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On the sea : Eaux profondes

Face à la mer, deuxième long métrage de la romancière britannique Helen Walsh, est le récit sobre et intense d’un coming-out au sein d’une communauté rurale galloise.

Gris bleu. Bleu gris. Teintes sombres, froides, sourdes, avec une courte parenthèse en rose et azur : le film d’Helen Walsh pourrait se lire par la couleur de la photo dirigée par Sam Goldie. Le film est d’atmosphère. On est au nord du Pays de Galles, sur une côte sauvage. Jack (Barry Ward) la cinquantaine et son frère Dylan (Celyn Jones) sont associés dans une petite entreprise mytilicole, fragilisée par les grandes pêcheries concurrentes. Un travail d’hommes, physique, éreintant, qui ouvre le film en mode documentaire : ratissage des bancs de moules dans l’eau glaciale, mise en caisses et chargement dans les camions, sous le ciel gris. Jack est marié depuis des décennies à la douce Maggie (Liz White), rencontrée au lycée. Leur fils Tom (Henry Lawfull) refuse de travailler avec son père et son oncle comme ses trois cousins germains et a de mauvaises fréquentations. Jack est en rémission d’un cancer et n’a que peu d’autorité sur Tom. D’emblée les tensions entre les frères et dans le couple sont palpables. Dans ce milieu fermé où tout le monde se connaît depuis des générations, entre la mer, le pub et l’église, les vies semblent déjà écrites et les rôles distribués. On y est solidaire et quand le vieux pêcheur de coquilles St Jacques, Bernie (Danny Webb) est amputé à la suite d’un accident provoqué par les amis de Tom, Jack s’en occupe comme on s’est occupé de lui pendant sa maladie. Il est enraciné dans ce lieu. « Je suis d’ici » répète-t-il à Daniel (Lorne Mac Fadyen) le jeune matelot itinérant, homosexuel, dont il tombe amoureux. Jack accepte peu à peu ce désir-là, cet amour-là. Malgré l’homophobie ambiante, le mépris de son frère qui veut en profiter pour l’éjecter de leur affaire, malgré la peur de perdre sa famille et Maggie qu’il aime sincèrement, il va accepter de ne plus mentir et d’être ce qu’il a toujours été.

Le personnage ne verbalise pas ses sentiments, fermé comme les moules qu’il récolte. Mais sur le beau visage buriné de l’acteur qui l’incarne -l’excellent Barry Ward qu’on a vu dans le Jimmy’s Hall de Ken Loach, se lisent en gros plans, toutes les nuances de ses déchirements. Le film avance par touches délicates, prévisibles mais justes.

Si le scénario du coming-out tardif d’un homme marié n’est pas d’une grande originalité, la prégnance des lieux et l’approche des personnages font naître une réelle émotion. Le bruit des vagues accompagne le drame. Symbolique des eaux profondes, noires, tumultueuses qui peuvent devenir claires et luminescentes pour un baptême et une renaissance. On the sea – dont le titre français Face à la mer n’est pas tout à fait la traduction, est bien immersif. A la fois violent et d’une grande douceur.

ELISE PADOVANI

Face à la mer d’Helen Walsh

En salle le 26 août

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