Au moment où s’envolent les hirondelles, apparaissent sur les écrans de notre région les films d’animation. À Aix-en-Provence, Vitrolles , en passant par Cucuron, Forcalquier, La Ciotat, Marseille, Veynes et bien d’autres… des films, en court ou long métrage, pour petits et grands. En tout, 31 salles du réseau des Écrans du Sud accueillent la 24e édition de Cinémanimé. Ce ne sera pas moins de 21 films, avant-premières, œuvres qui ont marqué l’histoire du cinéma qui seront présentées, sans oublier six ateliers animés par des professionnels : atelier doublage, Flip Book, carte-postale musicale, gif, ciné-philo-conte et praxinoscope en écho aux films présentés.
Des avant-premières
Ainsi on pourra voir en avant-première, une belle histoire d’amitié avec le premier film d’animation de Pablo Berger, adapté de la bande dessinée de Sara Varon, Mon Ami Robot à Martigues et au Pradet. Dans sept salles de la région dont l’Alhambra et Les Variétés de Marseille, ce sera Sirocco et le royaume des courants d’air de Benoit Chieux, Prix du public à Annecy : deux sœurs de 4 et 8 ans, découvrent un passage entre leur monde et celui du livre Le Royaume des courants d’air et devront trouver Sirocco, ce personnage terrifiant capable de contrôler le vent. Primé aussi à Annecy (Cristal du long métrage), Linda veut du poulet de Chiara Malta et Sébastien Laudenbach : comment trouver un poulet un jour de grève générale ? On pourra suivre la quête de Nina, prête à tout pour que son père retrouve le sourire, dans le troisième long métrage d’AlainGagnol et Jean-Loup Felicioli,Nina et le secret du hérisson.
Des films à (re)découvrir
Quelle chance de pouvoir (re)voir La Sirène, ode à la résistance de la réalisatrice iranienne, Sepideh Farsi que le public de Saint-Rémy-de-Provence et de Six-Fours-les-Plages pourra rencontrer. Ou encore Contes et silhouettes de Lotte Reiniger,un programme de quatre courts-métrages réalisés entre 1954 et 1956 et adaptés des contes de Perrault, des frères Grimm et d’Andersen. Sans oublier deux films présentés dans le cadre des 100 ans de la Warner, Les Noces funèbres de Tim Burton, et Le Géant de fer de Brad Bird.
ANNIE GAVA
Cinémanimé Du 11 octobre au 7 novembre Divers cinémas, Région Sud seances-speciales.fr
L’association Libraires du Sud fête en 2023 ses 25 années d’existence. Ce réseau de libraires indépendants, qui a tissé sa toile d’Arles à Nice et de Marseille à Gap, anime chaque année de nombreux événements ou rencontres et notamment Automne en Librairies, qui fête son huitième anniversaire cette année. 32 librairies et des médiathèques partout dans la région accueillent rencontres, ateliers, exposition dédicaces, du 11 au 14 octobre ; un événement d’autant plus réjouissants qu’il sera entièrement gratuit.
Un gros accent sera mis comme chaque année sur la littérature jeunesse. On retrouvera notamment l’illustrateur Bruno Salamone, qui animera à Hyères, Noves, Nice et Vitrolles des ateliers de créations de monstres rigolos. Laurine Roux présentera elle son dernier roman jeunesse Le Souffle du Puma à Laragne-Montéglin ; elle sera rejointe pour deux rencontres croisées à la librairie Vauban à Marseille et à la librairie les Parleuses à Nice par Camille Monceaux qui présentera sa trilogie jeunesse japonisante Les Chroniques de l’érable et du cerisier.
