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La ville et des images

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« Et Pierre Jeanneret » est présenté le 12 octobre en ouverture du festival © Acqua Alta

Le Festival du Film sur l’Architecture et l’Espace urbain qui depuis 2003 s’attache à réunir architectes, urbanistes, historiens, géographes, philosophes, artistes et cinéastes pour réfléchir ensemble à notre « urbaine condition », évolue et change de nom. Il devient Les Rencontres d’Image de Ville, articulé sur d’autres propositions annuelles, et se déroule en deux temps : du 12 au 15 octobre à Marseille et du 17 au 19 novembre, à Aix-en-Provence. 

Dans les quartiers populaires

Pour le volet marseillais, c’est Rabah Ameur-Zaïmeche qui sera à l’honneur. Les films de ce réalisateur franco-algérien qui a grandi dans une cité de la Seine-Saint-Denis, s’inscrivent souvent dans le paysage des banlieues à l’instar de son dernier polar Le Gang des Bois du Temple (repris le 13 octobre au cinéma La Baleine). On pourra voir ou revoir trois de ses réalisations antérieures : Wesh wesh, qu’est-ce qui se passe ? (2001) Dernier maquis (2008), et le film « historique » Les Chants de Mandrin (2011). Sa carte blanche Le Thé au harem d’Archimède de Medhi Charef,nous ramène encore à la banlieue et aux déshérités.On retrouvera le 15 octobre, le réalisateur dialoguant avec l’architecte bordelais, Christophe Hutin. Nul doute que ce contempteur de la démolition des grands ensembles, partisan d’une mobilisation de l’expertise et de l’expérience des habitants des cités, qui s’installa à 19 ans dans un township de Soweto, ne rejoigne l’humanisme du cinéaste. Entre construction et déconstruction des stéréotypes, la représentation des quartiers populaires au cinéma, sera le sujet de la ciné-conférence de la philosophe Marion Grodner. 

Pas d’édition d’Image de Ville sans le philosophe de l’urbain, Thierry Paquot qui nous propose un Gai Savoir Urbain sur le thème de la « transition », en trois conversations prolongées par des projections les 13, 14 et 15 octobre. Ne pas rater aussi les petits films sur des lieux architecturaux remarquables de notre patrimoine avec la Collection Destination en collaboration avec la Drac Paca. Ni en ouverture le 12 octobre aux Variétés, projeté en avant première …et Pierre Jeanneret de Christian Barani,en présence du cinéaste et écrivain Emmanuel Adely. Portrait d’un oublié de l’histoire de l’architecture (un peu écrasé par la gloire de son cousin Charles Edouard dit Le Corbusier avec lequel il travailla), et dont « le destin fut une ville » : Chandigarh.

ÉLISE PADOVANI

Les Rencontres d’Image de Ville
12 au 15 octobre à Marseille
17 au 19 novembre à Aix-en-Provence
imagedeville.org

Hors-cadre

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© M.V.

On entre et on se retrouve en face d’un grand panneau peint en gris (3 m x 2 m) dressé à la verticale dans l’espace, comme une sculpture, maintenu par des tasseaux de bois sur l’avant et sur l’arrière, avec sacs de sable en contrepoids. La partie supérieure de la peinture accueille une trame serrée de petites formes oblongues, trame que l’on retrouve sur la moitié inférieure de la peinture, avec les mêmes formes, moins nombreuses et plus grosses. Entre les deux trames, à l’horizontale, une rainure. Bref, il semblerait qu’on soit en train, bon an mal an, de contempler une râpe à fromage… 

Sur quel pied danser ?

