jeudi 30 avril 2026
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Le théâtre, mode d’emploi

À la Maison Jean Vilar, La Vie, Mode d’emploi de George Perec a fait résonner les cœurs, les murs, les mémoires, grâce à la compagnie Mâaloum, et une vingtaine d’amateurs très éclairés

Le projet Extra ! de la Maison Jean Vilar consiste, depuis novembre, à évoquer des spectacles du Festival d’Avignon qui ont eu lieu dans des lieux non dédiés, en créant de nouvelles œuvres, photographiques, plastiques, spectaculaires. Ainsi revisiter Gilgamesh, de Pascal Rambert, a permis de faire refleurir un champ de tournesols, et Champ d’expériences premier du collectif Ilotopie d’évoquer le quartier, en partie détruit, où le spectacle avait eu lieu.

Emboîtements

Faire revivre La Vie Mode d’emploi de George Perec, mis en scène par Michaël Lonsdale en 1988 dans un hôtel particulier d’Avignon – appelé pour l’occasion Hôtel de Saint-Laurent, évoquant lui-même les 99 appartements d’un immeuble parisien imaginaire, 11 rue Simon Crubellier, où le roman de Perec se tient durant 99 ans (de 1876 à 1975) – relevait d’une superposition simple. Reprendre le spectacle dans la Maison Jean Vilar ajoutait un degré au palimpseste que Perec aurait sans doute adoré : l’auteur de l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) n’aimait rien tant que les combinaisons mathématiques, les contraintes littéraires, les jeux de pistes.

Le montage de la compagnie Maâloum, collectif avignonnais spécialiste des lectures musicales, ne reprend que quelques épisodes des 99 que compte le roman monumental. Mais il choisit ceux qui sont des métaphores de la création : on entre ainsi dans l’appartement de Bartelbooth qui passe sa vie de milliardaire à reconstituer des puzzles qu’il a lui-même dessinés, avant de les détruire ; dans la petite chambre du peintre Valène, envahi par une toile qui restera presque vide, quadrillée par un plan qui ressemble à celui de l’immeuble, à celui du roman.

D’autres épisodes importants sont conservés, parce qu’ils mettent en scène la vie commune : les vies des concierges, ce qui se passe dans l’escalier ou dans l’ascenseur, souvent défaillant.

Déambuler en fantaisie

Le public, invité à déambuler avec les acteurs et les musiciens dans tous les espaces de la Maison, pouvait ainsi goûter à la saveur des histoires, mais aussi percevoir la complexité formelle du roman, dont les procédés et principes étaient exposés dans une salle de la bibliothèque. Une vitrine contenait aussi quelques archives pittoresques de La Vie de l’immeuble : un plat de haricots verts, objet d’une dispute, un valet de trèfle manquant à un jeu, une gomme mâchouillée responsable d’un empoisonnement.

La fantaisie quadrillée du roman de Perec était remarquablement portée par les amateurs participant à l’aventure. En une semaine de travail avec le collectif, ces acteurs et musiciens qui ne se connaissaient pas et avaient des degrés de pratiques artistiques très différents, ont réussi non seulement à faire théâtre ensemble, mais à offrir un spectacle remarquable à un public enthousiaste.

Peut-être ont-ils créé un nouveau Mode d’emploi du théâtre, comme un simple partage de La Vie, cet espace commun que l’on n’habite, au fond, qu’en voisins anecdotiques.

AGNÈS FRESCHEL

La Vie Mode d’emploi a été créé à la Maison Jean Vilar, Avignon, le 25 avril

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