julien Bouffier et de l’autrice Marie-Claude Verdier. Chacune des trois pièces du projet à été pensée dans un dispositif immersif où le public, équipé de casques audios, est installé dans le même espace que les acteurs·rices et ne fait qu’un avec le peuple d’une cité imaginaire. Face au repli des sociétés contemporaines sur elles-mêmes, craignant les migrants, espérant échapper au dérèglement climatique, Julien Bouffier et Marie-Claude Verdier proposent ici une revisite contemporaine de la tragédie d’Antigone, emblème mythique de la résistance contre l’oppression du pouvoir. Dans Andy’s gone s’affrontent Régine, reine fière et mère éplorée, et sa nièce Alison. Au cœur d’une ville menacée par une catastrophe naturelle de grande ampleur.

MARC VOIRY

Andy’s gone
14 et 15 novembre
Théâtre Joliette, Marseille
theatrejoliette.fr

Avec « Image de Ville », Aix prend des airs berlinois

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The invisble Frame © Robert Brecko filmgalerie

En association avec le Théâtre du Jeu de Paume, et à l’occasion de son prochain spectacle Berlin-Berlin (du 18 au 23 décembre), Image de Ville propose un week-end berlinois : trois journées de projections et d’échanges pour saisir un peu de l’esprit et de l’histoire de cette capitale mythique, au cœur de l’Europe. Comme toujours l’approche sera pluridisciplinaire : cinéma, architecture, photographie, écriture.  

Vent d’est/vent d’ouest

Au menu ciné, des dyptiques : Un cinéaste pour deux films : Berlin avant et après la réunification. Rendez-vous d’évidence avec les anges amoureux de Wim Wenders : Les Ailes du désir (1987) et Si loin si proche (1993) dont les projections seront suivies de débats et complétées par une table ronde autour du livre de Thierry Roche et Guy Junblut : Wenders I Berlin. Une fiction  

Rendez-vous plus rare avec les films-essais de Cynthia Beatt : Cycling the frame (1988) où on retrouve Tilda Swinton en jeune cycliste parcourant Berlin Ouest, le long de la bande frontière puis The invisible frame (2009) où, 20 ans plus tard, la réalisatrice et la même Tilda Swinton suivent la trace de l’ancienne ligne de démarcation.

Deux documentaires encore d’Helga Reidemeister.D’abord,Lieu de Tournage : Berlin, dans lequel on traverse également la ville divisée de 1987, captant le regard que les Berlinois portent sur ceux qui vivent de l’autre côté du mur, devenus étranges, voire étrangers. Ensuite, Eclairage de fond (1998) analysant les mutations profondes générées par la fin de la Guerre Froide dans le chantier d’une ville redevenue pleinement capitale.

Ufoufo : Kézako ?

Invité par Image de Ville Ufoufo (Urban Fragment Observatory) est un collectif berlinois de jeunes architectes qui à travers le cinéma, imagine une urbanité plus juste, plus solidaire et plus écologique. Pour mieux appréhender leur travail : une carte blanche et deux films documentaires sur le Berlin d’aujourd’hui : Natura Urbana: The Brachen of Berlin de Matthew Gandy (2017), qui raconte la ville « depuis son microcosme botanique » des mauvaises herbes poussant dans les fissures des pavés, aux zones écologiques cartographiées. Locataires rebelles – résistance contre le bradage de la ville de Gertrud Schulte Westenberg et Matthias Coers (2014) qui rend compte de la lutte des habitants pour demeurer dans des quartiers devenus inabordables en raison de leur gentrification et de la loi du marché.

Destination

Les Rencontres s’ouvriront le 17 novembre dès 16 h à l’Ecole Supérieure d’Art Félix Ciccolini, avec la remise de la plaque « Architecture Contemporaine Remarquable », label accordé en 2019, à ce bâtiment conçu par Claude Pradel-Lebar. Suivra la projection du film de Flavie Pinatel sur ce lieu « remarquable » et la présentation par Image de Ville et la Drac Paca de la Collection Destination auquel il appartient. Une collection qui non seulement donne à voir et à comprendre l’architecture contemporaine mais sollicite les jeunes réalisateurs de notre région.

