mercredi 18 février 2026
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La Marche des « beurs », une histoire très contemporaine

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Marche pour l'égalité et contre le racisme en 1983 © DR

Zébuline. En quoi est-ce important pour l’association Ancrages, qui valorise l’histoire des migrations, de revenir sur cette Marche ? 

Samia Chabani. Il faut d’abord évoquer l’invisibilité de cet événement comme étant un acte fondateur de la prise de parole dans l’espace public de cette génération « beur » – un terme qui, à l’époque, n’était pas péjoratif. En 1981, on bascule dans une présidence de gauche, avec un énorme espoir de renouveau de la vie associative… il y a un souffle de liberté qui laisse supposer que l’on va être dans une nouvelle séquence historique. Mais entre 1981 et 1983, c’est un retour à la réalité brutale, avec des crimes racistes qui se succèdent mais aussi le début de la crise des quartiers populaires avec le recul du droit commun, la baisse des moyens des services publics et de la vie associative dans ces territoires. 

Que nous raconte le film de cette époque ? 

Le film que l’on projette est très important sur l’histoire de la Marche, puisqu’il donne la parole aux acteurs et aux témoins. Je l’ai choisi non pas pour que cette marche soit un « ressassement d’une histoire » pour un groupe de personnes, mais bien pour comprendre les mécanismes des mouvements sociaux et de la spontanéité de cette initiative.

40 ans après, la situation n’a pas beaucoup évolué…

Je dirai surtout qu’elle s’est aggravée. À l’époque de l’assassinat de Malik Oussekine [battu à mort par la police en 1986, ndlr], il y avait une réponse judiciaire. Alors qu’aujourd’hui, en particulier à Marseille, on voit que le meurtre de Zineb Redouane [décédée suite au jet d’une grenade lacrymogène par les forces de l’ordre à son domicile, ndlr] n’est pas suivi d’une réponse judiciaire que l’on serait en droit d’attendre. Il faut interpréter ces affaires non pas comme des faits divers, mais comme des répliques. On est une génération qui a encore l’espoir que la violence policière et le racisme dans la police soient pris en compte. Le père Christian Delorme, qui a été un des leaders de la marche, évoquait en comparaison le traitement de l’alcoolisme dans la police qui a donné lieu a des résistances folles. Concernant le racisme c’est le même process, il y a un déni absolu. Pire encore, on est dans une forme d’impunité qui altère le rapport avec les jeunes – mais pas seulement. Et si la figure du jeune de banlieue a pu cristalliser à un moment donné les violences policières, aujourd’hui c’est toute la population française qui peut en être victime.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS SANTUCCI

Les marcheurs, chroniques des années beurs 
De Samia Chala, Thierry Leclère et Naïma Yahi.
16 octobre à 20 h
Cinéma Les Variétés, Marseille
À voir également
13 octobre à 19 h : Soirée-débat « 50 ans de lutte de l’immigration et des quartiers populaires » au cinéma l’Alhambra (Marseille)
Du 15 octobre au 14 janvier : Là où il y a eu oppression, il y a eu résistance, exposition conçue par le collectif Mémoires en marche au Musée d’Histoire de Marseille

Tragique

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Je veux peindre La France une mère affligée
Qui est entre ses bras, de deux enfants chargée

Les Tragiques d’Agrippa D’Aubigné témoignent de la violence d’une guerre civile, celle qui opposa catholiques et protestants au XVIe siècle. Le tragique, selon Aristote, c’est ce que les hommes voient venir, redoutent, mais dont le dénouement, fatal, est incontournable. Racine ajoutera, après les guerres de Religion françaises, que la tragédie nécessite qu’aucun personnage n’ait totalement raison ou tort. Ce qui place les protagonistes dans une indécision – l’attente tragique – et le spectateur dans une impossibilité d’action qui ne peut déclencher que ses larmes, et non sa révolte. 

