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AccueilSociétéIdées et rencontres« La mémoire n’a de sens que si elle inspire l’action »

« La mémoire n’a de sens que si elle inspire l’action »

Le 15 octobre au Musée d’Histoire de Marseille, l’Association Varian Fry-France rend hommage à son fondateur Jean-Michel Guiraud et interroge l’actualité de son héritage, à l’heure où l’antisémitisme et le rejet de l’étranger ressurgissent

Président de l’Association Varian Fry-France et ancien consul général des États-Unis à Marseille, Philip Breeden sera l’un des artisans d’un après-midi consacré à Jean-Michel Guiraud, disparu en 2025. Autour de lui, plusieurs proches et collaborateurs de l’historien marseillais reviendront sur les projets qu’il a initiés pour faire connaître en France l’action de Varian Fry : Jean-Marie Guillon, historien de la Seconde Guerre mondiale et de la Résistance en Provence, évoquera les premières grandes expositions consacrées à Fry ; Michel Bépoix, spécialiste de l’art de cette période, reviendra sur les artistes sauvés par son réseau ; Sylvie Orsoni, professeure agrégée d’histoire, sur la création de la mallette pédagogique destinée aux lycées. Une manière de retracer vingt-cinq ans de travail, mais aussi de penser la suite.

Zébuline : Pourquoi cet hommage à Jean-Michel Guiraud est-il aussi tourné vers l’avenir ?
Philip Breeden :
Parce que Jean-Michel n’a jamais travaillé sur Varian Fry pour simplement conserver un souvenir. Il a créé des expositions, organisé des colloques, conçu des outils pédagogiques, rencontré des élèves et des étudiants. L’idée de cette journée est de revisiter tous ces projets avec celles et ceux qui y ont participé, pour voir aussi ce qu’ils peuvent encore produire aujourd’hui.

Varian Fry lui-même est arrivé à Marseille pour une mission qui devait être courte…
Oui. Il vient en 1940 pour trois semaines, avec de l’argent et une liste de personnes particulièrement menacées par les nazis. Marseille, en zone libre, est alors l’un des principaux points de départ possibles pour les réfugiés. Mais il comprend immédiatement que la situation est beaucoup plus grave que ce qu’on imaginait aux États-Unis. Il reste treize mois et crée le Centre américain de secours.

Son réseau se distingue aussi par les personnes qu’il cherche à sauver.
Il y a une dimension culturelle très forte. Fry connaît et admire beaucoup de ces écrivains, artistes et intellectuels. Son réseau aide notamment Marc Chagall, Max Ernst, André Breton ou Hannah Arendt. Mais il rassemble aussi des Américains, des Français, des Autrichiens, des Italiens, souvent jeunes, qui veulent agir contre le fascisme. Et assez vite, il accepte de passer à la clandestinité lorsque les voies légales ne suffisent plus.

C’est donc aussi cette dimension politique que l’association veut transmettre ?
Oui, politique et culturelle. Fry agit par reconnaissance envers des artistes et des écrivains qui ont nourri sa culture, mais aussi parce qu’il est antifasciste. Pour moi, c’est une forme de résistance humanitaire. Quand nous racontons cette histoire aux jeunes aujourd’hui, nous voulons aussi montrer que des individus peuvent réagir, qu’ils peuvent décider de ne pas accepter l’inacceptable.

Quels projets pourraient prolonger ce travail ?
Nous aimerions notamment créer un parcours Varian Fry à Marseille, avec des supports audiovisuels, qui permettrait de retrouver les lieux où Fry et le Centre américain de secours ont travaillé. Ce serait une façon d’inscrire cette histoire dans la ville, mais aussi de faire le lien avec les migrations et les réfugiés d’aujourd’hui. Rendre hommage à Jean-Michel est important ; si cette journée inspire de nouveaux projets, elle aura pleinement rempli son rôle.

Entretien réalisé par SUZANNE CANESSA

15 octobre, 14h-18h
Musée d’Histoire de Marseille

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Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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