samedi 31 octobre 2026
No menu items!
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
cliquez sur l'image pour en savoir plusspot_img
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
AccueilCritiquesOn y étaitÀ travers les voiles de l’esprit

À travers les voiles de l’esprit

Frédéric Garbe met en scène « L’institut Benjamenta », un texte trouble de Robert Walser, en laissant intacts tous ses doutes. Saisissant.

Le roman de Robert Walser, qui prend la forme du journal de Jakob von Gunten, entrelace sans les démêler un récit d’apprentissage, des scènes oniriques, d’autres dont on ne sait quel statut elles ont. Écrit en 1909, à l’heure où Freud invente la psychanalyse, ce texte exhale une poésie étrange, clairement voisine d’un épisode psychotique. Le sens logique nous en échappe, et le fantastique n’est pas directement symbolique et signifiant, mais comme échappé d’un trouble de la personnalité.

Servilité volontaire

Pourquoi ce jeune noble veut-il devenir domestique ? Quel est donc vraiment cet « institut » qui n’enseigne rien et transforme les garçons en « zéros bien ronds » ? Qui est ce directeur qui flatte et frappe, admire et anéantit, comme un ogre attiré par un éphèbe soumis ? Et qui est sa sœur, gracieuse demoiselle triste qui entraine dans un univers féérique, mais meurt d’un amour inadressé ? Et Kraus, serviteur soumis aux allures de singe, est-il l’élève idéal ?

Toutes les interprétations de ce texte sur la servilité volontaire, sur le désir d’être dominé, sont possibles. Et Frédéric Garbe ne ferme aucune porte, laissant aller la folle rêverie. Dans un décor fait de voiles translucides où des mots illisibles s’écrivent, Guillaume Mika, seul en scène, prête sa voix à tous les personnages comme s’ils n’étaient issus que de son imaginaire Il est illuminé de joie et d’impatience, manipule des poupées de papier et de lumière, rendant la fiction à son statut de poème, comme écrit sous nos yeux. Le buste du directeur flotte comme l’ombre tutélaire  de Freud… La scénographie, la vidéo et l’univers sonore sont de véritables créations, subtiles et labiles.  Laissant intacts tous les doutes du texte, sans en forcer le sens.

Agnès Freschel

« L’institut Benjamenta », mis en scène par Frédéric Garbe de L’Autre Compagnie (Toulon) est joué au Théâtre Transversal jusqu’au 25 juillet.

ARTICLES PROCHES
- Plus d'infos, cliquez ici -spot_img

« Notre Salut » et les bégaiements de l’Histoire : un débat avec l’association Promemo au Festival d’automne de Gardanne 

Sorti le 30 septembre dernier, Notre Salut d’Emmanuel Marre revient sur l’histoire de son propre arrière-grand-père, fonctionnaire sous le régime de Vichy. Projeté à...

Théâtre de Nîmes : Regarder le passé pour ouvrir l’avenir

Les mises en scène de Guy Cassiers sont toujours bouleversantes. Une fois encore il ne s’agit ici d’adapter un roman mais de le déployer,...