mercredi 18 février 2026
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Angelin Preljocaj et la jouissance de la torpeur

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Spectacle: Torpeur, Chorégraphie: Angelin Preljocaj, Interprètes: Mirea Delogu, Antoine Dubois, Matt Emig, Chloé Fagot, Clara Freschel, Verity Jacobsen, Florette Jager, Erwan Jean-Pouvreau, Florine Pegat-Toquet, Maxime Pelillo, Valen Rivat-Fournier, Lin Yu-Hua, Compagnie Ballet Preljocaj, Musique: 79D, Costumes: Elenora Peronetti, Lumière: Eric Soyer, Dans le cadre du Festival Montpellier Danse, Lieu: Opéra Berlioz, Le Corum, Montpellier le 19/06/2023

Zébuline. Pourquoi reprendre Noces, créé en 1989, et Annonciation, créé en 1995 ? Quel intérêt prenez-vous à réinvestir ce répertoire ancien ? 

Angelin Preljocaj. Le thème de Montpellier Danse 2023, « Répertoire et création », recoupait une de mes préoccupations anciennes. J’ai toujours eu besoin de mettre en perspective ce que je suis en train de faire avec des répertoires, le mien ou d’autres. Et puis, une œuvre n’existe que si elle est donnée, et je pense qu’il est dommage de laisser mourir tant de pièces qui ont été créées avec de l’argent public, et donc lui appartiennent. Diffuser le patrimoine est important, et donne à la danse une épaisseur historique qui lui manque souvent. Les diffuseurs veulent avoir des créations, des premières… Cela n’est pas très écologique, cela coûte cher en décors, costumes, lumières, il faut s’interroger aujourd’hui sur ce mode de production et de diffusion du spectacle vivant, pour des raisons écologiques et budgétaires. 

En dehors de ces raisons de directeur de ballet, vous avez sans doute des motifs plus artistiques, plus personnels, pour reprendre ces deux pièces…

Bien sûr. J’aime mes interprètes, qui apportent beaucoup à mes œuvres. Le sens d’une pièce s’épaissit des différentes incarnations qui viennent l’habiller, la transformer. Un pianiste aujourd’hui qui jouerait Bach comme Glenn Gould aurait l’impression de bégayer, mais un qui jouerait sans connaître Glenn Gould passerait à côté d’une vision désormais essentielle à sa compréhension. Il en est de même pour la danse, mais on le sait moins. Chaque interprète lui apporte une inscription dans le temps, dans l’époque. Et rien ne marque mieux l’époque que le changement des corps.

Justement, concrètement, qu’est-ce qui a changé dans Noces ?  

C’est très étrange. La pièce est exactement la même, je n’ai pas changé un pas. Mais dans le rapport homme-femme, la violence est encore plus forte. La pièce met en scène un rapt sur la musique très tellurique de Stravinsky. L’assujettissement des femmes en est le sujet. J’y suis très sensible, cet état de société me révolte, j’ai une mère, quatre sœurs, une femme et deux filles, comment ne pas l’être !

Aujourd’hui, par rapport à 1989, ces sujets des violences faites aux femmes sont médiatisés et combattus. Mais l’assujettissement continue, la sauvagerie est toujours là. Les danseuses aujourd’hui s’en emparent avec encore plus de panache.

« Je cherche une grammaire de l’hébétude, un rythme, une dynamique de l’indolence »

Est-ce du même ordre pour Annonciation ? Le duo est plus intime et plus intemporel… 

Annonciation c’est une forme à habiter qui dépend davantage encore des interprètes. Les Annonciations sont toujours peintes dans des jardins clos, qui symbolisent la virginité de la Vierge à qui l’Ange vient annoncer qu’elle porte l’enfant de Dieu. Cet espace est scénographié avec un tapis rouge, qui symbolise le ventre, le sang. Lorsque l’Ange pénètre cet espace réduit, contraint, intime, il a la forme d’une femme. Je ne voyais pas un homme pénétrer cet espace.

