lundi 23 février 2026
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¡ Viva el cine !

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C’est l’un des cinéastes espagnols les plus reconnus dans le monde. Carlos Saura compte à son actif une cinquantaine de films : du premier court métrage en 1956 au récent the King of All The World. Présentée en avant-première le 15 novembre au cinéma Le Prado par le réalisateur lui-même, c’est cette comédie musicale qui ouvre officiellement CineHorizontes. Quinze autres films de Carlos Saura sont projetés dans toute la Région Sud. Une table ronde au Mucem et une leçon de cinéma à l’Alcazar lui sont également consacrées. 

20 ans après
Flamenco, tango et sevillanas accompagnent comme toujours le parcours festivalier. De même que ses rendez-vous habituels : « La fenêtre cubaine » à l’Alhambra, la « Journée argentine » à l’Artplexe Canebière, et ses cinq compétitions. Parmi les sept fictions en lice, il ne faut pas rater Alcarràs de Carla Simón (Ours d’or à Berlin) chronique familiale et sociale, d’une grande sensibilité, dédiée à ceux qui cultivent la terre. Mais aussi, en avant-première, Black is Beltza II, de retour vingt ans après le premier opus, dans lequel Fermin Muguruza suit l’histoire d’Ainhoa, de la guerre froide à l’activisme basque. Ou encore Libélulas de Luc Knowles, qui esquisse un portrait générationnel au travers des rêves d’évasion d’Alex et Cata, à l’horizon barré, dans une périphérie déshéritée.

Du rire aux armes
On va rire des mésaventures d’un plombier marocain en période d’essai, avec la comédie de Néus Ballús, Sis díes corrents. Et aborder, grâce aux documentaires sélectionnés, des sujets socio-politiques forts. Marcos Nine dans A virxe roxa revient sur l’assassinat de Hildegart Rodriguez, féministe d’avant-garde, par sa propre génitrice en 1933. Iván Guarnizo dans Del otro lado explore la possibilité du pardon et de la paix en Colombie, à partir du journal intime de sa mère, otage des Farc. Anna Giralt Gris est présente pour parler d’Enric Duran, activiste catalan en cavale, « héros » anti-mondialiste, auquel elle a consacré son film Robin Bank.

ÉLISE PADOVANI

CineHorizontes
Du 12 au 24 novembre
Marseille et divers lieux de la région
cinehorizontes.com

Une année particulière

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Une école d’ingénieurs installée dans une ville nouvelle loin de tout. Une année scolaire à la fin des années 1980. Scientifique de formation, Agnès de Clairville semble bien connaître le petit monde qu’elle met en scène dans son premier roman, La poupée qui fait oui. Les bizutages humiliants, les soirées très arrosées, les cours qu’on suit dans un état second (quand on ne les fait pas sauter), tout cela sent le vécu, comme les retours le week-end au sein d’une famille très « comme il faut » de la bonne société versaillaise. C’est pourtant le biais de la fiction que l’autrice a choisi pour parler de consentement, d’emprise, et aussi lever le voile sur certains secrets de famille. Histoire, comme elle le déclare, de « transmettre une expérience autrement qu’en faisant un sermon à mes filles ». Ce roman, rédigé grâce à un atelier d’écriture au long cours mené à Marseille par Jean-Paul Garagnon, Agnès de Clairville le leur a d’ailleurs dédicacé, ainsi qu’ « à tous les garçons et les filles de leur âge ».

Polyphonie
Un roman donc, à quatre voix. Celle d’Arielle, la principale protagoniste, d’abord. Arielle est l’une des plus jeunes élèves du campus. Ce qu’elle veut, c’est devenir femme. Le plus vite possible. Et elle va tout faire pour cela, quitte à y laisser sa réputation. Elle n’a pas froid aux yeux mais elle est jeune, et naïve. Ce qui la précipitera dans les bras (et sous le joug) d’Éric, un troisième année charismatique de six ans son aîné. Une emprise violente, dont elle peinera à s’extirper, tant est grande sa sidération. Face à Arielle, Inès est le témoin impuissant de la métamorphose de sa fille, qui la renvoie à sa propre jeunesse, compliquée… Deux autres voix viennent étoffer le récit. Celle de Françoise, la secrétaire de l’école, qui connaît tout de ses étudiants et porte un regard inquiet sur leurs débordements. Celle de Mowgli, le meilleur (et seul) ami d’Arielle, pris lui aussi dans la confusion des sentiments. Quatre points de vue donc, quatre paroles aux accents particuliers, pour relater une année de tous les dangers. Dont Arielle sortira plus forte, mais ô combien blessée. Comme Inès avant elle. Un roman choral sensible, que l’autrice dit avoir écrit « pour les jeunes filles rangées et dérangées, pour les garçons trop sûrs d’eux, pour les mères disqualifiées et pour les pères absents. »