ÉLISE PADOVANI

Les Rencontres d’Image de ville
Du 17 au 19 novembre
Institut de l’image, Aix-en-Provence

Honeymoon, un amour brisé dans un monde de dingues

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Film à petit budget qui s’offre toutefois un casting de luxe avec Javier Gutiérrez, ami du réalisateur, et Nathalie Poza dans les rôles phares, Honeymoon joue sur l’antiphrase et la citation. Antiphrase parce que cette « lune de miel » est une descente aux enfers ou plutôt une fuite en avant où le miel est plutôt amer. Et citation , car HONEYMOON c’est le nom d’un motel digne de tous les road movies américains dans un nulle part qui serait lieu de cinéma.

Le couple formé par Eva et Carlos se délite. C’est le temps de l’invective et du mépris. Un weekend de la dernière chance -offert par des vendeurs de dessins animés japonais, tourne à la catastrophe dans un show publicitaire délirant, puis à la tragédie quand ils apprennent que leur fils Jonas parti chez ses grands parents aux USA est mort dans un accident. Pour rapatrier le corps, il faut réunir une somme d’argent que le couple n’a pas. Les voilà donc embarqués et nous avec, dans une course contre la montre. Un enchaînement improbable selon la logique de la chute des dominos, qui les transforme en Bonnie and Clyde, le long d’une route rectiligne semblable à la R66, filant entre des champs de blés, dans une buick de représentant de commerce.

Hors de la ligne droite main street, le secondaire devient essentiel avec ces personnages surprenants, comme dessinés pour des cartoons : la petite Chinoise mutique, l’organisateur un peu louche d’enterrements, qui donne des cours de natation à des enfants dans son funérarium avec piscine, sa copine fliquette aux amours contrariées et aux méthodes peu orthodoxes, le sordide et libidineux patron d’une casse, la mère maquerelle accueillant des activités pédophiles…

Epopée réjouissante et amorale de losers qui deviennent acteurs de leur vie et où la fin justifie les moyens; satire d’une société déshumanisante ; thriller divertissant pimenté d’humour noir ; outrances burlesques – qui feraient presque penser à notre Dupontel national ; soap opéra autour de deux sœurs rivales… le réalisateur mêle les genres, pour, affirme-t-il, « raconter l’histoire d’un amour brisé dans un monde fou »

ELISE PADOVANI

Photo @Filmax

Fernando Léon de Aranoa

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Et c’est le parrain du Festival Fernando Léon de Aranoa, auquel l’adjoint à la Culture de la Mairie de Marseille, Jean-Marc Coppola, a remis la médaille de la Ville, qui initiait ces rencontres. Avec un inédit – en compétition documentaire : Sintiéndolo Mucho.

Cinéma social

Hors des sentiers battus, comme à l’habitude de ce réalisateur multiprimé, qui  écrit et réalise ses films pour rendre compte du monde, « pour régler des comptes », et pour mettre, en quelque sorte la marge au milieu. Donner visibilité à ceux dont on ne parle pas, aux gens de peu, aux déclassés, « par admiration » « pour transmettre la dignité de la personne », comme l’écrivait Steinbeck, dans son discours de néo nobélisé en 62.

Cinéma social dans le sillage de la comédie italienne des années 70 plus que dans celui de Ken Loach ou des Dardenne. Barrio, Princesas, Amador, Loving Pablo, El buen patrón , Les Lundis au soleil  et A Perfect Day (ces deux derniers programmés dans la mini-rétrospective consacrée au cinéaste) : il y a sans contexte un « ton » dans cette œuvre. Un cocktail d’indignation, de causticité, de bienveillance, de curiosité et surtout d’humour. L’humour, devenant à la fois un outil pour distancer son sujet et s’en approcher.

Portrait d’artiste

Sintiéndolo Mucho ne traite pas d’un déclassé puisque le réalisateur y fait le portrait d’un des auteurs-compositeurs poètes les plus connus en Espagne : Joaqím Sabina. Mais le poète et le réalisateur ne sont  pas amis pour rien : ils partagent un esprit rebelle, le goût de l’écriture, du beau, et de l’autodérision. C’est un film qui ressemble à Joaqím et à Fernando.

