Déjà de retour à la maison mère pour Rusalka en février dernier, Lawrence Foster demeure fidèle et dévoué à un ensemble qu’il a façonné pendant plus de dix ans. Cela s’entend dès l’ouverture de ce grand concert aux airs de retrouvailles, sur un Stravinsky rare et toujours passionnant. Le chef sait faire sonner les cuivres merveilleusement : la singularité des Symphonies pour instruments à vents demeure intacte, et la rigueur nécessaire s’affranchit ici de toute sécheresse. Elle tient à une entente collective, précise, presque intérieure, et à une discipline et une musicalité qui viennent de loin. Le ton est donné : une musique de blocs, presque rituelle, où le souffle collectif prime sur la ligne. Foster en souligne la dimension chorale, refusant toute tentation décorative. Le résultat, porté par un délicat sens du contrepoint, impose une écoute active, presque physique.
De l’art du contrepoint
Le grand écart ne semble pas si périlleux lorsque retentit la pièce maîtresse : le double concerto pour violon et violoncelle de Brahms, que le chef a fait le pari de ne pas confier à des concertistes extérieurs, mais aux solistes de l’orchestre. Da-Min Kim et Xavier Chatillon ne cherchent pas à briller mais à tisser. Ce goût de la respiration chambriste, d’un dialogue à armes égales entre l’orchestre et les échappées mélodiques a toujours été encouragé par le chef, qui accompagne, soutient, respire avec eux. Il est également cohérent avec l’écriture de Brahms, dont la signature a toujours consisté à conjuguer éclat et intimité. La pâte orchestrale s’allège, les timbres se répondent, et Brahms retrouve une clarté qu’on lui refuse trop souvent
Au retour de l’entracte, on remonte encore un peu plus loin dans le temps, mais toujours avec le même goût du collectif. Beethoven surgit, non comme un monument mais comme une allégorie. L’Eroica n’est pas écrasante : elle est construite, articulée, presque narrée. Après Stravinsky et Brahms, elle apparaît comme une synthèse : énergie, tension, communauté.
SUZANNE CANESSA
Le concert a été joué le 19 avril à l’auditorium du Pharo dans le cadre de la saison de l’Opéra de Marseille
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