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Poésie flamboyante

Poète guinéen installé à Nantes, Falmarès livre avec Le jardin des flamboyants un recueil-monde, entre Afrique et exil

Falmarès nous convie dans son paysage intérieur. Il nous invite à entrer dans son jardin, celui des flamboyants. Et on s’y trouve particulièrement bien.

Poète, peintre, dessinateur et ambassadeur de la paix, le jeune auteur est né en 2001 à Conakry. À quatorze ans, après la perte de sa mère, il quitte la Guinée. Ce sera le désert, les horreurs de la Libye, la Méditerranée sur un zodiac surchargé, les camps italiens où il commence à écrire parce qu’il n’avait « rien à lire », puis la France. Nantes, comme port d’attache et comme terre d’écriture. Il y suit des ateliers d’écriture pour jeunes migrants et bénéficie de belles rencontres littéraires En 2018, il publie son premier recueil. En 2020, le Prix lycée poésie de l’Unicef salue une voix singulière. En 2023, Catalogue d’un exilé (Flammarion) qui raconte son périple jusqu’en France, le révèle au grand public.

Ce nouveau recueil est structuré en plusieurs livres parmi lesquels Les flamboyants, Le rythme du tambour, Catalogue d’âme sœur, Festins. Et en effet, l’ouvrage, incandescent, flamboie. On y trouve des griots et des contrôles d’identité, des arbres à palabres et des frontières arrogantes, la kora mandingue et « le chant de la flûte peule avec son sourire grave qui réveille l’enfance au pays des chimères ». Une grand-mère avec le tabac noir sous la langue. Annatina, « silhouette féminine au visage de miel dans les quartiers tempêtes », les prières de Mami Wata. La nostalgie d’un pays où « les plantations chantaient d’énormes cantiques sur les collines argileuses et la fille du fleuve contemplait une chose étrangère à la lumière de la nature. » On y découvre l’art d’écouter le silence des vents, le frissonnement des vagues, la parole muette des choses.

Poésie d’exil

Falmarès « fils de la kora, dompteur des mers et des mauvais vents », ne se positionne jamais en victime mais en poète qui chante et revendique. « Ne me fermez pas votre porte, insolente frontière, car j’ai ce qui vous manque ». Il invoque la grandeur de l’homme, la possibilité de s’inventer un destin plus solaire, plus légitime qu’il affirme, page après page, avec une force tranquille et une générosité débordante.

Les textes sont bruts, comme venus d’une lointaine terre d’enfance. Foisonnants. Touchants. Au cœur du recueil, le flamboyant, bien sûr, cet arbre rouge sang que toute l’Afrique de l’Ouest connaît, et métaphore centrale : une beauté qui résiste et fleurit précisément là où on ne l’attendait plus. Comme la poésie elle-même. Comme Falmarès.

Le jardin des flamboyants est un hymne. Celui d’un exilé devenu poète, « qui a fait de la langue française sa patrie et de la poésie sa liberté la plus profonde ». À lire, ou mieux : à dire à voix haute, et à offrir sans modération.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le jardin des flamboyants, de Falmarès
Flammarion - 21,50 €
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