Cette tonalité d’ouverture mêlant peinture, sculpture, figuratif, abstrait et espièglerie donne le la de cette exposition des travaux les plus récents (une bonne vingtaine, grands et petits formats) de Carlos Kusnir (1947 – Buenos Aires, vit et travaille entre Marseille et Paris). Ainsi, on aperçoit sur les murs de Vidéochroniques d’autres « clowneries » : des gants en caoutchouc dépassant de chaque côté de petits tableaux informels et crouteux semblant peints à la truelle. Sur un autre, différent, a été enfilé une petite culotte à pois colorés. Ailleurs, une sandale ruinée pendouille au bout d’une ficelle, faisant pencher le tableau. Peinture, sculpture, objet ? Dada, support-surface, informel, conceptuel, figuratif, décoratif ? Ça dépasse des cadres. On aperçoit des pigeons des villes perchés à l’extérieur de toiles informelles crapoteuses ou aux éclaboussures explosives. On visite un accrochage d’une série de serpentins géants. On rencontre un teckel interrogatif sur fond blanc souillé de virgules oranges, un rat reniflant dans de l’ornemental vétuste. De la dentelle peinte. Des dégoulinures et des tâches crados, des éclaboussures somptueuses sur des emblèmes aux consonnances totalitaires. Le tout à l’acrylique sur des supports fait souvent d’assemblages bricolés de découpes de bois. Du léger et du massif, du mouvement et du figé, de la désinvolture et de la précision. Et beaucoup de vitalité chez cet artiste dont les dernières expositions à Marseille ont eu lieu en 2018, rétrospective au Frac Sud, et en 2020 chez Patrick Raynaud aux 7 clous.

MARC VOIRY

Sans contrefaçon, de Carlos Kusnir
Jusqu’au 18 novembre
Vidéochroniques, Marseille
videochroniques.org 

Littérature et profondeur

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Anne Terrier © www.giraudou.com

Zébuline. Vous êtes l’âme de ces rencontres littéraires depuis leurs débuts. Aviez-vous alors conscience du formidable événement annuel qui était en train de s’installer, pas une « foire » aux livres « ornée » d’entretiens mais une rencontre profonde avec des auteurs de premier plan ?

Annie Terrier. Vous avez prononcé le mot qui me plaît le plus : « profonde » ! Il y avait dans toutes les rencontres, je pense ici particulièrement à Kenzaburo Oé décédé en mars dernier, une profondeur et une tendresse que je ne pouvais pas imaginer au départ ! La création des Écritures Croisées se situe dans le prolongement de deux fêtes du livre conçues dans un esprit très militant, réponse à la fermeture du Relais Culturel d’Aix-en-Provence en 1980 par le maire de l’époque, Alain Joissains. En 1981 un autre regard était porté sur la culture et nous avons bénéficié du soutien fort de la Région. Avec Gil Jouanard, notre premier président, l’idée était de réinstaller les saltimbanques au cœur de la ville. Ce fut d’abord au cloître du collège des Prêcheurs, puis à l’école des Beaux-Arts et au Palais de Justice, c’était la prise de la Bastille par des saltimbanques ! C’est là qu’est apparu le thème de l’étranger : je dois le titre « l’épreuve de l’étranger » au grand traducteur Antoine Berman et son livre publié en 1984, je voulais absolument ouvrir cette manifestation au monde. Et les Écritures croisées, allusion au livre d’Italo Calvino, Le château des destins croisés,ont vraiment commencé ; un merveilleux public s’était constitué et nous a suivi quelques années plus tard à la Méjanes, autre lieu-clé. J’ignore si je peux affirmer que ce travail m’a presque dépassée, mais je le portais en moi et j’ai toujours été totalement libre si ce n’est une fois où il m’a été demandé de présenter la Roumanie, moment que je ne regrette pas. Je ne savais pas toujours qui j’allais inviter, mais certaine de qui je n’inviterai pas. 