Nous vivons un temps tragique. La guerre entre l’Ukraine et la Russie s’éternise, mais là nous savons qui a tort. Notre compassion peut s’exercer, nous pouvons désirer une issue, et y adjoindre nos armes. Mais Israël ? 

Mais leur rage les guide et leur poison les trouble 
Si bien que leur courroux par leurs coups se redouble

L’atrocité des meurtres du Hamas ne souffre aucune excuse. Ils s’attaquent à une jeunesse innocente qui danse et vit, comme les attentats de novembre 2015 s’en prenaient à la liberté de la jeunesse parisienne. Pourtant certaines condamnations ont été timorées et tardives – l’attente tragique – la colonisation illégale des territoires palestiniens et le sort fait aux enfants de Gaza n’étant pas plus acceptable. 

Israéliens et Palestiniens sont des frères sémites comme les catholiques et les huguenots étaient des frères chrétiens. Dans une guerre fratricide rien ne sert de savoir qui a porté le premier coup, qui a été le plus atroce. L’important est de cesser le feu, d’arrêter les tyrans et de changer les règles pour tenter d’éviter une guerre dont aucune issue n’est désirable.

Ni les soupirs ardents, les pitoyables cris
Ni les pleurs réchauffés ne calment leurs esprits

Au camp des Milles on étudie les mécanismes qui conduisent au génocide, à tous les génocides. Un pas de plus a été franchi le 7 octobre, celui de l’acte atroce qui légitime des réponses totalitaires. Les victimes en seront le peuple de Gaza et le peuple d’Israël. L’histoire tragique est déjà écrite. 

Que faire ? Le chorégraphe israélien Hofesh Shechter, en présentant son Double meurtre au Grand Théâtre de Provence le soir même de l’attaque du Hamas, démontre une fois de plus la force visionnaire des arts, de l’analyse sensible du réel. La première pièce est une accumulation irrépressible de violence, que les corps ne peuvent que laisser passer. La deuxième, doucement, veut consoler, réparer, permettre de renaitre. 

Or, vivez de venin, sanglante géniture,
Je n’ai plus que sang pour votre nourriture 


Ce temps-là, semble-t-il, n’est pas encore venu.

AGNÈS FRESCHEL

Le trouble Pirandello

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Les géants de la montagne © Simon Gosselin

C’est la dernière pièce, inachevée, de Pirandello, mort en 1936 avant d’avoir écrit le dernier acte. Le sens, la symbolique, en sont d’autant plus obscurs et indécis, même si on sait que le maître du théâtre dans le théâtre avait pris ses distances avec le fascisme qu’il avait défendu longtemps, offrant son Prix Nobel à Mussolini pour le féliciter de son invasion de l’Éthiopie. Mais entre cette dédicace et sa pièce ultime, le dictateur fasciste avait censuré sa Fable de l’enfant échangé (1934), qui met en doute l’acceptation des décisions de l’État, et préfère la malformation à la perfection.

Cette Fable est au cœur des Géants de la Montagne. Une troupe d’acteurs menée par une comtesse sacrifie tout pour la jouer mais est rejetée partout, et échoue dans la villa de Cotrone, personnage flou, où une assemblée de marginaux vit libre et fait l’apologie des constructions fictionnelles. 

Les Géants (les fascistes ? les nazis plutôt, avec qui ils pactisent ?) et les paysans (le peuple italien ? les fascistes soumis aux nazis ?) sont les autres acteurs d’une pièce qui gardera le mystère de son inachèvement, et se prête par conséquent à des mises en scène aux sens divers !

Le théâtre contre le totalitarisme

Lucie Berelowitsch, directrice du Centre Dramatique de Normandie, travaille depuis 2015 avec la troupe ukrainienne des Dakh Daughters de Kyiv. Formée à Moscou, traductrice de russe, la metteuse en scène française a mis en scène en Ukraine et en France une Antigone qui parlait de résistance à l’oppression juste après la révolution de Maïdan, l’annexion de la Crimée et la guerre du Donbass.

