lundi 28 septembre 2026
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Blockbuster

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Blockbuster © Dominique-Houcmant
Blockbuster © Dominique-Houcmant

Et si vous pouviez regarder plus de 160 films hollywoodiens en 120 minutes ? Écrit par Nicolas Ancion et mis en scène par le Collectif Mensuel, Blockbuster se place entre cinéma et théâtre. Par le biais d’une histoire pleine de péripéties extraordinaires : courses-poursuites, explosions…ils tentent de déconstruire les rouages du néolibéralisme en dénonçant le système de domination, incarner par Mortier un patron de grande entreprise. Le collectif vise à montrer la violence de cette pyramide hiérarchique, qu’il démantèle par l’humour, comme outil libérateur. Dans un montage géant qui emprunte près de 1400 plans au cinéma américain, le scénario parodique est accompagné de musique en live et de bruitages réalisés par les comédiens. Le spectacle est accueilli au Théâtre Jean Vilar, en collaboration avec le Théâtre des 13 vents de Montpellier.

LILLI BERTON FOUCHET

Le 26 et 27 mars
Théâtre Jean Vilar – Montpellier

+ de genres : Un Bonheur porté à la cène

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Bonheur © Anaël Miantsoukina
Bonheur © Anaël Miantsoukina

Cocon marseillais de la nouvelle scène chorégraphique, Klap-Maison pour la danse sait mettre en lumière les écritures audacieuses et transgressives. D’autant plus pendant son rendez-vous + de genres, qui interroge l’identité de genre, ses frontières, mais aussi les nouvelles esthétiques dansées, les nouveaux gestes. Et Bonheur de Maurice Broizat (Cie Love Labo) était justement de cette verve-là, plaçant la danse au service d’une performance scénique à tiroirs, emportant avec elle musique, théâtre et humour. 

Sans étiquette 

C’est le comédien-danseur Jayson Batut qui lance la pièce. Assuré et drôle, il dit aimer voir des sourires dans le public, et spoiler, il en aura beaucoup. Derrière lui, Alexandre Bibia et Silvia Di Rienzo se goinfrent d’une nourriture imaginaire, attablés à une table en plastique. Quant au musicien marseillais Antonin Appaix, il est lui attablé derrière ses machines, etdonnera à manger ses notes aux danseurs pendant toute la durée de la pièce. 

Sur le plateau, les scènes se succèdent entre danses loufoques et scènes mimées, ou chuchotées. L’une se meut telle une araignée, langue dehors, l’autre court sur le plateau, rigide comme un I, jusqu’à l’index. Pendant les tableaux, le musicien jette des sons, des bruits, et des notes, que les danseur·euse·s viennent conjuguer de mouvements saccadés oudélicats, toujours avec expressivité. Naissent des moments gracieux, comme la scène amoureuse entre Jayson Batut et Silvia Di Rienzo, ou des moments délicieusement bouffon, quand Alexandre Bibia se bâfre jusqu’à l’outrance, la langue collée au fond du pot de Nutella ( ?).

Viennent aussi des interludes musicaux, voire music-hall, avec Antonin Appaix déboulant sur scène en costume beige, les étiquettes à l’air. Dans le même ton que le reste de la pièce, les qualités musicales n’empêchent pas du second degrés, dans le geste comme dans les paroles : « il faut lâcher prise, lécher la prise ».  

La pièce se termine dans un grand éclat de sérénité, après une scène de violence où chaises et tables auront valdingué sur le plateau. Mais musique douce, ronde amicale, vraie nourriture, viennent régler tout ça. Et de beauté, d’humour, de légèreté, le public sortira rassasié. 

NICOLAS SANTUCCI

Bonheur a été créé le 13 mars à Klap – Maison pour la danse, Marseille.
Un spectacle touché par les coupes

Créé à Klap à l’occasion du festival + de genres, Bonheur de la compagnie Love Labo aurait dû être créé à l’Antre Peaux (Bourges) en janvier. C’était avant les coupes budgétaires décidées par la Région Pays de la Loire et sa présidente Christelle Morançais [lire notre article sur journalzebuline.fr], rendant impossible l’accueil du spectacle. Des coupes budgétaires aux coupes de programmation, il n’y a qu’un pas.

NICOLAS SANTUCCI

Retrouvez nos articles Scènes ici

A l’écoute des films

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On vous croit (C)Jour2Fête

Ce festival qui met l’accent sur la jeune création cinématographique et la création musicale pour l’image, est unique en France et en Europe. Les projections y sont  accompagnées par les cinéastes et les compositeurs/trices, et se poursuivent par des concerts, des rencontres pour tous les publics et tous les goûts.