L’ambiguïté de genre de l’Ange est-il le même aujourd’hui ? Vous avez eu des interprètes très intergenres, à l’époque on disait androgyne. Comment cela résonne-t-il ? 

L’Ange a une gestuelle immédiatement martiale. Son arrivée est une déflagration, qui s’entend dans la musique. L’espace ne peut pas contenir un tel être, il vole en éclat. Comme le temps. On est dans une réalité quantique, dont la durée varie selon les protagonistes, une éternité, un instant. Tout est dans les mains, les corps, les gestes des danseuses. Tout cela est très précis, et doit être extrêmement habité. Bien sûr, pour chaque duo, c’est une création.

Vous avez également créé une autre pièce, Torpeur, qui vient compléter le programme… 

Torpeur est une petite forme sans décor qui explore un état de corps. J’ai toujours aimé chercher de ce côté-là. Ma danse est plutôt vive, j’aime bien chercher ce qui peut contrer cela, explorer le poids dans Gravité, l’extase dans Near Life Experience. Là j’ai cherché une grammaire de l’hébétude, un rythme, une dynamique de l’indolence. J’ai besoin de tracer les choses dans les corps, que l’émotion surgisse de la forme et pas de l’affect. Les corps de la danse peuvent parler directement aux corps des spectateurs si on parvient à cela. Alors j’alourdis, je ralentis, j’épaissis. Je vois ce que cela donne, l’effondrement d’un corps. Un effondrement volontaire, consenti, une jouissance de la torpeur. Celle qui nous saisit quand il fait très chaud, que l’on n’a pas envie de bouger, et que le plaisir qui en découle est immense … 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL

Noces, Annonciation, Torpeur
Par Angelin Preljocaj
Du 11 au 15 octobre
Pavillon Noir, Aix-en-Provence

Sous la peau des contes

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Photo de répétition Peau d'âne - La fête est finie © JC Sirven

La compagnie montpelliéraine Exit, dirigée depuis 2008 par Hélène Soulié, aporté ces dernières années sur les scènes révoltes les féministes et intersectionnelles contemporaines. Son MADAM –acronyme pour Manuel d’Auto Défense À Méditer–  a marqué les théâtres : l’épopée post-genre en six épisodes prône une « tendresse radicale » et questionne profondément l’ordre patriarcal. 

 Avec Peau d’Ane, la fête est finie, la metteure en scène sort de la performance et de l’adresse directe au spectateur, pour renouer avec un théâtre qui met en scène des personnages et se décline en actes. Elle veut s’adresser aux adultes mais aussi aux enfants, par le biais de cette histoire familière récrite par Marie Dilasser

Car quel mythe affreux que ce conte ! Charles Perreault le tempérait avec une marraine fée qui mettait fin à l’inceste mais les Frères Grimm sont plus crus encore, et la jeune fille désirée par son père doit le fuir, couverte de honte et de souillure, transformée en monstre hybride pour échapper à son désir qui restera impuni !

La valeur des filles

S’inspirant de Grimm et de Perreault, du film de Jacques Demy bien sûr mais aussi d‘éléments mythiques africains, Marie Dilasser compose sa pièce en trois actes : le premier, terrible, dans une cellule familiale où le père est tout puissant, éditeur d’un pédophile, et la mère fuyante et lâche ; le deuxième, où un âne hybride va guider la fillette dans sa fuite, aidé par d’autres princesses échappées de contes où on veut les endormir ou les empoisonner ; le troisième, un procès, enfin, celui des pères incestueux, des violeurs et détourneurs de mineures. 

Un acte qui permettra enfin aux princesses des contes, et à tous les enfants, d’imaginer d’autres vies, d’autres relations amoureuses, choisies, dans une féminité souhaitée, qu’elles construiraient à leur guise sans enfiler des bagues ou des chaussures trop petites. Qui seules révèleraient la délicatesse, et donc la valeur, des filles ?

