Plus encore que d’habitude durant cette 5e saison des Procès du siècle, la session du 2 mars s’est avérée frustrante. Non par manque d’intérêt ! Au contraire : pour traiter le thème du jour, Allez directement à la case prison ! Punir ou réparer, il aurait fallu un format plus long, tant il mobilise de complexités. Au côté du journaliste de Libération Thomas Legrand, qui animait la soirée, son ex-collègue Dominique Simonnot, désormais Contrôleure générale des lieux de privation de liberté. Et Gwénola Ricordeau, sociologue, criminologue, abolitionniste. « L’abolitionnisme pénal », précisait-elle, à savoir un mouvement à la fois intellectuel et militant qui s’est particulièrement développé aux États-Unis, dans une continuité historique avec les luttes pour l’abolition de l’esclavage, et consiste à remettre en question le système pénal dans son ensemble (tribunaux, police, prisons).
Le système carcéral en crise
Dominique Simonnot exerce depuis 2020 ses fonctions ; elle est aux premières loges pour dresser un constat effarant de l’état des prisons en France. Surpopulation, rats, punaises de lit, gale, manque d’accès aux soins… « Notre société est de plus en plus répressive et punitive, alors que cela ne marche pas ! Comment espérer qu’il sorte quelque chose de bon de telles conditions de vie ? » Mais si elle estime qu’il faudrait décélérer les incarcérations et améliorer l’ordinaire des prisonniers, elle n’en pense pas moins qu’« on n’a rien inventé qui remplace la prison ; il y a des gens dont je suis contente qu’ils ne soient plus parmi nous ! »
Dans son ouvrage Surveiller et punir (1975), Michel Foucault écrivait pourtant qu’emprisonner encourage les récidives, en stigmatisant et désocialisant les délinquants. Gwénola Ricordeau est quant à elle convaincue, qu’« à l’échelle de l’Histoire de l’humanité, la prison est anecdotique. Dire cela n’implique pas de revenir à un passé fantasmé, ni de folkloriser les peuples qui s’en passent, mais remettre en question le fait que ce soit un horizon indépassable ».
Le temps a manqué, hélas, malgré quelques échanges avec le public, pour évoquer d’autres possibles, la prévention ou les dispositifs de justice réparatrice, par exemple, qui permettent de nouer un dialogue entre auteurs de violences et victimes, et visent le renforcement du tissu social plutôt que l’exclusion.
GAËLLE CLOAREC
Le prochain Procès du siècle, « Les jeux vidéo, nouveau terrain de jeu des luttes sociales ? », aura lieu le 9 mars.