En ouverture le 24 mars à 20h, au cinéma Artplexe, un film sous tension sur la violence intrafamiliale devant la justice, On vous croit de  Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys qui seront là, accompagnés par la compositrice Lolita Del Pino et l’actrice Myriem Akheddiou.

On vous croit fait partie des 11 longs métrages en compétition représentant 19 pays. Pour ce film  comme pour Mexico 86 de  César Diaz, c’est à MCM que  cinéastes et compositeurs se sont rencontrés. Concourront aussi Hanami de la Portugaise Denise Fernandes, l’étonnant Panopticon de George Sikharulidze,  Prix de La Critique à CINEMED ou Peacock de Bernhard Wenger. Parmi les 1980 courts reçus,64 d’une vingtaine de pays ont été sélectionnés, dont 33 réalisés par des femmes, mais10 compositrices seulement .

Trois invité.e.s d’honneur 

Boris Lojkine, « un réalisateur français avec un nom russe qui parle vietnamien et fait des films africains »,  nous présentera  L’Histoire de Souleymane et nous fera (re) découvrir Hope et Camille en présence du compositeur Eric Bentz

Jocelyn Pook, altiste et compositrice anglaise  proposera pour sa Carte Blanche Eyes Wide Shut et Le Marchand de Venise dont elle a composé les musiques.

L’Islandais Atli Orvasson donnera une master class consacrée à son parcours et à l’art de la composition On pourra entendre  son travail musical dans le film Beliers de Grimur Hakonarson.

Accords en duo et Ils repasseront par là

Invités pour la section  Accords en duo, Jeanne Herry et Pascal Sangla qui présenteront Pupille.

Pour la traditionnelle section Ils repasseront par là, 4 compositeurs /trice, Antoine Glatard,Alexei Aigui, Clovis Schneider et Laetitia Pansanel- Garric avec le film d’animation Hola Frida

Cartes blanches  et concérences

Le programme, de 120 projections et 350 films,  propose hors compétition  des Cartes Blanches à Arte,  à Cinéphonies, qui fêtera les 20 ans de la classe de composition pour l’image du Conservatoire de Lyon,  à des écoles de cinéma dont la Satis et le Master Doc d’Aix- Marseille, à quatre festivals européens de Bruxelles, Riga, Barcelone et Graz (Autriche)

MCM défend aussi ses Coups de cœur, des films qui ont eu peu de diffusion en salles ou des avant-premières, comme le grec Nos jours sauvages, le coréen  Hiver à Sokcho ainsi que les marseillais Fotogenico, Oxana et Dans la peau. Le coup de cœur des  jeunes de MCM, Diamant brut est un petit bijou.

Et la musique reste au centre des évènements avec des ciné-concerts, des conférences dont certaines consacrées aux liens entre la composition musicale et l’IA. Et les Concérences  de Raphaël Imbert et François Blanchard, voyages improvisés entre cinéma, jazz et musique de films.

ANNIE GAVA

 Music & Cinéma Marseille

https://www.music-cinema.com/fr/#

 du 24 au 29 mars

 Divers lieux Marseille

Les lois scélérates de Vichy

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Le Birgit ensemble, les suppliques © Simon Gosselin

La salle a applaudi longtemps. Quand les acteurs entrent enfin en coulisses les spectateurs ne se décident pas à quitter la salle, comme abasourdis. Un d’entre eux reprend les applaudissements qui se sont éteints. Tout seul d’abord, suivi par ses voisines, par un groupe de jeunes en face (le spectacle est bi-frontal), puis par l’ensemble du public. 

Il est des spectacles dont on sort tremblants, les jambes mal assurées. Comme celui-ci, aujourd’hui. Parce que Netanyahou écrase Gaza, que LFI laisse passer une affiche antisémite tandis que Musk fait un salut nazi, que des lois restreignant les droits des étrangers ont été adoptées en France, que des propos discriminatoires sont tenus dans les rangs même du gouvernement français. Tout cela, avec évidence, sous-tend la représentation et la réaction du public à ces Suppliques de juifs persécutés, des lettres réelles rassemblées, adaptées et mises en scène par Jade Herbulot et Julie Bertin (Lire notre entretien ici).