Au lendemain de l’invasion de l’Ukraine en février 2022, la metteuse en scène revient vers ce groupe déjanté de cabaret punk pour en faire les marginaux de Cotrone, ceux qui bouleverseront les certitudes de la troupe de la Comtesse.

Baroque et flamboyante, sa mise en scène reçoit un accueil enthousiaste depuis sa création en janvier. Elle sera pour deux dates seulement dans la région.

AGNÈS FRESCHEL

Les Géants de la Montagne
Luigi Pirandello, Lucie Berelowitsch
13 octobre 
Théâtre de l’Esplanade, Draguignan
theatresendracenie.com
19 octobre 
Les Salins, scène nationale de Martigues 
les-salins.net

L’architecture fêtée au Mucem

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Droit au dwich © Emilie Laystary

Pour son dixième anniversaire, tout au long de l’année, le Mucem propose des rendez-vous de célébration. Le week-end de la mi-octobre, dans le cadre des Journées nationales de l’architecture, est consacré au patrimoine bâti, dans une ville, Marseille, occupée depuis plus de 2 600 ans. Son sol est un mille-feuilles archéologique, sur lequel s’empilent et se succèdent, décennie après décennie, de nouvelles strates. Un musée dans la ville, manifestation pilotée par Océane Ragoucy, architecte, curatrice et enseignante, déploiera deux jours durant tout un programme en entrée libre, avec une grande variété de propositions, de la plus pointue à la plus ludique. 

Conférences et tables rondes

Bien-sûr, le concepteur du Mucem, Rudy Ricciotti, est invité à parler de son grand œuvre, la fameuse résille en béton foncé, à l’identité si forte qu’elle est parvenue à donner l’un de ses visages à Marseille, ville qui ne manque pourtant pas de frapper l’imaginaire par tant d’autres aspects (conférence suivie d’un débat, le 14 octobre à 17 h). Mais le lendemain à 10h30, il sera aussi passionnant d’entendre sa consoeur Corine Vezzoni s’exprimer sur l’occupation des sols. L’architecte du Centre de Conservation et de ressources du Mucem à la Belle de Mai défendra l’idée d’un renversement des pratiques : faire de la non-construction la règle, la construction l’exception, chiche ! Plusieurs tables rondes sur les questions brûlantes de notre temps sont par ailleurs prévues : comment prendre soin des bâtiments menacés par le chaos climatique ? Comment concilier patrimoine officiel et patrimoine populaire, le street-art par exemple ?

Visites, spectacles et ateliers

Penser n’est pas forcément une activité statique. Si l’on préfère découvrir avec les pieds, le dimanche à 10 h, on pourra opter pour une visite emmenée par l’inénarrable Nicolas Memain, urbaniste gonzo sur les traces d’un vrai-faux clip tourné par Jul au Mucem. Ou bien, à la même heure, suivre Roland Carta, l’autre concepteur du musée, dans les coulisses du bâtiment. Si l’on a plutôt envie d’apprendre avec les mains, particulièrement lorsqu’on est accompagné d’enfants, direction l’atelier de Bastien Ung, Le dessin, le musée, la mer et nous, avec pour objectif la réalisation d’une fresque collective grand format (durant les deux matinées du week-end).

Notez que la programmation sera aussi ponctuée de temps forts artistiques, telles que les chorégraphies verticales de la Cie Retouramont (le samedi après-midi, visibles depuis le Fort Saint-Jean), les cartes blanches proposées à l’écrivain Aurélien Bellanger (le même jour à 15 h), ou les photographes Nelly Monnier et Éric Tabuchi, autour de leur Atlas des Régions Naturelles (le dimanche à 18 h 30).

