mardi 7 juillet 2026
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MONTPELLIER : Quand la viole d’amour nous fait aimer la musique

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Jasser Haj Youssef-Reminiscence © Gilles Crampes

Alors que le silence enveloppe l’Opéra Comédie, une question se fait de plus en plus entêtante pour le spectateur mélomane : à quoi donc ressemble donc la voix musicale de la viole d’amour ? La réponse arrive tout en douceur, vibrante, mystérieuse, étrange. Mais l’instrument à corde si particulier ne se laisse pas facilement apprivoiser, même par une oreille attentive. Le talent du musicien tunisien Jasser Haj Youssef, qui a passé près de trois ans à préparer ce spectacle avec l’Opéra Orchestre National Montpellier, est de nous embarquer avec lui dans sa passion pour cette star à cordes de l’époque baroque longtemps oubliée, que ce grand violoniste et compositeur a découvert en autodidacte. Dans ses compositions pour la plupart issues de son album Reminiscence, on découvre un instrument qui peut se faire murmure aux sonorités d’orient troublantes tout en développant un timbre harmonique d’une richesse incroyable, empruntant aux territoires des violons, altos et même en partie du violoncelle. Avec la liberté des artistes qui n’ont plus rien à prouver, Jasser Haj Youssef mêle les influences, classique, baroque, orientales ou encore jazz en l’accompagnant d’un inattendu piano Rhodes. 

Timbre lunaire

Insaisissable viole d’amour dont on se demande si le son si particulier est le fruit de son origine mystérieuse ou de ces fameuses cordes sympathiques qui s’harmonisent de manière inattendue avec les cordes frottées par l’archet, rajoutant un petit quelque chose de lunaire, presque brut, à son timbre. Si elle est vite étouffée par la vivacité des violons ou happée par les volutes mélodiques chantées par le chœur de l’orchestre et la voix claire de la soprano Dima Bawad, la viole d’amour se fait majestueuse quand elle en émerge avec cette vibration acoustique singulière porteuse d’émotions intenses, se révélant avant tout un instrument fait pour être soliste. Le moment le plus magique du concert reste d’ailleurs une interprétation inspirée de la Sonate n°1 pour violon seul de Bach, adaptée pour une viole d’amour dont on ne peut que tomber sous le charme redoutable.

ALICE ROLLAND

Le concert de Jasser Haj Youssef et l’Opéra Orchestre National Montpellier a eu lieu les 8 et 9 novembre à l’Opéra Comédie de Montpellier

La scène pour sortir de Babel 

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Milk © Khulood Basel

« La langue de l’Europe c’est la traduction » affirmait Umberto Eco en bon méditerranéen.  Il aurait aussi pu affirmer qu’elle est la langue de la scène. « Babel » désigne en hébreu le chaos, la perte d’un langage universel qui déclenche la guerre mais les arts, et en particulier ceux de la scène, se construisent précisément dans les écarts, les rapprochements, les dialogues et analogies des différents langages et niveaux de langues, et leurs rapprochements avec les signifiés plus universels de la musique et de la danse. 

Spectacles

Le programme de la deuxième semaine de la Biennale pense ces écarts, ces liens, ces interstices, en invitant des artistes de l’espace méditerranéen et en confrontant leurs univers.  
Milk du palestinien Bashar Murkus qui se joue les 16 et17 novembre au Théâtre des 13 Vents, est d’une actualité hélas saisissante, comme si l’organisateur de la Biennale avait pressenti que la scène tragique de la Méditerranée et du monde se jouerait là, en Palestine, aujourd’hui. Des femmes, des mères, y portent les corps de leurs enfants morts, y déversent des larmes de lait que leurs enfants ne boiront plus, pataugent dans le blanc qui se teinte de sang. Un spectacle d’une beauté sidérante, qui a bouleversé le dernier festival d’Avignon.  

Il sera question de Corps traducteurs pour la sortie de résidence de Carlos Carreras, qui interroge la langue des signes comme un art de la scène (le 11 novembre au Hangar Théâtre), de l’art et la culture comme lien entre les deux rives lors de la conférence de  Giovanna Tanzella le 15 novembre au Centre Rabelais ; Paola Stella Minni et Konstantinos Rizos créent quant à eux un RRRRRight now  (du 13 au 15 novembre au Théâtre de la Vignette) qui explore les conséquences chorégraphiées de la subversion (escroquerie ?) musicale et performative de Johnny Rotten (Sex Pistols) tandis que  Pierre et Patrice Soletti retrouvent les sources de leurs Delta(s), bifurcation des catalognes espagnole et française, mémoire de Franco et de l’exil (Théâtre Jean Vilar le 15 novembre), rencontre de la musique et de la poésie. 