Quels ont été vos critères ? Souvent on dit que vous n’invitez que des Nobel ou des auteurs en passe de le devenir… 

Certes, il y a eu beaucoup de Nobel ! Je me suis battue pour Toni Morrison, Günter Grass. J’ai voyagé parmi mes lectures : quand j’ai lu Wole Soyinka, il n’avait pas le Nobel, pas plus qu’Octavio Paz ou Toni Morrison. Ce qui me motive c’est la rencontre avec une œuvre forte et la possibilité de tisser des liens entre l’auteur et le public. J’ai la chance de pouvoir me fier à mon intuition littéraire dans ce long travail d’amour qui n’a cessé de croiser et d’entrecroiser les mots et les lecteurs. Des liens forts se sont noués avec les écrivains, Oé, si prévenant, Tabucchi, formidable, Toni Morrison qui nous dit en partant « je vous menace de revenir » !  J’ai toujours tenu compte de l’environnement des auteurs, ajoutant à leur venue des expositions, l’intervention d’artistes, – cette année reviendra le pianiste et compositeur Fabien Ottones qui va clore les rencontres après une lecture de Nicole Garcia. Chaque portrait est au plus près des écrivains. Ils ont tous été invités parce qu’ils écrivaient ce qu’ils écrivaient et qu’ils étaient ce qu’ils étaient, généreux, humains, peu importe qu’ils soient homme ou femme. C’est un peu la parole du monde qui tend à aller vers un universel à partager grâce à la rencontre avec la singularité de chacun d’entre eux. Est particulièrement appropriée la formule de Carlos Fuentes (en 2011 aux Écritures Croisées) : « nous sommes tous périphériques, ce qui est peut-être la seule façon d’être aujourd’hui universels ». 

Il y a l’influence de Bourdieu derrière tout cela ?

Sans doute, dans sa manière d’habiter la Terre. Mais c’est aussi une pensée politique de l’humanité qui m’anime, la manière de concevoir l’humanité littéraire, intellectuelle : des gens qui ont une voix et la font entendre. Salman Rushdie qui devait revenir le dit : « il faut toujours prendre parti ». Un homme comme Jacques Lacarrière m’a beaucoup influencée, portée, avec ses colères, ses engagements, sa façon d’appréhender la planète.

Vous invitez cette année, outre Wole Soyinka et JM Coetze, deux immenses auteurs, tous deux prix Nobel, une libraire incroyable, Henriette Dax et la journaliste Florence Noiville qui parlera de Kundera…

Kundera fait partie de mes grands regrets. Le titre de Florence Noiville, Écrire, quelle drôle d’idée ! est si programmatique… La libraire Henriette Dax a accompli un travail merveilleux qui inclut la culture dans l’universel dans sa quête à travers le monde d’ouvrages rares. Une quête que rien n’arrête. Pour revenir aux 40 ans, je ne les ai pas vus passer. Le terme ferveur pourrait les évoquer. Rien ne s’achève vraiment quand il s’agit de littérature… 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MARYVONNE COLOMBANI

Les Écritures Croisées
Du 12 au 14 octobre
Cité du Livre, Aix-en-Provence
04 42 26 16 85 
citedulivre-aix.com 

En octobre, Arles fait sa révolution numérique 

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Alice Bucknell, The Alluvials, 2023

Que raconte le numérique de notre vie quotidienne, et comment les artistes s’en emparent-ils ? Les questions sont vastes, le programme d’Octobre Numérique l’est aussi. Après s’être questionné sur le métavers l’an dernier, le rendez-vous arlésien interroge cette année l’intelligence artificielle, au cœur du programme, dans une approche qui se veut plus ouverte sur l’échange direct et le partage. Ainsi, du 11 octobre au 10 novembre, le festival propose une multitude de rencontres, expositions, performances dans plusieurs lieux d’Arles et de ses alentours. Une fascinante exploration des mondes virtuels, à travers le regard des artistes.

En guise d’ouverture, du 11 au 15 octobre le festival « questionne les interventions de l’intelligence artificielle dans la fabrique des mondes virtuels, jeux vidéo et expériences immersives » dans une série de rendez-vous. Comme par exemple le 13 octobre à la librairie Actes Sud, où une rencontre avec Valentin Schmite est organisée. Spécialiste de l’intelligence artificielle dans la culture, l’enseignant-chercheur pourra répondre à la question que beaucoup se posent : l’I.A. va-t-elle écrire les romans de demain ? 