GAËLLE CLOAREC

Un musée dans la ville
14 et 15 octobre
Mucem, Marseille
04 84 35 13 13
mucem.org

Festival de Vives Voix : au cœur des musiques vivantes

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FILOS © Julien Regi

En ouverture du Festival de Vives Voix ce 13 octobre, le chœur de femmes dirigé par Lise Massal, Tutte Quante, explore chants traditionnels populaires italiens, occitans, espagnols. Leur répertoire, nourri de chants de lutte, de travail, sait émouvoir, bousculer les idées reçues avec une générosité à l’image de la Maison du Chant qui les accueille tous les vendredis soir. À ce travail de pédagogie et de transmission de ce lieu atypique veillé par sa fondatrice Odile Lecour, s’ajoute la dimension festive et partageuse des stages et des cantèras, ces moments où chacun « amène sa voix, ses oreilles, de quoi manger… ». La musique est convivialité, écoute de l’autre, participant à la fois des beautés des voix solistes et du tressage entre elles qui naît ici quasi spontanément. Une « cantèra d’ouverture » scellera les débuts du festival, temps d’initiation et de pratique autant que de spectacles.  

On se délectera des musiques traditionnelles du monde grâce aux sept musiciens du Grand Ensemble Filos qui nous promènent entre les musiques grecques, kurdes et turques. Avec l’Ensemble Dulcisona dirigé par Anne Périssé dit Préchacq, on partira en Espagne auprès des grands Cancioneros des XVe et XVIe siècles qui infusent leurs chants de rires et de fantaisie, se transforment en conteurs et jouent sur les sonorités avec une espiègle délectation. 

La Mal Coiffée © Pierre Campistron

Des hommages et des mélanges

Les six musiciens de TRAM invitent au voyage par le biais du finnois, du bulgare, de l’italien, du géorgien, du hongrois, de l’hébreu, complicité joyeuse et énergique En Cavale vagabonde.  

Un hommage particulier est rendu aux femmes par MissBella qui reprend le chemin de la scène avec guitare et accordéon entre atmosphères slave et sicilienne et la complicité de Kalliroi Raouzeou, Maïa Lequeux, Malti Bajaj et Gwen Daz tandis que La Mal Coiffée redessine par ses polyphonies occitanes les récits des émancipations et des résistances populaires et féminines avec une fougue rare. 

Un hommage subtil sera rendu au romancier et poète jamaïcain naturalisé américain Claude McKay qui a fait partie du mouvement littéraire de la Renaissance de Harlem, par le conteur et musicien de jazz Lamine Diagne et le réalisateur d’un documentaire sur l’écrivain, Matthieu Verdeil, mêlant lecture, création visuelle et musique dans Kay ! Lettres à un poète disparu. Le concert Aesthesis quant à lui explorera les frontières temporelles découvrant de somptueux échos entre Monteverdi et John Cage, se refusant toute limite. Le jazz enfin déploiera ses volutes enivrantes avec le jazz un peu manouche de Dan Gharibiazn et ouvrira la saison de Jazz sur la Ville avec le quartet de Karim Tobbi et du guitariste Jérémie Schacre qui reprendra des morceaux dus à Freddy Taylor et Django Reinhardt qui se rencontrèrent dans les années 1930 sur la butte Montmartre. Un subtil mélange à déguster sans modération !

MARYVONNE COLOMBANI

Festival de Vives Voix
13 octobre au 18 novembre
Divers lieux, Marseille
09 54 45 09 69 
lesvoiesduchant.org

La beauté bien gardée des chambres

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Claire-Marie Le Guay au Foyer de l'Opéra de Marseille © Marseille Concerts

C’est à Entraigues-sur-la-Sorgue, au bout d’une route à peine indiquée. La Courroie, dans une ancienne fabrique, accueille « son » public sans communiquer, fidélisé par la qualité d’une programmation exceptionnelle et le renom des ensembles invités.

