Penser est un acte banal, quotidien, du genre qu’on pratique constamment… sans y penser. Mais la chercheuse Cécile Raulet, spécialiste de la critique littéraire, a peur de perdre cette capacité si elle ne l’entretient pas. Pour remédier à cela, elle convie Kristina Chaumont et le comédien Loïc Renard dans un « Laboratoire de pensement » – mot moyenâgeux pour désigner l’acte de penser – pour observer la manière dont iels réfléchissent.
Tel est le point de départ de Ma Pensée creuse, deuxième création de la comédienne Kristina Chaumont, co-écrite avec Cécile Raulet. En croisant leurs disciplines, et en puisant dans la philosophie et la neuroscience, elles cherchent à comprendre ce que notre présent fait à la pensée, et surtout comment celle-ci peut être utilisée pleinement et à bon escient.
Expérience délirante
Rapidement, une frustration commune émerge : toujours pris dans leurs pensées, iels ont tout deux l’impression de ne jamais être dans l’instant présent. Mais leurs solutions divergent radicalement : lui pense qu’anticiper toutes les situations pourrait lui permettre de s’y consacrer pleinement quand elles se produisent ; elle, au contraire, souhaite ne plus pouvoir anticiper quoi que ce soit. Elle envie son grand-père qui, atteint de démence sénile à la fin de sa vie, était très heureux car il redécouvrait le monde à chaque instant.
La rigueur obsessionnel et les étranges exercices mnémotechniques de l’un, tranche avec la recherche de lâcher prise de l’autre, créant une tension comique qui justifie même les actions les plus hors-sols ou caricaturales. Mais le dispositif initial éclate quand Kristina invite la chercheuse, jusqu’alors assise à un bureau, à les rejoindre dans le cadre. Contrairement aux deux autres, dont la personnalité et les problématiques propres sont déjà bien installées, le personnage de Cécile manque de substance dès lors qu’elle sort de son rôle de scientifique.
Les hypothèses fusent dans ce laboratoire de fortune, mais aucune n’aboutit. Les auteurs cités par Cécile au début de la pièce, ou l’exposé de Kristina sur la plasticité cérébrale par exemple, nourrissent la réflexion sans vraiment trouver leur place dans la narration, qui tire en longueur. Malgré certains passages très réussis, la pièce comme la quête des personnages, s’emmêle dans l’immensité de son sujet et ne parvient pas trouver son équilibre.
CHLOÉ MACAIRE
Ma pensée creuse a été créée le 30 septembre au Théâtre Joliette, Marseille.
Dans le cadre de la programmation de La Criée, Centre dramatique national de Marseille.