La bande dessinée Oliphant, signée par la scénariste Loo Hui Phang et le dessinateur Benjamin Bachelier, sera également à l’honneur lors de trois événements à Arles, Toulon et Marseille. La rencontre à Marseille le 13 octobre à 19h30 à la Fabulerie mettra en scène le percussionniste Dominique Mahut et le violoncelliste Frédéric Deville pour une présentation en musique de la bande dessinée, plongée dans une terrible expédition en Antarctique. Justine Niogret présentera quant à elle Quand on eut mangé le dernier chien, roman également inspiré par une expédition sur le continent glacé, à Nice, Châteauneuf-Grasse et Embrun.
Littérature de proche
L’écrivain Marin Fouqué qui s’est également distingué dans la performance rap partagera les découvertes de son reportage littéraire À la terre à Manosque, Cadenet et Château-Arnoux-Saint-Auban. L’autrice Daphné Ticrizenis évoquera la parution de son anthologie féminine de littérature, Autrices : ces grandes effacées qui ont fait la littérature, lors de rencontres à Cavaillon, Gap et à la librairie Pantagruel à Marseille. Julia Kerninon évoquera d’autres figures féminines fortes dans son dernier roman, Sauvage, présenté à Salernes et à Aix-en-Provence.
La jeune autrice Joséphine Tassy présentera à Aix-en-Provence, Salon et Istres son premier roman L’Indésir, publié aux éditions de l’Iconoclaste. L’auteur de romans policiers Caryl Férey présentera son dernier roman Okavango à Carpentras et à la librairie Maupetit à Marseille. L’auteur marseillais Didier Castino présentera à la librairie Prado Paradis son dernier opus Boxer comme Gratien. Enfin l’essayiste américain Eddy L. Harris évoquera son œuvre de voyage Le Mississippi dans la Peau lors d’interventions à Aix, Sainte-Cécile les Vignes et Brignoles. Le voyage ne fait que commencer !
SUZANNE CANESSA
Automne en librairies Du 11 au 14 octobre Dans 32 librairies membres du réseau Libraires du Sud Région Sud librairesdusud.com
Spectacle: Torpeur,
Chorégraphie: Angelin Preljocaj,
Interprètes: Mirea Delogu, Antoine Dubois, Matt Emig, Chloé Fagot, Clara Freschel, Verity Jacobsen, Florette Jager, Erwan Jean-Pouvreau, Florine Pegat-Toquet, Maxime Pelillo, Valen Rivat-Fournier, Lin Yu-Hua,
Compagnie Ballet Preljocaj,
Musique: 79D,
Costumes: Elenora Peronetti,
Lumière: Eric Soyer,
Dans le cadre du Festival Montpellier Danse,
Lieu: Opéra Berlioz, Le Corum, Montpellier le 19/06/2023
Zébuline. Pourquoi reprendre Noces, créé en 1989, et Annonciation, créé en 1995 ? Quel intérêt prenez-vous à réinvestir ce répertoire ancien ?
Angelin Preljocaj. Le thème de Montpellier Danse 2023, « Répertoire et création », recoupait une de mes préoccupations anciennes. J’ai toujours eu besoin de mettre en perspective ce que je suis en train de faire avec des répertoires, le mien ou d’autres. Et puis, une œuvre n’existe que si elle est donnée, et je pense qu’il est dommage de laisser mourir tant de pièces qui ont été créées avec de l’argent public, et donc lui appartiennent. Diffuser le patrimoine est important, et donne à la danse une épaisseur historique qui lui manque souvent. Les diffuseurs veulent avoir des créations, des premières… Cela n’est pas très écologique, cela coûte cher en décors, costumes, lumières, il faut s’interroger aujourd’hui sur ce mode de production et de diffusion du spectacle vivant, pour des raisons écologiques et budgétaires.
En dehors de ces raisons de directeur de ballet, vous avez sans doute des motifs plus artistiques, plus personnels, pour reprendre ces deux pièces…
Bien sûr. J’aime mes interprètes, qui apportent beaucoup à mes œuvres. Le sens d’une pièce s’épaissit des différentes incarnations qui viennent l’habiller, la transformer. Un pianiste aujourd’hui qui jouerait Bach comme Glenn Gould aurait l’impression de bégayer, mais un qui jouerait sans connaître Glenn Gould passerait à côté d’une vision désormais essentielle à sa compréhension. Il en est de même pour la danse, mais on le sait moins. Chaque interprète lui apporte une inscription dans le temps, dans l’époque. Et rien ne marque mieux l’époque que le changement des corps.