AGNÈS FRESCHEL

Peau d’Ane, la fête est finie
Marie Dilasser, Hélène Soulié
Les 12 et 13 octobre
Théâtre Jean Vilar, Montpellier
theatrejeanvilar.montpellier.fr

MONTPELLIER : Nadia Beugré, la « Queen » d’Abidjan

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Nadia Beugré © David Kadoule

Ce jeudi 28 septembre, deux femmes à la peau ébène et à la tenue streetwear décontractée sont déjà sur le plateau de la petite salle de spectacle d’ICI-CCN (120 places) quand les spectateurs s’installent. Elles écoutent de la musique venue d’Afrique et malaxent une boule de pâte sans s’occuper de ce qui se passe autour. Très vite, on comprend qu’elles ne sont pas vraiment là, mais qu’elles se trouvent en réalité à Abdijan. Ce sont les Filles-Pétroles, des battantes, des filles qui en imposent, même si on réalise vite que c’est sans doute une condition vitale de leur survie. Décor planté par chorégraphe Nadia Beugré, née en Côte d’Ivoire dans le quartier populaire de Derrière Les Rails à Abobo, au nord D’Abijan, arrivée à Montpellier en 2009 pour y intégrer le master EXERCE, artiste associée à ICI-CCN (Lire l’entretien avec Christian Rizzo, directeur de l’ICI-CNN) pour 2023-24. Elle a reçu cette année le Prix nouveau talent chorégraphique de la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques).

Coupé-décalé et roukasskass

Il y a « Gros Camion », une grande gueule aux formes aussi débordantes que son énergie est communicative. Arborant un collier doré revendiquant son statut de « Queen » de la rue, elle harangue avec aplomb les spectateurs, demande quelques pièces en échange d’acrobaties. Son amie, aussi élancée que tonique, « La Chinoise pimentée », semble habitée par un mouvement sans fin. Sur des mouvements chaloupés de coupé-décalé (une danse branchée venue des nuits parisiennes de la diaspora ivoirienne) et de roukasskass (sa version urbaine à pratiquer en mode battle), elles témoignent d’une jeunesse enflammée qui cherche sa voie. La pâte qui sert à faire des galettes vendues dans les rues des quartiers populaires colle à la peau comme aux cheveux. Comme tous les clichés qui entravent malgré elles ces deux danseuses attachantes, Christelle (Christelle Eroué) et Aya (Anoura Aya Larissa Labarest), cherchent à appréhender ce que signifie être corps de féminité et corps en mouvement. À travers elles, Nadia Beugré dresse un portrait cash de la jeunesse ivoirienne à mettre en regard avec un autre de ses spectacles : Prophétique (on est déjà né.es), très remarqué lors du festival Montpellier Danse en juin dernier, dans lequel elle s’intéressait à la communauté transgenre d’Abidjan.

ALICE ROLLAND

Filles-Pétroles a été présenté les 28 et 29 septembre à l’ICI-CCN, Montpellier 

L’esprit collectif joue à Correns

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Sambadaora Quintet avec le Cheour de la Provence Verte 2023

Après la présentation de la saison nouvelle qui compte cinq créations, des actions culturelles et des ateliers, c’est le Chœur de la Provence Vert qui ouvrait le bal sous la houlette dynamique de Sylvia Auclair : elle est à la baguette depuis janvier dernier de cet atelier collectif ouvert aux amateurs, mêlant travail corporel, vocal, scénique et percussif. « Fais-moi un manteau de mots, j’ai froid » déclare la première chanson issue du répertoire de Michèle Bernard selon qui « l’art doit faire partie des choses qui rendent à l’individu sa dignité et son envie de vivre ». 

Samba !