Une grande expo 

C’est à l’église des Trinitaires que se tient l’exposition Intelligence des mondes, le principal temps fort du festival. Elle se présente comme un parcours ludique, composé d’« œuvres jouables » qui évoquent « toutes les facettes de l’IA, et déploie une vision élargie de la notion d’intelligence. » Parmi les œuvres exposées, on a hâte de voir The Alluvials d’Alice Bucknell, un jeu vidéo dans lequel l’artiste américaine dessine un « gigantesque projet de géo-ingénierie urbaine » sur le fleuve de Los Angeles. Ce travail, qui fait échos aux enjeux liés au Rhône, est présenté en première mondiale. 

Au programme également, l’exposition I.A. Générative & image des deux artistes-geek Thomas Pandelieu et Aurélien Meimaris, qui questionnent ensemble le rapport complexe et ambiguë de l’art à l’image. Notons aussi la grande Game Jam, où des étudiants de plusieurs universités et des artistes devront ensemble créer un jeu-œuvre, en seulement 40 heures… 

NICOLAS SANTUCCI

Octobre Numérique
Du 11 au 10 novembre
Divers lieux, Arles et alentours

Cinémanimé, et l’automne s’anime

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Mon ami robot © Wild Bunch

Au moment où s’envolent les hirondelles, apparaissent sur les écrans de notre région les films d’animation. À Aix-en-Provence, Vitrolles , en passant par Cucuron, Forcalquier, La Ciotat, Marseille, Veynes et bien d’autres… des films, en court ou long métrage, pour petits et grands. En tout, 31 salles du réseau des Écrans du Sud accueillent la 24e édition de Cinémanimé. Ce ne sera pas moins de 21 films, avant-premières, œuvres qui ont marqué l’histoire du cinéma qui seront présentées, sans oublier six ateliers animés par des professionnels : atelier doublage, Flip Book, carte-postale musicale, gif, ciné-philo-conte et praxinoscope en écho aux films présentés.

Des avant-premières

Ainsi on pourra voir en avant-première, une belle histoire d’amitié avec le premier film d’animation de Pablo Berger, adapté de la bande dessinée de Sara Varon, Mon Ami Robot à Martigues et au Pradet. Dans sept salles de la région dont l’Alhambra et Les Variétés de Marseille, ce sera Sirocco et le royaume des courants d’air de Benoit Chieux, Prix du public à Annecy : deux sœurs de 4 et 8 ans, découvrent un passage entre leur monde et celui du livre Le Royaume des courants d’air et devront trouver Sirocco, ce personnage terrifiant capable de contrôler le vent. Primé aussi à Annecy (Cristal du long métrage), Linda veut du poulet  de Chiara Malta et Sébastien Laudenbach : comment trouver un poulet un jour de grève générale ? On pourra suivre la quête de Nina, prête à tout pour que son père retrouve le sourire, dans le troisième long métrage d’Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli, Nina et le secret du hérisson.

Des films à (re)découvrir

Quelle chance de pouvoir (re)voir La Sirène, ode à la résistance de la réalisatrice iranienne, Sepideh Farsi que le public de Saint-Rémy-de-Provence et de Six-Fours-les-Plages pourra rencontrer. Ou encore Contes et silhouettes de Lotte Reiniger,un programme de quatre courts-métrages réalisés entre 1954 et 1956 et adaptés des contes de Perrault, des frères Grimm et d’Andersen. Sans oublier deux films présentés dans le cadre des 100 ans de la Warner, Les Noces funèbres de Tim Burton, et Le Géant de fer de Brad Bird. 