Justement, concrètement, qu’est-ce qui a changé dans Noces ?
C’est très étrange. La pièce est exactement la même, je n’ai pas changé un pas. Mais dans le rapport homme-femme, la violence est encore plus forte. La pièce met en scène un rapt sur la musique très tellurique de Stravinsky. L’assujettissement des femmes en est le sujet. J’y suis très sensible, cet état de société me révolte, j’ai une mère, quatre sœurs, une femme et deux filles, comment ne pas l’être !
Aujourd’hui, par rapport à 1989, ces sujets des violences faites aux femmes sont médiatisés et combattus. Mais l’assujettissement continue, la sauvagerie est toujours là. Les danseuses aujourd’hui s’en emparent avec encore plus de panache.
« Je cherche une grammaire de l’hébétude, un rythme, une dynamique de l’indolence »
Est-ce du même ordre pour Annonciation ? Le duo est plus intime et plus intemporel…
Annonciation c’est une forme à habiter qui dépend davantage encore des interprètes. Les Annonciations sont toujours peintes dans des jardins clos, qui symbolisent la virginité de la Vierge à qui l’Ange vient annoncer qu’elle porte l’enfant de Dieu. Cet espace est scénographié avec un tapis rouge, qui symbolise le ventre, le sang. Lorsque l’Ange pénètre cet espace réduit, contraint, intime, il a la forme d’une femme. Je ne voyais pas un homme pénétrer cet espace.
L’ambiguïté de genre de l’Ange est-il le même aujourd’hui ? Vous avez eu des interprètes très intergenres, à l’époque on disait androgyne. Comment cela résonne-t-il ?
L’Ange a une gestuelle immédiatement martiale. Son arrivée est une déflagration, qui s’entend dans la musique. L’espace ne peut pas contenir un tel être, il vole en éclat. Comme le temps. On est dans une réalité quantique, dont la durée varie selon les protagonistes, une éternité, un instant. Tout est dans les mains, les corps, les gestes des danseuses. Tout cela est très précis, et doit être extrêmement habité. Bien sûr, pour chaque duo, c’est une création.
Vous avez également créé une autre pièce, Torpeur, qui vient compléter le programme…
Torpeur est une petite forme sans décor qui explore un état de corps. J’ai toujours aimé chercher de ce côté-là. Ma danse est plutôt vive, j’aime bien chercher ce qui peut contrer cela, explorer le poids dans Gravité, l’extase dans Near Life Experience. Là j’ai cherché une grammaire de l’hébétude, un rythme, une dynamique de l’indolence. J’ai besoin de tracer les choses dans les corps, que l’émotion surgisse de la forme et pas de l’affect. Les corps de la danse peuvent parler directement aux corps des spectateurs si on parvient à cela. Alors j’alourdis, je ralentis, j’épaissis. Je vois ce que cela donne, l’effondrement d’un corps. Un effondrement volontaire, consenti, une jouissance de la torpeur. Celle qui nous saisit quand il fait très chaud, que l’on n’a pas envie de bouger, et que le plaisir qui en découle est immense …
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL
Noces, Annonciation, Torpeur Par Angelin Preljocaj Du 11 au 15 octobre Pavillon Noir, Aix-en-Provence
La compagnie montpelliéraine Exit, dirigée depuis 2008 par Hélène Soulié, aporté ces dernières années sur les scènes révoltes les féministes et intersectionnelles contemporaines. Son MADAM –acronyme pour Manuel d’Auto Défense À Méditer– a marqué les théâtres : l’épopée post-genre en six épisodes prône une « tendresse radicale » et questionne profondément l’ordre patriarcal.