Le Carteto Casals, indéniablement un des meilleurs du monde, y enregistre en public l’intégrale des Quatuors de Chostakovitch. En commençant, le 6 octobre, par les trois premiers. 250 habitués se pressent sur les chaises qui s’étalent en longueur. On ne voit rien après le quatrième rang mais l’écoute est portée par une acoustique miraculeuse : le son circule, rond et sans réverbération, précis, et permet toutes les nuances. On entend le moindre pizzicato, les harmoniques décollent, les pianissimi se dégustent. Et quand le son enfle et s’emballe, chaque ligne instrumentale reste audible et distincte.

On nous a prévenu : Harmonia Mundi enregistre en direct, il faut retenir ses raclements de gorge, sa toux, ses bruits de chaises. Le silence dans les rangs est religieux, on réajuste sa position entre les mouvements, on applaudit à tout rompre au terme de chacun des quatuors. 

Les trois premiers quatuors de Chostakovitch, composés en 1936, 1944 et 1946, semblent écrits pour le Carteto Casals : la fougue remarquable de Vera Martinez – premier violon –  donne le ton à l’ensemble, alternant des moments d’une légèreté comme factice, des mélodies tourmentées accompagnés d’accords douloureux, et des cavalcades tragiques, où les cordes se relaient, se répondent, se chevauchent, comme dans une bataille de désespoirs. Car la forme classique des œuvres y apparaît comme un paradoxe, leurs quatre mouvements lents et rapides, leurs fugues, leurs thèmes et variations, leur harmonie qui dérange à peine la tonalité, s’agitent de matière, crissent et s’entrechoquent, comme dans une musique de timbre. Slave dans ses mélodies, retenue par la censure stalinienne qui interdisait l’atonalité, marquée par un optimisme de façade, et un lyrisme noir.

Back to Bach

À l’Opéra de Marseille le décor change : le Foyer Art déco accueille pourtant un public qui ressemble à celui de la Courroie. Connaisseur, plutôt âgé, se pressant pour s’asseoir aux premiers rangs puisque dès le troisième seuls les cheveux blonds de Claire-Marie le Guay sont visibles. Pourtant le même enthousiasme, la même ferveur, accompagneront la pianiste dans son programme Bach admirable dans sa composition et son exécution. 

Prélude et Fugue n° 1, tout simple, limpide, chaque note se détachant dans une dynamique qui lui est propre, chaque phrase de la fugue comme une couche de matière autonome et distincte. La Fantaisie chromatique qui suit, et sa fugue, demandent une virtuosité plus spectaculaire, tandis que les deux Chorals, plus lyriques, transcrits par Busoni pour clavier, font entendre les mélodies comme des traces de la voix humaine. 

Les sept mouvements de la Partita n°1, plus imagés, dansants – gigue, menuet, sarabande… – offrent un autre visage de Bach encore, comme plus ancien et plus populaire, presque figuratif. L’Aria des Variations Goldberg est tendre et déchirante, presque romantique, comme le Concerto Italien qui conclut un concert qui est un moment parfait. La musicalité, les nuances incarnées dans le poids de chaque doigt posé, la vitesse étudiée de chaque élan, ont permis d’appréhender Bach dans toute l’immense variété de son œuvre. Intérieure sans être cérébrale, à l’aube d’une écriture qui allait devenir harmonique et verticale, sa fantaisie encore baroque combinait les émotions, les élans, les grâces. 

Sans médiation

On ne peut que regretter, devant tant de beauté et d’émotion, le manque de médiation, à l’œuvre depuis 50 ans dans les autres disciplines artistiques : les feuilles de salle, bavardes sur les CV prestigieux des musiciens, ne donnent aucune clef d’écoute des œuvres, le public ne voit pas les musiciens jouer, les tarifs réduits n’existent pas, et les prises de parole avant les concerts se félicitent de la présence du « vrai » public, du « bon » public,  connaisseur et fidèle, sans chercher à l’élargir à d’autres âges ou sociologies. Cette musique est notre trésor commun, et pas un outil de distinction sociale…

AGNÈS FRESCHEL

Concerts donné le 6 octobre à La Courroie (Entraigues-sur-la-Sorgue) et le 8 au Foyer de l’Opéra (Marseille) 

