Le président du Mucem a repris ses fonctions. Pierre-Olivier Costa (POC) avait été suspendu le 30 juin « à titre conservatoire ». Une mesure qui s’applique dans l’administration pour « protéger un établissement » et « éviter les troubles ». D’une durée de 4 mois maximum, avec maintien intégral de salaire, cette suspension permet de mener une enquête, et de lever ou confirmer les soupçons de faute grave.
En quatre mois, POC n’a pas été auditionné et aucun soupçon n’a pu être levé ou confirmé. Ni dans le cadre judiciaire de la plainte pour harcèlement sexuel, ni dans l’enquête de l’Inspection générale des affaires culturelles sur sa gestion du personnel et des marchés publics, qui a amené à sa suspension. Les conclusions de celle-ci étaient pourtant accablantes, et 79 salariés sur 125 avaient signé la lettre demandant son départ en avril 2026. Ils ont aujourd’hui massivement voté la grève, outrés du retour d’un directeur qui s’accroche au pouvoir d’une maison qui ne veut pas, qui ne veut plus de lui. Et ne cesse de l’écrire, de le dire, de le manifester.
Macronie illibérale
Ami des Macron, son attitude en rappelle une autre : il n’est pas sûr que notre ministère entende les salariés de ce musée d’État, pas plus que notre gouvernement n’entend les lycéens dans la rue, les salariés en grève, et la population entière qui s’appauvrit et hurle son désarroi.
Est-il temps de constater que notre démocratie a basculé du côté des régimes illibéraux ? L’expression, théorisée dans les années 1970, désigne les régimes qui ont l’apparence de la démocratie parce qu’ils en respectent le principe fondamental, celui d’un vote équitable de tous, mais qu’ils en ignorent les règles secondaires associées. Celles par exemple de l’indépendance de la justice, de la séparation des pouvoirs, de la protection des libertés fondamentales – dont la liberté de création et la liberté d’informer, de la protection des minorités, du respect du droit international.
Quelques exemples ?
Une démocratie qui interdit de manifester et justifie la violence de ses « forces de l’ordre » devient illibérale.
Un président qui n’a pas réussi à conjurer l’accaparement par l’extrême droite de la presse, des médias, de l’édition et de la production cinématographique, alors même qu’il a été élu contre le RN, par deux fois, n’a plus la légitimité de représenter la Nation.
Un Premier ministre nommé en dépit du résultat des législatives qui renvoie dos-à-dos un meurtre raciste intentionnel et la mort d’un militant néonazi dans un affrontement volontaire décrédibilise la démocratie représentative.
Un gouvernement qui combat chaque jour les intérêts de son peuple en appauvrissant les pauvres, en détruisant les services publics et les collectivités et en favorisant l’enrichissement exponentiel des milliardaires n’a plus rien d’un gouvernement légitime. Il relève, comme le revendiquait Orban, d’une démocratie illibérale et d’une tyrannie de la majorité issue par défaut des urnes.
Demain
Aujourd’hui les rues flambent, la grève s’organise, et des horizons réellement démocratiques semblent se dessiner à nouveau. Même si, comme s’inquiète Patrick Boucheron dans Libération « le fond de l’air est brun », contexte peu propice aux révolutions réussies, la démocratie illibérale revendiquée d’Orban est morte, Trump est affaibli par un sursaut du peuple américain, Lula est là, les étudiants de Serbie ont conquis le pouvoir et les nôtres nous ouvrent la possibilité d’un avenir.
POC POC POC s’en ira.
AGNÈS FRESCHEL
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