Avec Peau d’Ane, la fête est finie, la metteure en scène sort de la performance et de l’adresse directe au spectateur, pour renouer avec un théâtre qui met en scène des personnages et se décline en actes. Elle veut s’adresser aux adultes mais aussi aux enfants, par le biais de cette histoire familière récrite par Marie Dilasser.
Car quel mythe affreux que ce conte ! Charles Perreault le tempérait avec une marraine fée qui mettait fin à l’inceste mais les Frères Grimm sont plus crus encore, et la jeune fille désirée par son père doit le fuir, couverte de honte et de souillure, transformée en monstre hybride pour échapper à son désir qui restera impuni !
La valeur des filles
S’inspirant de Grimm et de Perreault, du film de Jacques Demy bien sûr mais aussi d‘éléments mythiques africains, Marie Dilasser compose sa pièce en trois actes : le premier, terrible, dans une cellule familiale où le père est tout puissant, éditeur d’un pédophile, et la mère fuyante et lâche ; le deuxième, où un âne hybride va guider la fillette dans sa fuite, aidé par d’autres princesses échappées de contes où on veut les endormir ou les empoisonner ; le troisième, un procès, enfin, celui des pères incestueux, des violeurs et détourneurs de mineures.
Un acte qui permettra enfin aux princesses des contes, et à tous les enfants, d’imaginer d’autres vies, d’autres relations amoureuses, choisies, dans une féminité souhaitée, qu’elles construiraient à leur guise sans enfiler des bagues ou des chaussures trop petites. Qui seules révèleraient la délicatesse, et donc la valeur, des filles ?
AGNÈS FRESCHEL
Peau d’Ane, la fête est finie Marie Dilasser, Hélène Soulié Les 12 et 13 octobre Théâtre Jean Vilar, Montpellier theatrejeanvilar.montpellier.fr
Ce jeudi 28 septembre, deux femmes à la peau ébène et à la tenue streetwear décontractée sont déjà sur le plateau de la petite salle de spectacle d’ICI-CCN (120 places) quand les spectateurs s’installent. Elles écoutent de la musique venue d’Afrique et malaxent une boule de pâte sans s’occuper de ce qui se passe autour. Très vite, on comprend qu’elles ne sont pas vraiment là, mais qu’elles se trouvent en réalité à Abdijan. Ce sont les Filles-Pétroles, des battantes, des filles qui en imposent, même si on réalise vite que c’est sans doute une condition vitale de leur survie. Décor planté par chorégraphe Nadia Beugré, née en Côte d’Ivoire dans le quartier populaire de Derrière Les Rails à Abobo, au nord D’Abijan, arrivée à Montpellier en 2009 pour y intégrer le master EXERCE, artiste associée à ICI-CCN (Lire l’entretien avec Christian Rizzo, directeur de l’ICI-CNN) pour 2023-24. Elle a reçu cette année le Prix nouveau talent chorégraphique de la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques).
Coupé-décalé et roukasskass
Il y a « Gros Camion », une grande gueule aux formes aussi débordantes que son énergie est communicative. Arborant un collier doré revendiquant son statut de « Queen » de la rue, elle harangue avec aplomb les spectateurs, demande quelques pièces en échange d’acrobaties. Son amie, aussi élancée que tonique, « La Chinoise pimentée », semble habitée par un mouvement sans fin. Sur des mouvements chaloupés de coupé-décalé (une danse branchée venue des nuits parisiennes de la diaspora ivoirienne) et de roukasskass (sa version urbaine à pratiquer en mode battle), elles témoignent d’une jeunesse enflammée qui cherche sa voie. La pâte qui sert à faire des galettes vendues dans les rues des quartiers populaires colle à la peau comme aux cheveux. Comme tous les clichés qui entravent malgré elles ces deux danseuses attachantes, Christelle (Christelle Eroué) et Aya (Anoura Aya Larissa Labarest), cherchent à appréhender ce que signifie être corps de féminité et corps en mouvement. À travers elles, Nadia Beugré dresse un portrait cash de la jeunesse ivoirienne à mettre en regard avec un autre de ses spectacles : Prophétique (on est déjà né.es), très remarqué lors du festival Montpellier Danse en juin dernier, dans lequel elle s’intéressait à la communauté transgenre d’Abidjan.