De bruit et de fureur 

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Bivouac250, Out There Festival 2018 © JMA Photography

Les Marseillais se souviennent de leur étonnant Omni Ideal-X, fantasque géant métallique constitué de huit containers assemblés, sorte de totem des temps modernes qui accompagna l’inauguration du Mucem au printemps 2013 sur l’esplanade du J4, toisant les flots du haut de ses 19 mètres. Une ambiance industrieuse, quelques pieds de nez narquois au grand capital, un attrait sans modération pour l’énergie rock : un condensé du savoir-faire de Générik Vapeur, parmi les pionniers du théâtre de rue dans les années 1980, qui fait chauffer l’asphalte des rues d’ici et d’ailleurs depuis quatre décennies. Dans leurs faits d’armes, citons l’inoubliable Bivouac (1988), déambulation effrénée pour 102 bidons de 200 litres et une cohorte de quinze comédiens peinturlurés de bleu, ou encore, une décennie plus tard, la pétaradante chevauchée de Taxi (1997) et ses véhicules jaune citron, retournant une ville par la grâce d’une parade motorisée où présidaient l’urgence, l’euphorie collective et une certaine fièvre dans la nécessité de réveiller les villes, faisant de la rue un singulier « pôle désirant », ainsi que le conceptualisaient alors certains théoriciens de l’espace public. 

Machineries monumentales 

Chez Générik Vapeur, la machinerie est à l’origine de toute chose : que leurs formes soient pensées à l’échelle d’une ville – voitures attachées à des pinces à linge monumentales, appareil vintage géant  pour photo de groupe – ou plus intimistes – escapade à vélo ou montage de Deuch en kit – c’est bien l’auto proclamé « trafic d’acteurs et d’engins » qui en constitue l’essence. Tel un véritable patrimoine (im)matériel, l’ensemble de cette mémoire est célébrée à la Cité des arts de la rue, une structure atypique que Pierre Berthelot – cofondateur de la compagnie en 1983 avec Caty Avram – a contribué à conceptualiser dès les années 1990, aux côtés de feu Michel Crespin. Inaugurés en 2013 en pleins quartiers Nord de Marseille, ces 36 000 m² exclusivement dédiés à la création en espace public rejouent la typologie d’une ville – avec ses préaux, places et coursives, mais aussi broussailles et espaces verts. La Cité héberge désormais une dizaine de structures professionnelles, qui y expérimentent quotidiennement la création destinée au hors les murs. Ce vendredi 13 donc, place au bruit et à la fureur sur les hauteurs des Aygalades. Dès 18 h, les amis et complices de longue date de la compagnie se réunissent : Sud Side & Cowboys From Outaspace, le Mur du Fond, Ilotopie, Mr Culbuto, la 10e promotion de la FAI-AR et le Laboratoire d’Imagination Insurrectionnelle, les Cavaliers de l’aventure, Marla Singer, Caramantran, Red Plexus, Bob Passion et Les Imperturbables, BelpheGorZ, Ta Mémé Cowboy… L’occasion aussi de saluer collectivement la publication, aux éditions Deuxième époque, de l’ouvrage Générik Vapeur, 40 ans de théâtre de rue – Trafic d’acteurs et d’engins, en présence des auteurs Bertrand Dicale, Michel Peraldi et Sara Vidal. 

JULIE BORDENAVE

40 ans de Générik Vapeur 
13 octobre
Cité des arts de la rue, Marseille 
generikvapeur.com 

La Côte bleue fête le cinéma

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«Richiamo del vuoto» de Nora Trebastoni, est présenté lors de cette nouvelle édition du festival