FRED ROBERT

La poupée qui fait oui d’Agnès de Clairville 
Éditions Harper Collins (collection Traversée), 18 €

« Supprimer n’est pas une option »

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Renaud Muselier © RégionSud

Gérald Darmanin a embrasé le monde de la culture en voulant supprimer les grands festivals en 2024, pour cause d’effectif de police insuffisant. Le monde culturel sait qu’il ne se remettrait pas d’une annulation de plus, pas plus que les villes, olympiques ou non, qui ont besoin d’animer leurs étés. Renaud Muselier, président de la Région Sud, a aussitôt annoncé son soutien aux grands, et aux petits, événements d’été, par des mesures très concrètes qui accompagneront leur mise en sécurité. 

Zébuline. L’annonce du Gouvernement d’une possible annulation des grands festivals en 2024 bouleverse le monde culturel, qui se voit confronté une fois de plus au fait de ne pas être perçu comme « essentiel ». Que pensez-vous de cette annonce ?

Renaud Muselier. Cette annonce faite par le ministre de l’Intérieur au sujet d’un secteur particulièrement sensible est pour le moins maladroite. Elle repose pourtant sur un constat juste : la sécurité de nos concitoyens sera très difficile à assurer partout, dans une période de forte mobilisation des forces de police et de gendarmerie pour un événement qui n’est pas seulement parisien mais dont la résonance est mondiale. Il ne peut être question de fragiliser le pays en multipliant des occasions de rassemblement sans certitude de pouvoir les organiser avec toutes les précautions nécessaires.

« La France est à la fois une nation de sport et de culture »

Je sais que le président de la République et le Gouvernement sont à la recherche des meilleures solutions possibles. En Région Sud, cela se pose particulièrement puisque nous accueillerons des épreuves à Nice et Marseille qui vont, elles aussi, nécessiter une vigilance particulière. Pour autant, on ne peut passer par pertes et profits tout un pan d’activité qui mobilise des artistes, des techniciens, des organisateurs et, surtout, des publics nombreux qui pour beaucoup auront tout autant de plaisir à suivre les épreuves olympiques qu’à assister à des spectacles. C’est à l’État et aux collectivités de trouver comment additionner. Supprimer n’est pas une option.

Vous annoncez une aide exceptionnelle de deux millions d’euros pour garantir la tenue des festivals, et vous précisez que celle-ci ne sera pas imputée sur le budget culture, mais sur le budget sécurité de la Région. Est-ce que cela sera suffisant, à votre sens, pour que les grands festivals aient lieu sans l’aval et le soutien de l’État ?

Les grands festivals ne sont pas financés par le seul État. La plupart existent grâce à l’engagement croisé du ministère de la Culture et de l’ensemble des collectivités territoriales. D’autres sont mêmes d’initiative très majoritairement privée. Nous avons donc besoin de tout le monde pour réussir le pari du maintien des festivals d’été qui est un signe envoyé au monde entier que la France est à la fois une nation de sport et de culture, comme le souhaitait d’ailleurs Pierre de Coubertin. Ces deux millions d’euros du fonds « Région Sud, une région sûre » sont le geste que je fais au titre de ma collectivité pour rappeler mon engagement en faveur de la vie artistique et culturelle. En prélevant des moyens sur un budget sécurité, je renforce les événements culturels. Si cela ne suffit pas, je compte sur d’autres apports de l’État et des collectivités. Je sais aussi que les festivals, en particulier Avignon, essayent de trouver par eux-mêmes des solutions, notamment en modifiant leur calendrier. Je suis donc confiant et je reste pleinement mobilisé.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

