lundi 23 février 2026
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Conte en miroir

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© Christian Milord

Au début donc de la pièce, un tumulus de vêtements s’agite, laisse apparaître ici une jambe, là un bras. S’en extirpent enfin trois personnages vêtus de longues jupes multicolores, trois fées, Jean-Philippe Barrios, Noélie Giraud, Julien Perrier, qui endosseront par la suite tous les rôles. Les magiciennes racontent les origines de l’histoire, se chamaillent un peu, se contredisent, se remémorent leurs bourdes… voici la naissance de Riquet si laid mais fort intelligent, puis dix ans plus tard, celle de deux sœurs, l’une laide et intelligente, l’autre belle et stupide. La suite, on la connaît, mais à partir du moment où sa sœur devient étrangement passionnée de livres (ouvrages aux pages non écrites mais argentées de telle sorte que le lecteur y voie son reflet), la « laide » (un élastique en travers du visage suffit à transformer le comédien) se voit disparaître, sa caractéristique devenant celle de sa sœur, elle semble dépossédée d’elle-même. S’orchestre tout un travail sur le double, depuis les cloisons en miroir sur lesquelles de mêmes mots seront écrits à l’endroit ou à l’envers à la confusion entre les personnages, Riquet part finalement avec la laide intelligente qui l’aime, métamorphosée par le regard amoureux de son prétendant. L’ambiguïté intrinsèque des êtres est multipliée par la manière dont ils sont considérés en une kaléidoscopique mise en abîme…

MARYVONNE COLOMBANI

Riquet, opéra en miroir a été donné du 8 au 12 novembre au théâtre L’Ouvre-Boîte, Aix-en-Provence

« Cinehorizontes » : on ne nait pas mère, on le devient 

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La Maternal © Elle Driver

« On ne nait pas femme, on le devient » écrivait Simone de Beauvoir. On ne nait pas mère non plus, que la maternité soit désirée ou non. Parmi les sept longs métrages en compétition à la 21e édition du festival Cinehorizontes, deux films nous en parlent à travers les histoires d’Amaia dans Lullaby et de Carla dans La Maternal. 

Lullaby
« Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris. » Eh bien, pour Amaia (Laia Costa),traductrice, qui vient d’avoir un bébé, c’est difficile. Son compagnon est très souvent en déplacement, le nouveau-né ne lui laisse pas un moment pour souffler et on lui réclame des traductions qu’elle ne parvient pas à faire. Elle se sent seule, désemparée et prend la décision de retourner chez ses parents dans sa maison d’enfance, sur la côte basque. La cohabitation s’avère difficile. Sa mère, Begoña (Susi Sánchez), femme au foyer, qui aurait pu avoir une autre vie, n’est pas tendre avec sa fille. « Quand on s’occupe d’un parent, le lien est tellement fort qu’un seul commentaire ou un seul regard peut vous donner l’impression de redevenir enfant », confie la réalisatrice basque Alauda Ruiz de Azúa. Ce film touchant dont le titre espagnol Cinco Lobitos, renvoie à une comptine très connue en Espagne qui se transmet de génération en génération. Par petites touches, filmant les gestes quotidiens, les regards entre les membres de cette famille qui s’aiment et ne se comprennent pas toujours, la cinéaste, inspirée par son expérience et de celle de ses amies, évoque avec une grande sensibilité ce que vivent beaucoup de femmes. Et lorsque les places de chacune, par un coup du destin s’inversent, on se dit, comme le résume Begoña, que « parfois on est heureux sans le savoir. »