Ce pourrait être l’un des adages du Chantier, qui fusionne mémoire et modernité dans le creuset d’une inspiration toujours vivante. Le chœur invitait ensuite au voyage par le biais d’airs populaires comme Shosholoza, chanson de travail d’Afrique australe reprise par Mandela et ses compagnons contre l’apartheid. La chanteuse, s’emparant du surdo (instrument percussif membranophone), revenait pour un quintet, Sambadaora, avec quatre musiciens passionnés, Wallace Negão (cavaquinho), Wim Welker (guitare à sept cordes), Olivier Boyer (pandeiro, percussions), Raphaël Illes (flûte, percussions). La virtuosité des instrumentistes permettait de rendre avec un naturel confondant la joie de la samba même lorsque les paroles sont tristes. Toute une vie se déroule, depuis les mélodies des années trente à celles d’aujourd’hui, dans la pure tradition des rodas, ces moments festifs qui rassemblent autour d’une table des musiciens qui jouent tandis qu’un public de tout âge danse autour. Chacun reprend les refrains en chœur, non, la samba n’est pas près de mourir, l’esprit du collectif non plus !

MARYVONNE COLOMBANI

Soirée du 29 septembre à la Fraternelle, Correns.

ICI-CCN Montpellier : la création en partage

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Christian Rizzo © Peter Avondo

Zébuline. Quelle identité s’est forgée le CCN depuis votre arrivée ?

Christian Rizzo : C’est un lieu où la question du chorégraphique est intimement liée à la création, à la formation et à l’expérimentation. Cette notion du chorégraphique est approchée comme une question, jamais comme une affirmation. Et ce à travers les invitations d’artistes, les présences des publics, les expositions… À mon arrivée, j’avais d’ailleurs sous-titré le projet : « Où se loge le chorégraphique ? ».

Quelle est la place du public dans cette démarche ?

Il s’agissait de relier dans un seul et même mouvement le fait d’être spectateur d’une œuvre de création, témoin du déploiement d’une recherche d’un artiste, et pratiquant. Le public est invité à devenir un usager multiple du centre chorégraphique plutôt que seulement convié en tant que spectateur-client. Les artistes viennent présenter des œuvres et partager des processus aussi bien qu’une pratique. Il me semble important d’établir une non-hiérarchie des savoirs qui sont échangés.

Certains spectateurs regrettent de ne pas assez voir votre travail de chorégraphe à Montpellier, que leur répondez-vous ? 

J’ai quand même réussi à présenter toutes mes pièces à Montpellier ! Je suis tributaire des lieux qui programment car je produis des formes assez grandes nécessitant de grands plateaux, comme celui du Domaine d’O. Le CCN n’est ma maison, je ne suis pas directeur d’un lieu de diffusion pour moi-même, je mets surtout mon énergie à inviter d’autres artistes. L’an dernier, j’avais présenté en ouverture de saison un double duo danseur-musicien, un impromptu d’une petite demi-heure qui s’est depuis transformé en une pièce, dont j’ai fait récemment la création : Je vais t’écrire. J’espère pouvoir la montrer à Montpellier. Créée au festival d’Avignon en 2012, le solo pour Kerem Gelebek Sakinan Göze Çöp Batar sera bientôt rejoué dans le cadre de la Biennale des arts de la scène en Méditerranée (les 22 et 23 novembre au Théâtre Jean Vilar). 

Où en sont vos relations avec Montpellier Danse, qu’on dit parfois tendues ?

J’aime beaucoup l’idée que nos deux structures, très différentes, apportent chacune son regard et son état du monde. En novembre, nous accueillons ensemble Faire fleurir la création de Nicolas Fayol (les 9 et 10 novembre), qui est aussi une coproduction ICI-CCN. D’ailleurs, nous sommes coproducteurs de nombreux projets présentés dans le cadre du festival Montpellier Danse. En tant que lieu de création, le travail du centre chorégraphique se fait beaucoup dans l’invisible. Grâce à la formation et au master EXERCE, nous avons pu accompagner des artistes venus du monde entier dont plus d’une douzaine vivent et travaillent aujourd’hui depuis Montpellier. Cela prouve à quel point cette nouvelle génération de chorégraphes vient nourrir le paysage chorégraphique régional. C’est une aventure incroyable !