Le sens de l’histoire

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Exit Bugeaud, bras armé du colonialisme le plus meurtrier. C’est désormais le nom d’Ahmed Litim, mort au combat pour la libération de Marseille en 1944, que porte l’école primaire du 3e arrondissement de Marseille. Le geste du maire Benoît Payan est plus que bienvenu, dans ce quartier où les populations immigrées et leurs descendants sont nombreux. Amplement documenté et commenté dans le Guide du Marseille Colonial [voir p.VIII], le passé d’une Marseille se rêvant « porte de l’Orient » est encore lourd. À l’instar de sa cousine brestoise, la ville ne se débarrasse pourtant toujours pas de sa rue Bugeaud, ni des noms pourtant contestables de Thiers ou de Colbert. À l’échelle nationale, le débat semble bel et bien clos : comme il paraît loin, le temps où Emmanuel Macron encore candidat qualifiait la colonisation, à l’instar de l’esclavage, de « crime contre l’humanité » …

Si des voix se font entendre, elles sont également ramenées au silence avec une rare violence. Peu enclin à « cracher dans la main qui [l’a] nourri », Cyril Hanouna s’empresse de taire les affaires judiciaires essuyées par Bolloré Africa Logistics. Et de menacer explicitement le député Louis Boyard lorsqu’il évoque l’implication du milliardaire dans la déforestation du Cameroun, et la responsabilité de l’Europe et de la France vis-à-vis d’exilés fuyant un quotidien tout bonnement invivable. Tout ne semble cependant pas perdu : l’accostage de l’Ocean Viking à Toulon, l’accueil fait à SOS Méditerranée au théâtre de La Criée et aux artistes engagés à leurs côtés ce samedi rappelle combien les initiatives locales, individuelles et associatives peuvent peser aujourd’hui. Et combien la culture et l’art sous toutes leurs formes demeurent essentielles pour donner un sens à l’histoire.

SUZANNE CANESSA

« Insurrection », un film politique à Africapt

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"Insurrection" de Jilani Saadi © Hakka distribution

Invité pour la quatrième fois au Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt, après Où es-tu papa ? (2013), Bidoun 2 (2015) et Bidoun 3 (2018), le cinéaste tunisien Jilani Saadi présentait son dernier opus, Insurrection, Tanit de Bronze aux 32e Journées Cinématographiques de Carthage.

Ceux qui s’attendraient à des images de manifestations, de barricades, de chaos, risquent d’être surpris, voire déçus. Car ils n’en verront que quelques unes, hachées, heurtées, au début du film, rythmées par la musique d’Abdullah Miniawy. De ces images, surgit soudain un vieillard infirme sur un fauteuil roulant, que ses fils abandonnent sur l’autoroute Bizerte-Carthage après lui avoir volé ses économies. C’est cet homme tétraplégique qui nous entraine dans un road movie (qui tourne un peu en boucle) en compagnie de trois éclopés de la vie : Baya (Amina Bdiri), en tenue de soirée, mise à la porte par son mari, Mosmar (Ramzi Slim) boxeur raté, déshonoré depuis qu’un adversaire l’a poignardé et Ouled Jennet (Mohamed Hassine Grayaa), privé de sa fille par son ex-femme.

On partage aussi la nuit de deux policiers, qui, dans leur véhicule, ne souhaitent qu’une chose : ne jamais être appelés à secourir quiconque. Des personnages parfois filmés par des drones, taches de couleur dans la nuit noire où surgit tout à coup la ville de Tunis, bricolée en carton pâte, tel un trucage à la Méliès et qui fait penser à Metropolis. Un film tourmenté où il faut accepter de se laisser porter, de ne pas tout comprendre… « Je ne voulais pas filmer l’insurrection de manière romantique mais la raconter de manière chaotique… C’est au montage que tout se joue. Les effets que vous voyez n’étaient pas prévus au départ. Ma grande inspiration, c’est Bacon », précise Jilani Saadi aux spectateurs d’Apt.  

Un film très politique où sont abordés avec humour, les nombreux maux de la société tunisienne sur laquelle le cinéaste porte un regard lucide et acéré.  