Lullaby © Bteam Pictures

La Maternal 
Clara a 14 ans, la rage au ventre. Sa mère (Angela Cervantes) immature, s’occupe plus de ses aventures amoureuses que de sa fille. Clara, avec son ami Efraim fait du vélo, des bêtises, dont le saccage d’un appartement de « bourges » jusqu’au jour où, arrêtée, enceinte, elle est placée dans un centre pour celles qui, comme elle, n’ont pas choisi ce qui leur arrive. Filles abusées, battues, violées parfois. C’est là que Clara, d’abord fermée aux autres, va vivre sa grossesse, entourée par une équipe très humaine, attentionnée. À l’extérieur, les regards désapprobateurs sur son ventre, l’interdiction de profiter des auto-tamponneuses dans une fête foraine, ravivent sa colère. Au fond, elle est encore une petite fille, « vraiment une canaille » lui dit un des éducateurs. D’abord, elle refuse de parler à sa mère venue lui rendre visite puis, un jour, l’interroge : « Accoucher est-ce que ça fait mal ? – C’est la pire douleur au monde !», l’encourage-t-elle, lui racontant sa solitude au moment où elle la mettait au monde. Quand le bébé qu’elle nomme Efraim est là, Carla va vivre les nuits sans dormir, les pleurs incessants, les questions sans fin : « Je fais tout pour lui et il pleure !» À 14 ans, pas facile d’être mère ; on a envie de sortir, de s’amuser… « Il ne m’aime pas ! Il ne veut plus que je sois sa mère » téléphone-t-elle, en pleurs, à sa mère à qui elle demande de chanter un comptine d’enfance, pour retrouver ainsi son âme de petite fille. 

Pour son deuxième long-métrage, après Las niñas, Pilar Palomero a rencontré de nombreuses jeunes femmes, confrontées à des grossesses précoces, placées en foyers d’accueil. La cinéaste porte un regard très bienveillant sur ses personnages, inspirés du réel ; le film, tourné avec des actrices non professionnelles dont la jeune Carla Quílez, malgré quelques longueurs, réussit à nous faire partager la vie de jeunes mères et leur rapport au monde. 

ANNIE GAVA

La Maternal vient d’obtenir l’Horizon d’Or du meilleur film à la 21e édition du festival Cinehorizontes

Avec Julie Azoulay, savourez les mots

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Julie Azoulay © C.Ablain

La nouvelle création de Julie Azoulay, en résidence du 14 au 17 novembre au Chantier,  cette structure atypique et vivifiante de Correns, se pliait au charme des concerts buissonniers du village, et trouvait un écrin privilégié dans l’auditorium du conservatoire de Brignoles. 

Frank Tenaille, directeur artistique du Chantier évoquait la démarche subtile de l’artiste : « une proposition est valide si elle fait bouger les choses sur un plan esthétique, outre ses qualités intrinsèques. Julie Azoulay propose un travail fragile, presque diaphane, métaphysique, inspiré par des textes anciens ». 

Baptisé Nu, comme la lettre de l’alphabet grec, le spectacle s’orchestrait autour de haïkus tissés ensemble pour composer (la forme de ces poèmes serait trop brève pour constituer l’étoffe d’un texte complet) les chansons du programme. « J’ai réuni ces haikus, je les ai mêlés. C’est un défi particulier de faire de la musique sur des poèmes qui parlent du silence. Il faut le moins de moyens possibles, un propos minimaliste dans l’éclat de l’apparition même de l’élément naturel », explique Julie Azoulay. 

La guitare de Jérémie Schacre et les percussions de Thomas Bourgeois enrobent de leur orbe souple les mots des poètes enchâssés dans l’écrin des mélodies. Voici « le ciel (qui) s’abaisse vers les arbres », puis, « immobile et sereine / la grenouille (qui) fixe / les montagnes », ou la narratrice, « une pierre pour oreiller / (qui) accompagne / les nuages ». 

L’infime se fait écho des palpitations d’une âme accordée à la harpe du monde. Le fil des mélodies tisse de secrètes connivences avec les paysages esquissés, légèreté d’une vague, élévation quasi mystique d’un relief, soupirs de la lune, goût du citron, couleur d’un bouton d’or, bruit d’une cascade, respiration d’une fleur… Une gorgée d’eau puisée à la source suffit à illuminer le printemps tandis que la glace en fondant « avec l’eau se raccommode ». Un « oratorio pour le vivant » ainsi que l’a nommé Frank Tenaille se dessine. Cette fluidité délicate semble effleurer les choses alors qu’elle nous livre les clés de notre univers. 