Un voilier à coque verte très stylisé surfe sur des vagues qui ne le sont pas moins. Des bouts de pellicules, rectangles rouges et noir, sur un fond uniment bleu, figurent ses voiles : voilà l’affiche de la 9e édition du Festival de Courts Métrages de la Côte Bleue qui se déroulera à Carry le Rouet, du 13 au 15 octobre, au cinéma Fernandel. Un petit festival qui suit son cap depuis sa création, navigue fièrement aux côtés des grands et peut déjà se flatter d’avoir repéré dans ses éditions précédentes, de jeunes talents, consacrés depuis, comme Bastien Dubois ou la jeune Léa Mysius. 1500 films reçus cette année. Et comme d’habitude, pour choisir les meilleurs, un jury classique et un jury jeune (issu d’un travail en amont dans les collèges et lycées du territoire). Le public est quant à lui appelé à désigner son « coup de cœur ».

Du beau monde

La sélection 2023 compte 26 films dans la catégorie fiction/documentaire/expérimental et 13 dans la catégorie animation. Des propositions très variées, par leurs sujets et leurs formes. Le E-Wasteland d’Angela Wenyang Hou (qui utilise des techniques mixtes pour recréer un monde englué dans les données numériques) côtoie Au Plaisir des ordures, conte de Noël politique québécois de Romain Dumont où l’on voit trois éboueurs invités chez un premier ministre le soir du réveillon. Paris 2024 de Pierre Larribe, ancré dans la triste réalité des sportives afghanes rattrapées par les diktats talibans, pourra suivre ou précéder Compost, une comédie d’héritage de Johanna Bros. On se retrouvera à Dunkerque, dans une entreprise de routiers (Bitume, de Léo Blandino) ou en Belgique dans la vie d’une drag queen de 60 ans qui prend sa retraite et dont le passé revient inopportunément (Beyond the sea d’Hippolyte Leibovici). On pourra s’émouvoir avec le documentaire d’animation La Mort de Claudette de Gaspard Patoureau faisant vivre le récit terrifiant d’une artiste, ou s’indigner avec Zoé Rose, réalisatrice de Nous sommes la terre. On pourra aussi entrer dans l’univers de Nora Trebastoni qui, dans Il Ricchiamo del vuoto,  capte avec sa caméra-hijab, comme au travers d’un voile, la rencontre fortuite entre une pêcheuse de Mazara del Vallo, Federica et une tunisienne, Fatiha, qui vit dans la même région depuis des années. 

Un weekend d’automne à enrichir d’images, d’idées et d’émotions.

ÉLISE PADOVANI

Festival de Courts Métrages de la Côte Bleue
Du 13 au 14 octobre
Cinéma Fernandel, Carry-le-Rouet
festi-courts-cote-bleue.fr

La ville et des images

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« Et Pierre Jeanneret » est présenté le 12 octobre en ouverture du festival © Acqua Alta

Le Festival du Film sur l’Architecture et l’Espace urbain qui depuis 2003 s’attache à réunir architectes, urbanistes, historiens, géographes, philosophes, artistes et cinéastes pour réfléchir ensemble à notre « urbaine condition », évolue et change de nom. Il devient Les Rencontres d’Image de Ville, articulé sur d’autres propositions annuelles, et se déroule en deux temps : du 12 au 15 octobre à Marseille et du 17 au 19 novembre, à Aix-en-Provence. 

Dans les quartiers populaires

Pour le volet marseillais, c’est Rabah Ameur-Zaïmeche qui sera à l’honneur. Les films de ce réalisateur franco-algérien qui a grandi dans une cité de la Seine-Saint-Denis, s’inscrivent souvent dans le paysage des banlieues à l’instar de son dernier polar Le Gang des Bois du Temple (repris le 13 octobre au cinéma La Baleine). On pourra voir ou revoir trois de ses réalisations antérieures : Wesh wesh, qu’est-ce qui se passe ? (2001) Dernier maquis (2008), et le film « historique » Les Chants de Mandrin (2011). Sa carte blanche Le Thé au harem d’Archimède de Medhi Charef,nous ramène encore à la banlieue et aux déshérités.On retrouvera le 15 octobre, le réalisateur dialoguant avec l’architecte bordelais, Christophe Hutin. Nul doute que ce contempteur de la démolition des grands ensembles, partisan d’une mobilisation de l’expertise et de l’expérience des habitants des cités, qui s’installa à 19 ans dans un township de Soweto, ne rejoigne l’humanisme du cinéaste. Entre construction et déconstruction des stéréotypes, la représentation des quartiers populaires au cinéma, sera le sujet de la ciné-conférence de la philosophe Marion Grodner