ALICE ROLLAND
Filles-Pétroles a été présenté les 28 et 29 septembre à l’ICI-CCN, Montpellier
Sambadaora Quintet avec le Cheour de la Provence Verte 2023
Après la présentation de la saison nouvelle qui compte cinq créations, des actions culturelles et des ateliers, c’est le Chœur de la Provence Vert qui ouvrait le bal sous la houlette dynamique de Sylvia Auclair : elle est à la baguette depuis janvier dernier de cet atelier collectif ouvert aux amateurs, mêlant travail corporel, vocal, scénique et percussif. « Fais-moi un manteau de mots, j’ai froid » déclare la première chanson issue du répertoire de Michèle Bernard selon qui « l’art doit faire partie des choses qui rendent à l’individu sa dignité et son envie de vivre ».
Samba !
Ce pourrait être l’un des adages du Chantier, qui fusionne mémoire et modernité dans le creuset d’une inspiration toujours vivante. Le chœur invitait ensuite au voyage par le biais d’airs populaires comme Shosholoza, chanson de travail d’Afrique australe reprise par Mandela et ses compagnons contre l’apartheid. La chanteuse, s’emparant du surdo (instrument percussif membranophone), revenait pour un quintet, Sambadaora, avec quatre musiciens passionnés, Wallace Negão (cavaquinho), Wim Welker (guitare à sept cordes), Olivier Boyer (pandeiro, percussions), Raphaël Illes (flûte, percussions). La virtuosité des instrumentistes permettait de rendre avec un naturel confondant la joie de la samba même lorsque les paroles sont tristes. Toute une vie se déroule, depuis les mélodies des années trente à celles d’aujourd’hui, dans la pure tradition des rodas, ces moments festifs qui rassemblent autour d’une table des musiciens qui jouent tandis qu’un public de tout âge danse autour. Chacun reprend les refrains en chœur, non, la samba n’est pas près de mourir, l’esprit du collectif non plus !
Zébuline. Quelle identité s’est forgée le CCN depuis votre arrivée ?
Christian Rizzo : C’est un lieu où la question du chorégraphique est intimement liée à la création, à la formation et à l’expérimentation. Cette notion du chorégraphique est approchée comme une question, jamais comme une affirmation. Et ce à travers les invitations d’artistes, les présences des publics, les expositions… À mon arrivée, j’avais d’ailleurs sous-titré le projet : « Où se loge le chorégraphique ? ».
Quelle est la place du public dans cette démarche ?
Il s’agissait de relier dans un seul et même mouvement le fait d’être spectateur d’une œuvre de création, témoin du déploiement d’une recherche d’un artiste, et pratiquant. Le public est invité à devenir un usager multiple du centre chorégraphique plutôt que seulement convié en tant que spectateur-client. Les artistes viennent présenter des œuvres et partager des processus aussi bien qu’une pratique. Il me semble important d’établir une non-hiérarchie des savoirs qui sont échangés.
Certains spectateurs regrettent de ne pas assez voir votre travail de chorégraphe à Montpellier, que leur répondez-vous ?
J’ai quand même réussi à présenter toutes mes pièces à Montpellier ! Je suis tributaire des lieux qui programment car je produis des formes assez grandes nécessitant de grands plateaux, comme celui du Domaine d’O. Le CCN n’est ma maison, je ne suis pas directeur d’un lieu de diffusion pour moi-même, je mets surtout mon énergie à inviter d’autres artistes. L’an dernier, j’avais présenté en ouverture de saison un double duo danseur-musicien, un impromptu d’une petite demi-heure qui s’est depuis transformé en une pièce, dont j’ai fait récemment la création : Je vais t’écrire. J’espère pouvoir la montrer à Montpellier. Créée au festival d’Avignon en 2012, le solo pour Kerem GelebekSakinan Göze Çöp Batar sera bientôt rejoué dans le cadre de la Biennale des arts de la scène en Méditerranée (les 22 et 23 novembre au Théâtre Jean Vilar).
