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10 ans, et toujours à la page

Du 26 au 31 mai, le festival littéraire fête ses 10 ans avec130 auteur·rices et artistes pour 80 événements qui investiront les lieux culturels de Marseille

Fondé par la libraire Nadia Champesme et l’éditrice Fabienne Pavia, Oh les beaux jours ! fête ses dix ans. Et pour cet anniversaire, le festival littéraire ne se contente pas de souffler les bougies, il nous emmène au cœur de ce qui fissure, résiste, disparaît et renaît autour de six thématiques : de la « Désintégration »à la « Terra incognita », en passant « Par le corps » les « Contes et légendes modernes », « l’Histoire en nous » et les « Vies secrètes ».

Que se passe-t-il quand les cadres cèdent, les systèmes sociaux et politiques se désintègrent ? François Bégaudeau, Guillaume Poix, Cédric Gerbehaye, Arno Bertina ou encore Clément Camar-Mercier et Loïc Hecht explorent les glissements – carcéraux, guerriers, numériques – d’un réel de plus en plus instable.

Mais la désintégration n’est jamais séparable de ce qui lui résiste et en particulier le corps : Chowra Makaremi et Laurine Roux montrent comment les émotions et les liens affectifs deviennent des formes de résistance tandis que Nathacha Appanah et Negar Haeri offrent des mots à des corps révoltés, exposés à la violence extrême. Marwan Mohammed et François Beaune rappellent que par l’éducation populaire – avec laquelle il est urgent de renouer –, d’autres chemins d’intégration sont possibles.

La littérature exhume

Cette tension entre brisure, transmission et re-création traverse aussi la façon dont circule l’Histoire en nous. De la déportation de Jorge Semprún au destin brisé de Kid Francis – jeune champion de boxe marseillais pris dans la tourmente des rafles du Vieux-Port –, des résonances contemporaines de la peste noire dont nous parle Patrick Boucheron à la révolte iranienne portée par Chowra Makaremi, c’est cette mémoire blessée qui se raconte y compris par les voix de Pierre Singaravélou, Maylis de Kerangal, Neige Sinno ou Philippe Sands. À travers Marin Fouqué et Samira Negrouche, les héritages entre la France et l’Algérie trouvent une voix. Et c’est avec ses amis musiciens que Joann Sfar donne, par le dessin, forme et visage, à un passé en tension.

La littérature a ce pouvoir singulier de faire surgir les non-dits, d’exhumer. Véronique Le Normand réhabilite Hilma af Klint, peintre pionnière de l’abstraction longtemps invisibilisée. Jakuta Alikavazovic et Christophe Boltanski sondent les parts d’ombre dans les destins familiaux. Marie Richeux interroge la persistance des absents, en écho aux voix qu’Amaury da Cunha fait surgir comme des fantômes, tandis que Mathieu Simonet tente de continuer à vivre après la disparition de son mari. Pour la soirée anniversaire, les auteurs·ices sont invité·e·s à dévoiler leurs lectures inavouables, ce moment où la littérature cesse d’être une posture pour redevenir un plaisir honteux et vivifiant.

Apprendre à se perdre

Intemporel, le mythe, lui, irrigue toujours le présent même s’il prend de nouveaux visages. Marwan Chahine, Amira Ghenim, Abdellah Taïa et Nassera Tamer composent ensemble sur scène la performance Omar Sharif, ma grand-mère et moi, récit mêlant souvenirs et figures des deux rives. Atiq Rahimi transforme l’exil en écriture qui sauve, Louise Rose, Kinga Wyrzykowska et Camille Potte déplacent les codes du conte vers des territoires féministes, Théo Casciani accède à son île intérieure guidé par la voix d’Aurore Clément, et Anthony Martine transmute le conte en expérience scénique afro-queer.

Lire, c’est aussi apprendre à se perdre : de la préhistoire arpentée par Marc Graciano et Pierre Schoentjes à la Malaisie de Tash Aw, de l’Albanie de Marie Charrel aux labyrinthes intérieurs de Benoît Coquil, la Terra incognita est un graal pour les désirs qui cherchent une terre où se dire.

Côté scène, Vincent Delerm clôturera le festival entrelaçant chansons et livres de chevet. Le cabaret queer La Bouche, Maissiat et JP Nataf promettent des soirées mémorables. Les siestes acoustiques – très appréciées –, la bande dessinée, la littérature jeunesse la poésie, les lectures musicales et le prix du barreau de Marseille, complètent ce panorama déjà totalement enthousiasmant au sein duquel dans lequel – et c’est un scoop –, Albert Camus devrait venir faire une apparition. De bien beaux-jours en perspective.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Oh les beaux jours !
Du 26 au 31 mai
Divers lieux, Marseille
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