Le principe de C’est pas du luxe !, imaginé en 2012 par la Scène nationale de Cavaillon, l’association d’insertion Le Village (Cavaillon) et la fondation Emmaüs, est d’affirmer que la culture, pour les personnes en situation de pauvreté, est essentielle : parce qu’elle permet de retrouver dignité et confiance, mais aussi parce que la parole située des pauvres, des réfugiés, des SDF, fabrique des œuvres bouleversantes. Après trois éditions au Thor et à Apt, l’ex-maire d’Avignon Cécile Helle (PS) a accueilli en 2018 la biennale dans sa ville, et s’y est depuis installée. Un geste politique, qui n’est pas assuré de sa pérennité dans la ville. Olivier Galzi (divers droite), le nouveau maire, vient de mettre en fin à l’épicerie étudiante solidaire Agoraé [voir encadré] et en août dernier, il signait un arrêté « anti-mendicité » visant à interdire l’occupation prolongée de certains espaces publics de la ville. Une mesure finalement suspendue le 11 septembre grâce à une forte mobilisation des associations.
Dans ce contexte où les stigmatisations et les discriminations envers les personnes précarisées ont le vent en poupe, le festival C’est pas du luxe ! entend rappeler que la solidarité est une voie joyeuse à ne surtout pas négliger. Et mettra en lumière celles et ceux que l’on peu, bien trop souvent invisibilisé·e·s par la société. Du 25 au 27 septembre, une vague humaine de 600 artistes amateurs et professionnels s’empare d’Avignon avec plus de 70 créations dans une trentaine de lieux. Du théâtre à la musique, en passant par la danse et le cinéma, la biennale investit la Cité des papes pour faire de l’art un « terrain d’émancipation, de dialogue et surtout de fête ».
Danser ensemble
En ouverture, de la danse. La danseuse-chorégraphe Mariam Kaba et les mineurs exilés de l’association Rosmerta présentent le spectacle Danser c’est Vivre, une « ode à la puissance du collectif » : de quoi donner le ton du rendez-vous.

Collectif aussi sera la proposition de l’artiste Marina Gomes. Elle propose un moment de danse intergénérationnel à La Fabrica avec Street Fighters, une « agora vivante » mêlant rap, battle hip-hop, flashmob géante et théâtre. Une énergie que l’on retrouve avec la compagnie Le Doux Supplice et les pensions de famille du territoire, à travers Faire Corps en Chœur. Une création dansée dans laquelle une « horde » joyeuse se déplace dans l’espace public, au risque d’embarquer avec eux les Avignonnais.
Se faire entendre
Faire collectif, c’est aussi faire entendre les voix des uns et des autres. Porté par plusieurs communautés Emmaüs, la création théâtrale Du silence à nos voix, prend comme point de départ les textes – collectés lors d’ateliers dans les structures Emmaüs – d’une soixantaine de personnes. De là naissent des montages faits de voix enregistrées, de fragments de vie et autres surprises.
Ces histoires continuent d’être explorées dans les expositions du festival. Famille(s), née de la rencontre entre habitants de pensions de famille, travailleurs sociaux et membres de la Collection Lambert, explore la question de faire famille lorsqu’on est en errance. L’artiste syro-palestinienne Bissane Al Charif poursuit ces réflexions autour de l’amitié et des liens que l’on choisit avec Empreinte(s) de l’invisible. Le cinéma, lui aussi, donne à voir d’autres histoires. La réalisatrice Pauline Bastard livre au public Expert Esthétique, un long métrage né d’un atelier de couture d’Emmaüs Grenoble dans lequel le tri des vêtements se transforme en une drôle de collection de « haute couture ».
Faire avec les moyens du bord, décider collégialement, créer avec et ensemble, voilà la volonté de C’est pas du luxe !. Car, comme le rappelle le festival : « La culture est un droit, au même titre que tous les autres droits, et c’est de notre devoir, en tant qu’institution culturelle, de fournir les outils, les espaces, les moyens qui permettent à celles et ceux qui ont été empêché·es de pratiquer des projets culturels à leur endroit. »
CARLA LORANG
C’est pas du luxe !
25 au 27 septembre
Avignon








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