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Avec le temps, en trois temps modernes

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avec le temps
© Léa Esposito

Ce 14 mars à l’Espace Julien, le festival Avec le Temps accueillait trois jeunes artistes aux esthétiques variées : la chanson punk rock de Liv Oddman, le rap cathartique de Youssef Swatt’s et le show pop détonnant de Yoa

Sur une scénographie digne de l’arrivée du messi, Youssef Swatt’s entre en scène dans une douche de lumière et sur des basses caverneuses, au milieu d’un plateau déjà occupée par une formation basse batterie guitare clavier machines tout de blanc vêtue. On ne boude jamais sonplaisir de voir mêler un live instrumental au chant rap, dont les atours rétros sont complétés par un flow qui ramène au hip-hop de la fin des années 1990/débuts 2000. Des textes nourris à l’expérience, à la nostalgie ou aux épreuves de la vie, de la plume du dernier gagnant du tremplin Netflix Nouvelle École, souvent qualifié de « lyriciste ». Un live agréable, pendant lequel le chanteur rappelle très régulièrement son amour pour ses origines belges et semble savourer son succès grandissant. Juste avant lui, Liv Oddman avait déjà inondé de son énergie l’Espace Julien. La salle est chauffée à blanc, tant mieux, c’est à Yoa de débarquer sur scène. 

Pop star

Enfin, celle que beaucoup semblent attendre de pied ferme après l’installation d’une plateforme blanche et d’un piano droit sur scène, apparaît dans un costume noir. Commence alors une heure de show au cordeau, entre l’assurance de Yoa, les tubes très pop repris en chœur de son album La Favorite, les chorégraphies léchées exécutées avec ses deux danseuses et un effeuillage régulier. Une performance attendue par beaucoup, après son prix « révélation scène » aux dernières Victoires de la Musique. Celle qui jouait l’été dernier juste avant Lana Del Rey, à Rock en Scène, fait l’unanimité dans la presse et enchaîne les datesprestigieuses, semblent avoir trouvé une identité et un public très actuels. 

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM 

Liv Oddman, Yoa et Youssef Swatt’s se sont donnés le vendredi 14 mars sur la scène de l'Espace Julien, dans le cadre du festival Avec le Temps. 

Retrouvez nos articles Musiques ici

La beauté de tuer des fascistes ? 

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« Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie », écrivait Lévi-Strauss en exergue de Race et Histoire en 1952. Même si le pionnier de l’anthropologie n’a pas échappé à une représentation ethnocentrée et genrée des sociétés humaines, sa phrase continue d’interroger notre présent. 

Il l’a écrite après la Shoah à laquelle il n’avait échappé qu’en s’exilant hors d’Europe. Et Race et Histoire précède les décolonisations qui pourfendront l’idée d’une entreprise civilisatrice de l’Europe, et montreront comment la France en particulier a commis, au nom de l’universalisme, d’innommables exactions. 

Deux ans plus tard, alors que la Guerre d’Indochine fait rage, Aimé Césaire dans son Cahier d’un retour au pays natal précise : 

« une civilisation qui justifie la colonisation – donc la force – est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte qui, irrésistiblement, de conséquence en conséquence, de reniement en reniement, appelle son Hitler, je veux dire son châtiment ». 

La phrase paradoxale de Lévi-Strauss, la phrase choc de Césaire,  peuvent aujourd’hui rétablir, au-devant de nous, un horizon désirable. Le seul possible, pour peu qu’on les écoute jusqu’au bout, jusqu’à la Crimée annexée, jusqu’à la Palestine occupée et menacée de disparaître.

Tuer est laid

Croire en la barbarie contamine nos âmes, et ne pas y croire est une entreprise persistante et obstinée contre les courants dominants. Elle nécessite d’admettre, comme l’écrivait Térence il y a 22 siècles, que « rien de ce qui est humain ne [nous] est étranger ». C’est-à-dire, concrètement, que Poutine qui envahit l’Ukraine, Musk qui fait un salut nazi, Trump et Netanyahou qui veulent exterminer un peuple, les terroristes qui violent et décapitent, qui foncent en camion sur les foules, mais aussi, les pédophiles qui attouchent les petits garçons dans leurs chambres et ceux qui s’acharnent sur une femme endormie, aucun d’entre eux, Hitler lui-même, n’est un barbare. 

Aucun n’est étranger à nous-mêmes, aucun n’est relégué hors de notre commune humanité. 

Leur cruauté, leurs exactions, leur stupidité, leur suprémacisme, ne nous sont pas étrangers, et appeler à leur assassinat nous transforme en barbares, en une spirale où la violence ne peut que succéder à la mort, le viol au viol et le génocide au massacre. 