Coupable de quoi 

Les quatre acteurs – Salomé Ayache, Marie Bunel, Pascal Cesari et Vincent Winterhalter – font vivre tour à tour les personnages, et leurs réactions complexe à la judéité. Une collégienne juive cherche les noms de sa famille au Mémorial de la Shoah, prenant conscience du nombre effarant des victimes, et ouvrant la porte aux scènes élaborées d’après les lettres : une femme catholique ayant épousé un juif étranger, donc apatride et indésirable, plaide coupable (de quoi?) pour garder son commerce ; un héros de la Grande Guerre se révolte contre les mesures discriminatoires prises par le Maréchal qu’il a admiré ; des juifs français cherchent leur fille, une mère qui a vu disparaître ses enfants, son mari, persiste dans son attente ; un apatride de 20 ans refuse de mourir et l’écrit à Pétain ; il est un des seuls qui survivra, dont la chaise ne sera pas, sur scène, renversée, dont le visage ne se couvrira pas d’un voile, parce qu’il s’est caché dans les poubelles et s’est échappé obstinément, à chaque arrestation ; une jeune fille aussi, juive française, survivra, après avoir échappé à la rafle du Vel’d’Hiv qui emporte ses parents, puis après sa déportation en juillet 44 dans le convoi 77, dernier grand convoi (1321 passagers) parti de France vers Auschwitz.

Ces histoires, rendues profondément humaines et touchantes par la fragilité et la terreur diffuse des acteurs qui les incarnent, contrastent avec les réponses froides qu’on leur envoie, abritées derrière les lois scélérates du code juif. On les entend également, égrenant les professions et activités interdites, le port de l’étoile jaune, les spoliations à l’œuvre, les sanctions encourues. 

Jusqu’à la déchéance de nationalité et au couvre-feu, qui n’ont pas disparu du paysage législatif français actuel. 

AGNÈS FRESCHEL

Les Suppliques a été joué les 12 et 13 mars au Zef, Scène nationale de Marseille

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Mus’iterranée : Escales musicales

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Jarava sextet © X-DR

On doit ce Festival haut en couleurs à Magali Villeret. Ses voyages à travers l’Espagne et l’Amérique du Sud lui ont révélé la place essentielle occupée par la musique dans la relation qui unit les humains. Elle a eu envie de créer un festival où les sonorités méditerranéennes se mêleraient aux mélodies lointaines. L’équipe 100 % féminine du festival propose cette année encore une explosion de saveurs qui nous font embarquer pour un périple à travers les flots musicaux du monde. Chaque concert est une escale !

On ouvre le bal au Brésil à l’invitation de La Roda, avec Cristiano Nascimento et sa guitare à 7 cordes, la mandoline de Claire Luzi et le pandeiro d’Icaro Kai (20 mars, Bastide Granet, Aix). Puis, on part en Colombie avec la chanteuse Tattiana Angel qui rend hommage avec poésie aux peuples et aux paysages sud-américains (21 mars, Meyreuil). Pas de vraie fête sans musique cubaine. Le groupe Soneros del Caribe fusionne la tradition des Buena Vista Social Club et d’Ibrahim Ferrer en l’enrichissant de compositions originales. (29 mars La Destrousse).

Du Congo aux Balkans

Direction le continent africain ; au Cap-Vert sur les traces de la légende Cesária Evora avec Radio Mindelo, groupe de cinq musiciens amoureux de Saudade (28 mars, Cabriès). Le Band’l Bong (arrière-petit-fils du monde en langue Punu) nous attend au Congo avec une Pop Sebene qui prend racine dans la rumba congolaise et la métisse avec du slam, du rock et du reggae. Congo toujours avec le Gurumbe Project. Composé de musiciens marseillais, le groupe explore l’influence de l’Afrique sur l’art du flamenco andalou. Cet héritage véhiculé par l’esclavage se reflète dans de nombreux palos (rythmes) comme le Tango, la Rumba, la Milonga ou le Fandango, dont les origines remontent au Golfe de Guinée (3 avril, La Manufacture Aix).

Fin du voyage dans les Balkans. Le trio Tchayok se réapproprie des morceaux traditionnels de la musique slave et tsigane. (28 mars, Correns). De son côté Le Jarava Sextet avec ses voix grecques et bulgares vous feront voyager au pays d’Orphée où vivent des peuples aux influences multiples. Elles seront accompagnées par des instrumentistes qui avec guitares, bouzouki, percussions, accordéon, violon et oud dialoguent avec fantaisie. (22 mars  Saint-Cannat). 