Ce dernier, qui dans sa Master Class du 11 novembre aux Variétés,  disait jalouser les arts qui ne nécessitent pas un temps de création aussi long que le cinéma, a tourné ce documentaire sur 13 ans! créant ses propres archives, faisant côtoyer le Joaqím plus jeune, à la voix moins éraillée et le septuagénaire  qui chantera à la dernière image : « Pour faire le point sur ma vie et finir cette chanson/Et au lieu de verser du sel et du vinaigre dans les blessures/ je mordrai à nouveau la balle… »  Un sacré bonhomme que Fernando accompagne dans ses tournées, en coulisses, en studio, chez lui, à Ubeda, son village natal, dans la rue assailli par ses fans, en voiture, à la corrida et jusqu’à l’ambulance qui l’emmène à l’hôpital après sa chute à Madrid pendant un concert. Il filme le trac, le moment où le chanteur met son chapeau melon – en hommage au cinéma muet et entre sur scène et dans son rôle. Il montre le travail pour chercher la bonne rime, le bon son. Et fait entendre les rires sonores ponctuant ses punchlines. Le réalisateur est tiré du hors champ par son ami et l’interview devient conversation intime. Le film donne voix  à Salina. Rocailleuse, enrouée, puissante et lézardée, elle prend toute la place. Ce sont les textes de ses poèmes qui parlent le mieux de lui.  

ELISE PADOVANI

photo @elisepadovani

À Salon, on fête le cinéma « familial »

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Les rois de la piste © Apollo films

L’édito du Festival d’Automne le rappelle, le cinéma est souvent une affaire de famille. Les Frères Lumières bien sûr, les frères Dardenne plus tard, la dynastie Brasseur, ou celle des Fonda. La famille est aussi un thème récurrent du septième art, et reflète, au cours de son histoire, les évolutions de la famille « nucléaire » ou de sa représentation sur les toiles… Ainsi, du 14 au 19 novembre, l’association Ciné Salon 13 entend revisiter certains chefs-d’œuvre du cinéma autour de ce thème, et propose plusieurs avant-premières hexagonales.  

En piste

Six longs-métrages sont à découvrir en avant-première le temps du festival. D’abord avec Le Voyage en pyjama de Pascal Thomas le 14 novembre. Une comédie où l’on suit les aventures d’un professeur de lettres passionné de météo, interprété par Alexandre Lafaurie, qui se retrouve « enfermé » dehors en pyjama, et se laisse guider dans une déambulation joyeuse au gré des rencontres. Quelques jours plus tard c’est un film attendu que le festival va permettre aux cinéphiles de découvrir. Celui porté par Fanny Ardant, Mathieu Kassovitz et Nicolas Duvauchelle, Les Rois de la Piste, où une famille de « bras cassés » se lance dans un cambriolage dont le butin dépasse de loin leurs attentes. 

Ciné-club

Le Festival d’Automne propose également de re-découvrir des films marquants de l’histoire du cinéma. Il projette notamment La huitième femme de Barbe-Bleue d’Ernst Lubitsch avec Claudette Colbert et Gary Cooper, le 16 novembre, présenté par Charlotte Garson, co-directrice en chef des Cahiers du Cinéma. On attend aussi La Famille, du maître italien Ettore Scola, où l’on suit l’histoire d’une famille qui traverse l’histoire mouvementée du XXe siècle. Le rendez-vous propose également un focus sur le sport, avec notamment le très réussi La Beauté du geste ou encore Marinette de Virginie Verrier, qui raconte la lutte de Marinette Pichon pour devenir la grande joueuse de football que l’on connaît. 

NICOLAS SANTUCCI

Festival d’Automne 
Du 14 au 19 novembre
Cineplanet, Salon-de-Provence
cinesalon13.com

Au nom des Rose

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Mystery Sonatas © Anne Van Aerschot

La chorégraphe flamande est incroyablement prolixe, musicale, précieuse. Mystery sonatas, création de 2022 dédiée aux Rosa, figures de femmes résistantes – de Rosa Luxembourg à Rosa Parks en passant par Rosa Bonheur – est en tournée en France depuis mars 2023, coexistant avec la tournée de Exit Above,  plus pop, où l’affirmation de la tempête  à laquelle le monde est confronté donne lieu à l’invention d’un langage chorégraphique plus tragique, en rupture, un peu hip hop. 