ANNIE GAVA

Cinémanimé
Du 11 octobre au 7 novembre
Divers cinémas, Région Sud
seances-speciales.fr

Automne en Librairies, un festival à la page

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Automne en Librairie © Yann Gar

L’association Libraires du Sud fête en 2023 ses 25 années d’existence. Ce réseau de libraires indépendants, qui a tissé sa toile d’Arles à Nice et de Marseille à Gap, anime chaque année de nombreux événements ou rencontres et notamment Automne en Librairies, qui fête son huitième anniversaire cette année. 32 librairies et des médiathèques partout dans la région accueillent rencontres, ateliers, exposition dédicaces, du 11 au 14 octobre ; un événement d’autant plus réjouissants qu’il sera entièrement gratuit.

Un gros accent sera mis comme chaque année sur la littérature jeunesse. On retrouvera notamment l’illustrateur Bruno Salamone, qui animera à Hyères, Noves, Nice et Vitrolles des ateliers de créations de monstres rigolos. Laurine Roux présentera elle son dernier roman jeunesse Le Souffle du Puma à Laragne-Montéglin ; elle sera rejointe pour deux rencontres croisées à la librairie Vauban à Marseille et à la librairie les Parleuses à Nice par Camille Monceaux qui présentera sa trilogie jeunesse japonisante Les Chroniques de l’érable et du cerisier.

La bande dessinée Oliphant, signée par la scénariste Loo Hui Phang et le dessinateur Benjamin Bachelier, sera également à l’honneur lors de trois événements à Arles, Toulon et Marseille. La rencontre à Marseille le 13 octobre à 19h30 à la Fabulerie mettra en scène le percussionniste Dominique Mahut et le violoncelliste Frédéric Deville pour une présentation en musique de la bande dessinée, plongée dans une terrible expédition en Antarctique. Justine Niogret présentera quant à elle Quand on eut mangé le dernier chien, roman également inspiré par une expédition sur le continent glacé, à Nice, Châteauneuf-Grasse et Embrun. 

Littérature de proche

L’écrivain Marin Fouqué qui s’est également distingué dans la performance rap partagera les découvertes de son reportage littéraire À la terre à Manosque, Cadenet et Château-Arnoux-Saint-Auban. L’autrice Daphné Ticrizenis évoquera la parution de son anthologie féminine de littérature, Autrices : ces grandes effacées qui ont fait la littérature, lors de rencontres à Cavaillon, Gap et à la librairie Pantagruel à Marseille. Julia Kerninon évoquera d’autres figures féminines fortes dans son dernier roman, Sauvage, présenté à Salernes et à Aix-en-Provence. 

La jeune autrice Joséphine Tassy présentera à Aix-en-Provence, Salon et Istres son premier roman L’Indésir, publié aux éditions de l’Iconoclaste. L’auteur de romans policiers Caryl Férey présentera son dernier roman Okavango à Carpentras et à la librairie Maupetit à Marseille. L’auteur marseillais Didier Castino présentera à la librairie Prado Paradis son dernier opus Boxer comme Gratien. Enfin l’essayiste américain Eddy L. Harris évoquera son œuvre de voyage Le Mississippi dans la Peau lors d’interventions à Aix, Sainte-Cécile les Vignes et Brignoles. Le voyage ne fait que commencer !

SUZANNE CANESSA

Automne en librairies
Du 11 au 14 octobre
Dans 32 librairies membres du réseau Libraires du Sud
Région Sud
librairesdusud.com

Angelin Preljocaj et la jouissance de la torpeur

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Spectacle: Torpeur, Chorégraphie: Angelin Preljocaj, Interprètes: Mirea Delogu, Antoine Dubois, Matt Emig, Chloé Fagot, Clara Freschel, Verity Jacobsen, Florette Jager, Erwan Jean-Pouvreau, Florine Pegat-Toquet, Maxime Pelillo, Valen Rivat-Fournier, Lin Yu-Hua, Compagnie Ballet Preljocaj, Musique: 79D, Costumes: Elenora Peronetti, Lumière: Eric Soyer, Dans le cadre du Festival Montpellier Danse, Lieu: Opéra Berlioz, Le Corum, Montpellier le 19/06/2023

Zébuline. Pourquoi reprendre Noces, créé en 1989, et Annonciation, créé en 1995 ? Quel intérêt prenez-vous à réinvestir ce répertoire ancien ? 