Rencontres

Du 15 au 17 novembre la Biennale se décline aussi en Rencontres qui proposent aux artistes, aux professionnels et aux étudiants un véritable séminaire de travail ouvert au public. Avec un workshop le matin dirigé par la chorégraphe et réalisatrice libanaise Danya Hammoud qui travaille sur la violence du geste, l’artiste tunisienne Aïcha Snoussi qui cherche les traces mémorielles dans les archives ; et la philosophe Marie-Josée Mondzain, observatrice critique des images marchandes qui « confisquent » les mots. 
Ces workshops matinaux seront poursuivis par des discussions dans l’après-midi, en particulier sur la mémoire du Théâtre national palestinien, ou sur les théâtres « illégitimes » et militants en France avec Olivier Neveux, sur le théâtre indépendant catalan avec Adeline Chainais… 
Les rencontres se clôtureront le 18 novembre par une journée de séminaire, dialogues, spectacle et DJ set intitulée Qui vive ! Un appel à la vie et à la vigilance, pour que l’avenir de la scène méditerranéenne s’enrichisse de dialogue, et non de chaos.

 AGNÈS FRESCHEL

Biennale des Arts de la Scène en Méditerranée
Jusqu’au 24 novembre
Rencontres des Arts de la Scène en Méditerranée
Du 15 au 18 novembre
Divers lieux, Montpellier
13vents.fr

TRAM des Balkans

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Le 15 septembre dernier, TRAM des Balkans sortait un album remarqué En Cavale, dans lequel les six musiciens-chanteurs proposaient une relecture de chant du monde comme de compositions originales. Des titres inspirés des traditions tsiganes, serbes, géorgiennes ou israéliennes. Un mélange des styles, un mélange des voix et des instruments, comme un pont entre les cultures qui donnent au groupe une énergie originale, le tout sublimé par la voix de Mélissa Zantman, invitée pour l’occasion, que l’on connaît notamment pour ses participations dans les formations Joulik.

11 novembre, 
La Maison du Chant, Marseille 

« La bella estate », sous le signe du désir

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Cesare Pavese a été très peu adapté au cinéma. Antonioni l’avait fait en 1955 avec Le Amiche, inspiré par le roman Entre femmes seules (1949). Laura Luchetti accepte, avec « un élan d’amour et beaucoup de peur », la proposition d’adapter La bella estate, de cet écrivain qu’elle adore, « qui parle si bien de la jeunesse, de cet âge où tout est possible et tout est effrayant. »

Elle ou lui ?

On est à Turin en 1938. « À cette époque, c’était toujours fête »écrivait Pavese. Au bord d’un lac, un groupe de jeunes gens pique-niquent, rient, chantent. Parmi eux, Ginia (Yile Vianello), venue de la campagne avec son frère, Severino (Nicolas Maupas). Quand arrive en barque d’autres garçons et filles, Ginia est troublée par une jeune femme brune (Deva Cassel) en sous-vêtements blancs qui plonge sous le regard surpris des autres. Alors que Ginia, la blonde, travaille dans un atelier de couture, Amelia, la brune, sert de modèle à des peintres. Toutes deux, malgré leur différence sociale, se rapprochent et Amelia introduit Ginia dans le milieu  de la bohème turinoise. Ginia, est attirée par cette fille qui collectionne peintres et amant.e.s et elle veut lui ressembler. Elle a fait la connaissance de Guido, un des peintres qui semble s’intéresser à elle « Qu’est ce que faire l’amour ? »demande-t-elle à son amie. « C’est être important pour quelqu’un pendant quelques heures » Ginia va donc le faire pour la première  fois avec Guido. Une scène très sensuelle au départ mais qui révèle assez vite que ce n’était  pas le vrai désir de Ginia. Son attirance pour Amalia est manifeste. Lors d’un bal, alors qu’Amalia est courtisée et invitée à danser par un médecin, elle entraine Ginia dans une danse, filmée avec une grande sensualité par la caméra de Diégo Romero Suarez Llanos qui s’approche peu à peu, semblant les caresser. Leurs visages, en gros plan, vont se rapprocher jusqu’au baiser dans une chorégraphie langoureuse. Une scène qui semble échapper au réel comme bien d’autres, dans la nature, très présente tout au long du film : l’eau, les feuilles mordorées, les insectes, un petit écureuil.