Enfin, les cinq garçons du Radio Babel Marseille sous la direction de Gil Aniorte Paz interpréteront des chants dédiés à la mer. Marseillais, bretons, galiciens ou corses, tous vibrent d’une quête d’horizons, parfois peuplés de monstres et de bateaux fantômes mais aussi de trésors (30 mars le Tholonet).

Anne-Marie Thomazeau

Festival Mus’iterranée 
20 mars au 6 avril
Pays d’Aix, Correns

Retrouvez nos articles Musiques ici

Grand Théâtre de Provence : Les Saisons selon Malandain 

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© Olivier Houeix

Le public adore Thierry Malandain et ses ballets élégants, graphiques, tout en subtilité diaphane. Les Saisons n’échappe pas à la règle. Le rideau ouvre sur un décor composéd’une fresque de feuilles noires – elles changeront de couleurs à chaque rotation de scènes –, à moins que ce ne soient de grandes plumes… 

Plantes ou animaux, le rapport de l’homme à la nature, au vivant, à l’avenir de la planète, ce sont les sujets de prédilection du chorégraphe. Il en a fait le thème de ses précédents ballets : La Pastorale, Sinfonia, Le Sacre du printemps. C’est le cas encore avec Les Saisons, représentation à la fois inquiète d’un monde en décrépitude et lumineuse d’un avenir meilleur possible. 

Le ballet est construit autour de trois ambiances qui s’entremêlent tout au long du spectacle. La première déploie dans des rondes endiablées la troupe des danseurs du Malandain Ballet Biarritz qui comme des elfes gracieux en costumes noirs, semblent annoncés le désastre à venir. Elle laisse régulièrement place à une seconde vision ; celle de tableaux baroques aux arabesques dorées dans lesquels deux couples évoluent en quadrille dans de magnifiques costumes de lumières, rouge flamboyant, bleus diamants ou violet profond. L’alternance des saisons ? Probablement. 

Les saisons passent

À intervalles réguliers, une troisième série s’entrelace et dévoile des personnages en justaucorps de couleur chair. Ils ont l’allure de spectres nus, souffreteux. Un danseur d’abord puis, plus tard, deux, puis trois, puis quatre… On y entrevoit la disparition des saisons ou leur lente agonie. On reconnait dans le premier solo de l’homme nu les notes de l’Hiver d’Antonio Vivaldi. Car c’est sur Les quatre saisons du compositeur que le chorégraphe a construit ce ballet qui mêle avec bonheur fluidité de l’ensemble contemporain et postures toute en verticalité des menuets de danse baroque. 

Malandain est aussi allé puiser dans une partition peu connue du grand public : Les quatre saisons de l’année de Giovanni Antonio Guido. Publiées à Versailles autour de 1726, elles pourraient avoir été écrites vers 1716 pour le vernissage de quatre tableaux peints en ovales par Jean-Antoine Watteau. Les mouvements des danseurs font corps avec ces œuvres musicales qui font la part belle aux violons qui allègrement ou avec désespérance déroulent  le temps qui passe. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Spectacle donné les 11 et 12 mars au Grand théâtre de Provence, Aix-en-Provence.

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Frac Sud : Main littérale, main technicienne

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Armand avril © M.D.C.

La main humaine a accompagné toutes les évolutions de notre espèce, et a créé des représentations depuis l’art pariétal préhistorique. L’exposition thématique conçue par Muriel Enjalran au Frac Sud se vit comme un parcours dans les divers étages du bâtiment.

La main est figure d’elle-même comme dans le dessin mural de Stéphanie Naval, transmettre, tisser, joindre qui célèbre l’art des travaux manuels comme celui du travail de la laine. Elle se représente dans l’œuvre Hand du suisse Roman Signer, ou dans Si et seulement si de Sandra Lecoq où main enlace les corps en couleurs. 

Sandra Lecoq © M.D.C.

La main invente aussi en se cachant : elle peut peindre, modeler, tisser, sculpter, photographier, coller… Elle est une technicienne hors pair, en vérité. Raphaël Emin travaille le grès émaillé et en fait surgir des troncs d’arbre (Tree). Eléonore False invente une sirène à partir d’un peigne, imagine un recto verso. Et un peu à la façon de l’art brut, le Lyonnais Armand Avril compose une mosaïque charmante, rêveuse à partir de divers matériaux de quotidien : La mer à Cassis. Seulgi Lee s’amuse avec les couleurs, les formes géométriques et ses titres ironiques : la parole aux lèvres salées = Mensonge. 