MARYVONNE COLOMBANI

Julie Azoulay a joué sa création le 17 novembre au Conservatoire de Brignoles sur une proposition du Chantier de Correns

Femmes et cinéma, une masterclass contre l’oubli

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Véronique Le Bris © A.G

La salle de la Manufacture à Aix-en-Provence, mercredi 30 novembre à 10 heures, remplie de jeunes, lycéens et étudiants, de quoi nous réchauffer en ces premiers jours du froid hivernal. Ils sont venus participer à l’une des mastersclass proposées par le Festival Tous Courts, « Les femmes s’emparent du cinéma ». La journaliste Véronique Le Bris, fondatrice de Cine Woman, le premier webmagazine féminin sur le cinéma, et du prix Alice Guy qui récompense chaque année le meilleur film français réalisé par une femme, a revisité l’histoire du cinéma, la racontant du point de vue des femmes, en particulier des réalisatrices. Bien entendu, elle a commencé par sa cinéaste préférée, Alice Guy. Cette jeune femme, 22 ans en mars 1895, secrétaire de Léon Gaumont, fascinée par les vues Lumière, pense qu’on peut faire mieux et veut se servir du cinématographe pour raconter des histoires. En mars 1896, elle réalise son premier film, La Fée aux choux, première fiction de l’histoire du cinéma, qui remporta un franc succès. Devenue directrice des théâtres de prises de vues de Gaumont, elle réalise plus de 200 films, dont des opéras et des clips, inventant la colorisation, les gros plans, le ralenti etc.

Parcourant ainsi l’histoire du cinéma aux États-Unis et en Europe, Véronique Le Bris évoque celles qui ont osé devenir réalisatrices au moment où leurs rôles habituels étaient actrices, costumières, monteuses ou scriptes. Lois Weber, Lotte Reiniger qui a réalisé en 1926, Les Aventures du prince Ahmed, premier long métrage d’animation européen, Musidora, Germaine Dulac, Ida Lupino, Jacqueline Aubry sans oublier Vera Chytilova et Les petites marguerites, Agnès Varda, Barbara Loden et sa Wanda, Chantal Akerman et toutes les autres.

Ponctuant sa masterclass d’extraits, avec beaucoup d’enthousiasme, Véronique le Bris a su sensibiliser et sans doute suggérer à son public d’aller découvrir les films de ces réalisatrices souvent méconnues. Elle a rappelé que seules deux femmes avaient obtenu la Palme d’or à Cannes : Jane Campion en 1993 pour La leçon de piano et Julia Ducournau en 2021 pour  Titane. Un seul film de femmes a dépassé les 10 millions d’entrées en France, Trois hommes et un couffin de Coline Serreau en 1985. Elle a ensuite répondu aux nombreuses questions des jeunes participants dont certains auront peut-être l’envie de jeter un coup d’œil sur les films soumis au prix Alice Guy 2023 et même de voter. C’est L’Événement d’Audrey Diwan qui avait obtenu le prix en 2022.

Une belle leçon qu’on peut approfondir en lisant 100 grands films de réalisatrices que Véronique le Bris a dédicacé après sa masterclass « une sélection forcément sélective dont les films sont classés par ordre chronologique, de mars 1896 à Mars 2020, 124 ans de création ininterrompue. »

ANNIE GAVA

La 40e édition du Festival Tous Courts se tient jusqu’au 3 décembre.

https://festivaltouscourts.com/

David contre Goliath

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Marcus Malte est un bâtisseur de cathédrale littéraire ! Son nouvel opus Qui se souviendra de Phily-Jo ? tombe à pic à l’heure où le monde entier devrait s’enquérir d’« une nouvelle forme d’énergie, libre et démocratique, pour le bien de tous ». Comme son héros, inventeur génial (fou ?), persuadé d’être la cible d’un complot gigantesque, une Pieuvre aux tentacules mystérieuses qui lui vaut de mourir subitement (suicide ?). La scène de sa mort s’inscrit dans le plus pur style tragi-comique, comme celle de sa naissance un certain 22 novembre 1963 à Dallas… 

Conspiration, machination, mensonges, supercheries à tous les étages du pouvoir politique, économique ou financier, et même littéraire, Marcus Malte passe au crible les errements de notre société à travers son personnage. Plus exactement, ses personnages, car ils se multiplient dans un jeu de poupées gigognes aussi terrifiant qu’habile : le lecteur va de surprise en étonnement, ne sachant plus déjouer le vrai du faux, la réalité de la fiction. Expert en dialogues et en formules désopilantes, il nous sert des moments d’anthologie – la réécriture de l’origine de Jésus vaut son pesant d’or – pour traiter de sujets sérieux tels l’empoisonnement des sols texans par les compagnies pétrolifères, les couloirs de la mort, les recherches sur les atomes et les énergies libres. 