Angelin Preljocaj. Le thème de Montpellier Danse 2023, « Répertoire et création », recoupait une de mes préoccupations anciennes. J’ai toujours eu besoin de mettre en perspective ce que je suis en train de faire avec des répertoires, le mien ou d’autres. Et puis, une œuvre n’existe que si elle est donnée, et je pense qu’il est dommage de laisser mourir tant de pièces qui ont été créées avec de l’argent public, et donc lui appartiennent. Diffuser le patrimoine est important, et donne à la danse une épaisseur historique qui lui manque souvent. Les diffuseurs veulent avoir des créations, des premières… Cela n’est pas très écologique, cela coûte cher en décors, costumes, lumières, il faut s’interroger aujourd’hui sur ce mode de production et de diffusion du spectacle vivant, pour des raisons écologiques et budgétaires. 

En dehors de ces raisons de directeur de ballet, vous avez sans doute des motifs plus artistiques, plus personnels, pour reprendre ces deux pièces…

Bien sûr. J’aime mes interprètes, qui apportent beaucoup à mes œuvres. Le sens d’une pièce s’épaissit des différentes incarnations qui viennent l’habiller, la transformer. Un pianiste aujourd’hui qui jouerait Bach comme Glenn Gould aurait l’impression de bégayer, mais un qui jouerait sans connaître Glenn Gould passerait à côté d’une vision désormais essentielle à sa compréhension. Il en est de même pour la danse, mais on le sait moins. Chaque interprète lui apporte une inscription dans le temps, dans l’époque. Et rien ne marque mieux l’époque que le changement des corps.

Justement, concrètement, qu’est-ce qui a changé dans Noces ?  

C’est très étrange. La pièce est exactement la même, je n’ai pas changé un pas. Mais dans le rapport homme-femme, la violence est encore plus forte. La pièce met en scène un rapt sur la musique très tellurique de Stravinsky. L’assujettissement des femmes en est le sujet. J’y suis très sensible, cet état de société me révolte, j’ai une mère, quatre sœurs, une femme et deux filles, comment ne pas l’être !

Aujourd’hui, par rapport à 1989, ces sujets des violences faites aux femmes sont médiatisés et combattus. Mais l’assujettissement continue, la sauvagerie est toujours là. Les danseuses aujourd’hui s’en emparent avec encore plus de panache.

« Je cherche une grammaire de l’hébétude, un rythme, une dynamique de l’indolence »

Est-ce du même ordre pour Annonciation ? Le duo est plus intime et plus intemporel… 

Annonciation c’est une forme à habiter qui dépend davantage encore des interprètes. Les Annonciations sont toujours peintes dans des jardins clos, qui symbolisent la virginité de la Vierge à qui l’Ange vient annoncer qu’elle porte l’enfant de Dieu. Cet espace est scénographié avec un tapis rouge, qui symbolise le ventre, le sang. Lorsque l’Ange pénètre cet espace réduit, contraint, intime, il a la forme d’une femme. Je ne voyais pas un homme pénétrer cet espace.

L’ambiguïté de genre de l’Ange est-il le même aujourd’hui ? Vous avez eu des interprètes très intergenres, à l’époque on disait androgyne. Comment cela résonne-t-il ? 

L’Ange a une gestuelle immédiatement martiale. Son arrivée est une déflagration, qui s’entend dans la musique. L’espace ne peut pas contenir un tel être, il vole en éclat. Comme le temps. On est dans une réalité quantique, dont la durée varie selon les protagonistes, une éternité, un instant. Tout est dans les mains, les corps, les gestes des danseuses. Tout cela est très précis, et doit être extrêmement habité. Bien sûr, pour chaque duo, c’est une création.