Des artistes de diverses générations, issues de cultures différentes témoignent, chacun à leur manière de l’ode la puissance créative universelle de nos mains. Une saison 2 s’annonce cet été, qui accrochera de nouvelles mains et exploits de mains aux murs.

MARIE DU CREST

Ce que pense la main (saison 1)
Jusqu’au 15 juin
Frac Sud, Marseille

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Le Mucem façon Di Rosa

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Vue de l'exposition © M.V.

Quand on est le Mucem, avec une collection qui comprend plus de 250 000 objets, 350 000 photographies, 200 000 affiches, estampes et cartes postales, 150 000 ouvrages, la question se pose assez vite : comment faire pour ne pas en laisser ad vitam æternam 99% dans les réserves ? 

L’une des réponses est d’inviter des artistes contemporains de toutes disciplines à porter leur regard sur cette collection, pour choisir des objets et imaginer divers projets : spectacles, performances, expositions. Du côté des artistes plasticiens, des invitations ont fait date : l’artiste chinois Ai Wei Wei en 2018, l’américain Jeff Koons en 2021. Aujourd’hui, une autre star de l’art contemporain a été sollicitée : le Sétois Hervé Di Rosa (lire ici) 

Une invitation qui tombe sous le sens : le co-fondateur du mouvement de la Figuration Libre dans les années 1980, du Musée International des Arts Modestes à Sète en 2000, membre de l’Académie des Beaux-Arts depuis 2022, par ailleurs grand collectionneur d’images et d’objets « de peu », s’intéresse depuis toujours aux productions plastiques sociétales, sans se préoccuper du « bon goût » officiel. 

Hommages

C’est dans un all-over d’aplats ondulants bleu, vert, jaune, rouge, rose, orange, qui recouvre entièrement les socles, cimaises, et estrades de la Galerie de la Méditerranée qu’est scénographiée l’exposition. Signalée au-dessus de la porte d’entrée par un fronton en bas-relief coloré, présentant une foule serrée de visages à la façon Di Rosa – cartoonesque – aux yeux grands ouverts, titré Les Visiteurs. 

On retrouve, dans le même style, d’autres visages d’une diversité célébrée en foule compacte, sur une série titrée Marseille, trois toiles grand format peintes à l’acrylique, à l’intérieur de la salle. Un hommage au peuple marseillais, doublé d’un autre à l’architecte Rudy Riciotti, dont Di Rosa admire la résille de béton qui entoure le J4 : trois grandes feuilles verticales de métal découpées, telles de très grands pochoirs, aux dessins « di rosaesques ».

17 îlots

L’exposition se décline en 17 îlots thématiques (Sous l’eau, À table ! Armoires, Motos…), aux allusions locales nombreuses (pêche, amphores, jeux de boules…) associant à chaque fois un ou des objets de la collection du Mucem avec des objets ou des œuvres de l’artiste. Notons parmi ceux-ci, à l’entrée, une armoire d’ébéniste, d’où sort une foule spectaculaire de figurines, monstres, super-héros… appartenant à l’artiste. 

L’espace central de la galerie est occupé par la sculpture d’une vache grandeur nature, peinte, coupée longitudinalement en deux, surplombée par une cascade descendante d’une quinzaine de jougs de cornes. Plus loin, une canardière, fusil de chasseurs d’oiseaux, au canon de près de 3 m de long, surplombe deux vitrines exposant des leurres peints et sculptés par le père de Di Rosa, Marius. Une machine à laver de 1910 est mise en relation avec trois robots-totems en bois garnis de perles, de métal, peinture, etc… 

Une maquette monumentale d’une mine du Nord, l’art brut d’un mineur, Louis Garde, associée à une armoire ouverte peinte par Di Rosa et son frère Richard représentant La vie des pauvres. Et une confrontation à l’histoire de l’Art avec un grand A, par un ensemble de tableaux guerriers aux bestioles mono-œil aux lèvres pulpeuses, réalisés à partir de la fameuse Bataille de San Romano de Paolo Uccello, face à une estrade où des pupi, marionnettes siciliennes, rangées en ordre de bataille, sont prêtes à en découdre. 

MARC VOIRY

Un air de famille
Jusqu’au 1er septembre
Mucem, Marseille

Cézanne, à hauteur d’enfants

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Vue de m'expo © M.D.C

Depuis plusieurs décennies, le monde de l’art s’est ouvert au jeune public à la fois par des parcours dédiés dans les musées, des ateliers et pratiques diverses. Le monde éditorial de son côté a multiplié des publications de découverte ludique. 