La rencontre de deux mondes, l’histoire d’un coup de foudre, une réflexion subtile sur le désir féminin et les conditions sociales de cette époque troublée. C’est la superbe chanson de Sophie Hunger, Walzer für Niemand qui clôt ce film délicat, aux décors soignés et d’une grande poésie.

La bella estate de Laura Luchetti qui avait été présenté dans la section Piazza Grande au Festival de Locarno, était en compétition à Cinemed (Montpellier) en octobre 2023. Il n’a pas encore de distributeur français et nous espérons qu’il en trouvera un bientôt.

ANNIE GAVA

« Anna », l’indomptée

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C’est un fait divers qui a retenu l’attention de Marco Amenta, ancien photojournaliste : un petit paysan de Sardaigne s’est battu jusqu’au bout pour garder sa terre et il a réussi dans une région où, en général, ce sont les forts qui gagnent. Le réalisateur, qui venait de faire un documentaire sur une bergère décide d’écrire une fiction, Anna, qu’il tourne en langue sarde. Le portrait  d’une femme, sauvage, viscéralement attachée à sa terre qui s’engage dans une lutte totale.

David contre Goliath

Anna (Rose Aste) vit seule dans une petite ferme, avec ses chèvres auxquelles elle est très attachée, sur sol âpre qui l’a vue naître. Elle vend ses fromages sur les marchés. De temps à  autre, elle va danser, boit et a des aventures qui ne durent pas. Une vie solitaire qu’elle s’est choisie pour échapper à une situation qui la faisait souffrir. Quand un hélicoptère survole ses enclos pour y déposer la statue de la Vierge qui va protéger le futur chantier, rien ne sera plus pareil. Les monstres mécaniques vont violer la terre où elle vit. La mairie a accordé le permis de construire un énorme complexe hôtelier, ce qui réjouit les villageois : promesses d’emplois et de profit. Anna n’a pas de titre de propriété : autrefois les contrats se concluaient oralement. La lutte ne sera pas facile. Isolée, boycottée par tous y compris celles qui lui achetaient ses fromages, Anna ne baisse pas les bras bien que l’avocat, qu’on lui a attribué, lui assure qu’elle ne pourra pas gagner. Même si cette situation éveille en elle des souvenirs très douloureux, rebelle jusqu’au bout, tenace, indomptable, la belle Anna se bat pour sa terre, pour la Terre qu’elle ne veut pas voir dévorée par le béton. Elle ne se laisse pas acheter malgré les 600 000 euros que lui proposent les promoteurs. Un combat de David contre Goliath haletant…

Tourné souvent en longs plans séquences, joué par des comédiens et des non professionnels, Anna est un film éminemment politique, sans didactisme ; il soulève des questions de société : respect de la terre et profit, droit de vivre libre, violences faites aux femmes. La comédienne qui incarne Anna, Rose Aste, par son jeu viscéral, animal, est époustouflante et tout au long du film, on aurait envie d’être aux côtés de cette indomptée pour la soutenir.

Anna, primé à Venise aux Giornate degli Autori, n’a pas encore de distributeur en France. On espère qu’il en trouvera un !

ANNIE GAVA

Anna de Marco Amenta © MACT Productions

Une journée avec Dominique Cabrera

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(C) Ad libitum

Bonjour Monsieur Comolli

Quand Jean-Louis Comolli demande à Dominique Cabrera de le filmer, sachant qu’il va bientôt disparaitre, elle accepte, aimant sa « manière d’être ». Un film improvisé, quelques instants de la présence de cet homme qui a réalisé plus de 40 films, qui a écrit, pensé, « le dernier film auquel il participe » dit-il avec l’humour qui est le sien. Du 31 octobre 2021 au 15 avril 2022, Dominique, sa coscénariste Isabelle Le Corff, et Karine Aulnette, qui tient la caméra, viennent au 26 bis de la rue Viala à Paris et conversent avec cet homme qui n’a jamais trop parlé de lui dans ses films. Durant une heure et demie, en confiance, dans l’urgence, il va se livrer. Il évoque l’Algérie d’où il venait, l’Algérie colonisée, le « royaume du faux », la mise en scène documentaire, la mort de la femme qu’il a aimée, Marianne, dont il a pris la dernière photo, tout comme Dominique, d’ailleurs, qui a photographié Didier Motchane avec qui elle a vécu prés de 20 ans, au moment de sa mort.