Propos recueillis par ALICE ROLLAND

*ICI : Institut chorégraphique international

ICI-CCN, Montpellier
04 67 60 06 70
ici-ccn.com

Dans les bons tuyaux de Marseille Concerts

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Claire-Marie Le Guay © DR

Le 6 octobre, sera donné le concert inaugural, reporté à plusieurs reprises, de l’orgue de
l’église Sainte-Anne, construit à partie de l’ancien orgue de chœur de l’église Saint-Théodore (1868 par le facteur François Mader, le « Cavaillé-Coll marseillais). Aux commandes, l’organiste titulaire de la Cathédrale de Marseille, Philippe Gueit, fera sonner la fantastique palette de cet instrument aux couleurs multiples aux côtés des artistes invités, la flûtiste Claire Marzullo et le violoniste Pierre-Stéphane Schmidlet dans un programme baptisé Des tubes pour des tuyaux, qui convoquera Jean-Sébastien Bach, Louis James Alfred Lefèbure-Wély, Tomaso Albinoni, Gabriel Fauré, Haendel, Massenet, Gluck, Léo Delibes, et, en plus contemporain Charles-Marie Widor (1844-1937) et Régis Campo né en 1968, cent ans après la naissance de l’orgue originel pour une création mondiale de la version pour orgue de Starry Night.

Et du piano !

Le 7 octobre, le foyer de l’Opéra de Marseille accueillera la subtile pianiste, soliste
internationale, mais aussi autrice, Claire-Marie Le Guay, dans un programme consacré à
Jean-Sébastien Bach. Une heure de délices pianistiques où se succèderont des pièces extraites du Clavier bien tempéré, des transcriptions d’œuvres de Bach, par le musicien, penseur et professeur Dante Michelangelo Benvenuto Ferrucio Busoni dont la virtuosité le plaça à l’égal de Liszt, son idole. Pour Ferrucio Busoni, Bach composait une « musique absolue »… L’Aria des Variations Goldberg et le Concerto italien BWV 971 (1735) viendront clore ce moment musical. Une pépite !

MARYVONNE COLOMBANI

Les 6 et 7 octobre
Église Sainte-Anne et Foyer de l’Opéra, Marseille
06 31 90 54 85 marseilleconcerts.com

Montpellier l’africaine

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© X-DR

Une biennale qui a pour ambition de contribuer à « forger un futur durable pour tous » en intensifiant les relations des mondes de la recherche européens et africains, et en s’inscrivant dans la candidature Montpellier capitale européenne de la culture 2028. Ce qui donne deux volets de programmation : le premier culturel, axé sur les coopérations et les cultures africaines actuelles, le second autour des innovations sur la gestion des ressources en eau, les enjeux de coopération entre les deux continents, et l’accompagnement de jeunes entrepreneurs africains.

Groove éthiopien

Le volet culturel est foisonnant ! Il accueille notamment un festival de cinéma panafricain avec des projections toute la semaine, du street -art africain aux quatre coins de la ville, un bal participatif aux allures de grandes fêtes ivoiriennes, l’ouverture du studio de rue de Fatoumata Diabaté, artiste que l’on retrouvera dans l’exposition collective 4 Femmes (11 octobre – La Halle Tropisme). Également au programme un temps fort autour du skateboard et du breakdance à Grammont, où le plus grand skatepark d’Europe (9 000m2) a été inauguré en mai dernier. Enfin des concerts comme celui reggae-folk de Patrice au Rockstore (le 10), le groove éthiopien de Kutu (le 11) à La Halle Tropisme, né de la rencontre du violoniste Théo Ceccaldi avec la chanteuse éthiopienne Hewan Gebrewold. La Halle Tropisme est d’ailleurs coproductrice de la biennale : son évènement phare sera La Nuit des Ateliers (13 octobre – à partir de 18h) déambulation artistique, festive et gustative sur plus de 10 000m2 avec expositions, performances, DJ set, ateliers, live painting et tatoo, expériences culinaires… et un grand battle de rumba avec les concerts de Borumba (rumba congolaise) et Los Nenos (rumba catalane). Et une clôture le dimanche 15 (de 15h à 22h) sous forme de carte blanche à la radio ghannéene Oroko pour présenter quelques uns de ses artistes du continent et de sa diaspora en Europe, complétée par des artistes locaux résident·e·s de chez Piñata Radio.