ANNIE GAVA

Insurrection de Jilani Saadi a été projeté lors du Festival des Cinémas d’Afrique du pays d’Apt, qui s’est tenue du 9 au 15 novembre.

Avec CineHorizontes, l’Argentine était sur la Canebière 

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Karnawal de Juan Pablo Felix © Bodega Films

Pour sa 21e édition, CineHorizontes proposait ce dimanche 13 novembre au cinéma Artplex une journée Argentine, avec au programme, deux films sortis en France cette année. D’abord Competencia oficial de Mariano Cohn et Gaston Dupratet, satire décapante et réjouissante du monde du cinéma, servie par une Penelope Cruz en rousse échevelée, un Antonio Banderas en star hollywoodienne, et un Oscar Martinez en comédien de théâtre radical. Puis en soirée, précédé par une prestation de langoureux tango dans le grand hall du cinéma, Karnawal, premier long métrage de fiction de Juan Pablo Felix, connu jusqu’alors pour ses documentaires.

Danse et contrebande

Le film nous transporte dans la province de Jujuy (Nord-Ouest de l’Argentine), près de la frontière bolivienne, et zone de trafics de toutes sortes. Cabra (interprété par Martìn Lopez Lacci, champion de danse à la ville), est un adolescent mutique, ténébreux. Mince et nerveux comme un jeune étalon, visage en lame de couteau, cheveux longs et bruns, resserrés en queue de cheval ou rassemblés en chignon, regard noir et perçant. Sa passion : le malambo. Une danse folklorique des gauchos de la pampa, très physique, virile, pratiquée uniquement par les hommes, au rythme des bombos. Le malambo canalise toute l’énergie et la rage de Cabra. Il délimite son territoire face à une mère un peu lasse, Rosario (Mónica Lairana ), un père absent, voleur incarcéré depuis des années, Raul (Alfredo Castro), et un beau-père gendarme, bienveillant mais maladroit, Eusebio (Diego Cremonesi)). Pour s’offrir les bottes qui lui permettront de participer au grand concours de danse pour lequel il répète avec acharnement, il accepte de passer un paquet en contrebande. Le jeune homme se trouve alors en butte avec les voyous, puis avec la police, pris dans un engrenage.

Le film tourne au road movie, quand il accompagne sur les poussiéreuses routes andines, sa mère ramenant au père, provisoirement libéré, sa vieille voiture qui dormait au garage. Et à la course d’obstacles quand le jeune homme cherche à revenir chez lui pour concourir. Trajectoires rectilignes et méandres de sentiments, pas toujours plausibles. Le karnawal  (forme quechua du mot carnaval) qui donne titre au film, avec ses figures effrayantes de diables cornus, ses paillettes, ses fanfares et ses pétards reste en arrière plan, dans l’ambiguïté de la fête exutoire. Chronique d’une famille dé-composée, re-composée , tout à la fois film d’adolescence, d’initiation, thriller de frontières – la violence et la corruption en filigrane, ce premier long-métrage embrasse trop pour bien étreindre. Reste la performance du jeune danseur et la découverte pour beaucoup, du malambo, l’autre danse emblématique de l’Argentine !

ÉLISE PADOVANI

Karnawal de Juan Pablo Felix
Projeté dans le cadre de CinéHorizontes qui se tient jusqu’au 24 novembre à Marseille et divers lieux de la région.

En Ap[p]arté dévoile les secrets du violon

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En Ap[p]arté © M.C.

Première compagnie musicale conventionnée par le ministère de la Culture en Paca à être dirigée par une femme depuis 2021, Piano and Co, fondée en 2003 par la pianiste Nathalie Négro, entreprend de nouveaux modes de diffusion

« Les deux années particulières de la pandémie ont fait apparaître avec encore davantage de force notre besoin de proximité et de partage, explique Nathalie Négro, d’où le développement de la formule des concerts en appartement intitulée En Ap[p]arté. Cela correspondait aussi à notre volonté de démocratisation de la culture. Nous avons découvert de nombreux appartements immenses, atypiques, conviviaux en plein centre-ville de Marseille, acceptant une jauge située entre soixante et quatre-vingts personnes. »

Les violons aussi descendent des arbres !