On parle aussi de la Méditerranée, du montage comme geste de fabrication du continu, du champ et du hors champ comme gestes politiques. Jean-Louis Comolli aborde aussi ses choix, cinématographiques, fictions d’abord puis documentaires. Il explique pourquoi il a décidé de ne plus faire de films : une sorte d’évasion pour pouvoir faire d’autres choses qui l’intéressent. Il en vient à parler de son nouveau compagnon, le cancer, qui ne lui laisse aucune chance d’évasion : « la première fois que ça m’arrive ! » Il a aimé filmer la fragilité ; ceux qui maitrisent tout, qui contrôlent leur image ne l’intéressent pas et il s’est laissé filmer lui-même dans ces moments où de plus en plus fragile et très affaibli, il avait à peine la force de parler. « Le cinéma est un sauveur, un sauveteur, il est là pour garder des relations. » disait-il. Jean Louis Comolli avait promis à Dominique Cabrera et à ses collaboratrices de venir voir les roses de son jardin, qui éclosent fin mai et de goûter un des vins blancs de Bourgogne, un Chassagne-Montrachet, qui lui restait à tester. Ils n’auront pas eu le temps : il est mort le 19 mai 2022.

On ne nait pas film, on ne devient

Anna Zisman et Dominique Cabrera (C)A.G.

Dominique Cabrera n’est pas venue seule présenter son prochain film. Elle est accompagnée de son équipe, sa coscénariste Anna Zisman, Béatrice Thiriet, la compositrice de la musique avec qui elle a travaillé sur ses autres films, Raymond Sarti le chef décorateur et sa productrice Gaëlle Bayssière Rapp. Une rencontre passionnante, animée par Karim Ghiyati, qui a permis de montrer au public présent, dont beaucoup de jeunes, que faire un film est un travail d’équipe et demande des années de préparation. Des femmes comme les autres, l’histoire de Simone (Hélène Vincent) et Jeannine (Yolande Moreau) qui ont accepté très vite d’incarner ces deux amies et voisines, expertes en broderie, est en germe depuis 2015. Un cheminement au long cours dont on a pu voir la progression : lecture d’extraits du scenario, projection de documents, divers, d’extraits de films, de photos de repérages, d’images de broderies. Chacun·e a pu expliquer son travail avec la réalisatrice : Anna Zisman qui est de Montpellier les va-et-vient dans l’écriture du scenario et les repérages dans la ville. Béatrice Thiriet sa composition musicale dont elle a fait écouter des extraits. Raymond Sarti n’aime pas le terme de chef décorateur et préfère qu’on parle d’accompagnement des corps qui bougent. Gaëlle Bayssière Rapp a rappelé le travail de productrice. À l’issue de cette rencontre on n’a qu’une envie : voir Des femmes comme les autres, en salle de cinéma !

ANNIE GAVA

https://www.cinemed.tm.fr/

Montpellier et Sète célèbrent la création en Méditerranée

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Il tango delle Capinere © Rosellina Garbo

 A l’initiative du Théâtre des 13 Vents, Centre Dramatique National de Montpellier, la Biennale des arts de la Scène réunit le Centre Chorégraphique National, l’Opéra National de Montpellier mais aussi le Théâtre Molière, Scène nationale de Sète, le théâtre municipal Jean Vilar, la Maison Lieu de Sète, le Domaine d’O, départemental… Une mise en synergie qui veut préfigurer la Capitale européenne de la Culture : le dossier de candidature définitif a été déposé le 27 octobre, et Montpellier a déjà réussi à affirmer sa spécificité, fondée sur son ancrage méditerranéen, et sa capacité de fédérer les opérateurs culturels. La Biennale s’affirme comme une préfiguration de ce qui pourrait advenir, et témoigne, quoi qu’il advienne, d’une véritable mise en commun des ressources et de la réflexion, puisqu’à partir du 14 novembre la programmation artistique se complète de Rencontres, ouvertes à tous.tes, pour penser les modalités des arts d’une scène euro-méditerranéenne de demain. 