MARC VOIRY

Biennale Euro-Africa
Du 9 au 15 octobre
Halle Tropisme, Montpellier et alentours 
euro-africa-montpellier.fr

Faire du récit table rase

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Je suis une fille sans histoire © Simon Gosselin

Pensé en parallèle de son essai Tout une moitié du monde, le seule en scène d’Alice Zeniter explore les mêmes travers et détours de la fiction. Avec un réel désir de sérieux mais aussi une certaine fantaisie, l’autrice très à l’aise en plateau questionne les mécanismes qui ont façonné les récits d’antan et parasitent encore aujourd’hui le geste d’écriture, y compris ceux de ses propres textes. Les idées, fondatrices, d’Ursula Le Guin ou d’Alison Bechdel sont évidemment évoquées : la « fiction-lance » des chasseurs préférée dès le paléolithique aux « fictions-paniers » des cueilleurs ; les personnages féminins dépourvus de nom, de chair, et de parole autre que celle les raccrochant à un homme. Le goût du spectaculaire intimé par la Poétique d’Aristote ne pouvant finalement qu’aboutir à une approche viriliste et tapageuse de la littérature, semble conclure l’autrice qui refuse cependant de limiter son propos à cette seule conclusion. Quelques embardées à l’ironie savamment dosée vers des concepts de narratologie et de sémiologie empruntés, entre autres, à Umberto Eco, font mouche, et rappellent combien le désir de fiction et d’imaginaire peut se greffer au réel, jusqu’à complètement le déformer.

Ça cloche

Quelque chose cloche cependant dans cette approche pourtant rafraîchissante sur le papier. Est-ce son ancrage malgré tout un peu scolaire, et ce besoin de l’autrice à rappeler l’ampleur de son parcours universitaire, comme pour asseoir une légitimité pourtant déjà bien acquise ? Ou encore cette réduction de la fiction au format et non pas à la forme, et de la littérature au seul récit ? Et ce au détriment de la langue, lieu de trouble par excellence, qui a su transgresser cadres et codes à tant de reprises. Est-ce, peut-être, le procès peu aimable fait à Anna Karénine, à Emma Bovary ou à la Princesse de Clèves, invariablement qualifiées de « pénibles, pénibles, pénibles … » ? Toujours est-il que la crise des représentations trouve ici un réel écho, à défaut d’aboutir à une conclusion séduisante. 

SUZANNE CANESSA

Je suis une fille sans histoire a été joué du 26 au 29 septembre au Théâtre de La Criée
Son spectacle Edène y sera joué le 7 octobre

La fiesta malgré tout 

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Fiesta des Suds © Jean de Peña

La nouvelle est tombée en plein milieu du mois d’août. Bernard Aubert, co-fondateur et charismatique directeur artistique de la Fiesta des Suds disparaissait. Du 5 au 8 octobre sur l’esplanade du J4 à Marseille, les équipes du festival entendent proposer une nouvelle édition fidèle à ce que Bernard Aubert et sa bande avaient imaginé il y a plus de 30 ans : des têtes d’affiche, des découvertes, et ce grain de folie qui fait de lui un rendez-vous « à part » dans le monde de la nuit marseillais. 

Fièvre de cheval ? 