Il nous faut les combattre, les armes ou la plume à la main, les chants et les poèmes aux lèvres. Mais nous ne pouvons détruire les sociétés qui les soutiennent, les ont élu parfois, ou placés à leur tête : ils nous faut les convaincre. Répéter, chanter, écrire, qu’aucun peuple n’est plus grand qu’un autre, qu’aucune loi ne peut demander la destruction ou l’infériorisation de l’autre, et qu’on ne peut annexer un territoire souverain, massacrer l’autre, sans massacrer en nous-mêmes notre propre humanité, et tourner le dos à la civilisation que nous disions défendre et promouvoir. 

L’art de l’interrelation

Avec Babel Music XP et Mus’iterranée qui font entendre la diversité et l’interrelation des musiques du monde, avec Bright generations qui parie sur la sensibilisation et l’intelligence du jeune public, avec Transgaze qui confirme que nous devons transformer nos regards, avec les films qui bouleversent nos écrans de leurs réalités particulières, avec les expositions qui disent la joie universelle des couleurs, des matières et des formes, nous nous préservons de la barbarie. Avec les livres qui cherchent de nouveaux équilibres, avec les spectacles qui rappellent l’abjection de Vichy, avec Catarina ou la beauté de tuer des fascistes qui interroge le meurtre politique, avec tout ce qui fait art et commun, nous occupons un champ de bataille sur lequel il n’y a ni défaite et ni vainqueur : celui de la pensée et de la relation, de l’empathie et du partage. 

Loin de la barbarie imaginaire du monde, au cœur du combat contre la cruauté.  

AgnÈs Freschel


Retrouvez nos articles Société ici

Quand j’étais petite je voterai 

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Quand j'étais petite je voterai © Simon Gosselin

Adaptée du roman jeunesse de Boris Le Roy écrit en 2002, juste après le premier tour de sélections présidentielles, Quand j’étais petite je voterai est une pièce mise en scène par Émilie Capliez, qui renvoie avec humour aux premières expériences électives que tout un chacun a vécu : celles des délégué·e·s de classe. Et raconte la journée de campagne menée par trois collégien·ne·s pour se faire élire : Anar qui se pose en candidat du peuple, Cachot qui ne jure que par la loi du plus fort et Lune, jeune fille brillante et militante, qui tente de faire entendre sa voix. Un texte drôle, faussement naïf, jamais moralisateur ni didactique. Et un spectacle qui donne chair à ces notions abstraites que sont la citoyenneté, la liberté d’expression, le suffrage universel… à l’heure où la démocratie est bien souvent fragilisée. 

MARC VOIRY

22 mars
Les Salins, Scène nationale de Martigues

Phénix 

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phénix
Phénix © Julie Cherki

Plus besoin de présenter Mourad Merzouki et sa compagnie Käfig qui ont su transposer la danse hip-hop de la rue à la scène dès les années 1990. Une danse hip-hop que le chorégraphe a dans le même mouvement confrontée à d’autres disciplines (danse contemporaine, arts numériques, boxe…). Sa pièce Phénix est à la croisée du hip-hop, du baroque et de l’électro. Sur scène deux danseurs et deux danseuses, dialoguant avec une viole de gambe, instrument à cordes très en vogue au XVIIe siècle, jouée en live. Avec l’ambition d’atteindre une harmonie au-delà des différences, des styles, des époques. Une conversation musicale insolite autour de soli, duos et quatuors, dans laquelle la viole est accompagnée de compositions originales électro d’Arandel. 

MARC VOIRY

19 mars
Théâtre de Fos

Les fausses confidences

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Les Fausses Confidences © Jean-Louis Fernandez
Les Fausses Confidences © Jean-Louis Fernandez

Après La Seconde Surprise de l’Amour qu’il a mise en scène en 2021, Alain Françon poursuit sa fréquentation du théâtre de stratagèmes de Marivaux avec Les fausses confidences. Trois actes de de mensonges, de manigances et de faux-semblants, où le sentiment amoureux se confronte à l’argent, la condition sociale et les convenances. L’intrigue tourne autour d’une riche veuve, Araminte et de son prétendant, le désargenté Dorante, respectivement affublésd’une mère acariâtre et d’un valet rusé. Dans un décor de grands murs et de cadres de portes sans battant, pour que chacun puisse se cacher et/ou écouter à la dérobée, Alain Françon appuie sur la dimension féministe de la pièce : Araminte tient tête à son irascible mère et à son projet de mariage arrangé, pour faire triompher ce qu’elle ressent. 