Le 11 novembre, cette formule s’ouvrait pour la première fois à un public junior (dès 8 ans), avant d’enchaîner par un concert destiné aussi aux adultes. L’adresse, communiquée aux seuls participants, accueillait Au cœur des cordes, unissant sur un même plateau luthière (de luth, dérivé de oud, dont l’appellation découle de « al’ud » qui signifie « bois »), violoniste et violoncelliste. Bref, de la fabrication au jeu, tout ou presque nous était dévoilé ! La luthière Marianne Ponz retraça, exemples matériels à l’appui les étapes de fabrication de la famille des violons depuis le bois brut prélevé sur un tronc d’arbre, en quarts, « comme une pizza », érable pour éclisses, manche, patiemment sculpté et fond, épicéa plus léger pour la table et l’âme (cette fine baguette insérée à l’intérieur du violon sans laquelle le son serait totalement étouffé), l’ébène pour la touche… sans compter le bois de Pernambouc, à la densité deux fois supérieure à celle du chêne, idéal pour les archets et indispensable aux virtuoses, mais à la commercialisation bientôt interdite (on ne le trouve qu’au Brésil).

Les deux interprètes Hélène Maréchaux (violon) et Marine Rodallec (violoncelle) offraient, en alternance avec les explications, la subtilité de leur jeu, passant en revue une riche palette d’univers, de la danse à la berceuse, mêlant temps méditatifs et lumineux éclats. La formule reprise plus amplement le soir passionnait autant les grands que les petits de l’après-midi, qui eux avaient pu tester des instruments de poche dont un violon pour « deux ans », dont les sons minuscules en ravirent plus d’un. Dorénavant, lorsque l’on écoute un orchestre, c’est toute une forêt frémissante que l’on entend !

MARYVONNE COLOMBANI

Hélène Maréchaux et Marine Rodallec ont joué dans le cadre d’En Ap[p]arté, le 11 novembre, quelque part dans Marseille.

Les Amandiers : douceur et amertume

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Les Amandiers © 2022 Ad-Vitam Production/Agat Films-et-Cie/Bibi FilmTV/Arte France Cinema

« Pourquoi veux-tu rentrer à l’école de théâtre des Amandiers ? » À cette question posée par le jury, les jeunes candidats face caméra proposent des explications diverses et triviales : le prestige de Chéreau, la gratuité, le stage Actors Studio à New York prévu au programme. À celle plus fondamentale : « Pourquoi veux-tu être acteur·rice ? » les réponses se font plus intimes : rendre sa mère fière, donner sens à sa vie, parler avec les mots des autres, s’en servir de remparts, être aimé. 

Les Amandiers, dernier film de Valeria Bruni Tedeschi, coécrit avec Noémie Lvovsky et Agnès de Sacy, sélectionné en compétition officielle à Cannes en mai 2022, se situe à la fin des années 1980, à Nanterre, dans l’école de théâtre des Amandiers, dirigée par Patrice Chéreau et Pierre Romans. Il explore ce rapport au jeu dramatique des jeunes apprenti·e·s acteurs·trices, dont elle fait partie. Retour à un moment fondateur de son existence de comédienne, retour sur l’histoire de cette école mythique. Sélective puisque sur la masse des candidats, on ne retient que douze élus. Atypique car selon son directeur, on n’y apprend pas, on cherche. 

La mort n’est pas loin

Le film suit l’ordre chronologique : les deux étapes de sélection, éprouvantes, le stage américain et les répétitions du Platonov de Tchekhov,jusqu’à la représentation finale. L’initiation professionnelle se double des initiations sentimentales de chacun. L’exaltation de la scène se superpose à celle de la jeunesse. Excès de larmes et de rires, le drame se prolonge à la ville. L’amour de Stella (Nadia Tereszkiewicz), fille de la haute bourgeoisie et incarnation de la réalisatrice pour le ténébreux prolo héroïnomane, Étienne (Sofiane Bennacer). Les échappées belles de toute la bande : Adèle (Clara Bretheau), Victor (Vassili Schneider), Franck (Noham Edje) et les autres. Les bébés qui arrivent, et ceux qui n’arriveront pas. Le Sida qui rôde, au loin Tchernobyl qui brûle. 

