mercredi 10 juin 2026
No menu items!
cliquez sur l'image pour faire un donspot_img
AccueilCritiquesOn y étaitTouste dehors (enfin !)

Touste dehors (enfin !)

Du 5 au 7 juin, le festival des arts de la rue porté par la Scène nationale de La Passerelle a fait le plein à Gap

Il faisait beau, et même très chaud sous le soleil gapençais pour le 13e festival des arts de la rue, Toustes dehors (enfin) !. Avec une affluence considérable, les festivaliers se pressant pour mieux voir et entendre. Pas facile, quand il s’agit d’une déambulation telle que celle proposée par La horde dans les pavés, qui explore l’espace urbain avec d’autres usages que ce pour quoi il a été prévu. Cinq acrobates inspirés par le parkour et un musicien avec clavier portatif composent ce collectif : de minute en minute, ils disparaissent et apparaissent dans des endroits improbables, juchés sur un lampadaire, en haut des toits, accrochés par les cheveux (!) à la fenêtre de la piscine municipale…

« J’ai appris à sauter à l’âge de deux ans, révèle l’un d’eux. Tout mon corps a décollé du sol, et c’était cool. » C’est tout aussi cool la vingtaine passée, semble-t-il : ces jeunes femmes et jeunes hommes échangent entre eux des regards tendres, se rattrapent, se portent, sont présents les uns pour les autres, se remercient. Le message politique de la compagnie n’est peut-être rien de plus que « solidarisez-vous les uns des autres », mais franchement, cela fait du bien.

Aimer contre tout

Même tendresse entre potes dans Hune, spectacle de théâtre chorégraphié par la Cie Paon dans le ciment. Deux jeunes gens investissent l’escalier du lycée pour y rouler-bouler, le temps, en moins d’une heure, de raconter la vie de Mattia et Adri au moyen d’un mash up brillant, dont l’humour léger sert de cheval de Troie à un propos dramatique. Tour à tour journaliste cherchant le fait divers, passante n’ayant pas vu grand chose mais ravie qu’on lui tende le micro, politiciens en mal de récupération, gendarme, pompier intervenu pour prendre en charge un malaise, ils délivrent avec brio l’histoire d’une personne qui s’effondre, dans un système fait pour exclure. Son ami d’enfance, lui-même en bute à la violence du monde du travail, passe de boulot en boulot comme on change de chemise et, happé par ses responsabilités familiales, peine à empêcher la dégringolade. Des destins très familiers : ce pourrait être nous. Aussi l’affection bourrue qu’ils se témoignent perce le cœur.

Joie partagée d’avoir un corps

Une autre énergie, féminine cette fois, se déploie dans Faune, performance des trois danseuses de la Cie Libertivore. Elles roulent sur un tapis rond semé de feuilles, à l’ombre des grands arbres du parc de la Pépinière, s’entremêlent, s’envolent, s’échappent. Des bois de cerf leur servent d’appui, de grappin, d’ailes, de griffes. Une bande son musicale, rythmée par des cris et stridulations, accompagne leur gestuelle, toute de défi et de furtivité animale. Cette sauvagerie est une célébration de la joie d’avoir un corps jeune et souple. Un cadeau offert au public : lorsqu’ils se relèvent, encore songeurs, adultes, enfants et vieux et vieilles bougent pour un moment avec plus de liberté.

Même émotion soutenue par la musique, jouée en direct par le violoncelliste Guillaume Bongiraud, dans Solstice, de la Cie Contrepoint. Le mouvement hypnotique de deux circassiens maîtres de la roue Cyr procure une sensation poignante : ah, si une telle harmonie pouvait exister dans le cours banal de l’existence humaine ! Le spectacle ne dure qu’une demi-heure, mais il mérite bien sa standing ovation.

En troupe ou bien tout seul : s’aventurer

Grand succès aussi pour La Bande à Tyrex, du cirque cycliste doté également d’un accompagnement en musique live. Mais l’esprit est bien plus déluré : ils sont neuf, véloces, taquins. Franchement, qui eût cru qu’on pouvait faire autant de choses avec une bicyclette ? Jouer de la trompette debout sur la selle et le guidon, s’entasser à quatre dessus, s’enfuir en marche arrière, jubilant après l’avoir fauchée sans vergogne à ses copains ? C’est peut-être la morale de l’histoire : ensemble, on rigole plus. Parfois, il n’est pas besoin d’autre chose.

Et pour ceux qui apprécient la culture plus littéraire, il était aussi possible d’aller applaudir dans le jardin du Centre diocésain L’Ouest Loin, œuvre inclassable d’Olivier Debelhoir (Cie d’un Ours). Juché sur une paire de skis, avec sa perche de funambule, il soliloque en truffant son texte de citations de Victor Hugo, Marcel Proust, Edith Piaf ou encore Daniel Balavoine. Un éloge du risque qu’on encourt à solliciter autrui : s’il ne vient pas, il faut oser s’aventurer tout seul.

GAËLLE CLOAREC

Le festival Toustes dehors (enfin) ! a eu lieu du 5 au 7 juin à Gap.

Retrouvez nos articles On y était ici

Article précédent
Article suivant
ARTICLES PROCHES
- Plus d'infos, cliquez ici -spot_img
- Plus d'infos, cliquez ici -spot_img

XXL

XXL

Sofiane Chalal fait de nouveau du corps « hors norme » un territoire de danse avec XXL, présenté en avant-première du 18 au 20 juin à...

En même temps

Depuis plusieurs décennies, Olivia Grandville, ancienne ballerine de l’Opéra de Paris devenue chorégraphe puis directrice du CCN La Rochelle (depuis 2022), développe un travail...