MARC VOIRY

Du 18 au 20 mars
Jeu de Paume, Aix-en-Provence

Calek

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Calek © Daniel Kapikian
Calek © Daniel Kapikian

Dans ce seul en scène, Charles Berling interprète les mémoires de Calek Perechodnik, juif polonais déporté par les nazis en 1942, avec sa femme Anna et leur fille Athalie. Lui parviendra à s’évader, trouvera refuge dans un appartement à Varsovie, et commencera l’écriture de ses mémoires, avant de mourir à la fin de l’été 1944, lors de l’insurrection de Varsovie. C’est suite à une rencontre en 2009 avec Robert Badinter, qui lui fait découvrir ce journal, que Charles Berling décide d’adapter, de mettre en scène et de jouer ce monologue,qui pousse à une réflexion profonde autour de l’innocence, de l’ambiguïté éthique et du choix. Un spectacle créé en 2014 à la Maison de la Poésie, que Charles Berling reprend aujourd’hui, à un moment où l’Europe voit réapparaître les démons du racisme, de l’antisémitisme et de l’intolérance. 

MARC VOIRY

25 mars
Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules

Kolizion

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Photographie du comédien Radouan Leflahi

Kolizion de l’auteur et metteur en scène Nasser Djemaï est un monologue dans lequel Medhi « le guide éclairé par Dieu » (interprété par Radouan Leflahi) petit dernier d’une fratrie de sept frères, raconte comment il a été prédestiné à une trajectoire sur le droit chemin de la réussite. Mais un grave accident a rebattu les cartes. À travers son récit de vie, truffé de rebondissements (à l’âge de six mois, il est envoyé deux semaines en réanimation par son grand frère Farid qui, excédé par ses pleurs, l’éjecte de son berceau ; à neuf ans, alors qu’il s’ennuie ferme, il décide de mettre le feu à une fourmilière, avant de se transformer lui-même en torche vivante…) c’est le récit intime d’un être, avec ses paradoxes, son aveuglement, jusqu’à sa rencontre avec lui-même. 

MARC VOIRY

Du 20 au 22 mars
Théâtre Joliette, Marseille

Zèbres 

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Zèbres © Kalimba
Zèbres © Kalimba

Mis en scène par la spécialiste de la marionnette Stanka Pavlova, Zèbres raconte les premiers pas d’un zèbre, de sa découverte du monde et de ce qui le compose. Beaucoup attendait sa naissance : pies, flamants roses, girafe, pingouins… et tous le guident dans ce nouvel écosystème. Dans un décor en noir et blanc, accordé aux rayures du nouveau venu, les personnages, eux, colorent le plateau. Des blocs en carton se déplient peu à peu pour former un grand pop-up, sur lequel les animaux et la végétation prennent place. Un spectacle pour les tout-petits de la compagnie Zapoï interprété par Camille Dewaele, une danseuse hip-hop, et Cécile Mazéas, marionnettiste et chanteuse. Un duo fusionnel qui dialogue en chanson sur la musique d’Usmar.

LILLI BERTON FOUCHET

19 mars
L’espace 233, Istres
Une proposition du Théâtre de l’Olivier 

Livre d’heures (pour un oiseau)

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Livre d’heures (pour un oiseau)
© X-DR

Pour ce concert, le GMEM invite à entendre Livre d’heures (pour un oiseau) pièce musicale contemporaine qui puise son inspiration dans la tradition médiévale des livres d’heures, ouvrages richement enluminés, destinés aux fidèles, contenant les prières de chaque jour de l’année et chaque moment de la journée. Le jeune compositeur italien Matteo Gualandi a structuré son œuvre en douze mouvements. Ils dialoguent avec les œuvres des grand maîtres de la musique ancienne du XIVe et XVe siècles (Gilles Binchois Philippe de Vitry et l’écrivain compositeurs Guillaume de Machaut). La pièce est interprétée par l’ensemble instrumental l’Instant donné et la soprano Amandine Trenc. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

23 mars 
Foyer Ernest Reyer, Opéra de Marseille.

Jean-Louis Beaumadier

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Jean-Louis Beaumadier © X-DR

On le surnomme le Paganini du Piccolo. Jean-Louis Beaumadier, soliste de l’Orchestre national de France pendant douze ans – il a joué sous la direction de Pierre Boulez et Leonard Bernstein – sera à Marseille à l’invitation des Amis de Saint-Victor, dynamique association qui s’emploie à valoriser le patrimoine de l’abbaye de Marseille à travers des actions culturelles. Le flûtiste invite à un voyage au son des morceaux de Bach, Telemann, Tomasi et d’une variation sur La flûte enchantée de Mozart qui s’annonce aérienne. Son goût pour cette petite flûte date de son enfance quand sa famille lui avait acheté un magnifique piccolo ancien, « Bonneville », en ébène. Depuis, il ne cesse de transmettre sa passion pour ce petit instrument haut perché, le plus aigu de l’orchestre, qu’il joue en virtuose.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

23 mars
Abbaye Saint-Victor, Marseille