La mort n’est jamais très loin dans les films de Valeria Bruni Tedeschi. La musique, les chansons de l’époque et d’autres, plus anciennes encore, jalonnent le parcours des protagonistes comme des fantômes familiers. Dans ce kaléidoscope de portraits, le grand Chéreau (Louis Garrel) figure sacralisée, considéré par la réalisatrice comme son père de théâtre, apparaît sans fard. Tyrannique, violent, cocaïnomane, draguant les comédiens à leur corps défendant. Travailleur invétéré, metteur en scène génial mais facilement cruel avec son assistante ou méprisant avec Pierre Romans (Micha Lescot). Pour Chéreau, l’acteur doit se mettre en danger, savoir qu’il y a nécessité à jouer car sinon à quoi bon ? 

« Enterrer les morts et réparer les vivants » est-il conseillé à la fin de Platonov – qui n’est sans doute pas une pièce choisie au hasard ici. 

Les Amandiers, c’est le nom du théâtre et du quartier où il se trouve, mais on ne pourra s’empêcher de penser aux arbres dont la première floraison printanière apporte des fruits doux-amers comme le temps qui passe. 

ÉLISE PADOVANI

Les Amandiers de Valeria Bruni Tedeschi
est sorti en salle le 16 novembre

Le jazz revient à la ville

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Laura Perrudin @ C. Charpenel

La seizième édition de Jazz sur la Ville poursuit avec une nouvelle ampleur le travail du collectif d’organisateurs qui compose cette foisonnante manifestation (une cinquantaine de spectacles à la clé !), événement fédérateur unique en France. Une trentaine de lieux culturels de la région et associations ont concocté une programmation éclectique de haute volée, conviant les plus grands artistes, régionaux, nationaux et internationaux. 

Pas de frontières
Le jazz voyage, c’est bien connu, et ses formes se glissent dans les univers les plus variés. Tissant inlassablement de nouveaux fils, en une musique qui met à l’honneur spontanéité et vitalité, déclinant ses improvisations, ses complicités, ce qui fit dire à Duke Ellington « le jazz c’est toute la musique ». Swing, blues, fusion vont rencontrer les musiques du monde, la création contemporaine, l’expérimental. Sont explorés les limites, les genres, les rythmes ; le bal musette jouxte les pulsations électroniques. Les salles offrent des cadres intimistes ou de larges espaces. Bref, chacun peut y trouver son miel. 

La région en force
La programmation 2022 s’est attachée à inviter nombre d’artistes issus de la région. Comme Andréa Caparros, dont le chant se nourrit des influences brésiliennes maternelles et jazziques paternelles, accompagnée d’Émile Mélenchon. Également sur scène, le pianiste Pascal Versini et son Afropean Project, ou le Trio Sudameris (Robert Rossignol, Farid Boukhalfa, Jean-Christophe Gautier) qui sort cette année son sixième album Satirvana. Notons aussi le Ferry Boat Quartet composé de deux Marseillais (dont l’exceptionnel pianiste Simon Bolzinger) et deux Copenhaguois. 

Le Trio Django Pavane avec Guillaume Latil (violoncelle), Gwen Cahue (guitare) et Arthur Henn (contrebasse), le Rosemary Quartet qui a débuté son parcours musical sur le cours Mirabeau d’Aix-en-Provence. Les Ponts avec la subtile pianiste Amandine Habib et Maxime Atger (saxophone), le Sébastien Germain Trio (Sébastien Germain fut premier prix du conservatoire de Marseille), le bassiste et compositeur Thomas Laffont et son Quartet Edgar avec David Guttierez (guitare), Cédrick Bec (batterie) et Raphaël Illes (saxophone). Le pianiste varois Enzo Carniel et le Charley Rose Trio, lauréat de Jazz Migrations #7, Grand petit animal (fondé par Baltazar Montanaro, violon et Adrien Chennebault, percussions) qui convie Elsa Lambey (flûte traversière et voix) pour Exils, création revendicative sur la migration, ou encore le duo Zoppa de Sylvie Paz (chant, composition) et Kalliroi Raouzeou (chant, composition, piano) pour leur premier album Topographia