Musique sans frontière

 La première semaine s’ouvre à l’Opéra Comédie les 8 et 9 novembre à 19h, avec l’orchestre et le chœur nationaux qui accompagnent la viole d’amour de Jasser Haj Youssef. Le soliste tunisien explore les musiques baroques, classiques, jazz et orientales, dans un concert qui appelle à la Réminiscence. De Bach aux modes de la musique indienne, il fait résonner les 14 cordes dont 7 « «sympathiques » (qui vibrent par résonnance avec les 7 autres cordes frottées par l’archet) de cet instrument cousin du violon, très en vogue au XVIIIe siècle en Europe, et qui s’adapte volontiers, par ses accords multiples et la profondeur de ses échos, à divers répertoires. Pour peu  qu’ils aiment les registres lyriques ! 

Un concert accompagné, forcément, de poésie, d’une soprano rompue à tous les styles (Diwa Wahab), et de textes qui passeront du français à l’arabe et à l’araméen. 

Autre dialogue au Centre Chorégraphique, avec la création de Nicolas Fayol Faire fleurir Un solo, coproduit par Montpellier danse, qui s’appuie sur les techniques de breakdance pour démontrer qu’un corps peut explorer des verticalités qui ne reposent pas sur les deux pieds ! Acrobatique, la danse de Nicolas Fayol, accompagnée par deux musiciens en live, construit des tableaux en clair-obscur (les 9 et 10 à 19h, salle Bagouet,  ICI-CCN).

Scène/hors scène

Le Biennale des arts de la scène affiche aussi, dès l’entrée, que le monde est un théâtre, et que l’espace public est aussi une scène, pour tous. Elle programme la création de 1 Watt  Nous impliquer dans ce qui vient, à Plan Cabanes, et interroge sur une place publique L’Outrage au public de Peter Handke (le 11 novembre à 16h), agrémenté de la subversion « festive et poétique » de 9 artistes indisciplinées et obstinées…

La Scène Nationale de Sète se délocalise quant à elle à Balaruc-le-Vieux le 9, à la Passerelle (Sète) le 10, à Mèze le 12, à Poussan le 14, pour proposer le dernier monologue de Fabrice Melquiot La Truelle, sur la mafia et la Calabre. François Nadin, entre documentaire et fiction, y démystifie la violence et la mort de cette Cosa Nostra, qui n’est décidément pas la nôtre…

Dante est une femme

La présence du Sud de l’Italie s’affirme aux 13 Vents avec Il tango delle Capinere, dernier opus d’Emma Dante (le 9 et 10 à 20h30). C’est la mémoire d’une vieille femme, sicilienne, qui se déplie et se déploie. Elle convoque en une ultime danse l’homme qu’elle a aimé et dans les bras de son fantôme elle remonte le temps, de leur adolescence, des prémices de leur amour, aux moments clefs de leurs vies, les naissances, les décès. Au rythme de chansons populaires siciliennes, Manuela Lo Sicco et Sabino Civilleri nous plongent dans la mémoire populaire et baroque de Palerme, en fouillant dans la malle, surprenante, de leurs souvenirs. Avec quelques révélations, des secrets, des surprises, dans cette histoire intime d’un couple écrite du côté de la femme, avec des torrents d’émotion. 

AGNES FRESCHEL

Biennale des arts de la Scène en Méditerranée
Divers lieux, Montpellier
Du 8 au 24 novembre
13vents.fr

Venus d’Afrique

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Déserts de Faouzi Bensaïdi © Dulac Distribution

Le Festival des cinémas d’Afrique du pays d’Apt, c’est l’occasion de voir des films venus de 19 pays, fictions et documentaires, longs et courts, certains en avant-première. C’est aussi participer à des rencontres avec les cinéastes ou à un marathon vidéo, suivre une leçon de cinéma et découvrir une exposition. Et, après le buffet d’ouverture le 9 novembre, assister à la projection du premier long-métrage de fiction de la Camerounaise Rosine Mbakam, Mambar Pierrette (Quinzaine des cinéastes à Cannes), sur l’âpre quotidien d’une couturière de Douala.

