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AccueilÀ la UneChronique de l’épuisement maternel

Chronique de l’épuisement maternel

La poétesse et romancière suisse Anne-Sophie Subilia publie aux éditions zoé un nouveau roman, Glissando, qui plonge dans les affres de l’épuisement maternel

Béa vient de devenir mère pour la deuxième fois. Elle vit avec son compagnon clarinettiste et son fils de quatre ans. À travers une succession de chapitres courts et rythmés, Anne-Sophie Subilia décrit avec force et précision le quotidien de cette femme dont l’équilibre est rompu, qui tangue et parfois se perd dans un impérieux besoin d’ordre et le refus de toute aide. 

L’écriture, qu’elle soit musicale ou textuelle, est centrale dans le roman. Les partitions du compagnon encombrent le bureau et sont sources de tentation pour leur jeune fils. Béa essaie de dégager quelques heures, quelques minutes même, pour se concentrer sur une nouvelle traduction, mais le temps et les mots lui échappent. Ces derniers lui reviennent parfois brusquement à l’esprit, entre un allaitement et un coup d’aspirateur. 

Ne pas sombrer

Face à sa volonté de contrôle et à son angoisse de la page blanche, la seule échappatoire de Béa, son seul moment de liberté, est celui qu’elle passe à la piscine : glisser son corps dans l’eau chlorée pour contrer le glissement, le « Glissando » de l’esprit vers le chaos. 

Anne-Sophie Subilia propose ainsi une écriture millimétrée, qui dissèque le quotidien désastreux de la jeune mère, tout en laissant la place à des moments d’élévation : la nage, la relation de Béa avec son père malade, la joie de trouver le mot juste. 

Si le récit se déroule principalement du point de vue de Béa, certains regards extérieurs permettent de mesurer l’ampleur du bourbier dans lequel elle se débat : celui du compagnon, très absent au début du roman mais dont la parole est de plus en plus fréquente et sensée ; celui de son jeune fils, témoin de l’irritation de sa mère ; ou encore d’une amie, qui l’aide à retrouver un peu d’espace mental et physique.

Le roman ne décrit certes pas la parentalité sous son jour le plus positif, mais mentionne également les moments simples de tendresse et de fierté vécus par la jeune mère. Quant au lecteur, il retient à chaque instant son souffle, espérant que Béa retrouve le sien. 

GABRIELLE BONNET

Glissando 
Anne-Sophie Subilia 
Éditions Zoé, 18 €
Paru le 29 août 
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