Mais aussi…
Bien sûr, ce n’est pas tout ! Des légendes du jazz vont entrer en scène. Laura Perrudin première musicienne au monde à jouer de la harpe chromatique électrique (l’instrument a été créé pour elle), le clarinettiste Louis Sclavis – que l’on a entendu dernièrement aux Écritures Croisées d’Aix-en-Provence accompagner la lecture de Langages de Vérités de Salman Rushdie par le comédien Pierre Baux – et qui revient ici avec Keyvan Chemirani aux percussions. Bruno Ducret et Annabelle Luis au violoncelle, l’incontournable guitariste Poppa Chubby, la chanteuse Annick Tangorra et le pianiste antillais Alain Jean-Marie… Ajoutez à cela des master classes (dont une avec Pascal Charrier), des projections, des lectures musicales, des retransmissions…. Quel bel automne !

MARYVONNE COLOMBANI

Jazz sur la Ville se déroule du 3 novembre au 4 décembre
Marseille et divers lieux de la région
jazzsurlaville.org

« Les Engagés », aux frontières de l’humanité

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Les Engagés d'Émilie Frèche © Tandem films

Nourrie par sa vie personnelle et par les grandes causes socio-politiques contemporaines, Émilie Frèche réalise avec Les Engagés son premier long métrage. Comme le souligne le titre, le film incarne l’engagement, utilisant la fiction pour porter les idées, et l’empathie pour gagner l’adhésion.

David (Benjamin Laverhe) est kiné à Briançon. Il aime la montagne, l’escalade et sa compagne Gabrielle (Julia Piaton), professeure dans un collège de la région. C’est le beau-père heureux des deux enfants de Gabrielle. Un bonheur sans autre nuage que les prétentions de leur père à une garde exclusive. Cette bulle d’égoïsme tranquille explose lorsque la voiture de David renverse Jocojayé (Youssouf Gueye) un jeune migrant guinéen, poursuivi par les gendarmes. L’adolescent n’a rien de grave mais, sans réfléchir, David le cache dans son coffre et le ramène chez Gabrielle. Cette rencontre brutale va bouleverser David et l’entraîner dans l’illégalité au risque de perdre son métier, son amour et sa liberté. Certes, il savait que l’immigration passait par cette frontière alpine mais cette « connaissance » ne l’atteignait pas avant Joco.

Une enquête de terrain

Il découvre, et nous avec lui, les associations d’aide aux migrants, les démarches complexes pour leur obtenir le droit d’asile, la notion de « mijeur », les procédures, les maraudes nocturnes pour les sauver des gendarmes, du froid et de la faim. Sa belle montagne devient le lieu de tous les dangers. Les hélicoptères tournoient, les contrôles policiers se multiplient. David découvre l’injustice de la Justice quand les lois sont inhumaines, ou quand elle condamne des actes de fraternité. Bref quand droit et morale ne coïncident pas. David est un brave homme sans idéologie particulière, qui comme les Justes autrefois, désobéit au nom d’un principe supérieur au code civil.

Le scénario s’inspire de l’affaire des « sept de Briançon ». Des militants avaient permis à une vingtaine de migrants de franchir la frontière franco-italienne, lors d’une manifestation contre les exactions du groupe d’extrême droite : Génération identitaire. Condamnés en première instance, ils furent presque tous relaxés en appel. Comme Cédric Herrou, avant eux, pareillement coupable de solidarité dans la vallée de la Roya, l’avait été, en cassation.

La réalisatrice s’appuie sur une enquête de terrain qui donne à l’histoire une base documentaire, elle donne à voir une montagne photographiée en lumière naturelle par Myriam Vinocour, un lieu de villégiature devenant lieu de mort. Elle table sur une dramatisation parfois un peu naïve. À l’instar du magnifique poème de Prévert, Étranges Étrangers, plaqué sur les images, ou le discours par trop didactique de la directrice du Refuge, Anne (Catherine Hiegel).

Cet opus pourra servir de base à des débats en milieu scolaire et espérons, comme le souhaite la campagne d’impact coordonnée, entre autres par la Cimade et Amnesty International, faire avancer la question des mineurs isolés. Il n’en demeure pas moins que ce sujet demeure beaucoup plus fort que le film.

ÉLISE PADOVANI

Les Engagés d’Émilie Frèche
En salle le 16 novembre