Ce vendredi 28 septembre aux Docks des Suds, le soleil frappe fort sur les bureaux de l’association Latinissimo, organisatrice de la Fiesta. La chaleur est inquiétante pour la période, mais à l’heure des derniers préparatifs rien ne semble faire monter la température outre-mesure chez les équipes de la Fiesta. « Si on veut voir du stress, il faut aller au J4 » nous explique-t-on tout sourire… Ou passer dans le bureau de Nathalie Solia, la directrice, qui entre deux coups de fils s’excuse de devoir décaler l’interview de quelques minutes : elle doit régler le problème du « crottin de cheval » de la centaine d’équidés qui vont parader entre le Vieux-Port et le J4 ce samedi soir. Un rendez-vous à part…

Cette grande cavalcade fait partie des nombreux clins d’œil et hommage à Bernard Aubert qui vont parsemer cette édition. D’origine nîmoise, il a dès le début de la Fiesta incorporé des marqueurs « féria » dans le rendez-vous. Des chevaux, des taureaux… et la « bodega », cet espace mythique de la Fiesta qui fait son grand retour cette année. « C’est un lieu que Bernard a très souvent habité. Il faisait souvent les fermetures… » explique Olivier Rey, qui travaille pour la Fiesta depuis 1995. Aujourd’hui disparue sous les décombres de l’ancien Dock, l’équipe a pris soin de « récupérer des anciens éléments de décoration » pour plonger le public au plus près de ce que cet endroit a été. 

Cap aux Suds

À côté de la bodega, plusieurs espaces scéniques sont mis à la disposition des festivaliers pendant quatre jours. La scène « mer » où passeront notamment Patrice, La Femme, Flavia Coelho ; la scène « étoile » avec Benjamin Epps, Voyou ou encore Ladaniva. Et enfin une nouvelle, intitulée « major », qui entend inviter le public à danser non-stop. Passent par-là notamment des artistes locaux, comme De la crau, Biensüre ou Doucesoeur. « Il n’y aura pas deux minutes de silence », promet Olivier. 

Autant d’artistes réunis par Frédéric André, qui signe sa deuxième programmation pour le festival, toujours avec l’envie de poursuivre l’héritage de Bernard Aubert. « Bernard a été l’architecte de l’esprit Fiesta. Il faut retranscrire cela dans la programmation » assure-t-il. Pour cela, son cahier des charges est très clair : « Faire du populaire avec une exigence artistique. Il faut aussi que le spectacle soit vivant, qu’il y ait une présence sur scène », ajoute-t-il. « Des artistes qui portent aussi des valeurs », renchérit Olivier Rey. Des exigences et des valeurs qui continuent d’irriguer la Fiesta des Suds, pour que cet esprit perdure et ne perde jamais le Nord.  

NICOLAS SANTUCCI

Fiesta des Suds
Du 5 au 8 octobre
Esplanade J4 et Docks des Suds,
Marseille
fiestadessuds.com

Entretien avec Nathalie Solia, directrice du festival

Nathalie Solia © Jean de Peña

Zébuline. Comment se sent-on à quelques jours du festival ?

Nathalie Solia. On oscille entre l’inquiétude et l’excitation. Ca dépend des minutes [rires]. Et on est un peu débordé, tout s’accumule, ce qui est normal. 

D’autant qu’il y a des nouveautés cette année, comme la journée du dimanche, gratuite. Comment vous est venue l’idée ? 

La Fiesta des Suds a une tradition ancienne d’accueillir tous les publics, et notamment les jeunes. À l’époque, on faisait la Fiesta des minots le mercredi, ça fonctionnait très bien. Mais depuis qu’on est parti des Docks on n’a plus pu accueillir cette journée-là. On s’est aussi aperçu qu’il y avait beaucoup de familles le dimanche sur le J4, mais qui assistaient au démontage du festival avec barrière poussière engins, bruit… On s’est dit qu’on gâchait la promenade dominicale des familles. Alors pourquoi pas proposer une journée pour les familles qui viennent ici, au bord de l’eau, sur le J4, pour profiter aussi de la Fiesta. 

Il y a aussi la grande cavalcade samedi qui semble vous occuper ?

Oui, je dépasse un peu mon champ de compétence – même si je viens de la technique. Cette cavalcade a été pensée pour rendre hommage à Bernard Aubert. Pour lui, un festival c’est plus que de la musique, mais toute une ambiance, il avait une vision globale de ce rendez-vous. On veut mettre la fête partout. 