Venus du Maroc…
Juste avant on aura pu voir Animalia (Parmi nous) de Sofia Alaoui, l’un des cinq films marocains au programme. Déserts, le sixième long de Faouzi Bensaïdi entre road movie, western et fable sociale ; Les Meutes (Prix du jury à Un Certain Regard) de Kamel Lazraq, l’odyssée au cœur de la nuit marocaine d’un père et de son fils flanqués d’un cadavre. Autre film marocain primé à Un Certain Regard, La Mère de tous les mensonges qui a obtenu Prix de la mise en scène, ainsi que l’Œil d’or du meilleur documentaire : Asmae El Moudir reconstitue avec une maquette et des figurines le quartier de son enfance à Casablanca, cherchant à démêler un tissu de mensonges familiaux. Enfin, Indivision, l’histoire d’une famille qui se réunit à la Mansouria, le vieux domaine familial sur une colline de Tanger, de Leila Kilani qui donnera une leçon de cinéma le 11 à 14h. 

…de Tunisie

Fatma et ses filles, Najeh et Waffeh, travaillent comme « machtat », musiciennes traditionnelles de mariage et essaient de régler leurs problèmes familiaux : la Tunisienne Sonia Ben Slama présentera son film Machtat (sélection ACID Cannes). Autre opus tunisien : Les Ordinaires (Orizzonti  de la Mostra de Venise) que son réalisateur Mohamed Ben Attia commente ainsi : l’histoire d’un homme qui s’affranchit violemment de son environnement banal, se soustrayant à la société avec ses principes, ses codes et ses institutions. 

…et d’ailleurs

Des documentaires venus du Mali, de Guinée, du Burkina-Faso, du Tchad, du Sénégal abordent des sujets très variés. L’aventure d’une entreprise collective pour Raphaël Grisey et Bouba Touré dans Les Voix croisées ; la recherche de Mouramani, le premier film réalisé par un cinéaste africain noir francophone dans Au cimetière de la pellicule de Thierno Souleymane Diallo ; le travail des enfants orpailleurs dans  Or de vie  (Fespaco) de Boubacar Sangaré ; l’Amchilini, une cérémonie traditionnelle pour convaincre les femmes restées trop longtemps célibataires de choisir un mari et la remise en question des relations homme/femme dans Amchilini (Fespaco) de Kader Allamine ; l’histoire d’une monnaie, le CFA, qu’on pratique ou dont on entend parler mais qu’on connaît mal dans L’argent, la liberté, une histoire du franc CFA
de Katy Léna Ndiaye (mention spéciale du jury au Fespaco). 

Et aussi des fictions de l’Ile Maurice, Simin zetwal (Regarde les étoiles)
de David Constantin ; d’Angola, Our lady of the Chinese Shop d’Ery Claver, de République Démocratique du Congo, Augure de Baloji (Prix New Voice à Un Certain Regard) Sans oublier les 3 séances de courts métrages. Et pour clôturer ce programme alléchant, venu du Soudan, le superbe Goodbye Julia de Mohamed Kordofani le 15 novembre à 20h 30.

ANNIE GAVA

Africapt
Apt
du 9 au 14 novembre
africapt-festival.fr

Lorsque les animaux s’invitent à l’orchestre

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Le carnaval des animaux © Orchestre national de Lyon

Dirigé depuis son violon par Jennifer Gilbert, l’Orchestre national de Lyon en formation réduite s’en donnait à cœur joie devant la salle comble du Grand Théâtre de Provence, adaptant son instrumentarium aux fantaisies des partitions.

Jouets en goguette

La paternité de la Symphonie des jouets est controversée. Qui de Léopold Mozart, le père d’Amadeus, ou du « Père Edmund Angerer » a commis cette pièce ? Les érudits alimentent la controverse entre partitions originales et copies postérieures ou antérieures, sans compter la première attribution à Haydn, on ne prête qu’aux riches, qui aurait, après l’achat de jouets, joué cette œuvre pour des enfants lors d’une soirée de Noël. Tracas dont personne se souciait lors de son interprétation en ouverture du concert donné cette matinée-là, où renonçant à la sieste, les enfants « sages » et leurs enthousiasmes affluaient dans la grande salle du GTP ! Venaient malicieusement s’ajouter aux instruments traditionnels de l’orchestre, violons, violoncelles et contrebasses des accessoires cocasses inattendus, un appeau-coucou, un appeau-caille, un sifflet à eau-rossignol, une trompette-jouet à une note, une crécelle-hochet, un tambour d’enfant. Le « joueur de coucou » se dressait parfois, tel un personnage d’horloge animée, le gazouillis des oiseaux transformait l’ensemble en véritable volière tandis que le triangle scintillait de toutes ses paillettes. Les facéties de cette introduction préparaient avec malice le carnaval à venir.