On déguste chacune des 600 pages comme un nectar, happé par la qualité de l’écriture, les propos documentés, les jeux de miroir littéraire. On en freine même la lecture, non pas pour repousser le dénouement qui importe finalement peu au regard du récit, mais pour en absorber le suc. Jusque dans la construction des tours et des flèches, l’auteur prend un vrai plaisir à emprunter à ses ouvriers leurs tics de langages, ce qui nous vaut un vaste chantier dans lequel on ne sait plus nous-même où se situer. Le pouvoir de la manipulation du récit est elle aussi en marche et on n’en sort pas indemne.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Qui se souviendra de Phily-Jo ? de Marcus Malte
Zulma, 26,50 €

Girasoles silvestres 

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Girasoles silvestre de Jaime Rosales © Film Factory Entertainment

Tourné en 35mm par la talentueuse Hélène Louvart, le septième long-métrage du réalisateur catalan Jaime Rosales suit en trois épisodes la vie amoureuse et familiale de Julia, une jeune femme très immature qui va essayer de reprendre sa vie en main.

Même si les trois chapitres ont pour titres en lettres majuscules sur l’écran « OSCAR », « MARCOS » et « ALEX », c’est avant tout à Julia que s’intéresse Jaime Rosales. À son quotidien avec ses deux enfants, Nico et Rita, sa rencontre avec Oscar (Oriol Pla), beau et toxique, jaloux et violent, ses tentatives de recoller les morceaux avec Marcos (Quim Ávila) le père de ses enfants et, enfin, Alex (Lluís Marqués) « plus intelligent que beau. »

Inspiré par un reportage photos, et l’histoire d’une jeune américaine, le réalisateur laisse au spectateur le soin de combler les nombreuses ellipses. On suit avec intérêt, empathie parfois, l’évolution de cette femme qui mûrit, s’affirme, apprend à savoir ce qu’elle ne veut plus, fuit, craque et se redresse. Anna Castillo, qui avait eu le Goya du meilleur espoir féminin dans L’Olivier d’Iciar Bollain, a su rendre, dans un jeu tout en nuances, les émotions de cette jeune femme qui se cherche, ses élans amoureux, sa tendresse pour ses enfants, sa colère envers ces hommes qui ne sont pas à la hauteur. Son visage radieux dans le soleil comme les girasoles silvestres laisse espérer un avenir meilleur. 

« Je voulais faire un film lumineux malgré ses moments dramatiques. Je veux laisser un sentiment d’espoir et de bonheur à travers l’histoire d’une femme qui aime la vie, ses enfants, qui se battra pour les protéger. J’aime bien montrer le quotidien et l’irruption de la violence. C’est ma façon de regarder le monde. »

ANNIE GAVA

Girasoles silvestres, présenté à la dernière édition de Cinehorizontes, y a obtenu le Prix du meilleur scénario et Oriol Pia celui du meilleur acteur.

Aubagne, ville flamenca !

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Cia Ana Almagro © DR

En regard du succès des Nuits Flamencas estivales, Juan Carmona et son équipe de passionnés ont imaginé Les Automnales Flamencas. Durant deux journées le théâtre Comoedia accueille la fine fleur du flamenco local et espagnol. Le 2 décembre, le théâtre se transforme en « tablao flamenco ». Les tablaos, héritiers des anciens « cafés chantants » des années 1960, ont contribué au maintien de l’art du flamenco (désormais reconnu en 2010 par l’Unesco et inscrit dans la liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité), en un mouvement de retour à la pureté du style du Cante Jondo (« chant profond » désignant les chants les plus anciens du répertoire du flamenco). Le théâtre se transforme donc en un lieu intime et chaleureux, pour abriter le grand bailaor Josele Miranda et son flamenco puro et noble.