La petite galerie Cézanne s’inscrit dans cette perspective d’approche artistique dès le plus jeune âge. Elle propose aux enfants à partir de trois ans et jusqu’à 12 ans une série d’activités : avec Cézanne, il s’agit de découvrir le travail d’un des plus importants peintres de l’histoire et en même temps d’explorer des formes de création particulières comme la nature morte, le portrait, le paysage et l’élan vers l’abstraction. Les petits, dans le cadre scolaire ou non, franchissent les portiques de couleurs qui les conduisent dans le monde pictural du peintre aixois. 

D’abord la biographie de Cézanne : sa famille, ses proches, ses amis, ses lieux pour ceux qui savent lire sur des murs aux teintes franches. Puis la peinture et ses genres, la nature morte avec ses objets à retrouver et composer (fruits, tasses et soucoupes, bouteille). Et les points de vue, la géométrie, les couleurs, les outils, de la palette au couteau. 

Sensible et ludique

Les paysages découpés deviennent des puzzles à reconstituer, des fragments et des détails à saisir grâce à des éléments en bois peints découpés. On regarde à hauteur d’enfant, on peut toucher et imaginer ce que la main saisit. Des tables basses et des petites chaises comme dans une maternelle accueillent en cercle les jeunes visiteurs qui peuvent dessiner à leur tour, créer avec des gommettes et même réaliser un autoportrait face à un miroir. Ou animer une maquette de l’atelier semblable à une petite scène de théâtre. 

Au fond du bâtiment, un tapis cézannien recouvre le sol et d’énormes blocs de mousse se prêtent à la reconstruction de la bastide du Jas de Bouffan. On peut se prendre en photo comme Cézanne devant une de ses toiles. Le parcours s’achève devant un dispositif immersif de projections sur trois grands écrans. Installés sur de larges banquettes ou coussins au sol, les visiteurs voient les tableaux se mouvoir. Les oignons et les fruits volent de haut en bas, se dupliquent et l’on entend les cigales chanter. Une petite galerie sensible, intelligente, ludique, qui a conquis le public au point de se prolonger jusqu’au 21 décembre ! 

MARIE DU CREST

Petite galerie Cézanne
Jusqu’au 21 décembre
La Manufacture, Aix-en-Provence

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Bright Generations : Création jeunesse : tout un monde à Marseille 

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#Génération(s) de la compagnie le Cri dévot sera présenté au Théâtre de la Joliette © Marc Ginot

Zébuline. La programmation de Bright Generations – Générations Lumineuses est impressionnante. Autant les spectacles annoncés [lire ci-après] que les rencontres professionnelles, ateliers, temps conviviaux…

Émilie Robert. 50 pays sont représentés ! Nous sortons du prisme européen. La question des droits culturels de l’enfant, dont l’Assitej [voir encadré] se préoccupe autant que des questions artistiques, est extrêmement bien partagée à travers la planète. Même s’ils se défendent de manière différente selon les pays. Nous en avons été témoins l’an dernier à Cuba, lors du congrès mondial. Là-bas, l’accès à la culture est incroyablement bien intégré ; c’est plus fragile sur les questions de liberté d’expression. En France, il n’y a pas de censure politique directe, mais si l’on comparait les deux situations, c’est comme si l’EAC [Éducation artistique et culturelle, dispositif mis en place progressivement par le gouvernement français depuis 2022, ndlr] était généralisée depuis des décennies.

Emilie Robert © X-DR

Il reste beaucoup à faire pour que la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant soit respectée, c’est une bonne chose que les acteurs du spectacle vivant s’en emparent !

Cet axe s’est beaucoup développé depuis la pandémie. En 2020, l’Assitej a publié un Manifeste qui interpelle les décideurs politiques, institutions artistiques, médias, parents, etc., sur les endroits où il est de leur responsabilité d’agir pour garantir l’accès à la culture des mineurs, « même et surtout en temps de crise ». Des projets de recherche se sont aussi mis en place pour imaginer comment  inclure les enfants dans la gouvernance des structures culturelles.

Il n’y a pas d’équivalent d’une telle collaboration à cette échelle internationale dans le spectacle vivant « adulte », pourquoi ?