Où en sont vos relations avec Montpellier Danse, qu’on dit parfois tendues ?
J’aime beaucoup l’idée que nos deux structures, très différentes, apportent chacune son regard et son état du monde. En novembre, nous accueillons ensemble Faire fleurir la création de Nicolas Fayol (les 9 et 10 novembre), qui est aussi une coproduction ICI-CCN. D’ailleurs, nous sommes coproducteurs de nombreux projets présentés dans le cadre du festival Montpellier Danse. En tant que lieu de création, le travail du centre chorégraphique se fait beaucoup dans l’invisible. Grâce à la formation et au master EXERCE, nous avons pu accompagner des artistes venus du monde entier dont plus d’une douzaine vivent et travaillent aujourd’hui depuis Montpellier. Cela prouve à quel point cette nouvelle génération de chorégraphes vient nourrir le paysage chorégraphique régional. C’est une aventure incroyable !
Le 6 octobre, sera donné le concert inaugural, reporté à plusieurs reprises, de l’orgue de l’église Sainte-Anne, construit à partie de l’ancien orgue de chœur de l’église Saint-Théodore (1868 par le facteur François Mader, le « Cavaillé-Coll marseillais). Aux commandes, l’organiste titulaire de la Cathédrale de Marseille, Philippe Gueit, fera sonner la fantastique palette de cet instrument aux couleurs multiples aux côtés des artistes invités, la flûtiste Claire Marzullo et le violoniste Pierre-Stéphane Schmidlet dans un programme baptisé Des tubes pour des tuyaux, qui convoquera Jean-Sébastien Bach, Louis James Alfred Lefèbure-Wély, Tomaso Albinoni, Gabriel Fauré, Haendel, Massenet, Gluck, Léo Delibes, et, en plus contemporain Charles-Marie Widor (1844-1937) et Régis Campo né en 1968, cent ans après la naissance de l’orgue originel pour une création mondiale de la version pour orgue de Starry Night.
Et du piano !
Le 7 octobre, le foyer de l’Opéra de Marseille accueillera la subtile pianiste, soliste internationale, mais aussi autrice, Claire-Marie Le Guay, dans un programme consacré à Jean-Sébastien Bach. Une heure de délices pianistiques où se succèderont des pièces extraites du Clavier bien tempéré, des transcriptions d’œuvres de Bach, par le musicien, penseur et professeur Dante Michelangelo Benvenuto Ferrucio Busoni dont la virtuosité le plaça à l’égal de Liszt, son idole. Pour Ferrucio Busoni, Bach composait une « musique absolue »… L’Aria des Variations Goldberg et le Concerto italien BWV 971 (1735) viendront clore ce moment musical. Une pépite !
MARYVONNE COLOMBANI
Les 6 et 7 octobre
Église Sainte-Anne et Foyer de l’Opéra, Marseille
06 31 90 54 85 marseilleconcerts.com
Une biennale qui a pour ambition de contribuer à « forger un futur durable pour tous » en intensifiant les relations des mondes de la recherche européens et africains, et en s’inscrivant dans la candidature Montpellier capitale européenne de la culture 2028. Ce qui donne deux volets de programmation : le premier culturel, axé sur les coopérations et les cultures africaines actuelles, le second autour des innovations sur la gestion des ressources en eau, les enjeux de coopération entre les deux continents, et l’accompagnement de jeunes entrepreneurs africains.
