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Le jazz jamais en rade

Dans le cadre de son Parcours métropolitain, le Marseille Jazz des Cinq Continents était au cinéma de L’Alhambre (Marseille) pour un ciné-concert sublime

C’est désormais habituel : chaque printemps, le Marseille Jazz s’associe avec le cinéma L’Alhambra pour une proposition conjointe. Cette année, c’est un ciné-concert de haut degré artistique qui était proposé. Le film En Rade, muet et en noir et blanc, réalisé en 1927 par le Brésilien Alberto Cavalcanti, narre les rapports émus et craintifs entre une petite serveuse de bar, rudoyée par sa mère, affolée par ses clients les dockers et Jean, le fils de la blanchisseuse qui rêve à d’autres horizons – un simple d’esprit s’en mêle, fasciné par la jeune fille et les bateaux qui s’éloignent des rivages marseillais.

Restauré par Les Films du Jeudi, il permet de découvrir des images de la cité phocéenne loin de tout stéréotype. Ici, pas de Vieux Port ni de Bonne Mère, mais des vues sur les marchandises, les cargos et les portefaix. À peine les docks de la Joliette et la Digue du Large sont-ils esquissés.

La musique, une suite composée par le pianiste Benjamin Moussay, est interprétée par un quartet d’excellence. Outre le pianiste, Airelle Besson est à la trompette, Thomas Savy à la clarinette et Eric Echampard à la batterie, qui tous sont là pour amplifier les émotions que suggèrent les images.

La musique et l’héroïne

On croit que chaque instrument est censé représenter un personnage – notamment la trompette, qui entre en jeu dès l’entrée en scène de l’héroïne. Puis on a la sensation que la clarinette fait vibrer le décor jusqu’à la moindre volute d’un châle, alors que le piano rend les cadrages plus précis encore, et que la batterie devient un instrument de montage. Par de subtiles polyphonies et polyrythmies, fondées sur des arpèges impressionnistes d’où émerge un swing furtif, l’orchestre déploie des ondes sensibles aux nuances infinies, rejoignant le propos artistique aux atours expérimentaux du réalisateur. Tout ça pour une histoire d’amour avec un port comme cadre ? Oui. Et c’était sublime.

LAURENT DUSSUTOUR

Ciné-concert donné dans le cardre du Parcours métropolitain du Marseille Jazz des Cinq Continents le 7 juin au cinéma L’Alhambra, Marseille.

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