Mystery Sonatas s’inscrit davantage dans la musicalité habituelle d’Anne Teresa de Keersmaeker celle qu’on a pu voir à Montpellier régulièrement : la figure de la rose, qui évoque la femme, mais aussi la géométrie, la simplicité et la nature, a donné son nom à la compagnie et Rosas  a dansé depuis 40 ans dans les opéras montpelliérains, toujours avec des musiciens sur la scène ou dans la fosse, les plus grandes pièces de la chorégraphe, depuis les boucles répétitives de Steve Reich, les narrations de Ravel et Debussy, les suites pour violoncelles de Bach, les subtilités de l’ars subtilior médiéval…  

Epines et harassement

Les Sonates du Mystère, ou Sonates du Rosaire, d’Heinrich Biber, composées en 1678, sont un sommet de la musique baroque pour violon et ensemble, souvent interprétées avec les sonates de Bach écrites 50 ans après. C’est l’ensemble Gli Incogniti, dirigé et conduit par la violoniste Amandine Beyer, qui accompagne les sept danseurs de Rosas, au long des quinze sonates – 5 joyeuses, 5 douloureuses et 5 glorieuses, plus une passacaille virtuose – qui sont un exploit pour les musiciens, puisqu’il s’agit de jouer durant plus de deux heures, sur des instruments accordés inhabituellement (scordatura). Jouant sur cette difficulté et cet épuisement, ils emmènent les danseurs à travers les mystères de Marie, de la joie de l’Annonciation, à la douleur de la Crucifixion puis à la gloire du Couronnement. 

Harassantes pour les danseurs, même si ceux-ci se succèdent davantage que la violoniste qui n’a aucun temps mort, ces deux heures prennent le temps d’un trajet puissant et féministe, où le pétale de rose qui surplombe les interprètes brille et reflète les courbes et les orbes de la danse, mais aussi les épines d’une fleur qui sait se défendre, se colorer, s’ouvrir et exhaler des parfums puissants… 

AGNÈS FRESCHEL

Mystery sonatas, / for Rosa est programmé par MontpellierDanse et l’Opéra Orchestre National de Montpellier les 14 et 15 novembre à l’Opéra Comédie, Montpellier
opera-orchestre-montpellier.fr
montpellierdanse.com

Jeux d’ombres et de lumière

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L'Ombre des choses © Christopher Buehler

« Parfois il va faire sombre, prévient la comédienne de L’Ombre des choses, mais la lumière revient toujours ». Une sage précaution, car certains jeunes spectateurs du festival En Ribambelle ! sont encore à l’âge où le noir peut alimenter des inquiétudes. Mais très vite les enfants rient aux éclats, devant l’inventivité du spectacle proposé par le collectif franco-allemand Tangram aux quatre ans et plus. C’est fou tout ce que l’on peut faire avec des lampes torches, trois panneaux blancs, une table à thé et des éclairages judicieusement placés. Un petit bonhomme sort de l’ampoule, une cuillère se transforme en poisson ou en avion, les tasses dansent au son d’un mini-piano…

Apparente simplicité

Sarah Chaudon et Clara Palau y Herrero occupent la scène, parfois seules, parfois toutes les deux, tantôt avec leur ombre, tantôt sans. Et c’est tout l’intérêt de ce travail de précision très rythmé  que de jouer avec le décalage entre les attendus du public (le comportement « classique » des ombres, discrètement attachées aux formes), et les audaces qu’elles se permettent : bouger en décalé, se détacher, s’incarner en costume noir élastique… Pour les faire grandir ou se déformer, c’est simple comme bonjour en apparence, il suffit de se mouvoir soi-même, de déplacer soit l’objet soit la source de lumière, et elles s’animent ! En vérité, même si le résultat très fluide renforce cette impression de simplicité, savourée par les plus petits, les enfants un peu plus âgés et les adultes accompagnateurs sont bluffés par la performance technique de cette dramaturgie signée Tobias Tönjes

GAËLLE CLOAREC

L’ombre des choses a été vu dans le cadre du festival des arts de la marionnette et de l’objet En Ribambelle !, le 30 octobre au Théâtre Massalia, Marseille