Groove éthiopien
Le volet culturel est foisonnant ! Il accueille notamment un festival de cinéma panafricain avec des projections toute la semaine, du street -art africain aux quatre coins de la ville, un bal participatif aux allures de grandes fêtes ivoiriennes, l’ouverture du studio de rue de Fatoumata Diabaté, artiste que l’on retrouvera dans l’exposition collective 4 Femmes (11 octobre – La Halle Tropisme). Également au programme un temps fort autour du skateboard et du breakdance à Grammont, où le plus grand skatepark d’Europe (9 000m2) a été inauguré en mai dernier. Enfin des concerts comme celui reggae-folk de Patrice au Rockstore (le 10), le groove éthiopien de Kutu (le 11) à La Halle Tropisme, né de la rencontre du violoniste Théo Ceccaldi avec la chanteuse éthiopienne Hewan Gebrewold. La Halle Tropisme est d’ailleurs coproductrice de la biennale : son évènement phare sera La Nuit des Ateliers (13 octobre – à partir de 18h) déambulation artistique, festive et gustative sur plus de 10 000m2 avec expositions, performances, DJ set, ateliers, live painting et tatoo, expériences culinaires… et un grand battle de rumba avec les concerts de Borumba (rumba congolaise) et Los Nenos (rumba catalane). Et une clôture le dimanche 15 (de 15h à 22h) sous forme de carte blanche à la radio ghannéene Oroko pour présenter quelques uns de ses artistes du continent et de sa diaspora en Europe, complétée par des artistes locaux résident·e·s de chez Piñata Radio.
MARC VOIRY
Biennale Euro-Africa
Du 9 au 15 octobre
Halle Tropisme, Montpellier et alentours
euro-africa-montpellier.fr
Pensé en parallèle de son essai Tout une moitié du monde, le seule en scène d’Alice Zeniter explore les mêmes travers et détours de la fiction. Avec un réel désir de sérieux mais aussi une certaine fantaisie, l’autrice très à l’aise en plateau questionne les mécanismes qui ont façonné les récits d’antan et parasitent encore aujourd’hui le geste d’écriture, y compris ceux de ses propres textes. Les idées, fondatrices, d’Ursula Le Guin ou d’Alison Bechdel sont évidemment évoquées : la « fiction-lance » des chasseurs préférée dès le paléolithique aux « fictions-paniers » des cueilleurs ; les personnages féminins dépourvus de nom, de chair, et de parole autre que celle les raccrochant à un homme. Le goût du spectaculaire intimé par la Poétique d’Aristote ne pouvant finalement qu’aboutir à une approche viriliste et tapageuse de la littérature, semble conclure l’autrice qui refuse cependant de limiter son propos à cette seule conclusion. Quelques embardées à l’ironie savamment dosée vers des concepts de narratologie et de sémiologie empruntés, entre autres, à Umberto Eco, font mouche, et rappellent combien le désir de fiction et d’imaginaire peut se greffer au réel, jusqu’à complètement le déformer.
Ça cloche
Quelque chose cloche cependant dans cette approche pourtant rafraîchissante sur le papier. Est-ce son ancrage malgré tout un peu scolaire, et ce besoin de l’autrice à rappeler l’ampleur de son parcours universitaire, comme pour asseoir une légitimité pourtant déjà bien acquise ? Ou encore cette réduction de la fiction au format et non pas à la forme, et de la littérature au seul récit ? Et ce au détriment de la langue, lieu de trouble par excellence, qui a su transgresser cadres et codes à tant de reprises. Est-ce, peut-être, le procès peu aimable fait à Anna Karénine, à Emma Bovary ou à la Princesse de Clèves, invariablement qualifiées de « pénibles, pénibles, pénibles … » ? Toujours est-il que la crise des représentations trouve ici un réel écho, à défaut d’aboutir à une conclusion séduisante.
SUZANNE CANESSA
Je suis une fille sans histoire a été joué du 26 au 29 septembre au Théâtre de La Criée Son spectacle Edène y sera joué le 7 octobre