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AccueilÀ la UneLes sœurs Labèque : 55 ans de piano 

Les sœurs Labèque : 55 ans de piano 

À quelques jours de leur concert à l'Opéra, à l'invitation de Marseille Concerts, Marielle Labèque dévoile un programme construit autour de compositrices

Zébuline. Comment avez-vous imaginé le programme que vous proposez à Marseille ?

Marielle Labèque : Ce programme est tiré du projet « 55 » (Deutsche Grammophon, juin 2026), trois CD que nous avons imaginés pour fêter nos 55 ans de carrière. Katia a eu l’idée de partir de 55 pièces, courtes, en piochant à la fois dans nos archives des années 1970-1980, par exemple Visions de l’Amen d’Olivier Messiaen (nous avions 17 et 19 ans), mais aussi 25 nouvelles partitions. Le concert reprend des titres de ce triple album. Mais évidemment, on ne peut pas tout jouer en une soirée. Nous avons dû faire des choix.

Le concert est très féminin ?

Oui. Nous avons baptisé ce programme « La compositrice est l’avenir du compositeur ! ». Au fil des ans, nous avons découvert des compositrices qui ont écrit des pièces magnifiques, et c’était une façon de leur rendre hommage. Je pense à Nadia Boulanger, ou à sa sœur Lili, morte à seulement 24 ans après avoir été l’une des plus jeunes lauréates du prix de Rome : à la fin de sa vie, elle ne pouvait même plus tenir un stylo, et c’est Nadia qui écrivait sous sa dictée. C’est une histoire bouleversante. Fanny Mendelssohn, elle, écrivait admirablement, mais son père lui répétait qu’une femme n’était pas faite pour être compositeur et devait rester s’occuper du foyer. Elle n’a été publiée qu’après sa mort, et certaines de ses partitions sont même parues sous la signature de son frère Felix. Il y a aussi Dora Pejacevic, et Grazyna Bacewicz, dont j’adore les Études, la quatrième surtout, très difficile : elle a changé la musique en Pologne, c’est une musicienne immense, trop peu connue.

Mais aussi des femmes noires ?

Oui, comme Nina Simone, qui se définissait elle-même comme une « classical black », ou Margaret Bonds. Cette dernière a été la première pianiste afro-américaine engagée comme soliste par l’orchestre de Chicago : compositrice, pianiste, arrangeuse, elle a fait des choses extraordinaires. Et puis Emahoy Tsegué-Maryam Guèbrou, cette éthiopienne qui a passé sa vie dans un couvent à Jérusalem, où elle créait sur un petit piano. Ce sont de belles rencontres. Cela dit, nous ne voulons pas mettre les femmes « à part ». Nous avons aussi dans le concert du Debussy, du Ravel, du Fauré et du Bernstein. Mais il nous semble essentiel de faire aussi entendre cette musique.

Pourquoi avoir choisi de jouer certaines pièces à quatre mains, et d’autres à deux pianos ?

Certaines pièces ont été composées à l’origine pour deux pianos ou pour quatre mains, d’autres sont des arrangements, comme les Chants sans paroles des Mendelssohn, que l’on interprète à quatre mains.

Comment le concert de Marseille est-il construit ?

En deux parties, sans entracte, pour ne pas rompre le fil de la musique. On l’a pensé comme un vrai voyage. On commence avec la partie quatre mains avec Of a Bright Garden (« d’un jardin clair ») de Lili Boulanger, puis on passe aux deux pianos avec Wild Is the Wind du nom du titre de Nina Simone. On termine par une pièce qui n’est pas sur le disque, How to Dance de Bryce Dessner, écrite en hommage à sa sœur, qui adorait danser : dix minutes magnifiques et redoutablement difficiles pour deux pianos.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ANNE-MARIE THOMAZEAU

Katia & Marielle Labèque 
6 octobre
Opéra de Marseille 
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