En effet, dans ce secteur les collaborations se font plutôt à l’échelle européenne. Cela vient d’une culture très militante des structures jeunesse. Il ne s’agit pas seulement de rassembler des gens qui font le même métier : elles sont engagées pour leur public. Cela actionne tout de suite de la curiosité, une exigence d’équité, des préoccupations éthiques. Œuvrer pour ne laisser aucun enfant sur le bord du chemin, cela élargit naturellement la démarche, on tend à inclure bien plus, on fait en sorte que tout le monde profite de ce que l’on invente, qu’il s’agisse d’inspiration mutuelle, d’appui, d’hybridation entre projets…

Pourquoi Marseille a-t-elle été choisie ?

Pour la place qu’occupe sa jeunesse, la densité de cette part de la population dans cette ville. Et son ouverture sur la Méditerranée, le monde, bien-sûr. Par ailleurs, l’idée était de ne pas centrer l’événement sur Paris, où la scène destinée au jeune public a relativement peu de moyens. À part la programmation jeunesse du Théâtre de la Ville, et quelques autres initiatives, il n’y a pas dans la capitale, comme à Marseille, de réelle vitalité des propositions. Qui s’appuie, ici, sur une capacité à travailler en collectif, avec plusieurs acteurs du territoire, à l’occasion du festival En Ribambelles ! par exemple.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR GAËLLE CLOAREC 

Bright Generations - Générations Lumineuses
Du 23 au 29 mars
Marseille, divers lieux

Qu'est-ce que l'Assitej?
L'Association internationale du théâtre pour l'enfance et de la jeunesse réunit des théâtres, des organisations et des artistes du monde entier autour des arts du spectacle pour les enfants. Elle est née à Paris en 1965, avec la conviction que pour mieux défendre leur accès à la culture, il fallait dialoguer. Y compris entre l'Est et l'Ouest, en pleine guerre froide, un message d'espoir qui gagne à être connu et repris aujourd'hui, alors que les tensions géopolitiques s'aggravent de toutes parts... La rencontre Bright Generations - Générations Lumineuses est l'occasion de célébrer le soixantième anniversaire de cette ONG. Sa branche française, Scènes d’enfance – ASSITEJ France, créée quant à elle en 2015, co-porte l'événement avec le Théâtre Massalia, scène conventionnée d’intérêt national « Art, Enfance, Jeunesse » de la Friche la Belle de Mai. Marseille accueille ainsi, non seulement la crème artistique de la création mondiale destinée aux jeunes générations, mais aussi l'élan et les attentes qui leur sont propres. G.C.

A l’occasion de Bright générations, les théâtres de Marseille se mettent en six pour accueillir dix-neuf spectacles. Tour d’horizon

Six au Massalia 

La fabuleuse histoire de BasarKus © X-DR

Dans Filles et soie Séverine Coulon s’attaque aux stéréotypes féminins de Blanche Neige, La Petite Sirène et Peau d’âne. Un diktat de l’apparence qui enferme les filles dans un cocon de soie qui les étouffe… Un spectacle adapté des Trois Contes de Louise Duneton, et joué parallèlement en français et  en langue des signes (LSF).
The Way Back, spectacle de marionnettes taïwanais, explore les dégâts de la guerre et de la séparation à travers l’allégorie d’une main droite en quête de son corps, et de sa main gauche. L’histoire de Taïwan ? 
Dans Penguin Hamzeh Al Hussien raconte son voyage depuis les montagnes syriennes jusqu’en Angleterre, en passant par un camp de réfugiés jordanien. Avec, partout, le sentiment de sa propre étrangeté, comme un pingouin décalé mais fier ! 
La fabuleuse histoire de BasarKus, duo entre Basile danseur et Markus, circassien, est un trait d’union qui affirme l’existence d’une forme hybride née du rapprochement de la danse contact et des portés acrobatiques… tandis que Up and Away s’adresse aux plus de trois mois qui ne marchent pas mais  partagent des moments de lumières et de sons, de contact et de douceur avec Amy et Hannah.
Qant à ceux qui marchent, ils pourront aller voir Scoooootch ! dès 2 ans : un spectacle de rock féministe qui a pour vedette le fameux ruban adhésif. Ou Keep it safe, dès 6 ans, en espace public, où des danseur·euse·s vêtu·e·s de gilets jaunes organisent un inutile chaos, et nous y entraînent… . 