Bestiaire musical

Si la partition originale de Saint-Saëns était écrite pour un orchestre et sans textes, Shin-Young Lee l’a transcrite dans le livre-CD dans lequel cette version a été enregistrée pour un ensemble réduit mais nous donne l’illusion d’une formation au grand complet. Les poèmes d’Élodie Fondacci viennent remplacer les textes de Francis Blanche, en en conservant l’humour, la distanciation, les allusions accessibles aux adultes, mais en une écriture poétique et espiègle capable de séduire les enfants. Ce qui fut le cas ! Endossant le rôle du récitant, Élodie Fondacci interprète le bestiaire du Carnaval des animaux avec une verve savoureuse, transforme sa voix pour chaque personnage. Un détail, une intonation, une attitude en épure suffisent pour donner vie à l’éléphant, au cygne, aux poules, aux kangourous, au lion, aux fossiles (couple désopilant de tyrex)… La vivacité de la dérision est prolongée par la pochade musicale du compositeur qui refusa la publication de l’œuvre durant sa vie, à l’exception du Cygne. Sans doute il ne souhaitait pas, lui, virtuose du piano et organiste, voir son nom attaché à un registre humoristique et léger. Pourtant ne se moque-t-il pas aussi de lui-même lorsque les pianistes eux-mêmes sont classés parmi les animaux et triment sur leurs gammes (géniaux Pierre Thibout et Pierre-Yves Hodique). La direction de Jennifer Gilbert sait mettre en évidence les pastiches, souligne les traits désopilants de la partition, fait naître des silhouettes expressives, noue saynètes et tableautins en ciselant finement les phrasés. Quelle fête !

MARYVONNE COLOMBANI

Le carnaval des animaux par l’Orchestre national de Lyon a été donné le 28 octobre à 15 heures au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence, dans le cadre de Mômaix.

MONTPELLIER : Dans les récompenses de Cinemed 

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Nuit Noire en Anatolie © Outplay Films

Quand un festival se termine, on a des images, des sons, des histoires plein la tête. On attend avec impatience le palmarès des films en compétition, fictions et documentaires, longs et courts. Les jurys auront-ils eu les mêmes coups de cœur ? La 45e édition de Cinemed a pris fin le 28 octobre. C’est en musique que la cérémonie de clôture a commencé, tout comme son ouverture d’ailleurs ; des musiques de films, jouées au piano par Philippe Rozengoltz.

Les longs métrages primés

Le grand prix, l’Antigone d’Or, est toujours le plus attendu et plusieurs films l’auraient amplement mérité, vu la qualité de la sélection. Le jury, présidé par Pascal Elbé a décidé, à juste titre, de l’attribuer au film turc d’Özcan Alper, Nuit noire en Anatolie, un film âpre entre film noir et western, superbement mis en scène et en images. Ishak revient dans son village natal après 7 ans d’absence : sa mère est très malade. Ishak est un homme rongé par un secret, seul : personne ne se réjouit de son retour ; personne n’a envie que le passé ressurgisse. Le spectateur va découvrir peu à peu la vérité, le suivant dans sa quête, à travers des paysages à couper le souffle, des sentiers escarpés, des gouffres où il va descendre, au risque de sa vie, tout comme il plonge dans des souvenirs qu’il n’a pas réussir à enfouir. Le montage alterné met le spectateur dans une quête d’indices, comme son ami, Ali, garde forestier « différent », qui recherchait les traces d’un animal en voie de disparition. Berkay Artes, dans le rôle d’Ishak est impressionnant et les images de Nuit noire en Anatolie restent longtemps en mémoire.