On note une forte présence féminine dans vos locaux, moins dans la programmation. Comment l’expliquez-vous ? 

On a un regard particulier pour avoir un plateau le plus représentatif possible de l’égalité femmes-hommes. Le fait est que dans le milieu musical ce n’est pas du tout le cas, et encore moins dans les musiques du monde. Mais on sent une prise de conscience actuellement, tous les programmateurs ont ça en tête aujourd’hui, ce qui est très positif. De notre côté, on a une vraie responsabilité en tant que festival. En programmant des femmes sur nos scènes, on leur donne de la visibilité, dans l’espoir qu’elles deviennent les têtes d’affiche de demain. Pour nous, la parité est à la fois un objectif et une responsabilité. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR N.S.


Regards d’ici et d’ailleurs

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Le syndrome des amours passées © Alice Khol

Des regards sur un monde en mouvement, des histoires intimes ou collectives racontées avec humour, poésie et engagement. Voilà ce que nous propose du 6 au 15 octobre le festival nouv.o.monde, proposé par les Films du Delta à Rousset, Trets et Aix-en-Provence. Près d’une vingtaine de longs métrages de cinéastes confirmés ou de jeunes de réalisatrices·eurs, invité·e·s à rencontrer le public après les projections. Des moments de partage de cinéma et de visions du monde. Des avant premières et des films qu’on avait peut être loupés au moment de leur sortie en salle ou qu’on aurait envie de revoir, venus de treize pays et une séance de courts métrages avec pour thème « amour et jeunesse ».

En ouverture, à Rousset, le 12 octobre, le film de Philippe Petit, en sa présence, Tant que le soleil frappe, sur un homme qui ne renonce ni à ses idées, ni à ses rêves. Et en clôture le 15  une autre avant-première Le Syndrome des amours passées de Raphaël Balboni et Ann Sirot – dont on avait apprécié Une vie démente en 2021. Raphaël Balboni sera là pour présenter cette comédie romantique, truffée de trouvailles scénaristiques et visuelles. 

Des inédits

Deux avant premières à Trets le 6 octobre : un joli film d’animation sélectionné à Annecy, Nina et le hérisson d’Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli ainsi qu’un thriller venu de Turquie, Nuit noire en Anatolie d’ Özcan Alper. La suite le 10 octobre à Aix-en-Provence (au Mazarin) où l’on va découvrir, venu du Soudan, Goodbye Julia de Mohamed Kordofani, un drame sur la culpabilité qui interroge la relation entre les Soudanais du nord et du sud à travers deux femmes fortes. 

Autres avant premières à la salle Émilien Ventre de Rousset le 12 octobre, La Salle des profs d’Ilker Çatak, qui montre le degré de cruauté et d’hypocrisie que peut atteindre le système éducatif, même dans un pays démocratique et développé comme l’Allemagne. Et le 14, Chroniques de Tehéran d’Ali Asgari et Alireza Khatami (Un Certain Regard, Cannes 2023) un film sur l’absurde de la vie en Iran à travers le portrait de neuf hommes, femmes et enfant. 

Des films inédits aussi comme La Vida era eso premier long métrage de fiction de l’Espagnol David Martín de los Santos, la rencontre à l’hôpital de deux femmes de générations et de conditions différentes. L’après midi du vendredi sera consacrée à Albert Camus notre contemporain avec séances de lecture, dédicaces et films dont Loin des hommes (Mostra de Venise 2014) de David Oelhoffenn,adapté la nouvelle L’Hôte que nous lira la comédienne Sabine Tamisier. Sans oublier les rencontres avec l’écrivaine Agnès Spiquel et l’auteur illustrateur, Jacques Ferrandez. Un programme alléchant, une nouvelle fois concocté par que Sylvia Vaudano et son équipe.

ANNIE GAVA

https://www.filmsdelta.com/nouvomonde/

nouv.o.monde
6 au 15 octobre
Rousset, Aix-en-Provence, Trets
04 42 53 36 39