Autour de lui, les danseurs Isabel Gazquez et Jose Fernández conjuguent leurs évolutions aux accords de la guitare d’Anton Fernández et des chants de Cristo Cortes et Emilio Cortes aussi aux percussions. Ana Almagro et Manuel del Rio, tous deux danseurs du Ballet National d’Espagne, accompagnés par Juan Torrez (guitare), Vicente Gelo (chant) et Raúl Botella (percussions), séduiront par leur immense maîtrise et leurs chorégraphies inventives en présentant en exclusivité dans le cadre de la manifestation aubagnaise le nouveau spectacle de la Cía Ana Almagro. Ajoutez à cela la possibilité de participer à des masterclass flamencas (niveau débutant et intermédiaire) avec cette danseuse au parcours impressionnant, une ambiance conviviale, la venue de danseurs flamenco de la région… un air d’été en plein hiver !

MARYVONNE COLOMBANI

Les Automnales Flamencas
2 et 3 décembre
Théâtre Comoedia, Aubagne
04 42 03 72 75 lesnuitsflamencas.fr 

Émilie Peluchon : « J’ai envie que le projet de La Maison danse toute l’année sur le territoire »

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Chêne centenaire (en co-écriture Marion Carriau et Magda Kachouche) crédit Léa Mercier

Zébuline. Vous venez de prendre la tête de La Maison – CDCN, comment s’est passé le passage de relais avec Liliane Schaus, votre prédécesseure ? 

Émilie Peluchon. Avec Liliane, on partage les mêmes valeurs, cela a été très facile de se comprendre. J’avais senti dès le début qu’il y avait une vraie considération pour l’autre, pour l’humain. J’ai été nommée le 31 mars dernier, pour une prise de fonction officielle le 2 novembre, soit un temps assez long entre l’annonce et mon arrivée. Ce qui était très judicieux de la part de Liliane, puisque j’ai pu être associée au recrutement de membres de l’équipe et venir assister au festival [Uzès danse, ndlr] en juin dernier.

Quelles étaient vos affinités avec le projet artistique du CDCN d’Uzès quand vous avez postulé ?

Cela m’a semblé comme une évidence. Je m’identifiais très fort au travail mené par ce réseau avec les valeurs portées par Liliane au sein de La Maison depuis seize ans. Je suis attachée au fait qu’il s’agisse d’un projet de territoire, mais aussi un projet itinérant et mobile, que l’on soit amenés à aller vers les autres. C’est aussi un réseau de développement chorégraphique national avec lequel je travaille depuis plusieurs années, un label qui m’a toujours parlé parce qu’il y a la volonté d’être au service de la communauté chorégraphique, d’accompagner les artistes dans une mission de mise en relation avec toutes et tous. Ce qui porte mon parcours professionnel et mes valeurs personnelles depuis le début.

Vous avez un parcours professionnel très riche, à la tête de la structure Danse dense, mais aussi au sein du réseau Escale danse dans le Val d’Oise. Que peut apporter votre expérience au projet de La Maison ?

J’ai une vision assez large de la communauté chorégraphique de par ces différentes expériences, qui prend en compte le parcours de l’artiste, du chorégraphe qui commence à celui qui est très identifié. Tout en ayant, quel que soit le projet et l’esthétique, une attention à ce que les œuvres présentées soient contemporaines, c’est-à-dire qu’elles portent un propos au plateau lié à un contexte politique, social, intime ou collectif. Danse dense était un projet itinérant et j’aime beaucoup l’idée de pouvoir se fédérer avec d’autres théâtres, d’autres villes, d’autres partenaires pour mieux accompagner les artistes et permettre plus de diffusion, plus de rencontres avec les publics.


Un nouveau nom pour La Maison
C’est officiel, le CDCN La Maison Uzès Gard Occitanie change de nom. « Nous venons de décider de l’appeler désormais La Maison danse Uzès Gard Occitanie », annonce sa nouvelle directrice Émilie Peluchon. Une façon d’associer à nouveau le lieu à son festival emblématique, Uzès danse. En 1996, le « Festival de la nouvelle danse » est créé à Uzès par Didier Michel, avec le soutien de la chorégraphe Maguy Marin. L’association Uzès danse devient un centre de développement chorégraphique (CDC) en 2000, labellisé en 2010. Liliane Schaus en prend la tête en 2006 et met en place une collaboration au long cours avec des artistes. En 2017, les CDC reçoivent le label national de CDCN (centres de développement chorégraphique nationaux) : le CDC Uzès danse devient La Maison CDCN Uzès Gard Occitanie. Le studio mobile est inauguré en 2017, permettant de mettre à disposition des artistes un studio permanent de résidence, un dispositif entièrement modulable selon les besoins et l’espace nécessaire, faute d’avoir des locaux de taille suffisante. Aujourd’hui, La Maison danse d’Uzès fait partie du réseau des treize CDCN dont la mission est de produire et de diffuser des spectacles de danse contemporaine. La prochaine édition du festival Uzès danse se déroulera du 7 au 11 juin 2023, un festival dédié à la jeunesse et à la famille est en préparation pour l’automne 2023.  A.R.