Trois à la Criée

Dehors © Agnès Mellon

Le Centre dramatique national accueille trois spectacles pour tous les stades de l’enfance. 
Dès trois ans, Dehors, un spectacle musical et magique du duo Braz Bazar, formé des percussionnistes Jérémy Abt et Bastian Pfefferli,  mis en scène par Claire Heggen. Un spectacle visuel tout autant que musical, mais où tout naît du son des objets percutés.
Dès sept ans un spectacle plus grave, de la compagnie brésilienne Pandorga, spécialiste de l’enfance : Louise / Os Ursos de Karine Serres raconte l’histoire d’une petite fille qui voit des ours transparents qui  suivent et accompagnent les humains. Est-elle clairvoyante, est-elle défaillante, et comment réagir face à ces visions ? 
A partir de 9 ans, le spectacle d’Anne Nozière, qui sera joué deux fois dans la grande salle. Oiseau met en scène un thème peu présent dans le spectacle jeune public, et pourtant fondateur de nos contes. Comment les enfants vivent-ils la mort d’un proche, d’un parent, d’un être aimé ? Dans Oiseau, c’est toute une école élémentaire qui va rejoindre « l’autre côté » où le père de Mustafa, le chien de Pamela, ont disparu… Une quête qui va leur permettre de mettre des mots sur leur perte, et de refuser l’oubli.  


Deux  à la Joliette 

Au Théâtre Joliette les spectacles s’adressent aux ados, à leurs rêves et à leurs révoltes. Puissant·es  (Cie 3637)suit l’équipée nocturne de trois d’entre iels, Mael, Kadija et Sonik, des colleur·euse·s en colère  qui déroulent sur les murs leurs slogans :  des phrases qui dénoncent la domination des « mecs », des adultes, exercée sur leurs corps et leurs rêves. A partir de 14 ans.
Les ados un peu plus jeunes, à partir de 12 ans, pourront voir #Génération(s) de la compagnie le Cri dévot. Un spectacle écrit avec des paroles d’ados du monde entier, découvertes par un cosmonaute qui voyage dans l’espace et le temps, et restiti=uées dans un cube de lumièe qui permet des apparitions.


Deux aux Bernardines

La chapelle intime accueille deux créations françaises de théâtre d’objet. Star show, de la cie Bakélite, dans laquelle les voyages dans l’espace ne sont plus réservées à l’élite économique, mais sont enfin accessibles au commun des mortels. Un voyage bricolé avec des matériaux de récupération… mais par un technicien doué. Comment vont-ils y arriver et surtout que vont-ils y découvrir ? 
Un brocoli, une bouteille, un torchon… sont posés sur une table. Créés par Les becs verseurs avec Marina Le Guennec, les 10 objets sont les personnages principaux de l’histoire et racontent leurs aventures. 


Trois au Zef

La fille qui chante © X-DR

La scène nationale accueille des performances locales et internationales. Harold : the Game, fait revivre la bataille d’Hastings avec Guillaume Le Conquérant. Au milieu du plateau, là où est l’arène, les joueurs s’affrontent dans la terre avec de grands mouvements pittoresques, dignes d’une bataille ancestrale. 
Brights Generations vise à sensibiliser les plus jeunes : ici, Pedro Saraiva initie aux questions environnementales.  Dans le conte écologique portugais O Grande Lago, il sera question d’ours polaires qui perdent leur maison à cause du réchauffement climatique, et de pollution des mers.  
La fille qui chante et la fille sur le toit, est une production camerounaise créée par Jeannette Mogoun, adaptée du texte de Luc Tartar En découdre. Entre musique, poésie et théâtre, on suit l’histoire d’une jeune fille atteinte de schizophrénie, qui use de sa force pour affronter ses démons et ceux des autres, avec la volonté de déconstruire les idées préconçues sur sa maladie. 


Deux au Klap

Les artistes nigérien·ne·s de Kininso Koncepts explorent le potentiel spectaculaire des éléments naturels. Sandscape renoue avec le bac à sable enfantin, et la magie de cette matière solide qui coule entre les doigts.  Mis en scène par Joshua Alabi, ce spectacle sans paroles mélange le sable avec de l’eau, le manie compact ou chauffé par le soleil, garde l’empreinte des pas qui s’ancrent au-dedans.  
Le petit chaperon rouge, œuvre classique édulcorée les frères Grimm, Perrault et Disney  est retravaillée par Sylvain Huc, dans sa violence sexuelle et politique. Un retour vers la tradition orale du conte, où les corps se désirent , se mangent, se trompent et se libèrent aussi, en grandissant.

LILLI BERTON FOUCHET et AGNÈS FRESCHEL

Bright generations – Générations lumineuses
Du 23 au 29 mars
Marseille

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