C’était la rentrée à la Cité de la Musique. Après un apéritif musical concocté par la classe de musique arabo-andalouse de Fouad Didi, Manu Théron, son directeur artistique a présenté une saison enthousiasmante malgré le contexte difficile que traverse le monde de la culture. Résidences, partenariats avec plusieurs festivals : la Cité crée, programme et se fait lieu d’accueil. La saison 2026-2027 sera baignée par les lumières de l’Asie centrale, avec plusieurs événements consacrés aux musiques des routes de la soie. La soirée en offrait la meilleure illustration.
5 musiciens, 5 rivières
Place au Panjrud Ensemble, « cinq rivières » en persan, en référence aux affluents qui donnent naissance à l’Amou-Daria. Le quintet réunit Solmaz Badri (Iran, chant et santur), Sadriddin Gulov (Ouzbékistan, shashtar, g’ijjak, doyra, chant), Tigran Davtyan (Arménie, duduk), Samuel Wornom (daf, tombak, chant) et Adrien Séguy à l’accordéon. Il y a douze ans, ce dernier a parcouru la route de la soie jusqu’en Chine, accordéon sur le dos. Il y a croisé Solmaz à Téhéran, Tigran à Erevan, et passé un mois chez Sadriddin à Boukhara. Réunis il y a deux ans, ces musiciens d’âges et de pays différents ont vu naître « une alchimie improbable ».
Le concert s’ouvre sur Morgh-e Sahar (« l’oiseau de l’aube »), célèbre tasnif iranien devenu chant de liberté, popularisé par le grand chanteur Mohammad-Reza Shajarian : l’ode d’un oiseau prisonnier de sa cage qui aspire à s’en échapper. Tout un symbole pour Solmaz qui, pour rejoindre Marseille, a pris un car de Téhéran à Erevan, vingt-quatre heures à travers l’Azerbaïdjan iranien. Ces retrouvailles sont « émotionnellement importantes », petite échappatoire face à une situation terrible. Vient ensuite Uch Usul, suite ouzbèke apprise à Boukhara dans laquelle les instruments sont lancés dans une ronde sans fin, pleine de gaieté.
Adrien Séguy rappelle que la musique est un langage. À son arrivée à Boukhara en 2014, Sadriddin lui a appris une polka, devenue son passeport musical dans tous les pays traversés : la célèbre Andijan Polka, qui file comme une immense farandole, le shashtar virevoltant et l’accordéon exultant. Moment suspendu ensuite avec la composition de Tigran Davtyan : une petite ritournelle nostalgique à l’accordéon, puis avec l’entrée du duduk, et l’émotion est à son comble. La salle, conquise, l’ovationne. Vient alors un second hommage à l’Iran avec Az khun-e javanan-e vatan (« du sang des jeunes de la patrie »), tasnif d’Aref Qazvini écrit pendant la Révolution constitutionnelle (1906-1912), hélas toujours d’actualité.
Adrien Séguy, qui a grandi au pied d’un château cathare, a choisi, lui, de partager Lo Boièr (« Le Bouvier »), grand chant occitan arrangé pour le quintet dans une version dense, rapide, qui s’emballe. Une vraie réussite aux accents presque rock. Le dernier morceau, puis le bis, sont fous : l’Ouzbékistan et sa doyra, enflamment la salle, debout.
ANNE-MARIE THOMAZEAU
Le concerts s’est déroulé le 2 octobre à la Cité de la musique