E.Peluchon © Jacques Roux

Notamment grâce au studio mobile ? 

Le studio mobile est un des outils à notre disposition. Ainsi, on peut s’installer soit chez des partenaires qui ont déjà un théâtre, soit au sein du studio mobile qui permet d’équiper des salles qui ne sont pas dédiées à l’accueil de spectacle vivant, soit en espace naturel.

La résidence de création de Danya Hammoud en tant qu’artiste associée se termine en fin d’année. Quelle est votre vision de la résidence d’artiste ?

Dans le cahier des charges des centres de développement chorégraphiques nationaux, il y a la nécessité de travailler avec une ou un artiste associé, ce que je trouve vraiment génial. C’est une manière de penser le projet artistique et culturel de La Maison avec l’artiste pendant trois ans. La résidence de Danya Hammoud se terminant fin 2022, j’arrive avec une nouvelle artiste associée, Marion Carriau. J’ai déjà travaillé avec elle et son projet artistique correspond au mien pour La Maison : une relation à la jeunesse avec une création pour le jeune public, des pièces pensées pour l’espace scénique en salle et l’espace naturel, ainsi qu’une volonté de transmission et de création avec des habitantes et les habitants. Dans nos missions, nous avons aussi la volonté d’accueillir de la création en résidence tout au long de la saison, ce qui va nous permettre une permanence artistique sur le territoire. J’ai très envie que le territoire du Gard, qui est tellement riche en paysages, soit aussi un terrain d’expérimentation et de jeu pour les artistes chorégraphiques, en accueillant chaque année au moins une résidence pensée pour l’espace végétal.

Que pouvez-vous nous dire sur la programmation à venir ?

J’ai envie que le projet de La Maison danse toute l’année sur le territoire. Que ce soit par la présence des artistes en résidence sur le territoire, par le travail d’accueil avec les partenaires pendant la saison, mais aussi par le biais du festival Uzès danse, qui est emblématique. Que ce dernier soit comme un point d’orgue en juin. Avec une danse qui va partout dans la ville et une diversité d’écritures et d’esthétiques. J’initie aussi un festival pour la jeunesse et la famille dès l’automne 2023. 

On est dans le plaisir de l’expérience de spectateur, mais aussi le plaisir de la danse pour soi. J’imagine tout à fait que dans le festival dédié à la jeunesse et à famille, on organise des goûter-bal, tout comme il y aura un bal organisé le samedi soir pendant le festival en juin prochain. L’énergie portée par les artistes en plateau nous charge, c’est une expérience de spectateur plurielle, c’est important de pouvoir le vivre de manière collective.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ALICE ROLLAND

La Maison danse 
CDCN Uzès Gard Occitanie 
lamaison-cdcn.fr

Thierry Collet ou les mirages du transhumanisme 

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Que du bonheur (avec vos capteurs) © Simon Gosselin

Depuis plus de 25 ans, l’espiègle mentaliste Thierry Collet se fait fort de décrypter les mécanismes à l’œuvre, de part et d’autre, dans la fabrique du consentement. Sa magie, il en fait un usage didactique, pour mettre en garde contre diverses stratégies de manipulation. Après la propagande religieuse ou politique, le marketing ou la publicité, il se penche plus particulièrement ces dernières années sur les nouvelles technologies : en 2014, il exposait dans Je clique donc je suis combien le dévoilement consenti de données personnelles pouvait se révéler pernicieux. Cette fois, c’est plus particulièrement le transhumanisme qu’il vient titiller, ce mirage de fusion entre homme et machine. Partant de l’adage que la magie advient lorsqu’un phénomène reste inexpliqué – ses représentations évoluant ainsi au gré des âges et des cultures –, l’artiste met ici en scène capteurs et objets connectés, algorithmes et chatbots. 

