À la manière d’une archive, la Méditerranée conserve les traces laissées en son sein. Jusqu’au 30 août à la Vieille Charité, Ce que la mer garde – Mémoires de la Méditerranée le rappelle, en s’ouvrant sur une collection d’objets repêchés dans celle-ci et prêtés pour l’occasion par le Musée d’Histoire de Marseille. Une exposition montée en collaboration avec le département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines qui a supervisé le choix des objets, mais aussi avec des artistes contemporains amenés à revisiter leurs œuvres.
Rapidement, l’exposition bascule vers l’archéo-fiction avec la Sépulture aux noyé·es d’Aïcha Snoussi, faite de bouteilles contenant des messages et traces d’une civilisation que l’artiste nous invite à imaginer. L’installation prend la forme d’un rituel collectif, où le public lui-même peut déposer un papier dans une auge en hommage aux « noyé·es », redonnant une place aux anonymes de la Méditerranée. Elias Kurdy renforce ce recours à la fiction avec son œuvre Où sont parti·es les vivant·es. Spécialisé dans le faux, l’artiste crée des pièces qu’il patine pour leur donner une apparence ancienne. Une manière d’interroger la manière dont est écrite l’histoire des objets, et d’inviter le public à imaginer d’autres récits. Et si Carcinus, monstre de la mythologie grecque, n’en était en fait pas un ? Elias Kurdy brouille la frontière entre histoire et fiction, appelant à interpréter différemment les traces que la Méditerranée a gardées.
On dérive ?
Mais c’est précisément dans cette place laissée à l’imaginaire que l’exposition trouve sa limite. En construisant leurs propres mythologies, les artistes se détachent du réel et oublient ce que la mer a vraiment à raconter. À la fin de l’exposition, les installations d’Aurélie Darbouret et Jeff Silva, qui ont filmé pendant cinq ans la baie de Marseille, prolongent cette impression. Si cette dernière partie représente une Méditerranée plus concrète, avec ses filets fantômes, ses plongeurs et ses poissons, elle ne parvient pas à rattacher l’ensemble du parcours aux récits esquissés au début. L’exposition laisse ainsi ouvertes les questions sur ce que la mer garde réellement, sur ce qu’elle transmet, révèle et efface, sans en explorer toute la diversité.
IVANIE LEGRAIN
Ce que la mer garde – Mémoires de la Méditerranée
Jusqu’au 30 août
Centre de la Vieille Charité, Marseille
Retrouvez nos articles Arts Visuels ici







