Un problème d’accordage est annoncé avant même la première note. Il se fera entendre, un peu, dans les graves parfois noyés dans la pédale de la Fantaisie et fugue en sol mineur de Bach, transcrite magnifiquement par Liszt. Mauricio Vallina aborde la Fantaisie avec une lenteur qui dit une certaine prudence, mais aussi une écoute extrêmement précise de la partition. La fugue qui suit délie son jeu : les nuances s’affinent, les lignes se distinguent, la strette s’articule avec une netteté admirable. Troublante, cette manière qu’a Liszt de faire passer Bach dans son ample architecture, sans rien sacrifier de son art du frottement.
La mort et ses paysages
Avec Totentanz, tout bascule. En ce matin de Toussaint, la paraphrase sur le Dies irae résonne presque comme une menace. Les premières attaques, hachées, presque brutales, semblent parfois toucher aux frontières de l’atonalité, tant le vieux thème modal semble avoir voyagé. La danse des morts n’a rien ici d’un divertissement virtuose : elle inquiète, elle heurte, elle emporte.
La Gondoliera vient faire surgir un autre paysage. Ses aigus cristallins dessinent le fil de l’eau et les reflets de cette Italie si chère au compositeur. La Valse oubliée n° 1 lui succède dans un même souffle : moins dansante que contemplative, elle a les atours d’un joli souvenir. Mais cette rêverie n’est qu’une halte. La Mephisto-Valse n° 3 reprend un chemin démonique, moins malicieux ou ricanant qu’âpre et rageur. Le Liszt de Vallina est décidément pure ardeur, jusque dans la mélancolie et dans cette obstination à tutoyer les morts.
SUZANNE CANESSA
Le concert a été joué le 1er novembre au foyer Ernest-Reyer de l’Opéra de Marseille dans le cadre de la saison de Marseille Concerts.