Rationalité vacillante 
Autant de technologies qui nous surveillent autant qu’elles tentent de nous améliorer quasi à notre insu, jusqu’à dompter le tabou suprême : la création d’un double numérique qui défierait la mort. Et c’est bien là le génie de l’artiste : en poussant à peine le curseur de l’existant, il arrive à faire douter le plus cartésien d’entre nous. Sans esbroufe ni tape à l’œil, usant comme à son habitude d’un dispositif épuré à l’extrême – deux tables, une chaise, un écran – il fait peu à peu vaciller notre rationalité, bousculant en actes la frontière entre réalité et fantasme : ces machines qui sauraient faire de nous des surhommes, existent-elles déjà dans l’ombre ? Leur popularisation serait-elle souhaitable ? Derrière le métadiscours, le décryptage d’un besoin humain atemporel : la tentation de s’en remettre à une autorité supérieure, de croire et de s’émerveiller, pour le meilleur comme pour le pire.  

JULIE BORDENAVE

Que du bonheur (avec vos capteurs)
Jusqu’au 26 novembre 
Théâtre des Bernardines, Marseille

Le Mucem se branche à la terre

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Carreau decor poele, Ukraine, © MNHN,photo Mucem/Anne Maigret

Depuis 2018, la Salle des collections du Mucem accueille tous les six mois un nouvel Abécédaire, qui rassemble sur un parcours de 26 lettres des pièces issues de ses fonds, autour d’un fil rouge. Le thème de cet automne a été choisi par Françoise Dallemagne, chargée de collections et de recherches, pour le nombre et la variété des céramiques rassemblées par l’institution, héritière du Musée national des arts et traditions populaires. La terre : peut-être le plus ancien matériau utilisé par l’humanité dans ses usages quotidiens, avec la pierre et le bois, avant même l’invention du feu. Sans doute pas le plus spectaculaire des artefacts, mais l’un de ceux dont l’importance ne s’est pas démentie au fil des millénaires, comme en témoigne cet émouvant Abécédaire.

Guy Moinet, fabrication jarre, Vallauris, juin 1945 © Mucem/Guy Moinet

Le pot et le rose
A comme Argile, évidemment : une roche sédimentaire qui se décline en différentes couleurs, du blanc à l’ocre en passant par le vert ou le rose, et dont les propriétés physiques, découvertes à l’aube des temps, sont incomparables. B comme Barbotine, cette pâte liquide de terre délayée, que l’on applique à cru avant cuisson. « De très nombreux pichets réalisés avec cette technique figurent dans nos collections, explique Françoise Dallemagne ; l’art nouveau par exemple s’est beaucoup inspiré de motifs végétaux ou animaliers. » C comme Carreaux : ceux qu’elle a sortis des réserves sont magnifiquement – et joyeusement – décorés : ils ornaient un poêle ukrainien il n’y a pas si longtemps, emmagasinant une chaleur douce pour mieux la diffuser au cœur d’un foyer. D comme Delft, ville fameuse au XVIIe siècle pour ses faïences blanches et bleues, made in Hollande mais d’inspiration chinoise. Et ainsi de suite, jusqu’aux choix plus épineux des fins d’alphabet. U,V et W sont rassemblés avec une belle série de… pots de chambre, sous les entrées urinal / vase de nuit / water closets. Le cartel reprend ce qu’écrivait Roger-Henri Guerrand, dans son Histoire des lieux d’aisance du Moyen Âge à nos jours : jusqu’au XIXe siècle, on ne se cachait pas spécialement pour faire ses besoins. Autant arborer un bel équipement ! Le Z, comme Zir, fait quant à lui écho à nos préoccupations contemporaines : qui sait si le chaos climatique ne rendra pas très vite indispensable ce genre de grande jarre poreuse, conçue en Tunisie, permettant par évaporation de boire de l’eau fraîche même en temps de canicule ? 

GAËLLE CLOAREC

Terre de A à Z
Jusqu'au 17 avril
Mucem, Marseille
04 84 35 13 13 
mucem.org