Vous avez également créé une autre pièce, Torpeur, qui vient compléter le programme… 

Torpeur est une petite forme sans décor qui explore un état de corps. J’ai toujours aimé chercher de ce côté-là. Ma danse est plutôt vive, j’aime bien chercher ce qui peut contrer cela, explorer le poids dans Gravité, l’extase dans Near Life Experience. Là j’ai cherché une grammaire de l’hébétude, un rythme, une dynamique de l’indolence. J’ai besoin de tracer les choses dans les corps, que l’émotion surgisse de la forme et pas de l’affect. Les corps de la danse peuvent parler directement aux corps des spectateurs si on parvient à cela. Alors j’alourdis, je ralentis, j’épaissis. Je vois ce que cela donne, l’effondrement d’un corps. Un effondrement volontaire, consenti, une jouissance de la torpeur. Celle qui nous saisit quand il fait très chaud, que l’on n’a pas envie de bouger, et que le plaisir qui en découle est immense … 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL

Noces, Annonciation, Torpeur
Par Angelin Preljocaj
Du 11 au 15 octobre
Pavillon Noir, Aix-en-Provence

Sous la peau des contes

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Photo de répétition Peau d'âne - La fête est finie © JC Sirven

La compagnie montpelliéraine Exit, dirigée depuis 2008 par Hélène Soulié, aporté ces dernières années sur les scènes révoltes les féministes et intersectionnelles contemporaines. Son MADAM –acronyme pour Manuel d’Auto Défense À Méditer–  a marqué les théâtres : l’épopée post-genre en six épisodes prône une « tendresse radicale » et questionne profondément l’ordre patriarcal. 

 Avec Peau d’Ane, la fête est finie, la metteure en scène sort de la performance et de l’adresse directe au spectateur, pour renouer avec un théâtre qui met en scène des personnages et se décline en actes. Elle veut s’adresser aux adultes mais aussi aux enfants, par le biais de cette histoire familière récrite par Marie Dilasser. 

Car quel mythe affreux que ce conte ! Charles Perreault le tempérait avec une marraine fée qui mettait fin à l’inceste mais les Frères Grimm sont plus crus encore, et la jeune fille désirée par son père doit le fuir, couverte de honte et de souillure, transformée en monstre hybride pour échapper à son désir qui restera impuni !

La valeur des filles

S’inspirant de Grimm et de Perreault, du film de Jacques Demy bien sûr mais aussi d‘éléments mythiques africains, Marie Dilasser compose sa pièce en trois actes : le premier, terrible, dans une cellule familiale où le père est tout puissant, éditeur d’un pédophile, et la mère fuyante et lâche ; le deuxième, où un âne hybride va guider la fillette dans sa fuite, aidé par d’autres princesses échappées de contes où on veut les endormir ou les empoisonner ; le troisième, un procès, enfin, celui des pères incestueux, des violeurs et détourneurs de mineures. 

Un acte qui permettra enfin aux princesses des contes, et à tous les enfants, d’imaginer d’autres vies, d’autres relations amoureuses, choisies, dans une féminité souhaitée, qu’elles construiraient à leur guise sans enfiler des bagues ou des chaussures trop petites. Qui seules révèleraient la délicatesse, et donc la valeur, des filles ?

AGNÈS FRESCHEL

Peau d’Ane, la fête est finie
Marie Dilasser, Hélène Soulié
Les 12 et 13 octobre
Théâtre Jean Vilar, Montpellier
theatrejeanvilar.montpellier.fr

MONTPELLIER : Nadia Beugré, la « Queen » d’Abidjan

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Nadia Beugré © David Kadoule

Ce jeudi 28 septembre, deux femmes à la peau ébène et à la tenue streetwear décontractée sont déjà sur le plateau de la petite salle de spectacle d’ICI-CCN (120 places) quand les spectateurs s’installent. Elles écoutent de la musique venue d’Afrique et malaxent une boule de pâte sans s’occuper de ce qui se passe autour. Très vite, on comprend qu’elles ne sont pas vraiment là, mais qu’elles se trouvent en réalité à Abdijan. Ce sont les Filles-Pétroles, des battantes, des filles qui en imposent, même si on réalise vite que c’est sans doute une condition vitale de leur survie. Décor planté par chorégraphe Nadia Beugré, née en Côte d’Ivoire dans le quartier populaire de Derrière Les Rails à Abobo, au nord D’Abijan, arrivée à Montpellier en 2009 pour y intégrer le master EXERCE, artiste associée à ICI-CCN (Lire l’entretien avec Christian Rizzo, directeur de l’ICI-CNN) pour 2023-24. Elle a reçu cette année le Prix nouveau talent chorégraphique de la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques).