Pas d’édition d’Image de Ville sans le philosophe de l’urbain, Thierry Paquot qui nous propose un Gai Savoir Urbain sur le thème de la « transition », en trois conversations prolongées par des projections les 13, 14 et 15 octobre. Ne pas rater aussi les petits films sur des lieux architecturaux remarquables de notre patrimoine avec la Collection Destination en collaboration avec la Drac Paca. Ni en ouverture le 12 octobre aux Variétés, projeté en avant première …et Pierre Jeanneret de Christian Barani,en présence du cinéaste et écrivain Emmanuel Adely. Portrait d’un oublié de l’histoire de l’architecture (un peu écrasé par la gloire de son cousin Charles Edouard dit Le Corbusier avec lequel il travailla), et dont « le destin fut une ville » : Chandigarh.

ÉLISE PADOVANI

Les Rencontres d’Image de Ville
12 au 15 octobre à Marseille
17 au 19 novembre à Aix-en-Provence
imagedeville.org

Hors-cadre

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© M.V.

On entre et on se retrouve en face d’un grand panneau peint en gris (3 m x 2 m) dressé à la verticale dans l’espace, comme une sculpture, maintenu par des tasseaux de bois sur l’avant et sur l’arrière, avec sacs de sable en contrepoids. La partie supérieure de la peinture accueille une trame serrée de petites formes oblongues, trame que l’on retrouve sur la moitié inférieure de la peinture, avec les mêmes formes, moins nombreuses et plus grosses. Entre les deux trames, à l’horizontale, une rainure. Bref, il semblerait qu’on soit en train, bon an mal an, de contempler une râpe à fromage… 

Sur quel pied danser ?

Cette tonalité d’ouverture mêlant peinture, sculpture, figuratif, abstrait et espièglerie donne le la de cette exposition des travaux les plus récents (une bonne vingtaine, grands et petits formats) de Carlos Kusnir (1947 – Buenos Aires, vit et travaille entre Marseille et Paris). Ainsi, on aperçoit sur les murs de Vidéochroniques d’autres « clowneries » : des gants en caoutchouc dépassant de chaque côté de petits tableaux informels et crouteux semblant peints à la truelle. Sur un autre, différent, a été enfilé une petite culotte à pois colorés. Ailleurs, une sandale ruinée pendouille au bout d’une ficelle, faisant pencher le tableau. Peinture, sculpture, objet ? Dada, support-surface, informel, conceptuel, figuratif, décoratif ? Ça dépasse des cadres. On aperçoit des pigeons des villes perchés à l’extérieur de toiles informelles crapoteuses ou aux éclaboussures explosives. On visite un accrochage d’une série de serpentins géants. On rencontre un teckel interrogatif sur fond blanc souillé de virgules oranges, un rat reniflant dans de l’ornemental vétuste. De la dentelle peinte. Des dégoulinures et des tâches crados, des éclaboussures somptueuses sur des emblèmes aux consonnances totalitaires. Le tout à l’acrylique sur des supports fait souvent d’assemblages bricolés de découpes de bois. Du léger et du massif, du mouvement et du figé, de la désinvolture et de la précision. Et beaucoup de vitalité chez cet artiste dont les dernières expositions à Marseille ont eu lieu en 2018, rétrospective au Frac Sud, et en 2020 chez Patrick Raynaud aux 7 clous.

MARC VOIRY

Sans contrefaçon, de Carlos Kusnir
Jusqu’au 18 novembre
Vidéochroniques, Marseille
videochroniques.org