Le public de Cinemed a choisi de primer un film en panorama, qu’on a beaucoup aimé : 20 000 espèces d’abeilles d’Estibaliz Urresola Solaguren qui avait valu l’Ours d’argent à son interprète principale Sofía Otero à la dernière Berlinale. (https://journalzebuline.fr/a-berlin-la-jeunesse-prend-largent/)

C’est le film de Lina Soualem, Bye bye Tibériade, qui a obtenu le grand prix Ulyssedu documentaire et on ne peut que s’en réjouir. Un film sur trois générations de femmes palestiniennes dont la fille de Hiam Abbass retrace les parcours de vie semés d’embûches et de combats, à travers des images d’archives, des photos, des films de familles e avec, très émouvante, la parole de la grande actrice, réalisatrice… Lina Soualem, qui n’était pas présente au palmarès a tenu à remercier le jury « d’avoir célébré les femmes palestiniennes, des femmes de ma famille, celles qui ont appris à tout quitter et à tout recommencer, d’avoir vu leur humanité, d’avoir décidé de la valoriser. […] Ce sont les histoires d’un peuple nié dans son identité, dépossédé de ses droits, contraint de se réinventer sans cesse. Une histoire faite de lieux disparus, de vécus transformés […] C’est en  racontant qu’on se délivre pour conserver les images d’un monde qui se perd. Dans le contexte actuel, j’ai une forte pensée pour ceux et celles qui ont perdu la vie, Palestiniens, Israéliens, pour leurs familles, les captifs, les enfants victimes des violences dont nous sommes témoins. » Une lettre aussi  touchante que Bye bye Tibériade dont on sort les larmes aux yeux.

Anna de l’Italien Marco Amenta a séduit les jeunes des Activités sociales de l’énergie : inspiré d’une histoire vraie, Anna raconte le combat d’une femme, en Sardaigne, une femme libre, sauvage, très liée à cette terre qu’on veut lui prendre. Une femme qui se bat jusqu’au bout, seule, rejetée par les villageois qui ont d’autres intérêts : le complexe hôtelier prévu leur laisse entrevoir des emplois et de l’argent. La lutte d’Anna, superbement interprétée par Rose Aste, est une lutte vitale pour elle et pour la Terre et le film de Marco Amenta, tourné en langue sarde raconte une histoire universelle.

C’est le film de Dani Rosenberg, Le Déserteur(non vu hélas !), l’histoire d’un jeune soldat israélien qui fuit les combats à Gaza, qui a remporté le Prix de la Critique ainsi que celui de la meilleure musique, celle de Yuval Semo.

Le prix étudiant de la Première œuvre est revenu à la Marocaine Asmae El Moudir qui, dans La Mère de tous les mensonges, rejoue sa propre histoire et un épisode tragique de son pays en juin 1981, grâce à une maquette du quartier de son enfance et à des figurines de chacun de ses proches. Un documentaire à la forme étonnante.

Danser sur un volcan © Abbout Productions

Les courts métrages primés

Parmi les 17 courts en compétition le Jury a décidé d’attribuer le Grand Prix à La Voix des autres de Fatima Kaci  qui met en scène une interprète, une passeuse, une femme constamment renvoyée à ses propres fantômes lorsqu’elle écoute les récits des autres. Une belle histoire inspirée par le réel et très bien interprétée par Amira Chebli

Le public a choisi Sokrania 59 d’Abdallah Al-Khatib où l’on retrouve Hiam Abbass dans le rôle d’Aisha une réfugiée syrienne, en Allemagne obligée, avec sa famille, à cohabiter avec Maria et sa fille qui ont fui la guerre en Ukraine 

Ils ont eu des mentions

Fort heureusement, le Jury documentaire a été sensible à un film qui a séduit aussi le public : lors de la projection, son réalisateur, Cyril Aris a eu droit à une standing ovation de plusieurs minutes. À juste titre. Son film Danser sur un volcan nous plonge dans un Beyrouth meurtri, juste après l’explosion sur le port et nous fait partager l’énergie de l’équipe du film Costa Brava, Lebanon de Mounia Akl. Une merveille !

Sans oublier le sympathique court de Wissam Charaf, Et si le soleil plongeait dans l’océan des nues.

Pour clore cette belle édition, Cinemed a proposé une version restaurée de Vivement Dimanche. Et surtout, vivement la 46e édition.

ANNIE GAVA

Cinemed s’est tenu du 20 au 28 octobre à Montpellier