Coupé-décalé et roukasskass

Il y a « Gros Camion », une grande gueule aux formes aussi débordantes que son énergie est communicative. Arborant un collier doré revendiquant son statut de « Queen » de la rue, elle harangue avec aplomb les spectateurs, demande quelques pièces en échange d’acrobaties. Son amie, aussi élancée que tonique, « La Chinoise pimentée », semble habitée par un mouvement sans fin. Sur des mouvements chaloupés de coupé-décalé (une danse branchée venue des nuits parisiennes de la diaspora ivoirienne) et de roukasskass (sa version urbaine à pratiquer en mode battle), elles témoignent d’une jeunesse enflammée qui cherche sa voie. La pâte qui sert à faire des galettes vendues dans les rues des quartiers populaires colle à la peau comme aux cheveux. Comme tous les clichés qui entravent malgré elles ces deux danseuses attachantes, Christelle (Christelle Eroué) et Aya (Anoura Aya Larissa Labarest), cherchent à appréhender ce que signifie être corps de féminité et corps en mouvement. À travers elles, Nadia Beugré dresse un portrait cash de la jeunesse ivoirienne à mettre en regard avec un autre de ses spectacles : Prophétique (on est déjà né.es), très remarqué lors du festival Montpellier Danse en juin dernier, dans lequel elle s’intéressait à la communauté transgenre d’Abidjan.

ALICE ROLLAND

Filles-Pétroles a été présenté les 28 et 29 septembre à l’ICI-CCN, Montpellier 

L’esprit collectif joue à Correns

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Sambadaora Quintet avec le Cheour de la Provence Verte 2023

Après la présentation de la saison nouvelle qui compte cinq créations, des actions culturelles et des ateliers, c’est le Chœur de la Provence Vert qui ouvrait le bal sous la houlette dynamique de Sylvia Auclair : elle est à la baguette depuis janvier dernier de cet atelier collectif ouvert aux amateurs, mêlant travail corporel, vocal, scénique et percussif. « Fais-moi un manteau de mots, j’ai froid » déclare la première chanson issue du répertoire de Michèle Bernard selon qui « l’art doit faire partie des choses qui rendent à l’individu sa dignité et son envie de vivre ». 

Samba !

Ce pourrait être l’un des adages du Chantier, qui fusionne mémoire et modernité dans le creuset d’une inspiration toujours vivante. Le chœur invitait ensuite au voyage par le biais d’airs populaires comme Shosholoza, chanson de travail d’Afrique australe reprise par Mandela et ses compagnons contre l’apartheid. La chanteuse, s’emparant du surdo (instrument percussif membranophone), revenait pour un quintet, Sambadaora, avec quatre musiciens passionnés, Wallace Negão (cavaquinho), Wim Welker (guitare à sept cordes), Olivier Boyer (pandeiro, percussions), Raphaël Illes (flûte, percussions). La virtuosité des instrumentistes permettait de rendre avec un naturel confondant la joie de la samba même lorsque les paroles sont tristes. Toute une vie se déroule, depuis les mélodies des années trente à celles d’aujourd’hui, dans la pure tradition des rodas, ces moments festifs qui rassemblent autour d’une table des musiciens qui jouent tandis qu’un public de tout âge danse autour. Chacun reprend les refrains en chœur, non, la samba n’est pas près de mourir, l’esprit du collectif non plus !

MARYVONNE COLOMBANI

Soirée du 29 septembre à la Fraternelle, Correns.